Service des archives économiques et financières

Il est bon d’avoir un trésor !

Bon de la Libération
SAEF, B-0079378 (fonds de la direction de la Dette publique)

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La France commémore en 2024 et 2025 le 80e anniversaire des débarquements, de la Libération et de la Victoire. Ce programme commémoratif, mis en œuvre par les pouvoirs publics sous l’égide du Président de la République, constitue un temps fort pour l’ensemble de la Nation. Depuis 2024, le Service des archives économiques et financières s’associe à cette démarche et vous propose une série de Documents du mois exceptionnels. Ce mois-ci, à travers un document de la direction de la Dette publique, nous nous intéressons à l'histoire économique de la Libération.

Il est bon d’avoir un trésor !

Les bons du Trésor sont des titres d'emprunts émis par l'État, par l'intermédiaire du Trésor public remboursables à échéance. L'acheteur d'un bon du Trésor se retrouve donc créancier de l'État. L'État s'engage alors à le rembourser à une échéance déterminée et à lui verser régulièrement des intérêts avant cette échéance.

Les premiers « bons du Trésor » français ont été mis en place une ordonnance du 4 août 1824 par le baron Louis, ministre des Finances de Louis XVIII. Ils portaient un taux d'intérêt variable, croissant avec leur durée.

Jusqu'en 1914, les bons du Trésor sont un moyen de financement de la trésorerie essentiellement réservé aux banques et à certaines entreprises. Jusqu'en 1914, ils constituaient la dette à court terme ou dette flottante de l’État. A partir d'un décret du 13 septembre 1914, le Trésor émet de manière permanente et sans plafonnement des bons auprès du grand public.

Durant la Première Guerre mondiale, un système tel que le Trésor réussissant à capter l'épargne de ses correspondants et à l'employer pour financer le déficit public est mis en place. En 1936, Vincent Auriol, ministre des Finances du Front populaire, constate la fragilité du système de financement des déficits publics de la France et que le renouvellement de la souscription aux bons du Trésor n'est jamais garanti. La crainte de ne pouvoir financer le déficit traverse le régime de Vichy.

L'occupation du territoire par l'Allemagne durant de la Seconde Guerre mondiale laisse la France exsangue, posant avec force la question des moyens de financement de l'économie française. L'étroitesse des marchés financiers de l'époque empêche l’État de s'approvisionner en capitaux dans les proportions nécessaires. Le ministère des Finances met alors en place une architecture économique appelée « circuit du Trésor ». Entre 1940 et 1944, 490 milliards de francs français de bons du Trésor sont émis et achetés, notamment par des institutions financières, permettant au Trésor de drainer l'épargne disponible. La Caisse des dépôts et consignations est le premier acheteur de titres de dette publique.

À la Libération le circuit du Trésor fonctionne toujours. Le Trésor ne peut se tourner vers les marchés financiers pour financer la reconstruction de l'économie car ceux-ci sont peu profonds et souffrent d'une inadéquation entre des fonds massifs de court terme et des fonds plus rares pouvant être investis à long terme. Émis en novembre 1944 au nom du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), un emprunt lève 164,4 milliards de francs. Il vise à résoudre les gros problèmes économiques que connaît le pays dirigé par un gouvernement provisoire, alors que la Seconde Guerre mondiale n'est pas terminée.

Une ordonnance du 13 avril 1945 dissocie les bons du Trésor sur formules, destinés au grand public, des bons en comptes courants, destinés aux banques et aux organismes financiers. Elle oblige ceux-ci à déposer en comptes courants à la Banque de France les bons du Trésor qu'ils détiennent en portefeuille. Un arrêté du 15 octobre 1947 met fin à l’émission des bons du Trésor de la Libération dont un spécimen est représenté ici.

Pour aller plus loin

Sélection d'ouvrages de la bibliothèque historique du SAEF :

L'année politique : 1944-1945. Revue chronologique des principaux faits et sociaux de la France de la Libération au 31 décembre 1945 / préf.  de André Siegfried. – Paris : Le Grand Siècle, 1946. – 1 vol. : 563 p. ; 18 cm. (CHEFF NC 0138)

La Situation économique et financière de la France après la guerre, depuis la Libération jusqu'au début de 1949 par la Banque des règlements internationaux. – Bâle : [s.n.], 1949. – 1 vol. : graph. ; 29 cm. (CHEFF BH RB 4° 1475 (1))

La libération de la France : comment la France fut occupée, comment la France fut libérée, 1940-1945 / par J. Joubert. – Paris : Payot, 1951. – 1 vol. : 201 p. ; 22 cm. (335.344 JOU / MAG)

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