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L’arbre ne cache pas la forêt

Médaille d'honneur des Eaux et Forêts (1934)
René MATHIS, La Médaille d'Honneur des Eaux et Forêts (1883-1933), Moulins : Crépin-Leblond, 1934. SAEF, MONNAIE 8° 3634 (Fonds de la bibliothèque historique)

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Mai 2026

L’arbre ne cache pas la forêt

Entre le promeneur, le chasseur et l’exploitant forestier, la gestion de la forêt, c’est l’art de conjuguer le rythme séculaire de l’arbre au pas pressé de l’homme. C’est à l’Office national des forêts (ONF) que revient la charge de perpétuer l’héritage de missions initiées plusieurs siècles plus tôt.

Les forêts constituent un enjeu de pouvoir et ont d’abord été considérées comme un espace de droit seigneurial réservé à la chasse et à la pâture. La royauté mesure cependant très vite la valeur stratégique du bois dans le chauffage, la construction navale et l’industrie. Les premiers officiers chargés de la surveillance des domaines forestiers royaux apparaissent durant le règne de Charlemagne. C’est cependant en 1291 que Philippe le Bel promulgue une ordonnance créant officiellement les Maîtres des Eaux et Forêts. Les officiers royaux luttent alors contre les pratiques illégales de la paysannerie ou le braconnage, assurant également la surveillance des coupes et du ramassage du bois.

La deuxième ordonnance majeure, proclamée en 1376 par Charles V, pose les bases du règlement des Eaux et Forêts. L’ordonnance limite les coupes, introduit l’obligation de préserver les jeunes arbres pour le renouvellement des forêts, réduit les droits des populations à ramasser du bois ou faire paître le bétail. Le texte précise aussi les responsabilités des maîtres forestiers, verdiers, gruyers et sergents, créant un réseau de contrôle sur tout le territoire royal. La corruption et le laxisme de l’administration entraînent cependant une surexploitation des forêts et une pénurie de bois. Durant le règne de Louis XIV, cette pénurie est un frein à l’essor de la Marine royale. Jean-Baptiste Colbert fait alors promulguer l’ordonnance de 1669 « sur le fait des Eaux et Forêts ». Elle constitue un code forestier unifiant les pratiques du royaume. Les gardes, portant l'uniforme et l'épée, symbolisent l'autorité royale face aux communautés rurales souvent hostiles aux restrictions.

L’exploitation anarchique des forêts recommence à la mort de Colbert et de Louis XIV. Après des années de déclin forestier, le règne de Napoléon Ier puis la Restauration marquent une nouvelle réorganisation administrative. L’École Royale Forestière de Nancy est créée en 1824, le Code forestier est promulgué en 1827 et le corps des gardes est militarisé par la constitution des unités de « chasseurs forestiers » en 1832. Les préposés des Eaux et Forêts deviennent des ingénieurs d’État qui s’appuient sur les techniques d'exploitation des forêts pour permettre leur conservation et leur régénération. Le paysage français est modifié lors de grandes campagnes de reboisement aux XIXe et XXe siècles pour lutter contre l’avancée des dunes sur la côte Atlantique ou l’érosion et les inondations dans les Alpes et les Pyrénées.

Cette longue professionnalisation de l’administration des Eaux et Forêts trouve une reconnaissance avec la création des médailles d’honneur des Eaux et Forêts en 1883. Comme le montrent les modèles présentés ici (faces et revers de différents types), ces décorations récompensent les agents pour leur ancienneté et leur engagement au service de l’administration forestière. L’inscription « Honneur et Dévouement » témoigne de la valeur morale associée à ces fonctions. Notre document du mois porte sur trois types de médailles qui se sont succédés. Le 1er type fut décerné 508 fois du 23 octobre 1883 au 31 décembre 1893. Œuvre du graveur français Tasset, les médailles portent le nom et prénom du décoré. Le 2e type fut octroyé à 627 forestiers entre le 26 juillet 1894 et le 11 août 1905. La mention du nom et prénom du décoré ne figure plus sur les médailles mais l’attention est portée à l’esthétisme avec la tête ailée de République. Le graveur et sculpteur Ponscarme a notamment utilisé cette représentation sur les médailles des Eaux et Forêts (2e et 3e types), des Douanes, des Contributions indirectes et du Service de Santé militaire. Le 3e type fut distribué du 6 août 1906 au 24 janvier 1933. L’inscription « Direction générale des Eaux et Forêts » se substitue à « Direction des Forêts ».

Pour aller plus loin

Sélection d’ouvrages de la bibliothèque historique du SAEF :

La Médaille d'Honneur des Eaux et Forêts.../ par R. Mathis. – Moulins : Crépin-Leblond, 1934.- 1 vol. : 39 p., 1 pl. ; 25,5 x 16,5 cm (MONNAIE 8° 3634)

Recueil chronologique des règlements sur les forêts, la chasse et la pêche ; contenant les lois, ordonnances royales, arrêts de la cour de cassation, décisions ministérielles, les circulaires et instructions administratives. Tome 5 / par Pierre-Etienne Herbin de Halle. – Paris : Arthus Bertrand, 1835. – 1 vol. : 641 p. ; 28 cm (CHEFF NC 2710)

Les Droits d'usage dans les forêts. De l'administration des bois communaux et de l'affouage / par Edouard Meaume. – Paris : Auguste Durand, Libraire, 1851.- 2 vol., [8]-482 p. et 484 p. ; in-8° 21 cm (CHEFF BH 8° 1153 1-2)

État des forêts en France : travaux à faire et mesures à prendre pour le rétablir dans les conditions normales / par Louis Tassy. – Paris : O. Doin, 1887. – 3è édition. – 1 vol. : 116 p. ; 22 cm (525 TAS 1887)

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