Écrit le 27/09/2023
Dans son discours sur l’état de l’Union 2023, la Présidente de la Commission européenne a dressé un bilan des actions menées depuis 2019 qui ont permis de mettre en œuvre 90 % des décisions politiques. Elle a indiqué la feuille de route des projets à venir, en rappelant les enjeux auxquels fait face l’Union européenne.
La Présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a entamé son discours sur l’état de l’Union 2023 en évoquant les prochaines échéances électorales européennes qui se dérouleront dans moins d’un an et en faisant un bilan général des actions accomplies sous sa présidence. Elle relève notamment la mise en place d’une union géopolitique qui a su apporter son soutien à l’Ukraine, d’un pacte vert pour l’Europe, d’une transition numérique et du plan NextGenerationEU de 800 milliards d’euros.
A la suite de la crise sanitaire liée à la Covid-19, l’Union européenne a développé une union de la santé et a jeté les bases d’une plus grande indépendance de l’Union dans les secteurs stratégiques que sont l’énergie, les puces électroniques et les matières premières. Au total, plus de 90 % des orientations politiques que la Présidente de la Commission avait présentées en 2019 ont été traduites en actions.
Pacte vert pour l’Europe
En sus des mesures déjà prises, à l’instar du règlement pour une industrie « zéro net » (visant à accroître la production de technologies propres dans l’UE) et du règlement sur les matières premières critiques (visant à garantir des chaînes d'approvisionnement sûres et durables pour l'avenir écologique et numérique de l'UE), la Commission travaille sur une approche basée spécifiquement sur l’écosystème industriel. Ce faisant, elle organisera dès le mois de septembre un dialogue sur la transition écologique du secteur industriel dont l'objectif principal sera d'aider chaque secteur à élaborer un modèle économique en vue de la décarbonation de l'industrie. Par ailleurs, des mesures européennes sur l’énergie éolienne devraient être présentées, en concertation avec l’industrie et les Etats membres, pour accélérer la délivrance de permis. La Présidente de la Commission a également annoncé vouloir lutter contre les pratiques commerciales déloyales au niveau international notamment dans le champ de l’industrie. A cet effet, elle a annoncé l’ouverture par la Commission d’une enquête antisubventions sur les véhicules électriques en provenance de Chine.
Economie, social et compétitivité
La Présidente de la Commission a attiré l’attention sur les pénuries de main-d’œuvre et de compétences au sein des économies européennes. Ainsi, 74 % des petites et moyennes entreprises de l’Union déclarent faire face à des pénuries de compétences. Ceci affecte tout particulièrement le secteur du tourisme mais aussi les hôpitaux et le secteur de l’informatique. Pour autant, le taux chômage des moins de 25 ans demeure structurellement important dans de nombreux Etats membres. Les pénuries de main-d’œuvre entravant la compétitivité et la capacité d’innovation des entreprises, Ursula von der Leyen a affirmé que l’Union européenne avait besoin d’une immigration de main-d’œuvre qualifiée et qu’elle devait améliorer l’accès au marché du travail notamment pour les jeunes et pour les femmes.
L’inflation constitue le deuxième grand défi économique de l’Union européenne. Le retour à la cible d’inflation à moyen terme de la Banque centrale européenne (BCE) prendra du temps selon la Présidente de la Commission. Toutefois, elle souligne que des baisses se font déjà sentir sur les prix de l’énergie notamment ceux du gaz.
Les nouvelles technologies constituent également un enjeu important pour l’avenir de l’Union européenne et son indépendance stratégique. Pour ce faire, elle investira massivement dans la microélectronique, l’informatique quantique et l’intelligence artificielle. L’Union doit aussi sécuriser ses chaînes d’approvisionnement mondiales qui ont connu de véritables goulets d’étranglement du fait, entre autres, de politiques délibérées d’autres pays. Les métaux rares étant un enjeu majeur des prochaines années, la coopération avec certains partenaires clefs doit être consolidée.
Numérique et intelligence artificielle
L’Union européenne a dépassé l’objectif d’investissement de 20 % dans des projets numériques de NextGenerationEU. Les Etats membres ont utilisé ces investissements pour numériser leur système de soins et de santé, leur système judiciaire ou leur réseau de transport.
Elle a également investi le champ de la protection des droits fondamentaux du fait de l’intensification de la désinformation, de la diffusion de contenus préjudiciables et des risques pour la confidentialité des données. Le règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) et le règlement sur les marchés numériques (Digital Market Act DMA) ont contribué à créer un espace numérique plus sûr, dans lequel les droits fondamentaux sont mieux protégés.
La Présidente de la Commission européenne pense que l'Europe, en collaboration avec ses partenaires, devrait ouvrir la voie à un nouveau cadre mondial pour l'intelligence artificielle, reposant sur trois piliers : des garde-fous, une gouvernance et l'orientation de l'innovation. Une des premières priorités est de faire en sorte que l’intelligence artificielle se développe d'une manière centrée sur l'humain et qu’elle soit transparente et responsable. En ce sens, la Commission a présenté le règlement sur l'intelligence artificielle qui est la première législation globale au monde en la matière. La Présidente de la Commission appelle aussi à la création d’un organisme, sur le modèle du GIEC pour le climat, en charge de fournir aux décideurs politiques des données scientifiques sur les risques et les avantages de l’intelligence artificielle pour l'humanité.
Monde, migration et sécurité
Après avoir évoqué les pertes humaines en Libye et au Maroc suite aux violentes inondations et au tremblement de terre, l’instabilité politique dans la région du Sahel et la guerre en Ukraine, la Présidente de la Commission européenne a évoqué le projet de Corridor Economique Inde - Moyen-Orient - Europe. Il s'agirait de la connexion la plus directe à ce jour entre l'Inde, le golfe arabique et l'Europe grâce à une liaison ferroviaire qui devrait permettre de rendre les échanges commerciaux entre l'Inde et l'Europe 40 % plus rapides. En sus, sont prévus une ligne électrique et un gazoduc d'hydrogène qui devraient favoriser les échanges d'énergie propre entre l'Asie, le Moyen-Orient et l'Europe. Enfin, un câble de données à haut débit relierait certains des écosystèmes numériques les plus innovants au monde, et créerait des débouchés commerciaux tout au long de ce corridor.