Écrit le 25/01/2024
Depuis 2021, la France connait à nouveau un contexte inflationniste, situation inédite depuis plus de trois décennies. La première partie du rapport du Haut conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge analyse l’effet de la hausse des prix sur le pouvoir d’achat des ménages selon leur configuration familiale. Dans une seconde partie, les mesures exceptionnelles mises en œuvre en 2021 et 2022 pour soutenir le pouvoir d’achat des ménages sont évaluées en fonction de la configuration familiale.
Depuis 2021, la France connait à nouveau un contexte inflationniste, ce qui est inédit depuis plus de trois décennies. L’inflation a d’abord augmenté sous l’effet de la hausse des prix des carburants, pour atteindre environ 3 % début 2022. Cette hausse s’est ensuite étendue à l’ensemble des biens et services. Entre avril 2022 et avril 2023, la hausse des prix à la consommation a oscillé autour de 6 % avant de commencer à ralentir à partir de mai 2023. La majorité des travaux analysant les effets de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages se focalisent sur la dimension du niveau de vie. Ce rapport du HCFEA met, quant à lui, l’accent sur l’exposition des ménages à l’inflation en fonction de leur configuration familiale.
Effets du choc inflationniste sur le pouvoir d’achat, les habitudes de consommation, les privations et la précarité alimentaire des familles
Le rapport montre que l’exposition à l’inflation augmente avec le nombre d’enfants à charge. La présence d’enfant(s) n’est pas systématiquement associée à une inflation plus élevée : en avril 2023, les familles avec enfants sont en effet exposées à une inflation plus élevée que les personnes isolées, mais plus faible que les couples sans enfant. Néanmoins, pour les familles avec enfant(s), le niveau d’inflation tend à augmenter légèrement avec le nombre d’enfants. Les écarts d’exposition à l’inflation entre les différentes configurations familiales s’expliquent par les modes de vie et donc les structures de consommation. A titre d’exemple, le poids de l’énergie et du logement dans les dépenses de consommation est légèrement plus élevé pour les familles monoparentales, les couples sans enfant et pour les personnes isolées que pour les couples avec enfants.
La perte de pouvoir d’achat des ménages résulte également de l’évolution du niveau des prestations familiales. Selon les estimations du HCFEA, entre avril 2021 et avril 2023, les familles monoparentales avec deux enfants ou plus auraient « perdu » en moyenne 125 € par unité de consommation du fait de la sous-indexation des prestations familiales. Ainsi, l’évolution des prestations familiales n’a pas permis de compenser la hausse des prix constatée pour ces familles. Jusqu’à la revalorisation anticipée exceptionnelle de juillet 2022, les pertes de pouvoir d’achat des prestations familiales n’ont cessé de s’accroître. Si cette anticipation de la revalorisation a permis de réduire la perte de pouvoir d’achat en juillet 2022, ensuite, les pertes se sont de nouveau accumulées jusqu’en avril 2023.
Par ailleurs, les ménages avec enfants déclarent plus fréquemment que les autres avoir modifié leurs habitudes de consommation pour faire des économies. Ces changements d’habitudes de consommation concernent en premier lieu l’énergie du logement et l’alimentation. Les familles nombreuses et monoparentales sont quant à elles particulièrement touchées par les privations matérielles et sociales au sens où elles ne peuvent pas couvrir les dépenses liées à certains éléments de la vie courante.
Ce diagnostic réalisé à partir de données statistiques a été complété par les remontées des acteurs locaux. Outre le constat d’un accroissement des difficultés sociales rencontrées par les ménages précaires, et notamment des privations (plutôt alimentaires pour les parents et de loisirs pour les enfants), ils observent une hausse des demandes d’aides. Les Restos du cœur, qui gèrent 35 % de l’aide alimentaire en France, constatent, en septembre 2023, une hausse de 20 % du nombre de personnes inscrites à leurs distributions par rapport à 2022 (1,3 million contre 1,1 million). Les réseaux associatifs soulignent en particulier la présence accrue de familles avec de très jeunes enfants.
Effets des mesures exceptionnelles de soutien au pouvoir d’achat des familles
Différentes mesures exceptionnelles ont été mises en place dès la fin de l’année 2021. Il s’agit majoritairement d’aides socio-fiscales (chèque énergie, revalorisations anticipées des prestations familiales et des prestations de solidarité, prime rentrée exceptionnelle, etc.) et de boucliers tarifaires. L’indemnité inflation de fin 2021 est la mesure la plus coûteuse et celle couvrant le plus de ménages mais la mesure la plus significative en termes de gain de pouvoir d’achat pour les ménages est la revalorisation anticipée des prestations de solidarité (RSA, prime d’activité, aides au logement). L’étude estime que le gain moyen par unité de consommation des mesures socio-fiscales de 2021 et 2022 a été de 350 euros pour les familles monoparentales.
L’indemnité inflation a peu soutenu le niveau de vie des familles. Entre 2021 et 2022, le coût total des mesures tarifaires est 2,4 fois plus élevé que celui des mesures socio-fiscales car elles bénéficient à l’ensemble des ménages, ce qui n’est pas le cas des mesures socio-fiscales qui sont ciblées. L’effet des mesures tarifaires varie selon la configuration familiale. Il est plus élevé pour les ménages avec deux adultes que pour ceux avec un seul adulte et progresse avec le nombre d’enfants. Toutefois, l’effet du choc inflationniste augmentant lui aussi avec le nombre d’enfants et d’adultes dans le ménage, la baisse du niveau de vie due à l’inflation augmente avec le nombre d’enfants et est plus élevée pour les couples que pour les ménages avec un seul adulte. Ainsi, à nombre d’adultes constant, le pourcentage d’inflation absorbé par l’ensemble des mesures tarifaires est plus élevé pour les ménages sans enfant (59,6 % pour une personne seule, 56,6 % pour un couple sans enfant) que pour les ménages avec enfants (57,8 % pour une famille monoparentale avec deux enfants ou plus, 55,6 % pour un couple avec deux enfants ou plus). L’étude conclut donc que la revalorisation des prestations sociales et familiales est la mesure la plus adaptée pour soutenir le pouvoir d’achat des familles en période d’inflation.