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Août 2026
Dewamin-Florange : la collection qui a mis la Guyane sur la carte.
La collection de documents historiques monétaires et financiers constituée par Émile Dewamin (1851-1919), célèbre collectionneur et numismate, représente un ensemble patrimonial de premier ordre. Au début des années 1920, ce fonds a été acquis par le numismate Charles Florange qui s'est attaché à le compléter jusqu'en 1941. Par la suite, cet ensemble d'exception a été acquis par la Monnaie de Paris en 1989, marquant une étape clé pour sa préservation institutionnelle. Désormais conservés par le Service des Archives Économiques et Financières (SAEF), les dix-huit albums originaux qui composent cette prestigieuse collection ont fait l’objet d'une importante opération de restauration et de numérisation en 2023. Cette démarche de valorisation permet aujourd'hui d'assurer la pérennité de ces documents rares et d'en faciliter l'accès, ouvrant la voie à la découverte d’un fonds d’une grande richesse historique.
Parmi les pièces remarquables liées à l'histoire coloniale de ce fonds, la carte représentant les côtes de la Guyane, imprimée en 1677, occupe une place de choix. Ce document a été dessiné d’après les indications du célèbre géographe Pierre Duval. Il atteste des ambitions cartographiques et géopolitiques de l'époque. Habitée depuis des millénaires par des peuples autochtones, la côte guyanaise est longée par Christophe Colomb en 1498 et abordée par Vincent Pinson en 1500. Ce territoire suscite très vite la convoitise des puissances européennes qui cherchent à s’y installer. Dès 1503, des colons français tentent de s’établir dans la zone de Cayenne. Outre les voyages des Français comme celui de Nicolas Guimestre en 1539, Anglais et Néerlandais intensifient leur exploration de la Guyane à la fin du XVIe siècle. Toutefois, les implantations européennes débutent véritablement au XVIIe siècle par des occupations ponctuelles des embouchures fluviales. Ces occupations sont partagées entre la France, l'Angleterre et les Provinces-Unies (aujourd’hui les Pays-Bas).
C'est dans ce contexte de rivalités coloniales qu'en 1604 la Guyane prend officiellement le nom de « France équinoxiale », une mention historique que l'on retrouve d'ailleurs orthographiée « equinoctiale » sur la carte de 1677. Après des décennies de disputes territoriales féroces, les Français réussissent à s'installer de manière définitive en 1676, soit un an seulement avant l'impression de notre document du mois. L'ancrage de la Guyane dans l'espace national s'est ensuite profondément transformé au fil des siècles.
L'histoire de la Guyane française est profondément marquée par d’importants projets de colonisation et le développement d'une économie esclavagiste. Après l'abolition définitive de l'esclavage en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte instaure les bagnes de Guyane en 1852 pour remplacer la main-d'œuvre servile et éloigner les criminels (ainsi que ses opposants politiques) de la métropole. En 1946, la loi du 19 mars met fin à ce statut colonial et au bagne, la Guyane devenant alors un département d'Outre-Mer. Lors des réformes institutionnelles de 2016, elle est devenue une collectivité territoriale unique, fusionnant ses compétences départementales et régionales. Aujourd’hui deuxième plus grande région de France mais présentant des enjeux économiques, sociaux et environnementaux majeurs, ce territoire cherche à préserver un héritage historique unique dont la carte de la collection Dewamin reste un précieux témoignage.
Pour aller plus loin
Sélection d'ouvrages de la bibliothèque historique du SAEF :
Précis historique de l'expédition du Kourou (Guyane française), 1763-1765 / par Ministère des colonies (France). – Paris : Imprimerie nationale, 1841. – 1 vol. : 70-24 p. ; 22 cm. (722 PRE 1841)
Notice historique sur la Guyane française / par H. Ternaux Compans. – Paris : Firmin Didot, 1843. – 1 vol. : 190 p., 22 cm. (722 TER 1843)
Les richesses de la Guyane française / par H.-A. Coudreau, préf. de A. Houry. – Cayenne : Imprimerie du gouvernement, 1883. – 1 vol. : 176 p. ; 24 cm. (722 COU 1883)
La vie matérielle des noirs réfugiés Boni et des indiens Wayana du Haut-Maroni (Guyane française : agriculture, économie et habitat) / Jean Hurault. – Paris : ORSTOM, 1965. – 1 vol. : 142 p., 27 cm. (722.5 HUR)