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Juin 2026
Les grandes figures de l’histoire économique et financière : notre coup de Cœur du mois.
La guerre de Cent Ans (1337-1453) a fragilisé le royaume de France, notamment sur le plan économique en raison de l’insécurité, de la dépopulation, de la dépression agraire, en plus d’une pression fiscale de plus en plus importante. Alors que l’économie du royaume était en convalescence, un homme s’est illustré dans la première moitié du XVe siècle, tant pour son entreprise de marchand que pour son rôle dans le redressement des finances royales : Jacques Cœur.
Jacques Cœur naît à Bourges entre 1395 et 1400 d’un père pelletier, c’est-à-dire celui qui prépare les peaux pour en faire des fourrures. L’environnement dans lequel il grandit n’est pas anodin, Bourges est alors la capitale économique et culturelle du Berry, à l’écart des guerres, c’est une ville développée en grande partie grâce à Jean de Berry, frère du roi Charles V, et sa cour qui mènent une vie somptueuse qui profite aux marchands de fourrures.
Vers 1420, Cœur épouse Macée de Léodepart, fille du prévôt de Bourges et maître de la monnaie de la ville. En 1427, il s’associe avec quatre autres personnes pour l’adjudication de la frappe des monnaies royales. Tous quatre profitent de cette position pour frapper des pièces à leur profit en diminuant le poids du métal contenu dans chaque pièce. Cette escroquerie est jugée en 1430, les associés s’en sortent avec une peine pécuniaire.
Jacques Cœur part alors en Orient en 1432. Il fait escale à Damas, puis Alexandrie, il découvre alors de nouvelles marchandises et des biens qu’il pourrait importer dans le royaume de France : épices, draps d’or, etc. Son navire fait naufrage en 1435 et Jacques Cœur rentre en France, non sans ambitions et projets.
En 1439, il devient grand argentier de Charles VII, c’est-à-dire qu’il est en charge de l’approvisionnement des fournitures d’apparat de la cour. Il joue ainsi un rôle clé dans la mise en scène du prestige du pouvoir royal, hautement important pour Charles VII en pleine reconquête.
Jacques arrive à associer sa position de grand argentier du roi à ses affaires personnelles de commerçant. Grâce aux galées qu’il a équipées, à ses facteurs ainsi qu’à ses comptoirs, il importe d’Italie, d’Afrique du Nord ou encore d’Orient. Il est alors à la fois acheteur, en tant qu’argentier, de produits de luxe pour la cour royale mais également vendeur puisqu’il importe ces mêmes produits.
Là où Jacques Cœur se distingue des précédents argentiers du roi, c’est par le rôle politique qu’il a pu jouer. Il est chargé de négocier l’impôt en Languedoc en 1445-1451 : il devient visiteur général des gabelles du sel. Il est ambassadeur à Gênes en 1446, puis contribue grandement à résoudre le schisme suite au concile de Bâle (1447-1449). Il est donc un homme d’affaires dont l’activité économique s’appuie sur son activité politique et la renforce à la fois. Il contribua ainsi largement à restaurer l’image et le prestige du roi, une apparente puissance ainsi que ses finances en temps de guerre.
Jacques Cœur connaît en parallèle une véritable ascension sociale. En 1441, le roi Charles VII l’anoblit, il a une place au Conseil royal après 1447, devient seigneur et possède des domaines en Poitou, Berry ou Bourbonnais. Il fait étalage de cette réussite en faisant édifier, dans sa ville natale de Bourges, un hôtel : la « grant’ maison » (que l’on peut toujours visiter !). Cette ascension lui attira des ennemis jaloux et/ou ses débiteurs, qui contribueront à sa chute. Il est arrêté en 1451 puis condamné à mort en 1454 pour divers motifs (vente d’armes aux infidèles, concussion, etc.) mais le roi commue sa peine en bannissement. Ne manquant ni d’argent ni de soutiens, il parvient à s’échapper de sa prison. A la fin de sa vie, il finance une expédition contre les Ottomans et meurt sur l’île de Chios en 1456.
Qu’en est-il de la postérité de Jacques Cœur ? Déjà ses contemporains l’élevaient au titre de génie de la finance. Le chroniqueur Thomas Basin le présente comme le premier Français à avoir importé des marchandises d’Afrique et d’Orient. Les historiens du XIXe siècle ont à leur tour contribué à faire de Jacques Cœur un homme illustre, participant au roman national. En témoigne cette gravure figurant le portrait de Jacques Cœur dessiné par Dupré, présente au côté d’autres portraits dans l’ouvrage fondé par Édouard Mennechet, Le Plutarque français, vies des hommes et des femmes illustres de la France (édité dans les années 1830-1840). Cette représentation du grand argentier précède une biographie de Jacques Cœur où Mennechet en fait un des plus grands financiers français, un grand homme d’État œuvrant pour la France.
Les historiens ont revu le rôle et l’image de ce grand argentier, moins glorieuse mais tout aussi importante, estimant que « sa puissance financière participa non au rétablissement économique du royaume, mais à la restauration du prestige de la royauté ».
Pour aller plus loin
Sélection d'ouvrages de la bibliothèque historique du SAEF :
Jacques Cœur, commerçant, maître des monnaies, argentier du roi Charles VII et négociateur, XVe siècle / par Claude Joseph Trouvé (Bon). – Paris : Rigo, 1840. – 1 vol. : 472 p., Port. litho. de Rigo ; 21,5 x 14 cm (MONNAIE ROSAN 8° 2306)
Jacques Cœur et Charles VII, ou la France au XVe siècle : étude historique, précédée d'une notice sur la valeur relative des anciennes monnaies françaises [et particulièrement de celles du quinzième siècle] / par Pierre Clément. – Paris : Didier, 1863. – 2è édition. - 2 vol. (CII-312 p., 464 p.) ; 22 cm. - 1 frontispice dans chaque volume : portrait de Jacques Cœur, Jacques Cœur faisant amende honorable au roi en la personne de son Procureur général. (335.341 CLE)
Jacques Cœur et Charles VII. - L'administration, les finances, l'industrie et le commerce... / par P. J. Clément. – Paris : Didier & Cie, 1873. – 1 vol. : 514 p. ; 18,5 x 12,5 cm. (MONNAIE ROSAN 8° 423/ MONNAIE MEDAILLIER 8° 4235A)