Géothermie : sept mesures pour accélérer le développement d’une énergie renouvelable et locale

Écrit le 28/07/2025

Les sept premières mesures de la mission visant à accélérer le développement de la géothermie en France ont été dévoilées le 28 juillet. Présentation.

©MEFSIN Sebastien Muylaert

Le 11 avril 2025, une mission « commando » sur la géothermie a été lancée avec l’objectif d’identifier, les leviers concrets permettant d’accélérer le recours à cette énergie renouvelable et de lever les freins au développement de la filière en France métropolitaine et d’outre-mer. 

Cette mission a conduit à l’adoption de sept mesures prioritaires, intégrées au plan d’action national actualisé.

La mission a été lancée à l’initiative du Premier ministre en concertation avec les collectivités territoriales, les industriels et opérateurs privés, le Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM), l’ADEME, les acteurs de la filière énergétique et les professionnels de la géothermie.

Une énergie stratégique, encore peu exploitée

Alors que la chaleur représentait en 2022 près de 45 % de la consommation finale d’énergie en France, elle reste majoritairement d’origine fossile (environ 73 %). Pourtant, la géothermie offre une solution locale, renouvelable, pilotable et faiblement émettrice de gaz à effet de serre. Exploitée à faible ou grande profondeur, elle peut alimenter les bâtiments, les industries, l’agriculture ou encore les réseaux de chaleur.

Le potentiel géothermique français est important. Le bassin parisien, l’Alsace, la région lyonnaise et l’Aquitaine sont particulièrement favorables à cette énergie. Toutefois, le recours à la géothermie ne représente aujourd’hui qu’environ 1% de la consommation de chauffage en France, alors que ce secteur pourrait couvrir le chauffage de millions de logements.

La Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) présentée en 2025 fixe des objectifs ambitieux : multiplier par quatre la production de chaleur géothermique en France métropolitaine d’ici 2035, avec des cibles à 10 TWh de chaleur renouvelable issue de la géothermie de surface en 2030, et 15 à 18 TWh en 2035 ; ainsi que 6 TWh à 8-10 TWh pour la géothermie profonde.

Deux types de géothermie

La géothermie de surface exploite une ressource géothermale de température inférieure à 30 °C et de profondeur généralement inférieure à 200 mètres, via un dispositif de captage souterrain, un dispositif de production en surface et un dispositif de régulation. Les installations de géothermie de surface représentent aujourd’hui les deux tiers de la chaleur produite par géothermie en France.

La géothermie profonde exploite des nappes d’eau souterraines de température comprise entre 30 °C et 200 °C à des profondeurs typiquement comprises entre 400 mètres et 3 000 mètres, par l’intermédiaire d’un puits producteur et d’un puits injecteur.

Sept mesures clés pour renforcer le développement de la géothermie

Les mesures adoptées, présentées lors des Journées de la géothermie en juin 2025, visent à lever les freins techniques, réglementaires et financiers pour déployer rapidement cette filière.

La géothermie profonde utilise la chaleur de nappes d’eau souterraines situées à plusieurs centaines ou milliers de mètres sous terre. Mais on ne connaît pas encore bien toutes les zones en France où cette ressource est disponible.

Cet appel vise à recenser les collectivités intéressées et à mieux caractériser la ressource géothermale profonde dans des zones encore peu explorées. Cette démarche permettra de concentrer les moyens d’exploration sur les territoires à fort potentiel et ou un intérêt local a été exprimé.

Aujourd’hui, les entreprises qui font des forages pour étudier le sous-sol doivent garder leurs résultats confidentiels pendant 10 ans. Cela ralentit le partage de connaissances. L’État souhaite rendre immédiatement publiques les acquisitions de données bénéficiant d’un financement public et souhaite abaisser la durée de confidentialité à un an pour les données de puits et à cinq ans pour les donnée géophysique de surface lorsque ces données ne bénéficient pas de financements publics. 

L’objectif est de pouvoir utiliser ces données plus tôt afin de permettre une meilleure connaissance du sol Français et de lancer plus facilement de nouveaux projets géothermiques, tout en réduisant les risques et les coûts d’exploration.

La géothermie de surface capte la chaleur située à faible profondeur, généralement moins de 200 mètres. Elle utilise des sondes ou puits pour puiser cette chaleur, combinée à une pompe à chaleur, pour chauffer ou rafraîchir les bâtiments.

Aujourd’hui, certains projets doivent suivre des démarches administratives longues. L’État prévoit de simplifier ces démarches pour les projets qui restent sous une puissance de deux mégawatts (soit la consommation de plusieurs immeubles).  L'objectif est de rendre plus simple, plus rapide et moins coûteuse l’installation de ces systèmes écologiques dans les logements, écoles ou bureaux.

Il est possible de stocker la chaleur dans le sol pendant les mois chauds (comme l’été), puis de la récupérer en hiver pour chauffer les bâtiments. Ce système, appelé stockage intersaisonnier, est déjà utilisé dans certains pays comme l’Allemagne ou le Canada. En France il est encore peu développé car la réglementation est complexe

L’objectif de cette mesure est de permettre aux petits projets de stockage de chaleur d’accéder à une procédure simplifiée, afin de mieux utiliser cette solution efficace et respectueuse de l’environnement.

La géothermie profonde demande du temps et du personnel qualifié. Mais il y a encore peu de foreurs en France, et leur formation est longue. 

Pour aller plus vite, l’État veut permettre aux équipes de forage de bénéficié d’une dérogation permanente pour les activités dans lesquelles le dépassement de la durée de travail maximale hebdomadaire de 48 heures répond à un besoin structurel (sous réserve de respecter la durée de travail maximale de 44 heures par semaine en moyenne sur 12 semaines consécutives). 

Un projet de décret est en cours et sera transmis au conseil d’Etat.

La géothermie est encore mal connue par les élus, les architectes ou les promoteurs immobiliers. L’État va donc lancer des campagnes de sensibilisation pour communiquer sur ses avantages, partager des exemples concrets, et faire connaître les aides disponibles (comme certains prêts ou solutions techniques). 

L’idée est de les convaincre d’utiliser la géothermie pour chauffer les bâtiments publics ou privés de manière propre et durable.

Aujourd’hui, les régions Normandie, Provence-Alpes-Côte d'Azur, Corse, Bretagne et Pays de la Loire n’ont pas encore d’expert local pour aider au lancement de projets de géothermie. Ces experts – appelés « animateurs régionaux » – sont essentiels : ils informent, accompagnent et mettent en relation les acteurs locaux (collectivités, entreprises, habitants). 

L’État veut s’assurer qu’en 2026, chaque région en métropole aura son animateur, pour que tous les territoires puissent profiter de cette énergie propre.

Le plan présenté doit permettre de déployer durablement la géothermie dans les années à venir et contribuer ainsi à réduire la dépendance aux énergies fossiles dans le chauffage des bâtiments et industries.

Ces sept premières mesures d’accélération présentées ont ainsi vocation à être intégrées dans le plan d’action national, qui fera l’objet d’un suivi semestriel dès l’automne 2025.

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