Service des archives économiques et financières

Pour 100 briques t’as plus rien !

Incinération de billets de banque au Congo (1955)
SAEF, B-0062823 (fonds de la Caisse française de développement)

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Comme de nombreux autres services d’archives, les documents conservés par le SAEF permettent de mettre en avant la pluralité des mémoires en offrant, par exemple, des sources variées sur les relations entre la France et son ancien empire colonial.
À partir des années 1870, les différents États européens tentent de s'installer en Afrique pour trois raisons majeures : garantir leur accès aux ressources naturelles et avoir des débouchés pour leurs productions ; un facteur stratégique s’ajoute, les territoires colonisés permettent à ces puissances de pouvoir y implanter des troupes pour assurer la maîtrise du pays en cas de conflit et aussi de pouvoir disposer d'hommes en âge de se battre ; enfin conquérir des espaces nouveaux est assimilé en Europe à une démarche civilisationnelle porteuse de prestige.

La décolonisation est donc un processus politique et historique qui correspond à l'indépendance des pays africains et asiatiques vis-à-vis des puissances coloniales et notamment des États européens.

Ce processus se déroule principalement sur une période allant du milieu des années 1950 à la fin des années 1970. Il s'agit d'une des conséquences de la Seconde Guerre mondiale et d'un processus parallèle à la Guerre Froide

La Caisse centrale de la France d'outre-mer est l'organisme monétaire français chargé de l'émission monétaire dans les colonies françaises entre 1944 et 1959. Elle va jouer un rôle dans cet accès à l’indépendance financière inséparable de l’accès à l’indépendance politique. 
Dès le mois d’août 1955, il est prévu que le service de l’émission des billets de banque soit transféré à l’Institut d’Émission de l’Afrique Équatoriale Française et du Cameroun (IEAEFC). Une circulaire très détaillée a été diffusée le 5 août 1955 auprès des directeurs des caisses centrales concernées précisant notamment que les billets hors d’usage devraient être incinérés afin d’éviter d’en transférer une trop grosse quantité au nouvel organisme.
Pour procéder à l’incinération, il est essentiel de connaître la valeur des billets que l’on organise en liasses : un ensemble de billets de même valeur faciale regroupés et attachés entre eux. Généralement, les liasses de billets sont confectionnées pour faciliter le travail lors du transport et du comptage des espèces.

Au-delà des liasses se trouve la brique de billets. Une brique représente un multiple de liasses réunies. Autrement dit, une brique est un lot généralement composé de 10 liasses, quelle que soit la valeur faciale des billets.

Une fois la date du 1er octobre 1955 arrêtée, il a fallu assurer le comptage des espèces pour le passage de flambeau entre septembre et octobre 1955. L’élimination des coupures usagées devait être constatée dans la comptabilité.

L’incinération proprement dite ne concernait pas les petites coupures de 5 et 10 francs CFA qui devaient pouvoir être utilisées si l’émission de nouveaux billets était retardée.

Cette mesure a suscité des réactions variées de la part des directeurs des caisses centrale de la France d’Outre-mer et des échanges savoureux ont été retrouvés dans les archives du SAEF.

La Caisse Centrale à Paris s’étonna que le directeur général de la Caisse de Fort-Lamy au Tchad ait considérablement augmenté son encaisse de billets non triés afin de diminuer le montant de la réserve à incinérer, le soupçonnant de jouer sur les mots.
Le directeur de la Caisse de Yaoundé fit valoir qu’il n’avait pas reçu le nouveau four à incinérer mais Paris lui conseilla d’utiliser les services de la régie de chemins de fer de Yaoundé et de ses machines à vapeur qui, si elles n’étaient plus en circulation, pouvaient être mises à disposition pour l’incinération… ce qui fut finalement fait comme le montre ce document, qui documente une opération similaire au Congo.

Depuis, la France a ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire de ses relations avec les pays d’Afrique avec un partenariat d’égal à égal fondé sur trois critères : équilibre, réciprocité et responsabilité.

En mars 2023, le Président de la République s’est rendu en Afrique centrale (Gabon, Angola, Congo, RDC). Ce déplacement a été une nouvelle occasion de co-construire de véritables partenariats avec ces pays, et de saisir les transformations profondes qui s’y jouent.
 

Pour aller plus loin

Sélection d'ouvrages de la bibliothèque historique du SAEF :

Histoire économique du Congo, 1880-1968 : du Congo français à l'Union douanière et économique d'Afrique centrale / par Samir Amin et Catherine Coquery Vidrovitch. – Dakar : Éditions Anthropos, 1969. 1 vol. : 212 p., cartes ; 19 cm. Collection : Études africaines. (CHEFF BH B 0050)

Guide monétaire pour la France et les colonies : monnaies admises dans la circulation, emploi de ces monnaies, circulation des billets de la Banque de France / par Léon Humbert. – Paris : Berger-Levrault, 1901. – 1 vol. : VI-70 p. ; in-8°. (CHEFF BH 8° 11158)

Histoire monétaire et numismatique des colonies et de l'Union française : 1670-1952 / par Jean Mazard. – Paris : Bourgey, 1953. – 1 vol. : 203 p. : pl. ; 28 cm. (MONNAIE 4° 689)
 

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