Écrit le 23/04/2026
Entre septembre 2023 et janvier 2025, la DGCCRF a contrôlé les produits de tatouage afin de vérifier leur conformité au règlement européen sur les produits chimiques et au code de la santé publique. 75 % des encres analysées sont non conformes, souvent en raison de défauts d’étiquetage qui pèsent sur la sécurité des tatoués.
Des défauts d’étiquetage aux conséquences directes sur la sécurité des consommateurs
L’analyse des 34 encres prélevées par la DGCCRF montre que la majorité des manquements concernent les mentions obligatoires figurant sur l’étiquette, et notamment :
- 50 % n’indiquent pas correctement la présence de substances sensibilisantes susceptibles de provoquer des allergies ;
- 43 % présentent une liste d’ingrédients absente ou incomplète (conservateurs, agents parfumants, allergènes) ;
- 11 % ne permettent pas d’assurer la traçabilité des lots, pourtant nécessaire en cas de problème pour retirer les produits du marché et éviter leur utilisation ;
- 32 % ne comportent pas de consignes de sécurité en français.
L’absence d’information sur les allergènes ou les métaux présents dans l’encre peut entraîner des réactions sévères chez certains consommateurs. Les obligations d’étiquetage constituent donc un élément déterminant dans la sécurité des pratiques de tatouage.
Des taux en métaux lourds excessifs et des produits non stériles
Au-delà des défauts d’étiquetage, 6 produits sur les 34 encres analysées présentaient des dépassements des limites réglementaires pour des métaux lourds tels que le nickel, le plomb, le cobalt, le cuivre ou l’arsenic. Ces substances peuvent provoquer des allergies ou des lésions organiques.
Deux encres se sont par ailleurs révélées non stériles contrairement aux dispositions du code de la santé publique pour les produits destinés à une application cutanée. Ces références ont fait l’objet d’une communication spécifique sur le site de la DGCCRF, relayée par le Syndicat national des artistes tatoueurs (SNAT), afin d’éviter leur utilisation en raison des risques d’infection.
Des encres « d’entraînement » qui entretiennent la confusion
Certaines plateformes proposent des encres prétendument « d’entraînement », réservées aux peaux synthétiques et non soumises au règlement REACH. Les contrôles révèlent que les gammes de couleurs sont identiques à celles destinées au tatouage réel, que le conditionnement est similaire rendant ainsi leur distinction difficile et qu’il est indiqué des mentions contradictoires comme « stérile » (alors que les produits sont censés ne pas être destinés à la peau humaine).
Ainsi, par exemple, sur un site de vente, dans une rubrique consacrée aux encres d’entraînement, non conformes à REACH et réservées aux peaux synthétiques, les pages de présentation de certaines encres ventaient leur aptitude au tatouage et notamment la conservation de la couleur après cicatrisation, ce qui montre que la rubrique « entraînement » était un moyen de contourner la réglementation.
Ces pratiques qui entretiennent la confusion, peuvent conduire à l’utilisation de produits non conformes sur la peau humaine.
Des mesures correctives importantes : retraits, rappels et alertes européennes
Entre septembre 2023 et octobre 2024, 14 campagnes de retrait/rappel ont été publiées sur RappelConso concernant des encres non conformes. La DGCCRF a également émis quatre notifications sur la plateforme Safety Gate de la Commission européenne (inflammabilité, compositions non conformes) et traité neuf alertes émanant d’autres Etats membres, entraînant le retrait de plus d’une centaine de flacons du marché.
Une action européenne montre des résultats tout aussi préoccupants
Dans le cadre d’une opération conjointe pilotée par les Pays-Bas, 52 produits ont été analysés, dont 6 prélevés en France. Les constats rejoignent ceux de l’enquête de la DGCCRF :
- 52% des produits contrôlés présentent une non-conformité de composition ;
- 19 % des non-conformités d’étiquetage ;
- 4 produits n’étaient pas stériles.
Cette campagne de contrôle montre que la conformité des encres de tatouage demeure insuffisante, malgré une meilleure connaissance des obligations par les professionnels. Les risques liés aux métaux lourds, aux allergènes et aux défauts de stérilité imposent une vigilance renforcée.
La DGCCRF poursuivra ses actions pour garantir la sécurité des consommateurs, accompagner les professionnels et assurer la loyauté du marché dans un secteur en pleine évolution.