Des ombres au tableau : quand Tracfin enquête sur les opérations illicites dans le secteur de l’art

Écrit le 04/02/2026

Tracfin est le service de renseignement financier de Bercy mobilisé contre les circuits financiers clandestins, le blanchiment d’argent ou encore le financement du terrorisme. « Faire parler l’argent », sa devise, l’amène à enquêter sur un secteur qui pourrait paraître éloigné de son cœur de métier : celui de l’art. Explications.

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Ces dernières années, les déclarations de soupçons reçues par Tracfin qui présentent un lien avec le marché de l’art sont en forte hausse : en 2024, le service a reçu 1 109 déclarations de soupçon, en augmentation de 35 % par rapport à l’année 2023. Une tendance qui s’est confirmée au cours de l’année 2025.

L’art, un secteur vulnérable

Le secteur de l’art est un secteur vulnérable aux risques de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme du fait de plusieurs caractéristiques :

  • les œuvres d’art font l’objet de transactions dans le monde entier,
  • leur valorisation est subjective et peut être très fluctuante,
  • galeristes, négociants, experts … Plusieurs intermédiaires peuvent intervenir lors d’une transaction, permettant de brouiller les pistes,
  • les œuvres peuvent être facilement transportables et stockables,
  • enfin, le milieu est marqué par une forte confidentialité.

L'ensemble de ces éléments en fait un terrain propice à la dissimulation de l'origine illicite de fonds ou à la circulation de capitaux destinés à des activités criminelles.

Pour faire face à ces risques, les professionnels du secteur sont assujettis au dispositif national dit de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT). Concrètement, ils sont soumis dans le cadre de leurs activités à un certain nombre d’obligations, comme le fait de mettre en place des contrôles pour éviter les trafics, et de signaler à Tracfin des situations douteuses via des déclarations de soupçon. La réglementation prévoit également des sanctions en cas de manquement à ces obligations.

Qu’est ce qu’une déclaration de soupçon ?

Certains professionnels, tels que les professionnels des banques et des assurances, les commissaires de justice, les opérateurs de vente ou encore les négociants dans le commerce d’œuvre d’art et d’antiquités, etc. ont l'obligation de signaler à Tracfin les situations dans lesquelles ils ont des raisons de soupçonner être confrontés à un détournement de leurs activités licites à des fins illicites, en rédigeant des déclarations de soupçon (DS) pertinentes et étayées. Les professionnels doivent ainsi transmettre dans les meilleurs délais les informations en lien avec une ou plusieurs opérations suspectes via un formulaire de déclaration de soupçon depuis la plate-forme sécurisée ERMES.

En savoir plus 

Plusieurs cas-types dévoilés 

Les principaux cas types identifiés et traités par Tracfin peuvent être regroupés au sein de cinq catégories :

  • la fraude fiscale : celle-ci consiste à se soustraire délibérément à ses obligations fiscales en utilisant des moyens illégaux pour échapper ou tenter d'échapper à l'impôt. Il s'agit de la principale infraction sous-jacente détectée au travers des déclarations de soupçon liées au marché de l'art,
  • l’abus de bien social, qui caractérise notamment l’usage de biens détenus par une société à des fins personnelles,
  • les escroqueries : dans ce cas de figure, un escroc trompe une ou plusieurs victimes afin d’obtenir de l’argent, un bien ou encore un service,
  • le blanchiment de capitaux qui désigne le processus consistant à réintroduire des fonds obtenus illégalement dans l’économie légale,
  • le financement du terrorisme via des antiquités pillées : dans des zones de conflit, des antiquités sont pillées pour être vendues et financer les actions de groupes terroristes.

Dans sa publication, Tracfin détaille six cas-types, schéma à l’appui, pour comprendre les stratégies déployées dans le secteur de l’art ainsi que les principaux signaux d’alerte qui permettent d’identifier des activités illicites. Elle présente également un exemple d’escroquerie à l’art africain, avec un cas de blanchiment aggravé pour un préjudice global estimé à 600 000 euros. Plusieurs personnes ont ainsi été dupées par des vendeurs d’art africain et ont investi dans des pièces prétendument recherchées, espérant des gains importants à la revente. Or, les pièces expédiées se sont avérées être des copies ou alors n’ont jamais été reçues par les acheteurs.

Cas-type n°1 avec l’exemple de la donation déguisée

La société G a versé 8 millions d’euros à Monsieur A sur un compte à son nom dans un pays connu pour sa fiscalité avantageuse. Ce transfert serait justifié par la vente d’une œuvre d’un artiste connu. 

Il apparaît que le propriétaire de cette toile n’est pas Monsieur A mais son père, Monsieur AA. Ce transfert pourrait donc correspondre à une donation déguisée du père à son fils. 

Par ailleurs, cette œuvre est estimée, un mois avant la vente, à 12 millions d’euros, soit 50 % de plus que le prix de vente. En outre, un an après la vente, cette œuvre ne figure pas dans le catalogue de la société G. Ceci vient renforcer le soupçon d’une opération dont l’objet n’est pas l’acquisition de l’œuvre par la société G. 

Découvrir le premier numéro de FOCUS TRACFIN pour en savoir plus et retrouver les différents cas-types

Élaborés à partir des analyses stratégiques menées par le service de renseignement financier de Bercy, les FOCUS TRACFIN ont pour vocation de fournir, selon une approche thématique, une compréhension approfondie des enjeux relatifs à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT).

Ils proposent notamment des cas typologiques, ainsi que des listes de critères d'alerte, afin de mieux identifier les risques et d'améliorer la vigilance des acteurs concernés.

Les FOCUS TRACFIN seront publiés à une fréquence trimestrielle et uniquement en ligne, sur l'Espace Tracfin.

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