Écrit le 14/09/2023
Un an avant le début des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, les députés Hadrien Ghomi et Hubert Julien-Laferrière ont présenté un rapport d’information sur la géopolitique du sport et sur le rôle du sport dans la politique étrangère française.
En 2019, un rapport commun à la Délégation Interministérielle aux grands évènements sportifs (DIGES) et au Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) dressait déjà un état des lieux de l’action de la France dans le sport à l’international depuis 2015. Le rapport préconisait à l’époque de créer une nouvelle coordination du sport français à l’international à travers l’influence exercée dans les institutions, la stratégie des grands évènements sportifs et la coopération entre les acteurs.
Dans le prolongement du rapport de 2019, Michel Cadot, délégué interministériel aux Grands Evènements Sportifs, a réalisé en 2021 un rapport intitulé « Pour une nouvelle coordination du sport français à l’international » visant à « préfigurer une future coordination du sport français dans toutes ses dimensions internationales ».
C’est dans ce contexte que la mission d’information sur la géopolitique du sport a été constituée le 23 novembre 2022, dans le but d’établir un état des lieux des enjeux géopolitiques soulevés par le sport et de formuler des recommandations sur le positionnement de la France et sur les objectifs et moyens à assigner à notre diplomatie sportive.
Selon des données du Conseil économique, social et environnemental (CESE) de 2019 le secteur du sport générerait environ 2 % du PIB mondial (soit près de 1 200 milliards d’euros), avec une croissance moyenne de 4 % par an : une estimation haute qui englobe à la fois la production industrielle, la part des collectivités territoriales, la consommation des ménages et le « sport business » (sponsoring, droits médias, billetterie et merchandising).
D’après le rapport d'information de 2023, le sport peut être un outil de puissance pour les Etats, et doit faire face à certaines dérives qui remettent en question l’apolitisme sportif, les rapporteurs en donnant maints exemples.
Ils s’arrêtent de plus sur trois phénomènes économiques : la financiarisation du sport mondial autour des sponsors et des droits médias, la multiplication des investissements et acquisitions stratégiques et les retombées économiques des compétitions internationales.
Dans ce contexte, le rapport qualifie le modèle sportif français d’unique en ce qu’il donne une place importante aux institutions publiques et aux bénévoles. La France est l’un des rares États à pouvoir engager des athlètes dans la totalité des disciplines olympiques et des championnats du monde et à figurer dans le top 6 mondial de plusieurs classements internationaux sans discontinuité depuis 2010.
Les rapporteurs soulignent que la France est forte d’une tradition d’accueil de grands évènements sportifs internationaux (GESI) dans une concurrence internationale accrue, comme la coupe du monde de rugby en 2023 et les Jeux Olympiques en 2024, mais que la diplomatie française sportive ne doit pas s’y limiter.
Cette diplomatie peut mobiliser de nombreux pans de l’action extérieure de la France (coopération bilatérale, francophonie, aide publique au développement, diplomatie économique, etc.), tout en associant l’ensemble des acteurs du mouvement sportif, ainsi que les collectivités territoriales ou encore les acteurs économiques. Il ne s’agit pas de chercher à exporter le modèle sportif français mais bien plus de proposer une diplomatie sportive qui s’appuie sur une continuité entre sport national et sport power, afin de promouvoir aux plans multilatéral et bilatéral un sport accessible, inclusif et durable.
Pour ce faire le rapport expose 28 recommandations déclinées selon quatre axes :
- i) peser davantage sur la gouvernance sportive internationale (recommandation 2 : attirer davantage de sièges de fédérations sportives en France ou recommandation 6 : proposer un livre blanc actualisé pour promouvoir le modèle européen) ;
- ii) consolider la place de l’international au sein des institutions publiques et du mouvement sportif français (recommandation 7 : poursuivre la montée en puissance de la French Sport Touch - coordination des acteurs français du sport à l’international - ; recommandation 14 : accompagner la montée en puissance de l’Agence française contre le dopage) ;
- iii) enrichir la diplomatie sportive française afin de promouvoir un sport accessible, inclusif et durable (recommandation 21 : réaffirmer notre engagement en faveur de la francophonie sportive et de la défense du français dans le sport international ; recommandation 22 : faire du e-sport un axe de notre diplomatie sportive) ;
- iv) affirmer la diplomatie économique sportive française en mobilisant les outils existants (recommandation 24 : accompagner la montée en puissance des entreprises françaises de l’économie du sport en mobilisant différents outils et en maximisant les opportunités suscitées par les JOP de Paris 2024 ; recommandation 26 : renforcer les partenariats commerciaux sportifs avec une série de pays prioritaires en Europe, en Asie-Pacifique et en Afrique).