L'IGPDE et le Comité pour l’histoire économique et financière de la France (CHEFF) organisent le 24 septembre 2026 un colloque international sur la guerre économique, en France, en Europe et dans le monde. De l’Ancien Régime à nos jours.
Le colloque réunit des spécialistes français et étrangers de ces questions, ainsi que des jeunes chercheuses et chercheurs, de plusieurs disciplines (histoire, économie, droit, sociologie).
Un deuxième colloque sur ce thème se tiendra en mars 2027.
Dans quelles situations, hors périodes de guerre ouverte, peut-on parler de guerre économique ? L’histoire moderne et contemporaine (du XVIIe siècle au XXIe siècle) nous donne à voir, en dehors des conflits armés, des fluctuations entre des phases d’affrontements économiques lato sensu sous des modalités diverses (sanctions ou blocus économiques et financiers, attaques monétaires, hausses des droits de douanes, espionnage industriel, piratage technologique, etc.) et, à l’inverse, des périodes de négociations et de coopérations économiques. En tentant d’aborder ces épisodes, on devrait pouvoir trouver des réponses à différentes questions relatives aux guerres économiques : quelles formes ont-elles prises au cours de l’histoire ? Quelles furent leurs causes et leurs conséquences ? Le protectionnisme est-il une doctrine figée ou des pratiques qui évoluent dans le temps ? Qu’est-ce qu’une arme économique ? Dans quels cas, une guerre économique dégénère-t-elle en une guerre militaire ? Comment gagner une guerre économique ? Comment en sortir ?
En répondant à ces questions et à d’autres, ces deux journées de colloque pourront non seulement apporter des éléments à la communauté scientifique, mais également éclairer les services de Bercy, en particulier la DGDDI, la DGE et la DGT, sur les précédents conflits économiques et les voies de sortie de ces conflits.
Les actes des deux journées seront publiés aux Éditions IGPDE-CHEFF.
La première journée sera divisée en trois sessions. La première session abordera les tensions entre protectionnismes et mondialisations. La deuxième prendra comme exemple de composante de la guerre économique la guerre des monnaies. Enfin, une troisième session sera consacrée à une synthèse de la journée et à une discussion avec la salle afin de prendre compte les attentes du public et ainsi préciser le périmètre de la deuxième journée du colloque. Celle-ci, prévue en mars 2027, devrait rassembler des études réparties en trois sessions, consacrées respectivement aux guerres économiques ouvertes, aux outils de défense économique et, enfin, aux initiatives de pacification économique.
24 septembre 2026
Animation de la journée :Tiphaine de Rocquigny, journaliste économique
9 h 30 – 9 h 40 Ouverture du colloque
Aurélie Lapidus, secrétaire générale du ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique
9 h 40 – 9h 45 Mot d’accueil
Marie Niedergang, directrice générale de l’IGPDE
9 h 45 – 10 h 00 Introduction générale
Fabien Cardoni, chargé d’études historiques HDR à l’IGPDE
Michel Margairaz, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 1 Panthéon Sorbonne, membre du Comité pour l’histoire économique et financière de la France
10 h 00 – 12 h 30 Table ronde 1
Le mercantilisme et le capitalisme mènent-il à des guerres économiques ?
Présidente : Nathalie Georges, cheffe du service des Politiques macroéconomiques et des Affaires européennes de la direction générale du Trésor
- Le malaise des économistes envers la notion de guerre économique
Ghislain Deleplace, professeur émérite d’économie, université de Paris 8 Vincennes Saint-Denis
- Le protectionnisme à la française dans le second XIXe siècle est-il une forme de guerre ou de pacification économique ?
Francis Démier, professeur émérite d’histoire contemporaine, université de Paris Nanterre
- XXe siècle et mondialisations économiques : une guerre évitée mais une paix impossible
Michel Margairaz, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 1 Panthéon Sorbonne, membre du Comité pour l’histoire économique et financière de la France
- De la guerre froide à la mondialisation (1979-2001) : la montée en puissance de l'arme économique
Bertrand Claverie, doctorant en économie, université de Bordeaux
Julien Goulesque, doctorant en économie, université de Bordeaux
Questions
12 h 30 – 14 h 30 Cocktail déjeunatoire
14 h 30 – 15 h 45 Discussion générale avec la salle
15 h 45 – 16 h 00 Pause
16 h 00 – 17 h 45 Table ronde 2
Les guerres des monnaies ou la guerre économique permanente ?
Président : Jacques de Larosière, gouverneur de la Banque de France
- Le combat diplomatique contre les faux assignats dans les États neutres (Suisse et Italie) durant les guerres révolutionnaires
Virginie Martin, maîtresse de conférences en histoire moderne, université Paris 1 Panthéon Sorbonne
- La monnaie, une arme de guerre économique et politique dans les relations internationales entre 1918 et 1939
Robert Frank, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 1 Panthéon Sorbonne
Hélène de Largentaye, docteure en économie, université de Cambridge
Christian de Boissieu, professeur émérite d’économie, université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, ancien membre du Comité pour l’histoire économique et financière de la France
Questions
17 h 45 – 18 h 00 Fermeture du colloque
Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique (sous réserve)
Résumés des communications de la table ronde 1
Le malaise des économistes envers la notion de guerre économique
Ghislain Deleplace, Université Paris 8-LED
Il y a deux façons d’envisager la notion de guerre économique : l’économie de guerre et l’économie comme guerre. L’économie comme guerre est pour un économiste une contradiction dans les termes. L’économie politique s’est constituée au XVIIIe siècle comme science autonome sur un double postulat : 1) La société repose sur le fonctionnement des marchés, non sur l’intervention de l’État ; 2) Le fonctionnement des marchés obéit à la logique de l’équilibre, selon laquelle les disproportions sont corrigées tendanciellement par des ajustements de prix. La libre concurrence, oui ; la guerre, non. Ce cadre de pensée autorise certes les économistes à parler d’économie de guerre, précisément parce que, pendant la guerre, le fonctionnement des marchés est subordonné à un État qui retrouve un rôle central dans la société, et l’économie n’est plus appréhendée à l’aune de sa stabilité mais d’un objectif extrinsèque : la victoire. En revanche, les fondements mêmes de sa discipline rendent l’économie comme guerre impensable pour un économiste : c’est une idée d’historien, pas d’économiste.
Comme cependant les économistes ont l’ambition de parler du monde tel qu’il est – et pas seulement du monde tel qu’ils le construisent – ils ont développé une stratégie leur permettant d’aborder ce sujet de façon détournée, en termes d’asymétries génératrices de déséquilibres. Pour conserver une cohérence avec les fondements de leur discipline, ils sont obligés d’analyser ces phénomènes comme résultant d’obstacles à la libre concurrence, qui reste la référence. La guerre économique est alors une métaphore pour parler d’un écart à l’équilibre. Cette stratégie n’a pas pour seule conséquence d’obliger les économistes à des contorsions théoriques ; elle révèle aussi des apories dans les fondements mêmes de la discipline, qui compromettent sa prétention à être la science sociale par excellence.
Ma communication vise à développer ces aspects à propos des trois champs dans lesquels les économistes sont confrontés à la notion de guerre économique : celui des marchandises (la guerre commerciale), celui des capitaux (la guerre capitaliste), et celui des monnaies (la guerre monétaire).
Le protectionnisme à la française dans le second XIXe siècle est-il une forme de guerre ou de pacification économique ?
Francis Démier, professeur émérite d’histoire contemporaine, membre de l’UMR CNRS Institut des sciences sociales du politique.
Dans le lien entre échanges commerciaux et diplomatie, le coup d’État de 1851, est le véritable tournant vers le second XIXe siècle car il conjugue la fin d’un protectionnisme inauguré en 1806 dans un contexte de guerre européenne et le traité de 1860 qui tisse un rapprochement avec l’Angleterre, nouvel équilibre global voulu par l’empereur, et annoncé dans les congrès de la paix (1849) et l’Exposition du Crystal palace (1851). Ce changement reste acquis jusqu’à la fin des années 1880 ; Bismarck en fait y est favorable et il est préservé par les républicains. Les négociations des accords de commerce de 1881 à 1892 n’apportent pas de véritable changement sauf dans le domaine agricole. Méline prend soin de maintenir l’ouverture commerciale de la République. Le tournant important est celui du tarif allemand très protectionniste de 1902 auquel la France n’était pas préparée. La république radicale eut le souci, toutefois, de ne pas lier la tension politique et militaire entre la France et l’Allemagne aux échanges commerciaux. L’intervention des diplomates (Londres, Rome, Berlin) soucieux de préserver les alliances, celle des chambres de commerce, des interventions d’hommes d’affaires (E. Lantier, S. Derville), des lobbies, au-delà des déclarations intempestives et des protestations bruyantes, prirent soin de ne pas faire de la question des échanges commerciaux une source affichée de conflit armé. Au contraire, la prudence l’emporta et le tarif français de 1910 resta sur un registre défensif.
XXe siècle et mondialisations économiques : une guerre évitée mais une paix impossible
Michel Margairaz, IDHE.S
Je propose d’éclairer les fluctuations de la tension entre guerre et pacification économique sur le long XXe siècle (années 1880-1990, guerres ouvertes exceptées) en l’inscrivant au cœur de l’interaction de 3 facteurs inspirés de l’histoire financière :
1. La mondialisation des marchandises et des capitaux plus ou moins intense selon les séquences de la période
2. L’existence d’une puissance économique et financière hégémonique plus ou moins pacifique ou, à l’inverse, d’une lutte incertaine entre puissances pour l’hégémonie
3. Les distorsions éventuelles entre puissance monétaire hégémonique et puissances économiques
De la guerre froide à la mondialisation : la montée en puissance de l'arme économique (1979-2001)
Bertrand Claverie, doctorant en économie, université de Bordeaux
Julien Goulesque, doctorant en économie, université de Bordeaux
La stratégie américaine d’endiguement (containment) de l’URSS formulée à partir de 1947 (Kennan), annonce les contours de la guerre économique majeure qui caractérise l’ordre international de l’après-guerre. Cette stratégie mobilise une large gamme d’instruments économiques : l’arme pétrolière (rapprochement Riyad-Washington au milieu des années 1980) ; la course aux armements (Initiative de défense stratégique lancée en 1983) ; le verrouillage technologique à travers le contrôle des exportations (Cocom) ; ou l’arme énergétique (embargo américain visant le gazoduc euro-sibérien en 1981-1982). Associées aux difficultés structurelles de l’économie planifiée soviétique à soutenir la concurrence occidentale en matière d’innovation, de productivité et de niveau de vie, ainsi qu’à la montée des contestations internes (Solidarnosc), ces pressions contribuent à l’érosion du modèle socialiste. Les réformes de la glasnost et la perestroïka en 1985 et 1986 ne parviendront pas à inverser la trajectoire d’une défaite économique, davantage que militaire.
Parallèlement, la Chine bénéficie de l’ouverture diplomatique initiée sous Nixon, puis des réformes économiques et la création de zones économiques spéciales sous l’impulsion de Deng Xiaoping. En jouant la carte chinoise, Washington cherche à isoler Moscou, mais ne mesure pas que cette stratégue contribue à l’émergence de son unique rival stratégique au début du XXIe siècle. L’adhésion de la Chine à l’OMC en 2001 parachève son intégration à l’économie mondialisée et marque une étape décisive dans son affirmation comme une puissance (globale) industrielle et commerciale.
L’intégration économique européenne sur la même période (Acte unique européen en 1986, marché intérieur en 1993) consolide le poids économique du bloc occidental. Néanmoins, ce resserrement n’efface pas les divergences d’intérêts entre alliés. La réaction hésitante des Européens face aux tentatives américaines d’entraver la construction du gazoduc euro-sibérien témoigne déjà des tensions suscitées par la dépendance énergétique de l’Europe aux hydrocarbures russes. Enfin, la guerre économique ne se pratique pas qu’entre adversaires, mais également entre alliés quand des intérêts stratégiques sont perçus comme menacés. La rivalité nippo-américaine des années 1980 l’illustre bien (Accords du Plaza (1985), quotas sur semi-conducteurs (1986) et RVE sur les automobiles). Menée sans déclaration formelle ni traité de paix, inscrite dans le temps long, sans poudre ni canon, la guerre économique se distingue de la guerre conventionnelle. Elle s’en rapproche néanmoins lorsqu’elle contribue à remodeler durablement l’ordre des puissances internationales ou lorsqu’elle finit par produire des effets contraires aux intérêts de ceux qui l’ont initiée.
Résumés des communications de la table ronde 2
Le combat diplomatique contre les faux assignats dans les États neutres (Suisse et Italie) durant les guerres révolutionnaires
Virginie Martin, maîtresse de conférences en histoire moderne, université Paris 1 Panthéon Sorbonne
Dans l’Europe des guerres révolutionnaires, la fabrication et le débit de faux assignats attentent à la souveraineté autant qu’aux échanges de la République française. Amplement mobilisée par les émigrés et les belligérants, cette gangrène monétaire « contre-révolutionnaire » demeure largement méconnue. Cette communication se propose d’interroger les formes et les limites de l’action diplomatique déployée dans et depuis les États neutres pour lutter contre cette contrefaçon transnationale de papier-monnaie.
La monnaie, une arme de guerre économique et politique dans les relations internationales entre 1918 et 1939
Robert Frank, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 1 Panthéon Sorbonne
La Grande Guerre, en lançant l’inflation et en mettant fin à une stabilité monétaire séculaire, change le statut de la monnaie dans les relations internationales, puisqu’elle devient brusquement un outil de la diplomatie, voire une arme de la puissance. La question est de savoir si l’utilisation de « l’arme monétaire » débouche automatiquement sur une « guerre monétaire ». Bien plus, est-ce qu’une guerre des monnaies est forcément une composante d’une « guerre économique » ? Tout dépend du sens que l’on donne à cette dernière expression : est-ce une « guerre » au sens métaphorique du terme pour obtenir des avantages seulement économiques et, pacifiquement, une meilleure place dans l’économie mondiale ? ou est-ce une guerre selon l’acception clausewitzienne, c’est-à-dire à but politique, consistant à imposer sa volonté à un ennemi potentiel sans avoir à recourir aux « fusils, aux mitrailleuses et aux canons » ?
La communication tentera de répondre à ces questions à travers plusieurs exemples d’utilisation de l’arme monétaire entre les deux guerres. Au moment où Raymond Poincaré semble gagner la bataille de la Ruhr en 1923 grâce à l’emploi de la force armée, la spéculation allemande, britannique et américaine sur les changes en 1924 lui fait perdre cette petite guerre militaire en provoquant une baisse soudaine du franc de 48 % du franc : le chef du gouvernement français est dès lors contraint à un recul politique et doit accepter une solution anglo-américaine de sortie de crise. Comment ensuite qualifier la revanche monétaire de Poincaré quand, revenant au pouvoir en 1926, il stabilise le franc et fragilise à la fois la livre et l’Angleterre ? Quelle est la nature de la guerre entre la livre et le dollar depuis 1931 jusqu’à la paix monétaire conclue entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France en 1936 ? Précisément, cette notion de « paix monétaire » entre les démocraties ne nous éclaire-t-elle pas sur celle de « guerre monétaire » ? Celle de 1936 avait-elle pour but de s’élargir à l’Allemagne pour conduire à un apaisement et à une paix politique ? ou visait-elle au contraire à renforcer le camp des démocraties – la paix entre elles – pour mieux contrer et affaiblir les États totalitaires ?
Le facteur « temps » est absolument à prendre en considération. La plupart de ces expériences monétaires, parce qu’elles sont alors inédites, commencent dans l’improvisation face à une bourrasque sur le marché des changes et c’est seulement « en marchant », dans une deuxième étape, que les décideurs comprennent – pas toujours – comment tirer parti de la tempête pour faire de leur monnaie une arme contre les « autres », soit en faveur de leur économie, soit dans un but franchement politique.
Bretton Woods, juillet 1944 : paix et guerre monétaires entre les nations
Hélène de Largentaye, docteure en économie, université de Cambridge
L’histoire de l’accord de Bretton Woods (1944) montre comment les Etats-Unis façonnèrent à leur avantage le nouveau régime de l’étalon de change-or fondé sur la convertibilité des monnaies, la fixité des taux de changes et l’ouverture des échanges commerciaux. À partir des années 1960, les États-Unis transgressèrent cet accord de manière croissante jusqu’à ce que le président Nixon déclare le dollar inconvertible le 15 août 1971. Cette date marque la fin de ce régime et le début de celui de l’étalon- dollar. Quelles leçons tirer de cette évolution ?
La guerre des monnaies, pivot de la guerre économique depuis les années 1990
Christian de Boissieu, professeur émérite d’économie, université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, ancien membre du Comité pour l’histoire économique et financière de la France
La guerre économique fait référence à des antagonismes aigus et à des affrontements intenses entre des pays, qui sont susceptibles de concerner les différentes dimensions du champ économique. Par l’idée de conflit qu’elle véhicule, elle représente un saut qualitatif en comparaison d’une configuration de concurrence, qui prévaut par définition en économie ouverte. Si la guerre économique a pour objectif de profiter de la concurrence et de déformer les parts de marché à son avantage, toute situation de concurrence même aiguisée ne peut pas pour autant, sauf abus de langage, être qualifiée de « guerre ».
Parmi les différentes dimensions de la guerre économique, figurent en bonne place la guerre commerciale et la guerre des monnaies. La guerre commerciale, dans une optique mercantiliste, vise à améliorer sa balance commerciale en dopant ses exportations, les investissements directs étrangers (IDE)…, via des mesures tarifaires ou non tarifaires. À côté de dispositions offensives, la guerre commerciale débouche le plus souvent sur des mesures protectionnistes, donc défensives. Mais une manière très tentante de renforcer sa compétitivité-prix et ses exportations consiste à jouer le jeu de la dévaluation (en changes fixes) ou de la dépréciation (en changes flottants) de sa monnaie. Les taux de change sont au carrefour de la guerre commerciale et de la guerre des monnaies.
L’objet de cette contribution est, à la lumière d’exemples concrets, d’aborder les différentes facettes de la guerre des monnaies, et d’analyser leurs implications pour les problématiques du pouvoir, de la souveraineté et du contrôle en matière monétaire.
I. Les trois dimensions de la guerre des monnaies
1.1. La guerre des changes
À court terme, les pays qui laissent filer leur taux de change peuvent espérer en profiter au détriment des autres (jeu à somme nulle). À moyen-long terme, tout le monde est perdant (jeu à somme négative), comme l’illustrent les années 1930. La Chine et les États-Unis sont clairement des acteurs de la guerre actuelle des changes. Donald Trump veut absolument faire baisser le dollar, d’où ses pressions pour que la Fed baisse ses taux. Et l’Europe dans tout cela ? Le risque est que l’euro soit la énième monnaie, celle qui doit mécaniquement s’apprécier face à la dépréciation des autres grandes devises (dollar, yuan et peut-être yen). Une telle configuration a déjà été observée dans le passé. Comment éviter son retour ?
1.2. La bataille des monnaies de réserve
Point de départ : les parts de marché des trois monnaies de référence (dollar, euro, yuan) dans les différentes fonctions de la monnaie internationale, et leur évolution.
Derrière les chiffres, les enjeux de l’asymétrie persistante en faveur du dollar :1/ la concentration du seigneuriage ; 2/ le financement des déficits américains : des risques de crises et de discontinuités ? 3/ l’actualité du paradoxe de Triffin ; 4/ l’extra-territorialité des règles américaines.
L’évolution prévisible du système monétaire international : du duopole asymétrique (dollar, euro) vers une triade moins asymétrique (dollar, euro, yuan).
1.3. La guerre monnaies publiques/« monnaies » privées
Les faits et les chiffres : l’essor des cryptos, y compris des stablecoins. Ce ne sont pas de vraies monnaies. Car les cryptos, ne remplissant pas toutes les fonctions traditionnelles de la monnaie, loin de là, représentent une nouvelle classe d’actifs. Ces crypto-actifs sont privés. La monnaie des banques commerciales aussi. Mais la différence centrale reste l’intervention potentielle d’un prêteur de dernier ressort (oui pour les banques de second rang, pas sûr du tout pour les plateformes de cryptos. C’est l’avenir, plus que le droit, qui le dira).
La contribution présentera une interprétation de l’essor des monnaies privées à la lumière de la concurrence monétaire et de la nécessité de construire une théorie qualitative de la monnaie, dépassant les classiques théories quantitatives de la monnaie.
II. Les enjeux de pouvoir, de souveraineté et de contrôle
2.1. La contestation du rôle du dollar et ses limites
Où en est, où va le processus de « dédollarisation » ? Jusqu’à présent, le mouvement est limité. Il pourrait s’accélérer si le recul du billet vert devait s’accentuer. Vu le rôle des BRICS et du Sud global dans la volonté de réduire la place du dollar, c’est le yuan chinois qui, en parts de marché, pourrait en profiter. Mais la transition monétaire relève du long terme, et la prospective géopolitique à long terme n’a rien d’évident.
2.2. La réaction des autorités face à l’essor des cryptos-actifs
Face à la privatisation croissante des paiements accélérée par la révolution digitale et à l’essor des cryptos, les autorités s’efforcent de reprendre la main par deux voies complémentaires :
- la voie de la réglementation : MICA en Europe, lois GENIUS et Clarity aux USA…
- la voie des monnaies numériques de banque centrale (en anglais, CBDC). Une direction empruntée partout, …sauf aux États-Unis. Trump interdit le dollar numérique de détail, et favorise l’essor des stablecoins en dollars.
Il est possible que les divergences d’approches des deux côtés de l’Atlantique aient des conséquences sur l’évolution des parts de marché des principales monnaies de réserve.
Venir au colloque
Inscription gratuite mais obligatoire
Centre de conférences Pierre Mendès France
Ministère économiques et financiers
139 rue de Bercy 75012 Paris
M° Bercy ou Gare de Lyon.
Comité scientifique
- Bertrand Blancheton, professeur d’économie, université de Bordeaux, membre du Comité pour l’histoire économique et financière de la France,
- Christian de Boissieu, professeur émérite d’économie, université Paris 1 Panthéon Sorbonne, ancien membre du Comité pour l’histoire économique et financière de la France,
- Fabien Cardoni, chargé d’études historiques HDR à l’IGPDE,
- Anne Conchon, professeure d’histoire moderne, université Paris 1 Panthéon Sorbonne, membre du Comité pour l’histoire économique et financière de la France,
- Clotilde Druelle-Korn, professeure émérite d’histoire contemporaine, université de Limoges, ancienne membre du Comité pour l’histoire économique et financière de la France,
- Robert Frank, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 1 Panthéon Sorbonne,
- Patrick Fridenson, directeur d’études émérite, École des hautes études en sciences sociales, membre du Comité pour l’histoire économique et financière de la France,
- Michel Margairaz, professeur émérite d’histoire contemporaine, université Paris 1 Panthéon Sorbonne, membre du Comité pour l’histoire économique et financière de la France.