Des voitures aux téléphones portables : pourquoi les métaux critiques sont un enjeu de souveraineté ?

Écrit le 05/05/2026

Lecture : 6 minutes

Roland Lescure, ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, a dévoilé le 5 mai 2026 le plan national pour les métaux critiques. De quoi parle-t-on précisément ? Pourquoi est-ce un enjeu de souveraineté pour la France ? Quelle place occupera ce sujet lors du Sommet du G7 ? Que contient ce plan national ? Décryptage.

©Gorodenkoff - stock.adobe.com

Cuivre, lithium, cobalt, graphite ou encore néodyme. Ces noms ne vous disent probablement pas grand-chose, et pourtant ils entrent dans la fabrication de bon nombre d’objets du quotidien qu’il s’agisse des téléphones portables, des disques durs, des voitures électriques. Ils sont également utilisés dans le domaine de la santé pour les appareils d’imagerie médicale par exemple.

Si ces matériaux sont étiquetés de « métaux critiques » et font l’objet d’un plan national, c’est parce qu’ils sont indispensables à la transition écologique et numérique, et posent des questions de souveraineté et de sécurité économique.

Métaux critiques : de quoi parle-t-on ?

Les métaux dits « critiques » désignent des métaux qui cumulent deux conditions : 

  1. être essentiels sur le plan économique, 
  2. et présenter un risque élevé de rupture d'approvisionnement.

En France, le site Minéralinfo, le portail français des ressources minérales non énergétiques, propose une matrice recensant les différents métaux (représentés par une pastille noire) en fonction de ces deux dimensions : 

Matrice de criticité du site Minéralinfo

La matrice indique deux axes :

  • en abscisse, le risque sur les approvisionnements
  • en ordonnée, l'importance stratégique pour l'industrie française

Chaque métal critique est représenté par un point. Plus le point est éloigné du point d'origine sur les deux axes, plus le métal est considéré comme critique.

Le cobalt, par exemple, situé en zone orange, est identifié comme ayant une importance stratégique très forte pour la France, et avec un risque élevé au niveau de son approvisionnement.

En 2024, l’Union européenne a adopté un règlement recensant 34 minerais et métaux critiques. On retrouve dans cette liste le titane, le nickel, le cuivre ou encore les « terres rares ».

Métaux critiques, terres rares : quelles différences ?

Les terres rares font partie de la liste des métaux critiques. Si on utilise le terme « terres rares » comme s’il s’agissait d’un seul matériau, ils correspondent en réalité à une famille de 17 métaux.

À quoi servent les métaux critiques ?

Les métaux critiques sont utilisés dans tous les domaines de notre quotidien. Ils jouent un rôle indispensable pour assurer la transition écologique et numérique, et sont également utilisés dans le secteur de la défense, de la santé ou encore du spatial. Voici quelques exemples :

  • Le cuivre, qui est l’un des meilleurs conducteurs électriques, est très répandu puisqu’on le retrouve dans tous les appareils électriques et électroniques, les câbles électriques, etc.
  • Le lithium, le cobalt, le graphite ou encore le nickel sont utilisés dans la fabrication de batteries, et tout particulièrement celles utilisées dans les véhicules électriques.
  • Le néodyme, une des 17 terres rares, possède quant à lui des propriétés exceptionnelles permettant de réaliser des aimants très puissants. On l’utilise pour fabriquer les aimants permanents que l’on retrouve par exemple dans les générateurs d’éoliennes ou les moteurs des véhicules électriques.

Les métaux critiques, un enjeu géopolitique

Les métaux critiques représentent un véritable levier géopolitique. Comme expliqué précédemment, la criticité de ces métaux est évaluée en prenant en compte deux dimensions

  • l’importance économique,
  • et le risque pesant sur la chaîne d’approvisionnement, qui définit tout le processus depuis l’extraction minière jusqu’au produit transformé. 

Ce risque est principalement lié au fait que la production de ces métaux se concentre dans un petit nombre de pays.

Parmi les principaux producteurs on retrouve :

  • La Chine, qui fournit 97 % des besoins de l’UE en magnésium, un métal léger utilisé sous forme d’alliage dans l’industrie automobile et aéronautique. Elle domine également la production et le raffinage des terres rares : 90 %  des terres rares utilisées dans le monde pour les aimant permanents sont raffinées en Chine. 
  • L’Afrique du Sud, qui couvre 71 % des besoins de l’UE en métaux du groupe du platine. Ces métaux sont notamment utilisés pour les pots catalytiques des voitures.
  • La République démocratique du Congo qui fournit 63 % du cobalt mondial, utilisé principalement dans les batteries.

Cela créé une situation de forte dépendance pour les États importateurs, faisant peser des risques conséquents sur l’industrie, et plus largement sur l’économie mondiale : risque de pénuries en cas de restrictions d’importation ou d’instabilité politique, volatilité des prix, etc.

D’autant que la demande mondiale pour ces métaux très convoités ne fait qu’augmenter : la demande de batteries au lithium au niveau de l’UE devrait être multipliée par 12 d’ici à 2030. Pour certains métaux critiques, cette hausse est largement supérieure au niveau de production actuel.

Quels sont les acteurs publics mobilisés en France ?

Face à ces risques croissants qui pèsent sur les approvisionnements en métaux stratégiques, l’État se mobilise et met en œuvre une stratégie dédiée.

La Délégation interministérielle aux approvisionnements en minerais et métaux stratégiques (DIAMMS) coordonne l'action de l’État en matière de sécurisation des approvisionnements en minerais et métaux.

Le Bureau de Recherches Géologiques et Minière (BRGM) mène quant à lui un travail d’inventaire des ressources minérales du sous-sol français.

Enfin, l’Observatoire français des ressources minérales pour les filières industrielles (Ofremi), exerce une mission de veille et d’analyse des chaînes de valeur en coordination avec l’ensemble des parties prenantes des secteurs public et privés.

Pourquoi le sujet des métaux critiques est central pour la France et pour le Sommet du G7 ?

Face à ces risques et à la montée des tensions géopolitiques, le sujet des métaux critiques est un sujet prioritaire pour la France et fera l’objet de discussions à l’occasion du G7, dans la continuité des présidences G7 de ces dernières années dont celle du Canada en 2025. L’objectif des discussions sera de réduire les dépendances en diversifiant et en sécurisant la chaîne d’approvisionnement.

Parmi les solutions proposées, l’exploitation de gisements et la relocalisation d’industries sur le territoire national, le recyclage des métaux ou encore le développement de partenariats stratégiques avec d’autres États possédant et raffinant des métaux critiques.

L’exploitation des métaux critiques soulève par ailleurs des questions sociétales et environnementales, qu’il s’agisse des conditions de travail au sein des mines, ou encore des modes d’extraction et de raffinage qui peuvent s’avérer polluants. 

Au-delà du plan d’action national, le sujet des métaux critiques est central aux différentes filières du G7 et sera au cœur des discussions du Sommet d’Évian en juin prochain.

Un plan national de résilience consacré aux terres rares et aux aimants permanents

Le Gouvernement a annoncé le 5 mai, neuf nouvelles mesures :

L’assouplissement de la garantie des projets stratégiques pour les projets d’extraction de terres rares, pour favoriser les approvisionnements des entreprises françaises.

L’ouverture de discussions avec les traders en matières premières pour mieux sécuriser les approvisionnements en minéraux critiques, avec la possibilité de mobiliser la garantie des projets stratégiques.

La prolongation jusqu’en 2028 et la simplification du crédit d’impôt industrie verte (C3IV), désormais accessible aux projets liés aux terres rares, y compris pour le secteur automobile.

La prolongation de l’appel à projets « métaux critiques » dans le cadre de France 2030, afin de soutenir une dizaine de nouveaux projets industriels d’ici 2027.

La mobilisation du fonds InfraVia, soutenu par l’État, avec déjà deux premiers investissements réalisés dans Core Lithium en Australie et Carester à Lacq.

L’incitation à la diversification de l’approvisionnement en aimants permanents du secteur de l’éolien offshore, en requérant que moins de 50 % des aimants proviennent du pays dominant à l’échelle mondiale.

La demande, par la France, de la prise en compte de l’origine géographique des aimants permanents dans les composants d’un moteur électrique qualifié de Made in Europe dans l’Industrial Accelerator Act et REsourceEU.

Le soutien à l’innovation pour développer des alternatives aux terres rares, notamment dans l’automobile, via un axe dédié dans les futurs appels à projets CORAM.

L’exigence, par l’État et pour les grandes entreprises de la filière automobile, de la transmission d’un plan de diversification de leurs approvisionnements en aimants permanents et terres rares pour être éligibles aux appels à projets automobile France 2030.

En savoir plus sur le plan national de résilience « terres rares et aimants per…

Suivez-nous sur les réseaux sociaux et Abonnez-vous à notre lettre d’information