Écrit le 23/11/2023
La Direction de l’Animation de la recherche, des Etudes et de la Statistique (Dares) et Pôle Emploi ont publié une étude mesurant les tensions sur le marché du travail en 2022, sur le fondement d’un dispositif de mesure de ces tensions élaboré en 2020.
En 2022, on observe une hausse constante des tensions sur le marché du travail, atteignant leur niveau le plus élevé depuis 2011, notamment dans les secteurs de l'industrie, du bâtiment, de l'informatique, des télécommunications et parmi les infirmiers.
Les conséquences de la crise sanitaire se font encore ressentir, c’est notamment le cas dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration mais également des agents de sécurité, des caissiers ou de certains métiers des transports. Dans certains secteurs, les tensions sont mêmes supérieures à celles précédant la crise sanitaire : c’est le cas pour certains métiers du soin comme les aides-soignants, infirmiers ou les sage-femmes. Les tensions diminuent au contraire pour les cadres de la banque et des assurances.
Les critères retenus lors de cette étude sont par exemple le manque de main-d’œuvre disponible, l’intensité d’embauches, la non-durabilité de l’emploi. La pénibilité ou le facteur géographique sont également considérés.
Des tensions exacerbées par des recrutements en hausse et un manque de main-d’œuvre
En 2022, les tensions sur le marché du travail ont atteint leur apogée depuis 2011, avec 8 métiers sur 10, représentant 87 % de l'emploi, en situation de tension forte ou très forte. Cette situation marque une augmentation par rapport à l'année précédente, où seuls 7 métiers sur 10 étaient concernés. Ces tensions résultent principalement de l'augmentation marquée des recrutements et du manque de main-d'œuvre disponible.
Des tensions de natures différentes selon les domaines
La grande majorité des métiers est touchée par des tensions, mais leur nature varie considérablement. Dans le domaine de l'informatique et des télécommunications, une forte cadence de recrutement s'associe à une relation étroite entre la formation et l'emploi. Cela conduit à un déficit de main-d'œuvre disponible, même si les conditions d'emploi y sont plus avantageuses que la moyenne des autres métiers.
A l’inverse, dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration, on constate une disponibilité accrue de demandeurs d'emploi, bien que les conditions de travail et la stabilité de l'emploi soient moins avantageuses. En ce qui concerne les métiers d'aides à domicile et d'aides ménagères, les tensions élevées sont attribuables à des conditions de travail contraignantes et à une pénurie de main-d'œuvre disponible.
Le BTP et l’industrie : deux secteurs sous très forte tension
Dans le classement réalisé conjointement par la Dares et Pôle Emploi, vingt-sept métiers sur trente concernent l’industrie et le secteur du bâtiment et travaux publics. Ce sont essentiellement des métiers d’ouvriers qualifiés ou de techniciens. Ces métiers font face à un fort manque de main d’œuvre disponible conjointement à un fort besoin d’embauches.
Vingt-cinq métiers du top 30 nécessitent une formation spécifique et dans certains cas l’inadéquation est « qualitative », selon le rapport : le métier demeure en tension malgré un vivier suffisant de main d’œuvre disponible. C’est le cas par exemple des menuisiers ou des ouvriers spécialisés dans l’agencement ou l’isolation.
Le facteur géographique explique aussi certains déséquilibres, c’est le cas par exemple pour les agents d’entretien de locaux, un métier dont la tension passe de modérée à forte en 2022. Le rapport précise que « des difficultés de recrutement se concentrent sur la façade atlantique et le bassin méditerranéen, alors qu’elles sont plus modérées en Île-de-France ».