Écrit le 02/02/2026
La guerre informationnelle, nouveau champ de conflictualité internationale, par Emmanuel Lebrun-Damiens, directeur de la communication et de la presse du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères.
Le monde traverse une phase de bascule profonde. Aux tensions géopolitiques et économiques s’ajoute une conflictualité d’un nouveau type : la guerre informationnelle. Celle-ci ne se mène ni avec des armes conventionnelles ni sur des champs de bataille visibles, mais au cœur même de notre espace public. Elle se manifeste par la manipulation de l’information, l’amplification inauthentique de récits trompeurs et l’exploitation des fragilités de nos sociétés. C’est une bataille des récits, des images et des perceptions qui se déroule sur un terrain immense et fragmenté. Et qui peut avoir des effets très concrets dans le champ physique, comme l’a montré l’attaque contre notre Institut français au Burkina Faso en 2022 suite à la circulation d’une fausse information.
Cette guerre vise à brouiller les repères entre le vrai et le faux, à polariser les sociétés, à saper la confiance des citoyens dans leurs institutions, leurs médias, leurs entreprises et, plus largement, dans le fonctionnement même de la démocratie. Elle constitue aujourd’hui une dimension centrale des stratégies de nos adversaires, qui utilisent l’information comme un levier de déstabilisation et de coercition. Du fait de la densité de ses partenariats internationaux, de sa présence diplomatique et de son engagement en faveur d’un ordre international fondé sur le droit, la France est particulièrement exposée à ces attaques informationnelles. En Europe, selon le Service européen d’action extérieure, elle est le deuxième pays le plus ciblé après l’Ukraine.
Face à cette réalité, la France a considérablement renforcé son dispositif. Une stratégie interministérielle s’est structurée autour de plusieurs axes complémentaires : la détection des ingérences numériques étrangères et la désignation de leurs responsables, la riposte pour rétablir les faits et contrer la désinformation, la responsabilisation des acteurs impliqués notamment à travers le recours aux sanctions européennes, enfin la régulation des plateformes numériques.
Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères y prend toute sa part. La direction de la presse et de la communication du MEAE a engagé une montée en puissance de la communication stratégique à Paris et dans le réseau diplomatique. L’objectif est clair : défendre nos intérêts et nos valeurs partout dans le monde, en étroite coordination avec nos partenaires européens. Le compte French Response participe de cet effort. Adoptant un ton parfois décalé mais affirmé, il permet de répondre aux attaques visant nos intérêts, pour déconstruire les narratifs hostiles et signaler clairement nos lignes rouges à nos adversaires.
Durable et en constante évolution, la guerre informationnelle exige une réponse de long terme : lucide, collective et fondée sur la défense de nos principes démocratiques. Face à cet enjeu, elle est aujourd’hui l’affaire de tous.