Écrit le 23/01/2024
Face aux avancées technologiques dans le domaine spatial, la France et l’Union européenne doivent conserver leur place privilégiée au sein d’acteurs investissant toujours plus dans ce secteur. Deux députés ont dressé dans un rapport d’information un état des lieux des forces et faiblesses de l’industrie spatiale pour mieux dessiner les contours de son avenir.
L’industrie spatiale européenne permet à l’Union européenne de se placer en tête des acteurs mondiaux dans ce domaine. Pour autant, le monde du spatial a beaucoup évolué en quelques années. La baisse des coûts et les progrès technologiques permettent à de nouveaux acteurs de rivaliser avec les industries déjà implantées dans le secteur (Space X, Starlink notamment). Ce constat appelle une réaction de la part de la France et de l’Union européenne si elles souhaitent conserver leur position historique.
Un rapport d’information de l’Assemblée nationale a donc été rédigé afin de dresser un bilan de l’efficacité de la politique spatiale et d’envisager le futur.
Les succès de la France et de l’Union européenne dans le domaine du spatial malgré la présence de certaines lacunes persistantes
Au niveau européen, deux agences existent : l’agence spatiale européenne (ESA) et l’agence de l’Union européenne pour le spatial (EUSPA). En France, le Centre national des études spatiales (CNES), créé en 1961, est le principal acteur et coordonnateur de la politique spatiale. Des centres et organismes de recherche d’excellence complètent cette architecture (Centre national de la recherche scientifique – CNRS, Office national de la recherche aérospatiale – Onera).
De nombreux acteurs privés participent également au secteur spatial : aux côtés des grandes entreprises industrielles telles que Thales, Airbus ou Safran, un nombre croissant de petites et moyennes entreprises et surtout de startups tentent de prendre position sur des segments de marchés spécifiques. Au niveau européen, l’industrie spatiale comprend environ 57 000 emplois pour un chiffre d’affaires d’environ 8 milliards d’euros. La France dispose de la première industrie spatiale en Europe avec près de 40 % des emplois de ce secteur d’activité.
La France et l’Europe disposent en outre d’un centre spatial de renommée mondiale permettant de garantir un accès autonome à l’espace, le centre spatial guyanais (CSG). Initialement financé par la France, le CSG est désormais financé par l’ESA et ses 22 membres, dans le cadre de l’accord de Kourou conclu entre l’ESA et la France en 2008.
Néanmoins, ces atouts et les nombreux succès dans le domaine spatial ne doivent pas occulter certaines lacunes structurelles préjudiciables à une plus grande innovation dans le domaine.
Le rapport relève tout d’abord que le budget consacré au spatial est bien inférieur à celui des Etats-Unis et d’autres concurrents. En effet, l’Europe dispose du deuxième budget spatial mondial (14,5 milliards d’euros prévus en 2019). Ces chiffres sont bien plus faibles que le budget spatial de l’agence spatiale américaine (environ dix fois moins). En outre, il est toujours difficile, pour des entreprises innovantes, de se financer en Europe en raison d’un manque d’harmonisation du marché financier européen. Les grands investisseurs craignent également d’investir dans le secteur spatial, perçu parfois comme incertain.
Le « new space », révélateur des fragilités du modèle spatial européen
Le new space correspond à une évolution du rôle de la puissance publique dans le domaine spatial ; il s’agit pour un Etat de continuer à développer la politique spatiale en soutenant l’innovation privée par l’achat de services à des acteurs privés. Il a produit de très bons effets aux Etats-Unis : initiée par la NASA, il a ainsi favorisé l’apparition de nouveaux acteurs innovants sur le marché, notamment Space X. Cette entreprise, leader en matière de lanceurs réutilisables, repose en effet massivement sur la commande publique américaine et sur des transferts de technologies publiques.
Face à cette « nouvelle donne », la France et l’Union européenne tentent, malgré leur retard, de s’adapter afin de maintenir leur position sur le marché commercial spatial. A la suite d’une prise de conscience d’un risque de déclassement face aux Etats-Unis, les budgets européens pour le spatial ont connu une hausse importante d’environ 17 %. Malheureusement, ces efforts risquent de demeurer trop faibles par rapport à la montée en puissance de nouveaux acteurs tels que la Chine ou l’Inde.
Les rapporteurs recommandent de promouvoir la convergence des Etats membres de l’Union européenne dans le domaine spatial : en effet, une compétition entre chaque Etats membres risquerait d’avoir des effets délétères.
Enfin, le rapport rappelle que des investissements dans le spatial militaire sont nécessaires car il constitue un enjeu de souveraineté. Le spatial demeure plus que jamais une cible pour un attaquant et un outil d’information capital (guidage balistique, communication…). Bien que des projets ambitieux soient en cours au niveau national, il manque une stratégie cohérente pour garantir la résilience européenne. Les rapporteurs recommandent donc de renforcer au niveau européen les investissements en matière de surveillance de l’espace.
Des évolutions indispensables pour que l’Union européenne et la France demeurent meneurs dans le domaine spatial
Le rapport note tout d’abord que l’absence d’une stratégie unifiée se traduit, au niveau de la gouvernance, par l’absence d’une personnalité politique clairement identifiée comme étant en charge de la mise en œuvre de la politique spatiale. La multiplication des acteurs nuit à la lisibilité et à l’incarnation d’une politique spatiale cohérente. Les rapporteurs recommandent, par conséquent, de créer un Conseil national de l’espace.
Le rapport relève également qu’au-delà du soutien public (qui n’est lui-même pas suffisant en l’état), le secteur spatial a besoin de financements privés. Les rapporteurs recommandent par conséquent de sensibiliser les grandes entreprises françaises à l’impact de l’essor des données et applications spatiales sur leurs propres activités pour favoriser le financement dans ce domaine.
Les rapporteurs estiment enfin qu’il serait pertinent de créer un principe de préférence européenne pour protéger les intérêts européens dans le domaine spatial. La souveraineté spatiale européenne doit également passer par une sortie progressive de l’Europe de sa dépendance vis-à-vis des composants technologiques critiques pour le spatial.