Écrit le 08/09/2026
Tracfin présente son rapport d’activité et d’impact 2025, qui revient sur l’activité déclarative des professionnels et sur l’action du service dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. En 2025, cette action s’est notamment traduite par 40 millions d’euros d’avoirs criminels saisis et par 3,2 milliards d’euros de flux signalés dans les transmissions relatives à la fraude aux finances publiques.
Une activité déclarative en forte progression
En 2025, Tracfin a reçu 278 484 déclarations de soupçon (DS), soit une augmentation de 32 % par rapport à 2024. Cette dynamique s’explique notamment par la hausse des signalements du secteur bancaire, qui a transmis près de 50 000 déclarations supplémentaires en un an. Cependant, cette croissance s’accompagne d’un défi majeur : améliorer la qualité des informations transmises pour les rendre directement exploitables dans les enquêtes.
Le secteur financier reste largement majoritaire, avec 93 % des déclarations (258 470 DS, +31 %), principalement issues des banques et établissements de crédit (+45 %). Les prestataires de services sur crypto-actifs (PSCA) ont également vu leurs signalements bondir de 58 %, avec 4 850 déclarations en 2025.
Le secteur non-financier, bien que minoritaire (7 % des DS), affiche une progression marquée de 38 %, portée par les notaires (+64 %), les opérateurs de jeu (+38 %) et les greffes des tribunaux de commerce (+23 %) et les opérateurs de vente volontaire (+64 %). En revanche, les agents sportifs, assujettis depuis 2010, n’ont toujours transmis aucune déclaration de soupçon malgré des actions de sensibilisation renforcées menées avec la direction générale du Trésor.
La criminalité organisée en ligne de mire
La lutte contre la criminalité organisée constitue une priorité absolue pour Tracfin. En 2025, le service a permis la saisie de 40 millions d’euros d’avoirs criminels via le dispositif « circuit court », ciblant notamment les sociétés éphémères (+40 % par rapport à 2024). Plus de 8 000 sociétés ont été signalées aux greffes des tribunaux de commerce, dont 80 % ont été radiées.
Les transmissions de Tracfin aux autorités judiciaires et administratives ont progressé de 15 %, tandis que les notes d’information liées au blanchiment de capitaux ont augmenté de 33 %.
Pour la première fois, Tracfin a également saisi des fonds en crypto-actifs, un vecteur de plus en plus utilisé pour le blanchiment. Les signalements impliquant des crypto-actifs ont doublé en 2025, grâce à une collaboration renforcée avec les PSCA.
Fraude aux finances publiques : 3,2 milliards d’euros détectés
La fraude aux finances publiques reste un enjeu central. En 2025, Tracfin a transmis 740 signalements concernant des présomptions de fraude, impliquant 3 400 personnes physiques ou morales et des enjeux financiers estimés à 3,2 milliards d’euros.
Les résultats concrets sont significatifs :
- 30 % des contrôles de l’Urssaf pour travail dissimulé découlent d’informations de Tracfin, avec 470 millions d’euros de redressements en 2025 (contre 266 millions en 2024).
- Côté fiscal, la direction générale des Finances publiques (DGFiP) a notifié 91,6 millions d’euros de droits sur la base des dossiers transmis par Tracfin, soit une hausse de 7 %.
Au total, les transmissions concernant les atteintes aux finances publiques ont augmenté de 17 %. Les fraudes les plus complexes sont désormais souvent liées à la criminalité organisée, avec des réseaux structurés et des acteurs spécialisés dans le blanchiment.
Une vigilance maintenue sur le financement du terrorisme
Tracfin poursuit son action dans la lutte contre le financement du terrorisme. Le service fait état d’une menace qui reste élevée, notamment en lien avec l’État islamique et Al-Qaïda.
Dans ce contexte, Tracfin et les services concernés poursuivent leur travail dans la région, notamment dans le contexte du changement de régime en Syrie et de nouveaux départs de Français souhaitant rejoindre des groupes djihadistes.
Le service accorde également une attention croissante aux phénomènes d’extrémisme violent. Plusieurs informations transmises par Tracfin en 2025 ont conduit à des suites judiciaires.
Tracfin mobilisé face à d’autres menaces
En matière de lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs, 53 notes ont été transmises à des parquets en 2025 concernant l’achat ou la consommation de contenus pédocriminels par l’intermédiaire de services de diffusion en direct. Ces travaux ont été menés avec l’Office mineurs (OFMIN).
Tracfin a également renforcé sa vigilance sur les opérations de manipulation de l’information et de déstabilisation, aux côtés des services de l’État chargés de détecter les relais d’influence dissimulés. Cette action s’appuie notamment sur la loi « ingérence » de 2024, qui prévoit un dispositif de gel administratif des avoirs des agents engagés dans des opérations d’ingérence étrangère, ainsi qu’une obligation de déclaration des activités des agents d’influence étrangers auprès de la HATVP.
Qu’est-ce que Tracfin ?
Tracfin est le service de renseignement financier de Bercy. Appartenant au premier cercle de la communauté du renseignement, il est placé sous l’autorité de Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, et de David Amiel, ministre chargé des Comptes publics.
En tant que service d’investigation à vocation opérationnelle, Tracfin exerce trois missions prioritaires grâce à ses capteurs financiers :
1) lutter contre la criminalité économique et financière,
2) lutter contre la fraude aux finances publiques,
3) contribuer à la défense des intérêts fondamentaux de la Nation, notamment en matière de lutte contre le financement du terrorisme et les ingérences criminelles.
Communiqué : Rapport d'activité et d'impact 2025 de Tracfin – 08/09/2026