Écrit le 16/10/2026
La DGCCRF a réalisé une enquête approfondie auprès des établissements proposant des activités sportives et de loisirs ludiques. En 2024, sur les 332 sites contrôlés, 13 % présentaient des manquements relatifs à la sécurité ou à la loyauté des pratiques commerciales. Trois accidents impliquant des trampolines ont marqué cette enquête, conduisant à des suspensions d’activité. L’enquête a également porté sur la loyauté des prestations de vérification de ces équipements par les organismes de contrôle. Le sérieux de ces organismes privés est parfois en cause.
Des activités populaires aux risques sous-estimés
Les activités à sensations fortes ou ludiques, comme les parcs à trampolines, les parcours acrobatiques en hauteur, la luge d’été, l’escalade ou le paintball, attirent chaque année de nombreux amateurs. Pourtant, derrière l’enthousiasme engendré se cachent des dangers réels. En 2024, la DGCCRF a inspecté plus de trois cents établissements (parcs à thème, campings, événements festifs communaux, fan-zones dans le cadre des Jeux Olympiques de Paris 2024). Les agents ont constaté des problèmes notables dans 42 parcs ou centres. 23 établissements ont fait l’objet d’une injonction de mise en conformité, 6 procès-verbaux pénaux ont été établis et 13 arrêtés de suspension d’activité ont été prononcés, en raison de risques immédiats pour les usagers.
Les principaux problèmes identifiés :
Les services d’enquête ont pu constater des défauts dans l’exploitation des sites :
- Un entretien insuffisant des équipements, avec des installations dégradées,
- Un manque de surveillance des activités, mettant en danger les participants, notamment les enfants,
- Des contrôles périodiques obligatoires des équipements non enregistrés, rendant impossible leur vérification.
Cette enquête a également révélé que certains exploitants ne respectaient pas les normes de sécurité, prévues pour l’installation des équipements, exposant les usagers à des risques d’accidents graves.
Panorama des manquements les plus fréquents par type d’activité
1. Les parcs à trampolines : des équipements défectueux et des accidents évitables
Les parcs à trampolines ont été particulièrement scrutés après trois accidents survenus en 2024, dont deux impliquant des enfants. Ces accidents ont justifié la prise d’arrêtés préfectoraux de suspension temporaire d’activité à l’encontre des établissements concernés.
Les problèmes récurrents ayant été découverts incluent :
- Des cubes de mousse usés ou en nombre insuffisant, réduisant leur capacité à amortir les chutes,
- Des filets de protection déchirés ou mal fixés, ne garantissant plus la sécurité des utilisateurs,
- Un manque de consignes claires sur les restrictions d’âge ou les comportements à éviter.
Par exemple, dans un des établissements contrôlés, un airbag de réception s’est dégonflé alors que deux enfants effectuaient un saut, provoquant des blessures. Le parc a été immédiatement fermé.
2. Les parcours acrobatiques en hauteur : des installations à surveiller
La pression de contrôle a conduit les exploitants de parcours acrobatiques à être davantage vigilants sur les questions de sécurité. Les points de vigilance identifiés sont les suivants :
- La présence de bois pourri ou de poutres endommagées, menaçant de céder sous le poids des utilisateurs,
- Des baudriers et équipements de protection individuels (EPI) périmés ou mal entretenus,
- Des branchages sur les parcours et/ou la présence d’arêtes vives ou de vis apparentes,
- Des filets de protection troués et/ou usés,
- Un manque de diagnostics arboricoles, essentiels pour vérifier la solidité des arbres supports.
Des lacunes en matière d’information des utilisateurs et de marquage (arrivées de tyrolienne insuffisamment signalées aux utilisateurs du parc, absence d’affichage des consignes de sécurité, du règlement intérieur ou du plan d’évacuation en cas d’urgence) ont également été constatées.
3. Paintball, luge d’été et escalade : des activités à haut risque si les équipements sont usés
D’autres activités, comme le paintball, la luge d’été ou l’escalade, ne sont pas épargnées par des constats mettant en jeu la sécurité :
- Paintball : plastrons et/ou filets de protection troués, plateformes instables et obstacles dangereux (clous rouillés, branches cassées, piquets métalliques) ont conduit à la fermeture d’un établissement.
- Luge d’été : des pistes mal entretenues, avec des jonctions défectueuses ou des patins de glisse usés, augmentent le risque de sortie de piste.
- Escalade : des structures non conformes (tapis de réception trop fins ou mal dimensionnés, vis saillantes, baudriers hors d’usage, zone de chute non protégée) et l’absence de contrôles annuels ont été relevées.
En marge des contrôles portant sur la sécurité, les enquêteurs ont également relevé des manquements liés aux pratiques commerciales : non-respect des règles relatives à la vente à distance, conditions générales de vente incomplètes, absence d’informations sur le droit de rétractation. Ils ont donné lieu à des injonctions.
Les organismes de contrôle privés : des certificats accordés parfois trop facilement
Les organismes de contrôle privés sont des organismes indépendants et certains sont accrédités par le COFRAC. Ils interviennent sur demande des exploitants d’activités de sport et de loisirs, pour la réalisation des contrôles périodiques, indispensables au suivi et à l’entretien des équipements dont l’usure est inévitable.
L’enquête a mis en lumière des défaillances dans les contrôles effectués par certains de ces organismes qui délivrent les certificats.
Ainsi, certains ont délivré des certificats de conformité malgré l’utilisation de normes inadaptées (par exemple, le contrôle d’un trampoline selon les normes des manèges), le référentiel appliqué s’avérant partiellement inadapté.
Par ailleurs, certains services d’enquête ont constaté que le contenu de plusieurs rapports minimisait les risques associés à certains constats opérés par ces organismes ou faisaient état de vérifications manifestement superficielles, sans contrôle des distances de sécurité ou de l’état des équipements. À titre d’illustration, des déchirures de filets ont pu être qualifiées de "mineures", alors que leur bon état apparaît déterminant pour la sécurité des utilisateurs.
Le sérieux de certains contrôles opérés par ces organismes privés accrédités a pu poser problème, avec des certificats signés de manière anticipée, avant même que les défauts ne soient corrigés. Un procès-verbal pénal a été rédigé à l’encontre d’un organisme de contrôle pour pratique commerciale trompeuse sur les caractéristiques essentielles des contrôles et leurs résultats, dans le cadre d’une prestation de service de vérification de la sécurité d’équipements de loisirs, pour absence d’anomalies relevées malgré des manquements manifestes, ayant par la suite conduit à un accident.
Des mesures prises pour protéger les usagers
Les constats mettant en jeu la sécurité des usagers ont donné lieu à sanctions des opérateurs concernés :
- 13 suspensions d’activité ont été prises pour danger grave ou immédiat, notamment dans des parcs à trampolines (4 parcs ont été suspendus) et des parcours acrobatiques. À titre d’exemple, un arrêté de suspension a été pris à l’encontre d’un parc à trampolines à la suite de deux accidents impliquant deux enfants âgés de onze et douze ans ; les accidents sont survenus en raison du dégonflage d’un airbag n’assurant plus l’amortissement suffisant, et en l’absence de surveillance des utilisateurs et de contrôles périodiques.
- 6 procès-verbaux pénaux ont été dressés pour des infractions comme, par exemple, la pratique commerciale trompeuse d’un organisme de contrôle, ou, chez les exploitants, le défaut d’emploi de la langue française dans la notice d’utilisation de l’équipement, le non-respect des règles de suivi des équipements de protection individuelle, le non-respect d’un arrêté préfectoral de suspension d’activité.
- 167 avertissements ont été adressés pour des anomalies ne mettant pas en jeu de manière immédiate et grave la sécurité des consommateurs.
- 23 injonctions ont par ailleurs été prises essentiellement pour des manquements relatifs à la protection économique des consommateurs.
Sensibiliser pour favoriser l’amélioration des pratiques
L’enquête réalisée en 2024 a révélé des lacunes graves, mais elle a aussi montré que le secteur évolue. Grâce aux contrôles, de nombreux exploitants ont amélioré leurs pratiques. Cependant, des efforts restent à déployer, notamment pour les parcs à trampolines et les activités estivales, où l’usure des équipements s’accélère avec la fréquentation qui peut être dense.
Alors que la plupart des exploitants ont pris les mesures correctives adaptées après les contrôles, la DGCCRF a développé en parallèle des actions de prévention telles que des campagnes de sensibilisation auprès des professionnels pour les informer des risques et diffuser des bonnes pratiques, ou une collaboration avec les fédérations sportives et les collectivités pour renforcer les contrôles.
Les enquêteurs poursuivront les contrôles en particulier auprès des organismes de certification et des activités de loisirs en plein essor.
5 conseils pour choisir une activité à sensations fortes en toute sécurité
Si vous prévoyez une sortie, voici les réflexes à adopter pour éviter les mauvaises surprises :
- Consultez les avis récents : méfiez-vous des établissements avec des commentaires mentionnant des équipements abîmés ou un manque de surveillance.
- Demandez les certificats de sécurité : un bon établissement doit afficher ses contrôles techniques à jour (datant de moins d’un an). N’hésitez pas à les consulter.
- Inspectez visuellement les installations (pour les trampolines, vérifiez que les filets et cubes de mousse sont intacts ; pour les parcours acrobatiques, ne tolérez pas les bois pourris ou les cordes effilochées ; pour le paintball, utilisez des plastrons et des masques sans trou).
- Vérifiez les consignes de sécurité : elles doivent être claires, visibles et expliquées par le personnel.
- Surveillez les enfants en permanence : même dans un parc "sécurisé", un adulte doit rester à proximité pour intervenir en cas de besoin.