Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes

Produits de l’aquaculture et de la pêche : trop de flou dans l’information des consommateurs

Écrit le 23/12/2024

Absence d’information sur l’origine et les méthodes de pêche, francisation de certains produits, mentions valorisantes injustifiées, ajout d’additifs interdits… plus de la moitié des 2320 établissements contrôlés par la DGCCRF en 2022 et 2023 étaient en anomalie.

©AdobeStock

En 2022 et 2023, la DGCCRF a mené des contrôles auprès de plus de 2320 établissements agissant à tous les stades de commercialisation de produits issus de la pêche et de l’aquaculture : des pêcheurs aux grossistes et restaurateurs, en passant par les détaillants et les grandes surfaces. Ces contrôles, effectués chaque année, permettent à la DGCCRF de s’assurer la loyauté de l’information transmise aux consommateurs, d’éviter les fraudes et contribue également à prévenir l’épuisement des ressources marines. Les enquêteurs ont relevé d’importantes non-conformités et un taux d’anomalie de près de 52 %.

Trop d’informations manquantes ou d'allégations injustifiées

L’étiquetage des produits de la mer reste ainsi en 2023 la source de nombreuses anomalies, bien que leur nombre reste plutôt stable (45 % en 2021 et 43,4 % en 2023). La bonne indication des différentes mentions obligatoires est pourtant nécessaire, celles-ci ayant une incidence sur le prix de vente des produits.

Durant l’enquête, les agents DGCCRF ont ainsi constaté plusieurs cas de pratiques commerciales trompeuses. En effet, les professionnels abusaient les consommateurs en remplaçant le nom du produit par celui d’une espèce plus prisée ou par une dénomination confusionnelle quant à l’espèce vendue. De même, les agents ont constaté à plusieurs reprises l’absence de mention du nom scientifique de l’espèce, qui permet de garantir l’espèce commercialisée. Le thon rouge, les palourdes, la sole ou la morue font partie des produits pour lesquels les contrôles ont fait état du plus d’anomalies.

Les agents DGCCRF ont également constaté l’emploi de termes peu connus des consommateurs, pour présenter les produits ou la sous-zone de pêche, or cela n’est toléré que lorsqu’un support est mis à disposition du consommateur pour lui en expliquer la signification. Un professionnel utilisait par exemple les termes « 27-4 » pour indiquer la sous-zone « Mer du Nord », alors que ces chiffres ne sont pas compréhensibles des consommateurs.

L’enquête a également mis en lumière l’absence ou l’indication erronée des méthodes de pêche et de production des espèces. Certains professionnels employaient en effet des mentions équivoques afin de ne pas divulguer trop de détails à leur clientèle, mais aussi d’obtenir un bénéfice économique car les différentes méthodes de production et le type d’engin utilisé influencent fortement le prix de vente. Des professionnels indiquaient par exemple, à la fois un engin de pêche et la mention que le produit était issu de l’élevage, créant ainsi une confusion sur la nature sauvage du produit.

Enfin, l’enquête a permis de démontrer que les professionnels oublient de façon récurrente de mentionner le caractère décongelé, saumuré ou encore l’ajout d’eau pour certains produits.

Les agents de la DGCCRF ont constaté l’accroissement du nombre d’allégations concernant les produits issus de la pêche et de l’aquaculture. Ces mentions valorisantes concernent généralement le caractère vertueux et local des produits, mais certains contrôles ont également mis en lumière des allégations relatives aux qualités nutritionnelles. Un ostréiculteur contrôlé a ainsi reçu un avertissement pour l’emploi indu d’allégations telles que « boost pour le cerveau » ou encore « antidépresseur naturel » sur son site internet.

Dans l’Indre une poissonnerie a reçu par exemple un avertissement pour un manque de précision sur l’origine de ses poissons d’élevage, un manque de cohérence sur les informations relatives au mode de production et une utilisation de la mention « pêche française » non justifiée.

Un quart des établissements présente un problème de traçabilité

Les contrôles effectués en 2022 et 2023 ont permis de déceler un taux d’anomalie de 20 % à 25 % au niveau de la traçabilité des produits de pêche et d’aquaculture, il s’agit pourtant d’informations cruciales pour s’assurer que les marchandises respectent les normes de préservation des ressources halieutiques, mais aussi pour remonter la chaîne de production et de distribution.

Beaucoup de non-conformités pour cause d’additifs non autorisés

Dans la filière de la pêche et de l’aquaculture, certains poissons sont particulièrement sujets à l’incorporation d’additifs utilisés afin d’améliorer leur aspect, d’augmenter leur poids ou de leur permettre une meilleure conservation. En 2023 et 2024, la DGCCRF a réalisé 199 prélèvements résultant en un taux de non-conformité de 40 % en moyenne sur les deux années.

Les agents de la DGCCRF ont en effet observé un fort taux d’utilisation d’additifs non-conformes, notamment dans le thon (afin de lui conférer une couleur rouge de façon artificielle). L’ajout d’antioxydants et de nitrates a également été observé sur certains produits. Enfin, les enquêteurs ont constaté dans un certain nombre de produits présentés comme frais l’ajout d’eau.

Plus de 150 procès-verbaux

En 2022 et 2023, 806 avertissements, 208 injonctions et 166 procès-verbaux ont été adressés aux établissements en anomalie.

Les sanctions ont essentiellement été adressées aux entreprises ayant eu des pratiques commerciales trompeuses, portant notamment sur les dénominations commerciales et l’origine. Les avertissements, eux, ont surtout concerné les anomalies d’étiquetage.

Suivez-nous sur les réseaux sociaux et Abonnez-vous à notre lettre d’information