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Remise du rapport « Faire du numérique un accélérateur de diversité »

Sur l'ensemble des territoires, le numérique offre nombre d'opportunités. Pourtant, faute de profils formés, 80 000 emplois n'ont pas été pourvus dans les technologies numériques en 2019, selon le conseil d’orientation pour l’emploi. Aussi, Anthony Babkine, cofondateur de l’association Diversidays, et Salwa Toko, présidente du conseil national du numérique (CNNum), ont remis à Bercy, le 8 septembre, leur rapport « Faire du numérique un accélérateur de diversité ».

© David Monfort - Agence Dagency

Des solutions pour une France numérique davantage diversifiée

Anthony Babkine et Salwa Toko, présidente du conseil national du numérique, ont remis leur rapport à la suite d’une saisine de la ministre du Travail, de la ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances, de la ministre déléguée chargée de la Ville, et du secrétaire d'État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques.

Un travail de terrain

La rédaction du rapport prend appui sur un travail de terrain. 120 acteurs, de différents horizons, ont été consultés :

  • des associations dédiées à l’égalité des chances,
  • des organismes de formation et écoles d’ingénieurs,
  • des acteurs publics, chercheurs, entreprises,
  • des jeunes issus de zones rurales et des quartiers prioritaires de la ville (QPV),
  • des élus qui s’engagent au quotidien dans les QPV et les zones rurales.

© David Monfort - Agence Dagency

De l'importance des perspectives concrètes

L’ensemble des travaux exploratoires et les recommandations du rapport ont été menés en suivant une conviction forte. Ils entendent renforcer l'insertion professionnelle des citoyens des territoires ruraux et des QPV dans les métiers du numérique. Celle-ci est nécessaire pour des raisons économiques, mais surtout pour des raisons d’égalité, d’éthique et de droits fondamentaux.

Anthony Babkine, co-fondateur de Diversidays :

Des talents, il en existe partout sur le territoire, mais il manque souvent trois choses : de l’information sur ces métiers, de l’accompagnement et des passerelles pour accéder facilement à ces formations.

Salwa Toko, Présidente du conseil national du Numérique :

La France est l’un des pays au monde les plus innovants. C’est une force, que nous devons traduire en perspectives concrètes pour notre jeunesse : des formations, des emplois durables, un atout pour un monde qui ne cesse de se renouveler. Le numérique est depuis longtemps incontournable et nous avons un devoir d’aider tous ceux qui le souhaitent à s’en saisir.

Des recommandations concrètes

1er axe : garantir l’information et l’accès à la formation sur les opportunités numériques auprès des profils issus de la diversité

  • Sensibiliser les collégiens aux opportunités du numérique dans le cadre de l’accompagnement à l’orientation prévu dès la 4e
  • Mettre en place une journée ou semaine de sensibilisation nationale autour des métiers du numérique pour renforcer l’accompagnement du choix de l’orientation
  • Lancer un plan d’action pour former les prescripteurs (Pôle emploi, Cap emploi, missions locales...) aux compétences et aux métiers du numérique
  • Créer un baccalauréat professionnel dédié au métier de développeur
  • Inciter les grandes écoles d’informatique et formations au numérique à développer une politique d’ouverture sociale
  • Renforcer l'accès de l'ensemble des élèves et étudiants à l'équipement numérique individuel
  • Élargir l’octroi d’aides financières aux personnes souhaitant suivre une formation numérique qualifiante

2è axe : repenser et mesurer la politique de recrutement pour répondre au manque de diversité dans le numérique

  • Inciter les entreprises à repenser les politiques de recrutement pour lutter contre les stéréotypes discriminatoires
  • Créer un indice afin de mesurer la politique de diversité de l’entreprise à tous les niveaux
  • Mesurer systématiquement la durabilité de l'insertion professionnelle des personnes ayant bénéficié d’un accompagnement (y compris les apprenants) afin de renforcer le financement des actions les plus efficaces

3è axe : renforcer la politique de dynamisation des territoires

  • Créer un groupe de travail national de prospective des besoins en compétences numériques, décliné dans les métropoles French Tech, dans une perspective de redynamisation des territoires
  • Créer et financer des projets expérimentaux incitant les associations d’égalité des chances et de médiation numérique à travailler entre elles pour accompagner les publics dits « invisibles » vers les opportunités du numérique
  • Conditionner les aides et exonérations locales à une embauche territoriale par les entreprises

L'économie du numérique en croissance

Le numérique est un secteur prometteur dont le potentiel, en terme de création d'emplois, ne cesse de grandir.

Cédric O, secrétaire d'État chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques :

En 2019, le numérique était le premier secteur créateur d’emplois et les start-up se développent partout sur le territoire. Ma priorité est que le numérique soit une chance pour chacun et donc que ces emplois soient accessibles à tous. C’est une question d’égalité des chances mais également de compétitivité car c’est de cette diversité de talents que naissent les innovations de demain. Les annonces de France relance en matière de formation aux métiers du numérique doivent être un accélérateur pour que toute la jeunesse, en zones rurale ou en QPV, voit dans le numérique une opportunité.

À la recherche de nouveaux talents

756 000 emplois ne sont pas pourvus dans le numérique dans l'Union européenne en 2020 (Source : Commission européenne, Les compétences numériques au cœur de la nouvelle stratégie pour les compétences pour l'Europe, 2016).

Vers davantage de diversité

Nadia Hai, ministre déléguée chargée de la Ville :

Le numérique doit être un accélérateur de carrière pour les habitants des quartiers qui, par la diversité de leurs expériences, seront demain les garants de la croissance du secteur.

L’attrait pour la recherche d’emploi dans le numérique est 30% plus faible dans les quartiers prioritaires de la ville (QPV) qu’ailleurs en France, relèvent Pôle emploi et Diversidays.

Lever les freins

Elisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances :

Pour renforcer l’accès des talents issus de la diversité aux opportunités du numérique, la première bataille à mener est celle de l’éducation et de la formation. L’éducation dès le plus jeune âge et la formation au cours de la vie professionnelle afin de déconstruire les stéréotypes et combattre les déterminismes. Il s’agit d’un enjeu d’équité, de performance et de compétitivité.

Les candidats des zones rurales ou quartiers populaires rencontrent des difficultés à accéder aux métiers du numérique. Celles-ci sont liées à une information insuffisante ainsi qu'aux freins nés d’un environnement social et géographique qui les défavorise.

© David Monfort - Agence Dagency

3 questions à... Anthony Babkine, co-rapporteur: 

Originaire d'Evry, en Essonne, Anthony Babkine est, durant son adolescence, en échec scolaire. Il est alors épaulé par sa famille. Le soutien scolaire de sa ville lui permet de se stabiliser et de trouver sa voie lors de ses études supérieures. Avec l'appui de Mozaïk RH, il intégrera l’institut Mines-Télécom et poursuivra son parcours au Celsa Sorbonne université. À 20 ans, il lance sa 1ère start-up, à 23 ans, écrit son 1er livre destiné aux entreprises, à 26 ans, crée un MBA digital pour le groupe Studialis. En 2017, il est nommé directeur général adjoint de TBWA\Corporate et cofonde l’initiative Diversidays avec Mounira Hamdi.

  • En quoi le numérique favorise-t-il la dynamisation des territoires ?

Anthony Babkine : Nos territoires, zones rurales et quartiers populaires, regorgent de personnes familiarisées avec l'outil numérique et ses usages. Mais elles ignorent souvent les opportunités professionnelles que représente la compétence numérique, les formations qui leur permettraient d’approfondir leurs capacités, et les entreprises ne vont pas assez à leur rencontre. Par ailleurs, nous comptons encore des zones non couvertes par le réseau, où le télétravail et l’école à distance se sont révélés de véritables casse-tête. Faciliter l'accès au numérique dans les territoires, c'est faire circuler l'information auprès du public, et donc s’assurer que nos entreprises ne passent pas à côté des potentiels qu'elles pourraient recruter et côté candidats, à côté des opportunités professionnelles qui pourraient changer leurs vies. Il est temps de décloisonner le numérique : on peut créer dans nos territoires des zones d’activité performantes, essaimer l’accès à l’emploi et l'attractivité de nos territoires ruraux et quartiers populaires, et par conséquent faire de notre pays : le champion de la Tech grâce à sa diversité.

  • De quelle manière le numérique est-il un tremplin pour la diversité ?

Anthony Babkine : Parce qu’il abat les frontières, le numérique permet au plus grand nombre d'accéder à des opportunités qui restaient jusqu'ici inaccessibles. Nous entendons d'abord la diversité au sens large : il s’agit de toutes les identités, des personnes à mobilité réduite, des seniors, des jeunes des quartiers populaires ou des zones rurales, toutes ces personnes à qui l’on omet de dire qu’ils ont une place de choix dans la société. Les compétences et métiers du numérique peuvent leur ouvrir une voie royale vers la réussite professionnelle et sociale : ils permettent de se former et de monter en compétences à moindre coût, de promouvoir son activité, d’acquérir des compétences que les entreprises s’arrachent déjà aujourd’hui.  Il ouvre ainsi la possibilité, pour les entreprises, de se doter de regards neufs dont elles n’avaient parfois pas connaissance ou qui étaient parfois hors de leurs radars.

  • Comment accompagner au mieux les citoyens vers une formation dans le numérique ?

Anthony Babkine : En formant les professeurs et les acteurs de l’insertion aux opportunités offertes par le numérique, car ils sont les intermédiaires entre les publics, les formations spécialisées et les entreprises. En informant davantage les potentiels des quartiers populaires et zones rurales sur les dispositifs de formation existants. En encourageant les publics qui s’autocensurent à oser aller vers les entreprises du numérique et en leur ouvrant la porte sur notre écosystème numérique. En multipliant les rencontres entre les citoyens tous azimuts et les entreprises qui font avancer le numérique, pour mettre fin aux préjugés de part et d’autre. En bref, pour accompagner les citoyens vers des formations dans le numérique, il faut donc casser les préjugés, affirmer une réelle volonté publique de circulation de l'information, et multiplier les points de rencontre entre publics, formations et entreprises.

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