Écrit le 14/01/2026
Anne Le Hénanff, ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique, a tenu une conférence de presse mardi 13 janvier, aux côtés du député Arthur Delaporte et de l’ancien député Stéphane Vojetta, à l’occasion de la remise de leur rapport intitulé « Influence et réseaux sociaux : face aux nouveaux défis, structurer la filière de la création, outiller l’État et mieux protéger », rédigé dans le cadre de la mission gouvernementale qui leur a été confiée par le Premier ministre.
Mort en direct du streamer Jean Promanove ou encore nouvelle fonctionnalité de l’IA Grok permettant de générer des images de personnes dénudées… En l’espace de quelques mois, plusieurs dérives graves ont été mises au jour.
Face aux évolutions rapides des réseaux sociaux et de l’influence, une mission a été confiée au député Arthur Delaporte et à l’ancien député Stéphane Vojetta par François Bayrou, ancien Premier ministre. Déjà mobilisés lors de l’élaboration de la loi influenceur, ils ont remis ce 13 janvier un rapport, fruit de 65 auditions menées auprès de 170 personnes. Le rapport détaille 78 recommandations pour cartographier les nouvelles dérives liées à l’influence et à la création de contenus, identifier les angles morts de la réglementation existante et mieux protéger les internautes en renforçant les moyens de l’État.
L’émergence de nouvelles dérives en ligne
Le rapport établit une cartographie des nouveaux risques pour les internautes liés à l’influence et à la création de contenus, notamment pour les mineurs, particulièrement vulnérables. On peut citer quelques exemples :
- l’envoi d’argent lors de diffusions en direct (lives) sur TikTok, avec des influenceurs qui incitent à réaliser des dons toujours plus importants, exposant à les utilisateurs à des dépenses conséquentes et des comportements addictifs,
- les nombreuses publicités pour inciter les utilisateurs à réaliser à leur tour des lives TikTok avec des promesses de gains importants,
- la vente de produits contrefaits, dangereux ou non conformes à la réglementation européenne sur TikTok shop,
- la vente libre de formations diverses, que ce soit dans le domaine des cryptomonnaies présentant des risques importants de perte d’argent ou encore de coaching par des influenceurs masculinistes propageant des discours misogynes et violents,
- les « dark patterns » de jeux vidéo free-to-play via de fausses promotions, incitant les usagers à acheter rapidement,
- sans oublier l’essor de nouvelles fonctionnalités d’intelligence artificielle permettant de détourner et générer des images à caractère sexuel.
Les rapporteurs soulignent la nécessité d’encadrer, de restreindre l’accès aux mineurs voire d’interdire totalement certaines fonctionnalités, en étendant par exemple la réglementation qui s’applique sur la publicité pour des jeux d’argent, ou encore en s’inspirant de bonnes pratiques mises en place dans d’autres pays européens.
Mieux structurer la filière de la création de contenus
Face à la puissance des plateformes percevant une partie importante des revenus générés en ligne, les rapporteurs pointent l’importance de structurer le secteur de l’influence : ils proposent ainsi de créer une fédération du secteur de l’influence pour protéger les créateurs. Cette fédération aurait pour objectif de défendre les intérêts des créateurs qui perçoivent de manière inégale les bénéfices de leur création. En effet, le rapport indique que près de 85 % des créateurs gagnent moins qu’un SMIC, tandis qu’1 % d’entre eux dépasse les 500 000 euros annuels. Pour mieux structurer le secteur, le rapport préconise également d’encadrer le rôle des agents d’influenceurs via une autorisation préalable d’exercer.
Le rapport recommande d’autre part de mieux encadrer et accompagner les créateurs de contenus d’information, à travers la création d’un label indépendant permettant de garantir la qualité de l’information proposée. Avec 42 % des jeunes européens s’informant d’abord sur les réseaux sociaux, ce label apparaît d’autant plus indispensable dans un paysage où la désinformation est importante avec des actions de déstabilisation de l’opinion publique, et du fait d’algorithmes favorisant les contenus sensationnalistes particulièrement viraux au détriment d’une information fiable et vérifiée.
Face aux menaces réelles qui pèsent sur les influenceurs, le rapport pointe également la nécessité de protéger les données personnelles et la vie privée des créateurs de contenus : un tiers des créateurs ont indiqué avoir déjà été la cible de cyberharcèlement.
Enfin, le secteur public ayant de plus en plus recours aux influenceurs dans leurs actions de communication, une charte éthique commune aux administrations pourrait être mis en place, permettant de garantir le respect de valeurs éthiques et républicaines.
Mieux outiller l’État pour mieux protéger les Français
Parmi les recommandations émises dans le rapport, deux d’entre elles ont d’ores et déjà été identifiées comme prioritaires par le Gouvernement, et devraient être déployées prochainement, à savoir :
- la création d’une plateforme unique de signalement, identifiable par tous et qui permettrait à chacun de signaler les dérives sur des réseaux sociaux. Ce portail serait par ailleurs accessible aux administrations, permettant une meilleure coordination de leur action et un traitement plus efficace des requêtes,
- la mise en place d’un dispositif unique de veille permettant aux administrations d’identifier les nouvelles menaces en ligne et anticiper les dérives pour mieux protéger les Français.
Plus largement, les rapporteurs pointent l’importance de renforcer en moyens humains et techniques des administrations qui régulent le secteur du numérique et la protection des consommateurs en ligne telles que l’Arcom, la DGCCRF ou encore l’AMF. Ils citent ainsi le recours au « scraping » qui permettrait de recueillir les données de manière automatisée et à grande échelle, permettant ainsi de mieux lutter contre les dérives en ligne.
Au-delà de ces moyens humains et techniques, les rapporteurs proposent d’adapter et d’étendre leurs pouvoirs d’enquête et de sanction, permettant par exemple de retirer rapidement un contenu signalé ou encore bloquer certaines offres illégales.