Service des archives économiques et financières

Tapage nocturne

Fiche de notation (1945)
SAEF, 1C-0032551 (fonds de l’Institut national de la statistique et des études économiques)

Visualisez l'intégralité du document et du décret d'attribution de la médaille de la Résistance française  (pdf - 496 Ko)

Les rendez-vous mensuels avec le document du mois sont l’occasion de faire connaissance avec des personnages ou des faits marquants ou inattendus dont le SAEF conserve la trace. Ce mois-ci nous poursuivons le cycle débuté en avril 2025 en vous proposant de rencontrer une nouvelle Grande figure de l’histoire économique et financière. Personnages connus ou méconnus, ces personnalités ont toutes un lien avec la sphère économie-finances.

Découvrons aujourd’hui le parcours de Germaine Lelong (1917-2015).

Les Grandes figures de l’histoire économique et financière : « tapage » nocturne.

La question des données statistiques intéresse l'État depuis longtemps. Ainsi, un premier bureau de statistique, rattaché au ministère de l'Intérieur, existe entre 1800 et 1812. En 1833 est créé au ministère du Commerce un bureau de statistique générale, qui prend en 1840 le nom qu'il gardera pendant un siècle : Statistique générale de la France (SGF). Devenue une sous-direction, la SGF est rattachée à la Présidence du Conseil de 1930 à 1936, avant de devenir un service du ministère de l'Économie nationale. En 1941, le service national des statistiques (SNS) est créé au sein du ministère de l’Économie. Il résulte de la fusion de divers services existants : la SGF, le service d'observation économique (créé en 1937), l'Institut de conjoncture (créé en 1938) et le service de la démographie (créé en 1940 à partir des anciens bureaux de recrutement de l'armée).

Germaine Lelong, dont la fiche de notation pour 1945 est présentée ici, rejoint l'administration en 1938 en tant que secrétaire au bureau de recrutement de l’armée à Rouen. Elle est ensuite affectée comme commis au service de la démographie en novembre 1940, puis à la direction générale du SNS à Lyon en octobre 1941.

Les archives conservées au SAEF nous dévoilent les travaux clandestins qu’elle mène au sein de la Résistance en tant que sténodactylo assumant « souvent par un travail de nuit, le tapage de toutes les lettres secrètes […] et de tous les documents correspondant à la préparation de la mobilisation des effectifs. » Elle dactylographie notamment les listes de fausses identités établies au profit du service de renseignement interallié et de la Résistance.

Son mari, Roger, qui assure quant à lui la direction technique de l'imprimerie de la direction générale, procède personnellement à l'impression de documents secrets. Le couple prend aussi le risque de cacher à leur domicile des documents aussi confidentiels que compromettants.

Après l'arrestation et la déportation en 1944 de René Carmille, le créateur et organisateur du SNS, et alors que le service est l'objet de nombreuses visites de la Gestapo, il est proposé à Germaine Lelong d'abandonner son activité dangereuse. Elle s'y refuse obstinément.

En novembre 1946, elle reçoit la médaille de la Résistance française. Instituée, à Londres, par ordonnance du 9 février 1943 du général de Gaulle, l’objet de cette distinction est de « reconnaître les actes remarquables de foi et de courage qui, en France, dans l'Empire et à l'étranger, auront contribué à la résistance du peuple français contre l'ennemi et contre ses complices depuis le 18 juin 1940 ». La même année, au moment où une fusion du service national de la statistique avec les services d'études économiques et de documentation du ministère de l'Économie nationale donne naissance à la direction générale de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), Germaine Lelong, alors en poste à Rouen depuis l’année précédente, demande sa mise en disponibilité pour élever ses enfants, avant de démissionner en 1948. Elle reprendra une activité professionnelle en 1955 en rejoignant l'Agence française pour l’accroissement de la productivité (AFPA), dépendant du ministère de l'Économie et dont l'objet était de concourir à la réalisation des programmes liés à la productivité dans tous les domaines d'activité.

Pour aller plus loin

Sélection d'ouvrages de la bibliothèque historique du SAEF :
50 ans d'INSEE ou la conquête du chiffre : 1946-1996 / par l’Institut national de la statistique et des études économiques (France). – Paris : INSEE, 1996. – 1 vol. : 220 p. ; 29 cm. (CHEFF NC 3662)

L'INSEE des origines à 1961 : évolution et relation avec la réalité économique, politique et sociale / par Béatrice Touchelay. – Paris : Faculté des lettres de Paris XII, 1993. – 2 vol. : 741 p. ; 30 cm. (111.1 TOU)

Les Résistants. De la guerre de l'ombre aux allées du pouvoir, 1944-1989 / par Roger Faligot et Rémi Kauffer. – Paris : Fayard, 1989. – 1 vol. : 669 p. ; 23,5 cm. (CHEFF NC 1374)

A travers les barreaux : récits d’évasion de résistants / par Philippe Lacarrière. – Paris : Éditions LBM, 2005.- 1 vol. : 238 p. ; 24 cm. (171.3 LAC)

Les volontaires de l'aube / par Philippe Lacarrière. – Paris : Éditions du Félin, 1999. – 1 vol. : 334 p. ; 24 cm. (171.3 LAC)

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