Avis de la Commission de la sécurité des consommateurs en date du 3 février 1999 relatif aux déboucheurs chimiques de canalisation
NOR : ECOC9910098V
La Commission de la sécurité des consommateurs,
Vu le code de la consommation, notamment ses articles L. 224-1, L. 224-4, R. 224-4 et R. 224-7 à R. 224-12 ;
Vu les requêtes nos 96-039, 96-062A, 96-103, 96-117, 96-145, 97-005, 97-010, 97-034 et 97-069,
Considérant que :
A. - Les saisines
1. Le 28 février 1996, Mlle D. a fait part à la commission dun accident provoqué par lutilisation du déboucheur à base dacide sulfurique DIABLOTIN DC 7, de la société X. Il sagissait de déboucher un évier, pour lequel elle avait déjà utilisé à plusieurs reprises et sans succès du DESTOP. Après avoir déversé la totalité du flacon, ainsi que le lui avait conseillé le droguiste, il y a eu des projections, entraînant des brûlures de la face dorsale des deux avant-bras et des deux métacarpes, attestées par un certificat médical. En outre, le produit a attaqué le siphon (qui sest troué) puis le revêtement de sol.
2. Le 10 avril 1996, la commission décidait de se saisir doffice « des problèmes de sécurité posés par lensemble des déboucheurs de canalisation proposés aux consommateurs ». En effet, elle avait déjà été saisie de problèmes de déboucheurs à base de soude et la mise à disposition des consommateurs de produits à base dacide sulfurique constituait un danger potentiel supplémentaire.
3. Le 18 juillet 1996, lADEIC-FEN transmettait à la commission un courrier de M. T., signalant un accident survenu au cours de lutilisation dun déboucheur de la société X pour déboucher un lavabo : la canalisation a été détruite et de très fortes émanations se sont répandues dans la pièce, obligeant le requérant à consulter à la clinique des yeux de Charenton car il « ressentait des brûlures dans les yeux et des vertiges ». Le 21 août 1996, un questionnaire a été adressé à M. T., auquel il na pas répondu. Ce déboucheur na pas pu être retrouvé dans le commerce. On ignore sil est à base dacide sulfurique ou de soude.
4. Le 13 septembre 1996, le Centre technique régional de la consommation (CTRC) de Picardie transmettait à la commission une lettre de Mme F. signalant des dégâts consécutifs à lutilisation du déboucheur à base dacide sulfurique FULGURANT JET pour déboucher une canalisation en PVC de lavabo : celle-ci sest fendue laissant sécouler le produit qui a éclaboussé et détérioré le papier peint mural et un panier à linge en osier ; « une odeur insupportable sest dégagée, piquant aux yeux et à la gorge ».
5. Le 9 décembre 1996, Mme R.-G. adressait à la commission un dossier concernant laccident dont elle avait été victime le 1er mai 1996 en utilisant le déboucheur « Soude caustique pure » de la société X pour déboucher la canalisation dun bassin-lavoir. Après avoir mis un demi-litre deau chaude comme prescrit sur la notice, elle a versé le déboucheur ; cest alors que sest produit une violente réaction provoquant « un geyser de 2 mètres de haut aspergeant le plafond puis retombant et entraînant pour la requérante des brûlures graves au visage nécessitant une hospitalisation aux urgences de lhôpital de Gap, suivie dun séjour de cinq jours au centre des grands brûlés de lhôpital de la Conception à Marseille. »
6. Le 9 janvier 1997, M. D., qui avait lu la lettre de Mme R.-G. relatant son accident dans 60 millions de consommateurs, signalait le même type daccident avec le même produit : même geyser de 2 mètres après avoir mis des paillettes de soude dans de leau tiède ; les brûlures qua subies M. D. ont, en revanche, été sans gravité.
7. Le 15 janvier 1997, lAFOC transmettait à la commission un dossier, qui lui avait été adressé par lAFOC-05, relatif à laccident de Mme R.-G. Ce dossier comportait des pièces nouvelles sur laccident : certificats médicaux, dune dermatologue attestant de brûlures au front et aux paupières, de lhôpital de Gap signalant notamment des ulcères cornéens, dun cabinet de chirurgie plastique et réparatrice, du service ophtalmologie de lhôpital de Gap signalant les brûlures des paupières, une kératite ponctuée superficielle et un entropion cicatriciel des deux paupières supérieures avec un frottement des cils sur la cornée qui nécessite une régulière épilation des bords libres des paupières supérieures. En outre, lAFOC indiquait que Mme R.-G. avait intenté une action judiciaire conte la société X.
8. Le 12 mars 1997, lassociation Information et défense du consommateur transmettait à la commission un courrier de Mme J. signalant laccident survenu à la suite de lutilisation du déboucheur contenant 66 % dacide sulfurique, DISSOLVO, du fabricant italien X, pour déboucher les canalisations dun lavabo, dun bidet et dune baignoire : « après quelques secondes, cest un véritable geyser qui provient du bidet, avec des projections dacide sulfurique dans toute la salle de bains jusquau plafond, brûlant les serviettes et gants de toilette, les vêtements, les tapis de bain qui se trouvaient dans la pièce ». Le mari de Mme J. a reçu des projections sur la tête, et, sétant rincé immédiatement, na heureusement pas subi de brûlures.
9. Le 19 mai 1997, M. M. indiquait à la commission avoir utilisé le produit ATMOSQUICK (à base dacide sulfurique) de la société X pour déboucher des canalisations deaux usées. Après quil eut versé le produit en suivant le mode demploi, un très violent effet de bouillonnement a projeté une partie de lacide sur lui. Ayant perdu connaissance, M. M. a été conduit aux urgences de lhôpital de Lyon Sud où furent diagnostiquées « une brûlure du troisième degré au niveau du visage, du cou et du bras droit, une brûlure du second degré au niveau de lépaule droite et une irritation des yeux ». Une greffe de la peau était jugée nécessaire.
B. - Les auditions
10. Le 12 mars 1997, Mme C., représentant la société X, a été entendue par la commission et a notamment déclaré que son entreprise commercialise des déboucheurs à base de soude et dautres à base dacide sulfurique (environ 50 % de chaque catégorie), vendus sous la marque DIABLOTIN. Le DIABLOTIN à la soude est une préparation à base de 20 % dhydroxyde de sodium. Celui à lacide sulfurique contient 95,5 % de cet acide au minimum. Il est présenté sur lemballage comme déboucheur « professionnel ».
11. Les lieux de vente de ces produits sont les magasins spécialisés traditionnels (drogueries) et les grandes surfaces de bricolage (on les trouve aussi chez METRO). La marque DIABLOTIN représente 1 % du marché français des déboucheurs, cinq références constituant 60 000 unités vendues annuellement. Les autres marques présentes sur le marché français sont : SOLITAIRE (soude et acide sulfurique), SPADO (soude, vendue en grande surface alimentaire, acide sulfurique), YPLON (soude et acide), DESTOP (soude) et différentes petites marques. X na pas eu à déplorer dautre accident que celui rapporté à la commission.
12. Le 3 avril 1997, Mme G., responsable du service consommateurs de la société X, a été entendue et a apporté les précisions suivantes : sa société est une PME qui représente 10 % sur le marché des déboucheurs, tous circuits confondus. Elle propose deux types de déboucheurs : lun à base de soude en perles, depuis 1994, présenté sous conditionnement de 1 kg ou 4 kg, lautre à base dacide sulfurique sous conditionnement dun demi-litre, 1 litre et 2 litres, depuis 1992.
13. Le déboucheur à la soude existe sous quatre formes : soit de la soude pure (en perles ou paillettes) pour être utilisée avec de leau bouillante, soit de la soude additionnée dalumine (paillettes ou microbilles) pour être utilisée avec de leau froide, soit une solution liquide de soude à 20 %, soit enfin un gel à 29 %.
14. Le déboucheur à lacide sulfurique nexiste quen liquide, dont le taux de concentration en acide sulfurique était de 98 % au début de la commercialisation et a été abaissé à 80 % depuis 1996, ce taux semblant suffisant pour une utilisation domestique. Lavantage de lacide est de permettre de dissoudre davantage de matières (papier, carton...).
15. Alors que lon trouve en grandes surfaces alimentaires de nombreux déboucheurs, SPADO ne vend quen drogueries, quincailleries et grandes surfaces de bricolage. Les autres marques présentes sur le marché sont essentiellement SOLITAIRE, DIABLOTIN et DESTOP.
16. La société X. a eu connaissance de trois accidents avec le déboucheur à la soude, dont celui de Mme R.-G. Avec le déboucheur à lacide sulfurique, seuls quelques dégâts matériels ont été signalés. Mme G. a expliqué quil était nécessaire que les déboucheurs soient versés dans une certaine quantité deau ; sil ny a pas assez deau, une exothermie importante risque de conduire à des projections. Cest le cas notamment si le siphon est presque vide deau à la suite dun débouchage mécanique préalable. Il est important de ne jamais mélanger lacide avec la soude ou avec de leau de Javel.
17. Mme G. a remis à la commission une fiche-conseil intitulée « Déboucher » et contenant notamment tout ce quil convient de faire et de ne pas faire avec les déboucheurs chimiques. Cette fiche est disponible chez les droguistes.
18. En ce qui concerne les autres accidents signalés : au sujet du déboucheur de la société X, le requérant na pas transmis à la commission les informations qui lui étaient demandées. De même pour le déboucheur FULGURANT JET de la société X, laquelle avait toutefois précisé à la requérante, Mme F. : « FULGURANT JET nattaque naturellement pas le PVC, sinon nous naurions pas commercialisé un tel produit. Nous constatons cependant que certains utilisateurs du FULGURANT JET lemploient après avoir utilisé un déboucheur normal à base de soude caustique, ce qui provoque un dégagement important de chaleur ; dans notre mode demploi nous attirons bien lattention de lutilisateur sur ce fait. » Le mode demploi transmis corrobore cette affirmation.
19. Le déboucheur DISSOLVO de X na pas pu être retrouvé dans la région parisienne et son importateur na donc pu être identifié. Il faut signaler quune requête antérieure de la commission (no 88-117) avait mis en cause le même produit entraînant des brûlures aux mains de son utilisateur et une rupture des tuyauteries en plastique. La recherche du produit demandée au Laboratoire national dessais sétait avérée infructueuse tant auprès de la chambre syndicale des produits dentretien quauprès des grandes centrales dachat.
20. En ce qui concerne laccident avec le déboucheur ATMOSQUICK, il na pas été possible de retrouver ce produit de la société X au BHV de Paris.
21. Des informations recueillies précédemment, il ressort que :
les ventes annuelles de déboucheurs en France, toutes catégories confondues, peuvent être estimées de 2 à 6 millions dunités ;
sur les huit cas daccidents portés à la connaissance de la commission :
cinq concernent des déboucheurs à lacide sulfurique représentant cinq marques différentes (DIABLOTIN, FULGURANT JET, ATMOSQUICK, TEXAS DISSOLVO) ; trois produits ont conduit à des attaques de canalisation (avec légères lésions cutanées dans deux cas, en voulant nettoyer) et deux à des projections sur la personne (dont un cas grave) ;
deux concernent des déboucheurs à la soude de marque unique SPADO, donnant lieu à des projections violentes sur la personne (dont un cas sérieux) ;
la composition de lun des déboucheurs nest pas précisé (WILNETT) : ce produit a donné lieu à des dégâts de canalisation et à des émanations conduisant à des troubles oculaires.
Le tableau ci-joint résume les différents cas daccidents.
C. - La typologie des accidents et tentative dexplication
Accidents avec la soude :
22. Dans les deux cas daccidents avec SPADO, il sagit de soude pure (en paillettes dans un cas, en perles dans lautre) destinée à être utilisée avec de leau bouillante. Les deux accidents sont similaires et ont conduit aux mêmes dégâts matériels, consécutifs à un « geyser de 2 mètres » et à des lésions corporelles de gravité différente. M. D. déclare : « par chance, manipulant le produit avec précaution, je nai pas eu de conséquence grave à part quelques brûlures sans gravité. Je nose imaginer les dégâts si javais eu le visage au-dessus du conduit à déboucher », Mme R.G., par contre, se trouvant à proximité de son bassin-lavoir, na pas eu le temps de se reculer avant de recevoir sur le visage les retombées de soude du plafond. Doù les lésions importantes subies à la peau et aux yeux. Il faut cependant remarquer que M. D. débouchait un conduit au niveau du sol, alors que Mme R.-G. voulait « parfaire le résultat », à savoir le débouchage déjà réalisé mécaniquement par son mari.
23. Dans le cadre de laction en justice intentée par cette dernière, une ordonnance de référé a désigné M. Ballee (ingénieur chimiste) pour un « dire dexpert » sur le produit utilisé (y compris son étiquetage) et les circonstances de laccident. M. Ballee a, dune part, calculé de façon théorique lexothermie de la réaction chimique ayant dû se produire et, dautre part, reconstitué expérimentalement les conditions demploi du déboucheur.
24. En partant des valeurs, données dans la littérature, de lénergie de dissolution de la soude dans leau (44,7 kJ/mole) (cf. note 1) de la chaleur de vaporisation de leau à 100 oC (40,65 kJ/mole) et de la capacité calorifique de leau liquide (75,3 J/K/mole) (cf. note 2) un calcul simple lui a permis de conclure que, en partant de lhypothèse que la canalisation avait été débouchée (cf. ci-dessus), « la soude introduite dans leau... vaporisait 27 ml deau. La vapeur produite peut séchapper brutalement du siphon, projetant verticalement de la soude concentrée et chaude et blessant gravement Mme R.-G. Une reproduction expérimentale a confirmé le calcul théorique : « il y a eu vaporisation violente de leau et projection de la solution de soude ».
25. Dans ses conclusions sur lutilisation du produit, M. Ballee met en évidence le fait que « la canalisation nétait pas obstruée » et que cette circonstance explique laccident. Cette hypothèse est corroborée par le fait que Mme R.-G. indique dans sa requête sêtre « servie à plusieurs reprises du même produit pour déboucher le bassin-lavoir dont lécoulement était récalcitrant mais sans résultat efficace » : aucun accident ne sest alors produit. Lexpert ajoute : « ce mode demploi (emploi du déboucheur dans une canalisation libre) ne paraît pas judicieux et des cas similaires pourraient se reproduire dans des conditions dutilisation voisines ».
26. Par lintermédiaire de lAFOC, Mme R.-G. avait informé la direction départementale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DDCCRF) dEure-et-Loir de son accident. Un contrôle a été effectué auprès de la société X Il en est résulté que, daprès la DDCCRF, il na pas été relevé dinfraction à larrêté du 20 avril 1994 relatif à la déclaration, la classification, lemballage et létiquetage des substances. Toutefois, lattention de Mme R.-G. était appelée, dune part, sur les propriétés corrosives de la soude caustique pure et, dautre part, sur lélévation de température importante lors du mélange.
Accidents avec lacide sulfurique :
27. Mlle D. a utilisé le déboucheur DIABLOTIN à la suite dessais infructueux avec un déboucheur à la soude. On peut admettre que lon se trouve en présence dune réaction de lacide sulfurique sur la soude, cest-à-dire de la formation dun sel et deau résultant de laction dun acide fort sur une base forte. Ces deux produits sont entièrement dissociés en ions et donnent un sel également dissocié, selon la réaction :
2H+SO4- - + 2Na+ 2OH- SO4- - + 2Na+ + 2H2O
La réaction se limite pratiquement à léquation de formation de leau, étant entendu que celle-ci est très peu dissociée :
H+ + OH- H2O
réaction exothermique dont lénergie est égale à 52,3 kJ/mole. Cette valeur est à rapprocher de celle de lexothermicité de la dissolution de la soude dans leau rencontrée dans lexamen de laccident de Mme R.-G., à savoir 44,7 kJ/mole. On conçoit donc que ce type de réaction conduise aux mêmes manifestations liées à laugmentation brutale de la température.
28. M. F. a versé de lacide sulfurique (FULGURANT JET) dans un lavabo qui, daprès ses dires, ne contenait plus deau résiduelle. Il semblerait que lon se trouve, dans ce cas, en présence dune réaction chimique de lacide sulfurique sur une certaine variété de plastique pouvant être attaqué (peut-être du PVC blanc, pour lequel la plupart des fabricants de déboucheurs déconseillent fortement demployer de lacide sulfurique). Il ny a eu aucune projection violente et aucune lésion corporelle. Laccident relaté par lUFC Caen est similaire au précédent, cest-à-dire quil ny a eu de projection mais une attaque de la tuyauterie ayant conduit à un écoulement du produit.
29. Dans les deux cas restants (ceux de M. J. et de M. M.), on a affaire à deux accidents similaires : projections violentes dans les secondes qui suivent lutilisation du produit. Il sagit donc dune réaction violemment exothermique dont il est difficile de donner une explication certaine, les conditions dutilisation par les requérants nétant pas extrêmement précises (peut-être restait-il trop peu deau dans les canalisations, y a-t-il eu mélange avec un déboucheur à la soude ou avec de leau de Javel ?...).
D. - Statistiques daccidents
En France :
30. Une enquête CREDOC (Centre de recherche pour létude et lobservation des conditions de vie) réalisée en mars 1993 pour le compte de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) sur les « produits chimiques dangereux » et portant sur 805 personnes (échantillon national représentatif, méthode des quotas), a révélé que les déboucheurs de lavabo sont présents chez 51 % des ménages français (soit plus de 6 millions de conditionnements) et ont donné lieu à 6 accidents (1 inhalation, 5 contacts cutanés, dont 1 soigné par un médecin, 1 chez un pharmacien et 3 à domicile).
31. Les statistiques EHLASS (Europan Home and Leisure Accident Surveillance System - Enquête européenne sur les accidents domestiques et de loisirs) de 1993 relatives aux brûlures chez les enfants de moins de quinze ans donnent les résultats suivants :
|
EFFECTIF |
HOSPITALISATION |
NOMBRE de décès |
SCORE de gravité |
| Soude caustique |
1 |
0 |
0 |
11 |
| Acide |
2 |
0 |
0 |
12 |
La gravité varie, pour les brûlures denfants de moins de quinze ans entre 11 et 16, ce dernier chiffre correspondant à leau chaude, à lessence et aux plaques chauffantes.
32. Les statistiques EHLASS de 1988 signalent un cas daccident dans la cuisine avec la soude caustique (brûlure ou inhalation ?), nécessitant une journée dhospitalisation.
33. Les statistiques du centre antipoison de Lille pour lannée 1996 indiquent que, sur 21 642 appels, les déboucheurs ont représenté quatorze cas (soit 0,065 %), dont huit concernaient des enfants entre zéro et quatre ans.
A létranger :
34. Les recherches sur lInternet ont révélé quaux Etats-Unis, il existe quatre sortes de déboucheurs commercialisés : acides (acide sulfurique, acide chlorhydrique), oxydants (hypochlorite de sodium), basiques (soude caustique, lessive de soude), enzymatiques (micro-organismes digérant certains déchets). Sur le site de la CPSC (Consumer Product Safety Commission), il ny a aucune donnée concernant les accidents avec des déboucheurs chimiques, mais, en revanche, plusieurs organisations ont édité des standards ou des « guidelines » relatifs à lutilisation des déboucheurs.
35. Au niveau européen :
sur le site Santel qui donne les statistiques dEHLASS au Luxembourg : on trouve les chiffres suivants pour 1993 : 0,19 % daccidents liés à lutilisation d« acides ». Aucune précision nest donnée ;
sur le site EUROPA de la DG XXIV : il est possible davoir accès aux statistiques européennes par classe de produits. Malheureusement, il nexiste pas de classification spécifique pour les déboucheurs. Les accidents dus aux acides se trouvent sous le code 15 qui mêle les produits inflammables, alors que la soude se trouve sous le code 4 qui regroupe tous les produits de nettoyage. Une recherche spécifique a été demandée à EHLASS France.
E. - La réglementation
Textes applicables
36. La soude et lacide sulfurique sont « des substances dangereuses » au sens de la directive 67/548 CEE du 27 juin 1967 modifiée (transposition en droit français par larrêté du 20 avril 1994). Les obligations détiquetage figurent à larticle 19 de cet arrêté.
37. Pour la soude :
le nom doit être « hydroxyde de sodium anhydre ». Les fabricants se limitent en général à lindication « soude caustique », ce qui ne constitue pas un risque de mauvaise compréhension par le consommateur, lequel, sauf exception, connaît mieux cette appellation que celle dhydroxyde de sodium ; la mention « soude caustique » figurait dailleurs entre parenthèse à la suite de « hydroxyde de sodium » dans les versions antérieures de la directive ;
le symbole doit être celui de « corrosif » ;
la phrase de risque prévue est R35, à savoir « provoque de graves brûlures » ;
Les phrases de conseils de prudence sont :
S1/2 « Conserver sous clé et hors de portée des enfants » ;
S26 « En cas de contact avec les yeux, laver immédiatement et abondamment avec de leau et consulter un spécialiste » ;
S37/39 « Porter des gants appropriés et un appareil de protection des yeux, du visage » ;
S45 « En cas daccident ou de malaise, consulter immédiatement un médecin (si possible lui montrer létiquette) » ;
le numéro CEE de la substance est « étiquetage CEE no 215-185-5 ».
En outre, sagissant dune substance corrosive, lemballage doit « être doté dune fermeture de protection pour les enfants et porter une indication de danger décelable au toucher... ».
38. Dans le cas des déboucheurs à base dacide sulfurique, il sagit dune solution plus ou moins concentrée dacide sulfurique selon les fabricants. Par exemple, DIABLOTIN utilise une solution comportant au minimum 95,5 % dacide sulfurique, SPADO une solution qui était jusquà 1996 de 98 % et est désormais de 80 %. En conséquence, les informations devant figurer sur létiquette sont notamment :
le nom, qui doit être « déboucheur à lacide sulfurique » avec la mention « contient de lacide sulfurique » ;
le symbole : celui de « corrosif » ;
la phrase de risque R35, à savoir « provoque de graves brûlures » ;
les phrases de conseils de prudence suivantes :
S1/2 « Conserver sous clé et hors de portée des enfants » ;
S26 « En cas de contact avec les yeux, laver immédiatement et abondamment avec de leau et consulter un spécialiste » ;
S30 « Ne jamais verser deau dans ce produit » ;
S45 « En cas daccident ou de malaise, consulter immédiatement un médecin (si possible lui montrer létiquette) ». Certains fabricants utilisent la phrase suivante : le numéro CEE de la substance est « étiquetage CEE no 231-639-5 ».
En revanche, les phrases suivantes :
S37/39 « Porter des gants appropriés et un appareil de protection des yeux/du visages » ;
S46 « En cas dingestion, consulter immédiatement un médecin et lui montrer lemballage ou létiquette »
ne sont pas prévues. Pourtant, des fabricants estiment nécessaire de les faire figurer (exemple DIABLOTIN).
En outre, sagissant dune substance corrosive, lemballage doit « être doté dune fermeture de protection pour les enfants et porter une indication de danger décelable au toucher... ».
39. Les obligations détiquetage prévues par larrêté du 20 avril 1994 sont plus ou moins respectées par les fabricants. Par exemple, lexpert, M. Ballée, a relevé, dans le cas du déboucheur à la soude SPADO :
que la dénomination de vente nétait pas complète (ce qui nest pas un facteur augmentant le risque pour lutilisateur) ;
que le symbole « corrosif » était imprimé en violet sur fond orangé au lieu de noir sur fond orangé (ce qui là encore nest pas un facteur aggravant le risque) ;
que la phrase de conseils de prudence demandant de « porter un appareil de protection des yeux/du visage » sétait réduite à « porter un appareil de protection des yeux », ce qui, dans le cas de laccident de Mme R.-G., a été déterminant pour la blessure au visage de cette victime.
F. - Résumé des constatations
40. Les déboucheurs chimiques, à destination du grand public, sont très utilisés, ceux à la soude depuis une vingtaine dannées, ceux à lacide sulfurique depuis le début des années 1990. Les quantités vendues et les conditionnements détenus par les consommateurs sont considérables en regard des cas daccidents rapportés.
41. Les accidents concernent aussi bien la soude que lacide sulfurique. Le petit nombre daccidents connus ne permet pas de dire que lun est vraiment plus dangereux que lautre. Il est connu que « les bases pénètrent profondément dans les tissus », les acides « provoquant une nécrose de coagulation superficielle de la muqueuse » (cf. serveur Paracelse, université de Grenoble, sur Internet). On peut dire que lacide a une action relativement superficielle mais immédiate, alors que la soude agit de façon moins instantanée mais en profondeur.
42. Un petit nombre daccidents, parmi ceux recensés, ne reçoit pas dexplication.
43. Il existe dans les grandes surfaces de bricolage, ouvertes à tout public, dautres produits chimiques très dangereux : acide chlorhydrique, trichloréthylène, acétone, produits phytosanitaires, décapants au chlorure de méthylène,... sans parler de matériels professionnels générant des risques mécaniques ou électriques graves. Cette mise à disposition de non-professionnels de produits jusque-là réservés aux professionnels est un état de fait qui doit entraîner une vigilance accrue, à la fois de la part des administrations de contrôle et des utilisateurs.
Emet lavis suivant :
I. - Informations générales
Il est important dinformer et de responsabiliser les consommateurs en leur rappelant notamment que :
I.1. Les déboucheurs sont des produits chimiques très dangereux : puisquils doivent dissoudre les matières obstruant les canalisations, il faut quils soient corrosifs, donc très dangereux en cas de contact avec la peau ou les yeux. Il est illusoire dimaginer quun produit puisse déboucher rapidement une canalisation et être inoffensif pour la peau ;
I.2. Lacide sulfurique doit être réservé à des cas très particuliers, notamment le débouchage des WC, et ne pas être utilisé systématiquement en remplacement de la soude. En effet, il attaque le PVC blanc ; or, très souvent, le consommateur ignore si ses canalisations sont en PVC gris ou blanc. Son usage devrait donc être exclu lorsquil sagit de déboucher autre chose que des WC ou des grosses canalisations identifiées ;
I.3. Bien souvent, un siphon peut être dévissé et donc désencombré manuellement sans recours à des produits chimiques : lavabos simples, éviers, bacs à douche,... Il existe aussi des procédés mécaniques efficaces dans bon nombre de cas : furets, ventouses. De même, on trouve maintenant des déboucheurs biologiques à action relativement lente ne présentant pas les dangers des produits chimiques ; ces produits sont notamment recommandables pour un entretien régulier ;
I.4. Dans les cas où il ny a pas accessibilité du siphon : il convient dintervenir avec un déboucheur dès les premiers signes découlement difficile et de ne pas attendre lobstruction totale ;
I.5. On ne doit jamais faire de mélange de substances chimiques, et ce quelles que soient ces substances, à plus forte raison lorsquil sagit dun acide fort et dune base forte ;
I.6. En cas de projection sur la peau, il convient de se rincer immédiatement et abondamment et très longtemps.
Toute ces informations à destination des consommateurs devraient donner lieu à un étiquetage approprié sur les emballages, une mise en garde sur les lieux de vente, des conseils donnés par le vendeur.
II. - Information à lécole
Il serait nécessaire à la prévention que, dès les premières classes de lenseignement primaire, les programmes de léducation nationale prévoient une formation élémentaire relative à la bonne utilisation des produits et des appareils domestiques et aux risques quils peuvent présenter en cas de non-respect des règles qui leur sont applicables.
III. - Amélioration de létiquetage
Indépendamment du respect nécessaire des obligations de larrêté du 20 avril 1994, dautres améliorations détiquetage pourraient être envisagées :
III.1. La conception des étiquettes devrait permettre une distinction immédiate entre les déboucheurs à lacide sulfurique et ceux à la soude caustique (par exemple grâce à des couleurs nettement différenciées). Sachant que le mélange des deux est particulièrement exothermique, il est nécessaire que le consommateur repère immédiatement lidentité du déboucheur de façon à éviter tout mélange involontaire ;
III.2. Lamélioration de létiquetage doit aussi passer par une distinction nette entre :
la nature des risques (R...) qui indique à lutilisateur le type de danger quil encoure lors de lutilisation du produit ;
les conseils de prudence (S...) qui indiquent les précautions à prendre pour le stockage du produit et son utilisation, ainsi que les dispositions à prendre en cas daccident ;
les indications particulières propres au fabricant, indépendantes des exigences précédentes fixées par larrêté du 20 avril 1994.
On constate que sur les étiquettes ces trois classes dinformations sont à lheure actuelle mélangées.
III.3. En outre, la taille des caractères et les couleurs utilisées doivent permettre une lecture facile des informations, et en particulier de celles relatives à :
la dangerosité de ces produits ;
linterdiction de mélange de produits ;
la nécessité dun rinçage immédiat, abondant et de longue durée (supérieur à 10 minutes) en cas de projection ;
lexclusion des déboucheurs à lacide pour dautres usages que les WC ou les grosses canalisations (sous-sol ou extérieur des pavillons par exemple).
IV. - Equipements de protection
Sachant que, malgré les précautions indiquées, des projections de soude ou dacide peuvent se produire de façon imprévisible dans certains cas, il serait nécessaire que lutilisateur puisse disposer (soit par achat séparé, soit lors de lachat du déboucheur) de gants et dun appareil de protection des yeux et du visage (prévu par les textes) efficace, ce qui nest pas le cas à lheure actuelle. A cet égard, il semble surprenant, même si lacide sulfurique est moins caustique que la soude, que les textes ne prévoient pas pour celui-ci le conseil de prudence S 37/39 « Porter des gants appropriés et un appareil de protection des yeux/du visage », alors que certains fabricants eux-mêmes lestiment nécessaire. Les administrations compétentes devraient examiner ce problème.
V. - Une fiche dutilisation pourrait être systématiquement disposée à côté des produits sur les rayons. Cette fiche pourrait être réalisée dun commun accord entre la commission et les professionnels concernés, à partir des fiches déjà réalisées tant par ceux-ci que par celle-là.
Adopté au cours de la séance du 3 février 1999, sur le rapport de M. Bardou (Alain), assisté de M. Bedouin (Jacques), conseiller technique de la commission, conformément à larticle R. 224-4 du code de la consommation.
Tableau résumant les accidents de déboucheurs signalés à la commission
NOM de la victime |
PRODUIT utilisé |
SUBSTANCE active |
APPAREILS sanitaires à déboucher |
EAU résiduelle dans lappareil |
MÉLANGE de substances actives |
DÉGÂTS matériels |
LÉSIONS corporelles |
| D... (Mademoiselle). |
Diablotin. |
H2SO4 à 95,5 %. |
Evier. |
? |
Oui suite à essais infructueux avec NaOH. |
Oui : siphon, sol. |
Brûlues : bras, mains. |
| T... |
Wilnett. |
Sans doute H2SO4. |
Lavabo. |
? |
Non. |
Oui : canalisation. |
Oculaires. |
| F... |
Fulgurant Jet. |
H2SO4. |
Lavabo. |
Non. |
Non. |
Oui : canalisation. |
|
| J... |
Texas Dissolvo. |
H2SO4 à 66 %. |
Lavabo, bidet, baignoire (même quantité dans les trois). |
Oui. |
Non. |
Oui : important (geyser en provenance du bidet). |
Légères (projection sur la tête). |
| M... |
Atmosquick. |
H2SO4. |
Canalisation dévacuation des eaux usées. |
Oui. |
Non. |
Bouillonnement violent donnant des projections. |
Brûlures 3e degré : visage, cou, bras ; 2e degré : épaules ; irritations oculaires. |
| X... (UFC Caen). |
Texas Dissolvo. |
H2SO4. |
Baignoire. |
Oui. |
Non. |
Oui : rupture de tuyauterie en plastique dans la cuisine contiguë. |
Brûlures aux mains en voulant éponger. |
| D... (Monsieur). |
Spado. |
NaOH pure en paillettes. |
Conduit au niveau du sol. |
Oui. |
Non. |
Oui : geyser de 2 m entraînant des traces au plafond. |
Brûlures sans gravité. |
| R.-G... |
Spado. |
NaOH pure en perles. |
Bassin-lavoir (dans une buanderie). |
Non. |
Non. |
Traces au plafond (geyser de 2 m). |
Brûlures : visage, paupières, cils, cou. |
NOTE (S) :
(1) kJ/mole : kijoules par mole.
(2) J/K/mole : joules par kelvin et par mole,
© Ministère de l'économie, des Finances et de l'Industrie-
19 octobre 2000