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| N° 15 du 23 octobre 2001 |
Avis no 2001-A-10 du 12 juin 2001 relatif à lacquisition
par la compagnie Boeing du groupe Jeppesen
NOR : ECOC0100379V
Le Conseil de la concurrence (formation plénière),
Vu la lettre du 3 mars 2001 enregistrée sous le numéro A 333 par laquelle le ministre de léconomie, des finances et de lindustrie a, en application de larticle L. 430-1 du code de commerce, saisi le Conseil de la concurrence dune demande davis portant sur lacquisition par la compagnie Boeing du groupe Jeppesen ;
Vu le livre IV du code de commerce, et notamment ses articles L. 430-1 à L. 430-4, et le décret no 86-1309 du 29 décembre 1986 modifié pris pour lapplication de lordonnance no 86-243 du 1er décembre 1986 ;
Vu les autres pièces du dossier ;
Les rapporteurs, la rapporteure générale adjointe, le commissaire du Gouvernement entendus ;
Les représentants des sociétés Boeing, Jeppesen, Airbus, Air France et de la direction générale de laviation civile entendus conformément aux dispositions de larticle L. 463-7 du code de commerce,
Adopte lavis fondé sur les constatations et les motifs ci-après exposés :
I. - PRÉSENTATION DE LOPÉRATION
A. - Les entreprises parties à la concentration
1. La compagnie Boeing
Boeing est une société américaine, principalement implantée à Seattle, dont le siège social a été récemment transféré à Chicago. Elle exerce ses activités dans le secteur des avions commerciaux ainsi que dans le domaine militaire et spatial. Dans le premier secteur, elle développe, produit et commercialise des avions à réaction et fournit, au niveau mondial, des services connexes de soutien aux compagnies aériennes. Dans le secteur militaire et spatial, ses activités comprennent la recherche, le développement, la production, la modification davions et dhélicoptères et les services de soutien y afférents, les systèmes pour la navigation spatiale, les systèmes pour missiles, les moteurs de fusées et les services dinformation.
Pendant de nombreuses années, la société Boeing sest imposée comme le leader incontesté en matière daviation commerciale. Elle est désormais concurrencée par Airbus pour la production des avions de plus de 100 places. Devancé par Airbus en 1999, le constructeur américain a assuré [50-60] % des livraisons davions de plus de 100 places en 2000.
La société possède des filiales en Australie, en Asie et en Europe. Il nexiste pas, en France, de filiale du groupe Boeing, mais seulement des bureaux de représentation, autorisés à commercer, qui ne font pas lobjet dune immatriculation au registre du commerce et des sociétés.
Sur les trois dernières années, le chiffre daffaires mondial consolidé de Boeing sest élevé à :
| 1998 | 1999 | 2000 | |
|---|---|---|---|
| Chiffre daffaires mondial consolidé en milliards de dollars US | 56,2 | 58 | 51,3 |
Ses ventes en France pour lannée 1999 se sont élevées à 642 millions deuros, soit 4211 millions de francs français.
La société Boeing contrôle un très grand nombre de sociétés, qui ont le statut de filiales de premier ou de second rang, et conduit depuis quelques années une stratégie de développement externe et de diversification, avec de nombreuses acquisitions.
En 1997, Boeing a pris le contrôle du groupe McDonnell Douglas Corporation, dont les domaines dactivité principaux sont les avions militaires, les missiles, les systèmes pour la navigation spatiale, les systèmes électroniques, les avions commerciaux et les services financiers.
Boeing sest également intéressé aux sociétés ayant une activité de prestation de services au transporteurs aérien.
La compagnie a racheté, en septembre 1999, Preston Group, firme australienne spécialisée dans les logiciels de gestion du trafic aérien, puis, au cours du deuxième semestre de lannée 2000, plusieurs autres sociétés : Continental Graphics Holding et Aeroinfo Systems Inc., qui fournissent des informations sur les pièces de rechange, pour la première, et un logiciel de planning de maintenance, pour la seconde ; Hughes Space and Communications Company, Hughes Electron Dynamics, Spectrolab et HRL Laboratories, dont les activités sont liées au secteur spatial ; Autometric Inc., qui fournit, notamment, des algorithmes dexploitation dimages et des outils informatiques principalement destinés au département de la Défense ; SVS Inc., qui produit des logiciels de modélisation des aéroports et de lespace aérien destinés à optimiser la gestion des infrastructures aéroportuaires, et Hawker De Havilland Holding Pty Ltd., qui est un fabricant de composants davions.
Lacquisition du groupe Jeppesen en août 2000 sinscrit dans cette stratégie.
2. La société Jeppesen
Jeppesen est une société américaine, dont le siège est localisé à Denver dans le Colorado. Elle exerce ses activités dans le secteur des services dinformation de vol où elle occupe le dixième rang mondial avec un chiffre daffaires mondial consolidé de 235 millions de dollars US en 1999 et de 256 millions en 2000. Les ventes de Jeppesen en France se sont élevées à 5,3 millions deuros en 1999, soit 35 millions de francs français.
Elle est spécialisée dans la fourniture de services de cartographie et de navigation aérienne, pour lesquels elle occupe le premier rang mondial. Les données relatives aux routes aériennes et aux aéroports (dispositions et caractéristiques des pistes, description des environs et existence dobstacles) sont commercialisées sous forme de cartes papier. Présente dans ce secteur depuis 1934, la société Jeppesen possède la base de données la plus étendue. Elle couvre près de 4 000 aéroports et aérodromes dans le monde entier, contre environ 2 000 pour les bases de données de ses plus proches concurrents. Les données relatives aux aéroports nécessitent une mise à jour mensuelle et, en conséquence, un système logistique performant. Les clients de Jeppesen pour ces produits de cartographie sont les compagnies aériennes et laviation générale (aviation daffaires et aviation privée). Ces données sont également disponibles sous forme électronique (CD ROM) et ce support devrait se développer dans les années à venir (paperless cokpit ou, dans une phase transitoire, less paper cockpit).
Les données de navigation alimentent les ordinateurs de gestion de vol (flight management computers ou flight management system). Il sagit des mêmes données de base que celles qui figurent sur les cartes papier. Ses principaux clients sont, pour ce type de produits, les fabricants davionique ainsi que les compagnies aériennes.
Les produits de navigation susvisés (cartographie et données de navigation) représentent la majeure partie de son activité, soit près de [70-80] % de son chiffre daffaires en 2000, soit [100-200] millions de dollars.
Le reste de lactivité de la société est exercé dans des domaines connexes. Les services dopérations de vol ([10-20] % du chiffre daffaires mondial, soit [40-50] millions de dollars) comprennent des services tels que les services de planification de vol, de planification de voyage international et de météorologie. Ils sappuient en partie sur les données de navigation décrites ci-dessus, mais utilisent également dautres informations, comme les performances des appareils ou les conditions atmosphériques. Ils peuvent être fournis sur papier, sur CD ROM ou avec le support dun logiciel adapté.
Enfin, Jeppesen commercialise des services de documentation spécialisés dans laéronautique et laérospatiale. La société publie notamment des documents standards utilisés par toute laviation, comme les règlements de lUS Federal Aviation, et des documents adaptés à la demande dun client (manuels de performance de lavion, par exemple). Les services de documentation se présentent également sous la forme de bases de données intégrées, rassemblant divers documents, présentées en Standard Generalised Markup Language (SGML), utilisables sur de nombreuses plates-formes électroniques. Ces services représentent environ [moins de 10] % des ventes de Jeppesen.
La société, qui compte 1 400 employés, est présente dans plusieurs pays dont lAllemagne avec sa filiale Jeppesen GmbH, située près de Francfort, lAustralie, la Chine et la Grande-Bretagne avec sa filiale Jeppesen UK Limited. La société Jeppesen na pas de filiale en France. Ses produits y sont distribués par le biais dune dizaine de distributeurs indépendants.
Jeppesen appartenait, avant lopération faisant lobjet du présent avis, à un groupe de médias américain, Tribune Co, qui lavait acquis en juin 2000, à loccasion de la prise de contrôle du groupe de médias Times Mirror.
Jeppesen avait préalablement procédé à lachat, en mars 2000, de la société Nobeltec Corporation, spécialisée dans les données de navigation pour les bateaux et, en juin 2000, de la société Dataplan Inc., qui fournit des plans de vol.
A la suite de lopération soumise au conseil, Jeppesen est devenue une filiale à 100 % de Boeing Company, mais il est prévu que sa gestion demeure indépendante, tout au moins en ce qui concerne les affaires courantes. La société conserve un conseil dadministration et un personnel indépendant, à lexception dune dizaine de cadres qui sont directement rattachés à Boeing. Le plan dactivité annuel et les décisions importantes (acquisitions, opérations en capital) sont soumis à lapprobation des dirigeants de Boeing. Au sein du groupe Boeing, Jeppesen est rattaché à Boeing Info Services.
B. - Les caractéristiques de lopération
1. Le contrat dacquisition
a) Les objectifs poursuivis
Lors de lacquisition de Jeppesen, le président-directeur général de Boeing, M. Phil Condil, a déclaré : « Nous avons déjà indiqué clairement que nous souhaitions transformer Boeing en un fournisseur mondial de services aérospatiaux et le développement de services à laviation commerciale est une part importante de ce processus. »
Par ailleurs, selon la notification, la transaction « permet à Tribune de se séparer dune société qui na pas de relation avec son secteur dactivité principal, lui permettant de se concentrer sur les activités médias, et Jeppesen bénéficie du fait dêtre détenue par une compagnie aérospatiale comprenant et appréciant mieux son activité que les sociétés de média (Times Mirror et Tribune) qui la possédaient antérieurement. En tant que société aérospatiale, Boeing est mieux à même de comprendre et dêtre ouverte aux projets et plans de Jeppesen. De son côté, Boeing fait lacquisition dun fournisseur de services de qualité dans lindustrie aérospatiale. Boeing pense que la valeur de Jeppesen consiste en ses services impartiaux et fiables à lensemble de lindustrie aéronautique ».
Pour les analystes du secteur, cette stratégie dacquisition de sociétés, qui intervient après la reprise de Continental Graphics et celle de Preston Group, repose sur le constat que les marges bénéficiaires engendrées par les services rendus à laviation commerciale sont nettement plus élevées que celles tirées de la construction davions de ligne.
Boeing affirme, par ailleurs, que lindépendance de Jeppesen sera préservée, notamment dans ses relations commerciales avec les clients dAirbus, Airbus lui-même et ses fournisseurs davioniques, en soulignant que la plupart des compagnies aériennes achètent à la fois des appareils Boeing et des appareils Airbus.
Le business plan de lopération fait, par ailleurs, apparaître les éléments suivants :
Jeppesen est une société très bénéficiaire avec une structure à faibles coûts et de fortes perspectives de croissance. Son chiffre daffaires mondial consolidé sest élevé à 235 millions de dollars en 1999 et à 255 millions de dollars en 2000. Sa marge dexploitation est de lordre de [20-30] %. Depuis 1997, la société connaît une croissance annuelle de plus de 0-10 %. Fondée en 1934, Jeppesen bénéficie dune forte image de marque au sein des compagnies aériennes et de la communauté des pilotes et entretient des relations étroites et suivies avec ses clients. Le personnel possède un niveau de qualification élevé et une spécialisation dans la collecte, lélaboration et la fourniture de services dinformation de vol.
b) Modalités dacquisition
Avant la transaction, la situation des sociétés était la suivante : Jeppesen Sanderson Inc., Jeppesen UK Limited et Times Mirror Holdings Inc. étaient détenues par Tribune Company. Times Mirror Holdings Inc. détenait Jeppesen Gmbh. La société Airspace Safety Analysis Corporation était détenue par Eagle New Media Investements, elle-même partiellement détenue par Tribune Company, mais contrôlée par Jeppesen.
A lissue des trois transactions couvertes par un accord dachat dactions unique, Boeing a acquis 100 % des actions des sociétés constituant le groupe Jeppesen : Jeppesen Sanderson Inc (USA) et Jeppesen UK Limited (Grande-Bretagne) de Tribune Company, 100 % des actions de Jeppesen GmbH (Allemagne) de TM Holdings et 100 % des actions de Airspace Safety Analysis Corporation (USA) dEagle New Media Investments. Toutes les sociétés du groupe Jeppesen sont ainsi désormais directement ou indirectement détenues par Boeing.
Le montant du prix dacquisition des sociétés de Jeppesen sest élevé à 1,5 milliard de dollars US, qui se décompose en [...] milliard pour les actions de Jeppesen, [...] millions pour les actions de Jeppesen UK, [...] millions pour celles de Jeppesen GmbH et [...] millions pour les actions de Air Safety Analysis Corporation.
Le contrat prévoit que les vendeurs et lacquéreur devront obtenir tous les consentements et approbations pour satisfaire au droit de la concurrence, en particulier quils procéderont, auprès de la Federal Trade Commission et de la division Antitrust du ministère de la justice des Etats-Unis, aux notifications et autres formalités requises. Il est également prévu que les acquisitions doivent être soumises à lapprobation des autorités de régulation européennes.
2. Les procédures
La transaction entre Boeing et Jeppesen concerne deux groupes américains et qui réalisent lessentiel de leurs activités aux Etats-Unis. Les seuils déclenchant la notification obligatoire aux Etats-Unis étant franchis, lopération a été notifiée à la Federal Trade Commission (FTC) le 21 août 2000, laquelle a rendu une décision anticipée dapprobation le 6 septembre 2000.
La présente opération nest pas de dimension communautaire, puisquelle ne répond pas aux conditions de seuil posées par larticle 1er du règlement (CEE) no 4064/89 du Conseil du 21 décembre 1989 modifié, le chiffre daffaires réalisé à lintérieur de lUnion Européenne par la société Jeppesen étant inférieur à 250 millions deuros.
Lopération a été notifiée en Allemagne, où les seuils de contrôle étaient atteints, et a été approuvée par le Bundeskartellamt le 28 septembre 2000.
Au Royaume-Uni, la concentration na pas fait lobjet dune approbation formelle, le ministre du commerce et de lindustrie ayant décidé, au vu des renseignements en sa possession et conformément à la recommandation du directeur général des pratiques commerciales équitables de ne pas soumettre la fusion à la Commission de la concurrence (décision du 1er février 2001 de lOFT).
II. - CONTRÔLABILITÉ
Conformément aux dispositions de larticle L. 430-2 du code de commerce, « la concentration résulte notamment de tout acte, quelle quen soit la forme, qui entraîne transfert de propriété ou de jouissance sur tout ou partie des biens, droits et obligations dune entreprise ». Il nest pas contesté que lacquisition par Boeing des sociétés du groupe Jeppesen répond à cette définition.
Dans ses observations faisant suite au rapport, la société Boeing soutient que les autorités françaises de la concurrence ne sont pas compétentes pour examiner lopération, Boeing et Jeppesen étant deux sociétés américaines dont aucune ne possède de filiale en France, lacquisition de Jeppesen par Boeing ne soulevant aucun problème de concurrence, horizontal ou vertical, autre quun effet mineur sur le marché français. Elle souligne que la revendication de compétence des autorités françaises na jamais été extensive et sexplique difficilement compte tenu de la faiblesse du chiffre daffaires réalisé par Jeppesen en France et alors que lopération a été approuvée par les autorités des pays dans lesquels Jeppesen est présente ou possède des filiales.
Larticle L. 430-1 du même code confère au ministre chargé de léconomie la faculté de saisir le Conseil de la concurrence dune demande davis relative à toute concentration de nature à porter atteinte à la concurrence, « lorsque les entreprises qui sont partie à lacte ou qui en sont lobjet ou qui leur sont économiquement liées ont soit réalisé ensemble plus de 25 % des ventes, achats ou autres transactions sur un marché national de biens, produits ou services substituables, ou sur une partie substantielle dun tel marché, soit totalisé un chiffre daffaires hors taxes de plus de sept milliards de francs, à condition que deux au moins des entreprises parties à la concentration aient réalisé un chiffre daffaires dau moins deux milliards de francs ».
Il résulte de ces dispositions que, comme la déjà énoncé le Conseil dans lavis no 2000-A-27 du 29 novembre 2000, les règles du droit national relatives au contrôle des concentrations, dune part, ne distinguent pas selon que les parties à lacte sont régies, pour leur constitution et leur fonctionnement, par le droit français ou par un autre droit national, ni selon quelles sont implantées ou non sur le territoire français, dautre part, sappliquent dès lors que lopération est susceptible de produire des effets sur le territoire national et quelle répond aux conditions de seuil rappelées ci-dessus. En lespèce, la concentration peut avoir des effets sur le territoire national, puisque Jeppesen et Boeing ont pour clients ou pour fournisseurs des sociétés implantées sur le territoire et quelles sont en concurrence sur ce territoire avec dautres sociétés. Cette constatation suffit pour établir la compétence du Conseil, sans quil soit besoin de vérifier que ses effets portent atteinte au fonctionnement concurrentiel dun marché.
Larticle 27 du décret no 86-1309 du 29 décembre 1986 précise que : « Le chiffre daffaires pris en compte à larticle 38 de lordonnance (article L. 430-1 du code de commerce) est celui réalisé sur le marché national par les entreprises concernées et sentend de la différence entre le chiffre daffaires global hors taxes de chacune de ces entreprises et la valeur comptabilisée de leurs exportations directes ou par mandataire vers létranger ».
Le seuil exprimé en chiffre daffaires nétant pas atteint par les entreprises parties à la concentration, il convient de rechercher si, sur les marchés concernés par lopération, le seuil exprimé en parts de marché est atteint.
Boeing déclare, dans la notification, que Jeppesen détient [30-40] % du marché national des services cartographiques et de navigation. Boeing réalise par ailleurs plus de 25 % des ventes davions commerciaux de grande capacité neufs sur le territoire national. En conséquence, la condition de seuil de part de marché est satisfaite.
Il résulte de ce qui précède que lopération de concentration relève du contrôle des concentrations par les autorités françaises.
III. - MARCHÉS PERTINENTS
A. - Marchés sur lesquels opère Jeppesen
et position de Jeppesen sur ces marchés
1. Les marchés de produits
Dans sa notification, Boeing estimait que quatre marchés étaient concernés par lacquisition de Jeppesen : les services cartographiques et de navigation, les services dopérations de vol, les services de documentation et les accessoires daviation.
Les services cartographiques et de navigation comprennent les cartes de navigation, qui décrivent soit les routes aériennes, soit les aéroports et les données électroniques introduites dans lordinateur de gestion de vol (flight management computer ou « FMC »).
Les bases de données de navigation fournies par les fournisseurs de services dinformation de vol, dont Jeppesen, ne peuvent être utilisées telles quelles et leur traitement est largement influencé par les fournisseurs de FMC. Les bases de données doivent, en effet, être « emballées » pour être adaptées au FMC. Le processus « demballage » est réalisé grâce à un logiciel qui est la propriété du fournisseur de FMC, lequel en détient la licence. Dès lors que le fournisseur de FMC na pas cédé son logiciel, le détenteur de la base de données doit la vendre à ce fournisseur afin quil puisse les adapter et les vendre à son tour à lutilisateur final. Les principaux fournisseurs de FMC sont Honeywell, Smith Industrie, Sextant et Thalès/Racal.
[...].
Dans ses observations au rapport des rapporteurs, Boeing soutient que le marché de la fourniture de cartes aux compagnies aériennes doit, dans une perspective dynamique, être distingué de celui de la fourniture de données électroniques de navigation aux fabricants davionique et aux compagnies aériennes, les deux types de services nétant pas substituables du point de vue des utilisateurs.
Ces deux types de produits ne sont effectivement pas substituables du point de vue de lutilisateur, les cartes papier et les données FMC remplissant deux fonctions fort différentes et labsence de lun dans un cockpit ne pouvant être compensée par la présence de lautre type de produit. Ils doivent donc être considérés comme appartenant à des marchés différents. La circonstance que ces deux types de produits puissent être élaborés à partir des mêmes données brutes est sans pertinence sur la définition de ces marchés, dès lors que les produits finis nont pas le même usage.
Les services dinformations de vol fournissent les informations qui sont nécessaires pour planifier et effectuer un vol dun point A à un point B de manière rentable et sans danger. Linformation fournie dans le cadre des services dopérations de vol concerne, en particulier, les performances de lavion pour une route déterminée (par exemple, les taux de consommation de carburant et les poids limites de décollage et datterrissage), les conditions météorologiques, les caractéristiques de laéroport, les conditions de lespace aérien et des dépenses dexploitation.
Les services délaboration et dimpression de la documentation technique sont fournis par Jeppesen dans le secteur de laviation, mais des services similaires sont fournis pour dautres industries. Les sociétés Jouve et Bureau Véritas, concurrentes de Jeppesen pour les services de documentation, soutiennent que le marché concerné doit être restreint à la seule documentation aéronautique, voire à la seule documentation aéronautique électronique (logiciel et prétraitement des données aéronautiques des constructeurs). Compte tenu de la modicité de ces éventuelles parts de marché, la définition du ou des marchés concernés par les services en cause peut être laissée ouverte, dès lors que lopération de concentration na pas deffet sur la concurrence qui sy exerce.
Enfin, les accessoires daviation incluent des produits divers, tels que livres, calculatrices et cassettes vidéo.
2. Marché géographique
Boeing observe que les services cartographiques et de navigation, les services dopérations de vol, les services de documentation et les accessoires daviation « sont fournis aux clients dans lensemble du monde et de par leur utilisation dans lindustrie aéronautique, secteur dont une bonne partie implique des vols internationaux, sont de nature internationale ». Par ailleurs, ces services sont fournis dans le monde entier dans des conditions de concurrence similaires.
Il convient den conclure que les quatre marchés en cause ont une dimension mondiale.
3. Position de Jeppesen sur ces marchés
a) Cartes de navigation
Avec un chiffre daffaires de [100-200] millions de dollars en 2000, Jeppesen a assuré environ [70-80] % des ventes de cartes papier de navigation au niveau mondial, sur un marché total évalué à [200-300] millions de dollars, le reste du marché étant réparti entre une douzaine de concurrents, dont le plus important en détient moins de 10 %. Lautoconsommation de services produits par les compagnies aériennes pour leurs propres besoins a été exclue du calcul des parts de marché, conformément à la pratique du Conseil. Celui-ci a, par exemple, considéré que « les oxydes de plomb produits par une entreprise pour les intégrer à ses propres fabrications ne sont pas offerts à la vente et ne peuvent donc être regardés comme présents sur le marché » (avis no 94-A-18, 17 mai 1994, secteur des oxydes de plomb, BOCCRF 14 juillet 1994).
b) Données FMC
Dans lestimation fournie par les parties à lopération, concernant leur part de marché dans lhypothèse dun marché des données FMC distinct de celui des cartes papier, les ventes totales au niveau mondial de données FMC étaient estimées à [30-40] millions de dollars et Jeppesen assurait près de [10-20] % de ces ventes, avec un chiffre daffaires de [moins de 10] millions de dollars, tandis que son principal concurrent, Honeywell, réalisait, avec [10-20] millions de dollars de chiffre daffaires, près de [50-60] % du total des ventes.
Mais le Conseil est davis que Honeywell ne peut être considéré comme un concurrent de Jeppesen sur ce marché. [...] à Jeppesen et aux autres fournisseurs de données FMC, les ventes totales au niveau mondial de données FMC sélèvent à [10-20] millions de dollars, dont Jeppesen assure près de [30-40] % avec un chiffre daffaires de [moins de 10] millions de dollars. Ses principaux concurrents sont Swiss Flight Support ([30-40] % des ventes) et Thales ([10-20] %).
c) Services dopérations de vol
Jeppesen indique quelle détient [10-20] % du marché. Son principal concurrent, Universal Weather, détiendrait une part de [10-20] % et le marché serait partagé entre une vingtaine dentreprises. Les éléments recueillis au cours de linstruction ninfirmant pas ces déclarations, il convient donc de considérer que Jeppesen noccupe pas une position dominante sur le marché des services dopération de vol.
d) Services de documentation
Cest le seul marché où les deux parties à la concentration exercent des activités concurrentes. Elles déclarent que leur part de marché combinée serait de [moins de 10] %. Elles ajoutent que, si un marché plus étroit était retenu, tel celui des services de documentation pour lindustrie aérospatiale et aéronautique, leur part combinée serait à peine supérieure à [0-10] %.
e) Accessoires daviation
Il sagit dun ensemble de services et de produits très divers. Aucun élément ne permet denvisager que Jeppesen puisse détenir une part significative du marché ou de lun des marchés pertinents auxquels ces produits et services pourraient être rattachés.
B. - Marchés sur lesquels opère Boeing et position de Boeing
et de ses concurrents sur ces marchés
1. Les marchés de produits
Dans la décision quelle a rendue, le 30 juillet 1997, lors de lexamen de lacquisition du groupe McDonnell Douglas par le groupe Boeing, la Commission européenne a identifié les marchés sur lesquels opérait Boeing comme étant ceux des avions à réaction commerciaux de grande capacité, neufs, distincts de ceux des avions doccasion, comprenant les avions-cargos, et a distingué, dune part, les avions à fuselage étroit et, dautre part, les avions à fuselage large.
Le Conseil estime que les marchés considérés nont pas connu depuis cette date dévolution significative justifiant leur remise en cause.
2. Marché géographique
Par ailleurs, la Commission européenne, dans laffaire Boeing/MDD, a estimé que les marchés des avions commerciaux de grande capacité avaient une dimension mondiale. Cette position était motivée par le fait que ces appareils sont vendus dans le monde entier dans des conditions de concurrence similaires et que, proportionnellement à leur prix, les coûts de transport liés à la livraison sont négligeables. Aucun élément recueilli au cours de linstruction ne permet de conclure que la dimension géographique de ces marchés a été modifiée depuis 1997.
3. Position de Boeing sur ces marchés
La Commission a considéré, dans laffaire Boeing/MDD, que les chiffres relatifs au carnet de commandes constituaient le meilleur indicateur de la position sur le marché. Les informations recueillies au cours de linstruction ont permis détablir quen utilisant les mêmes critères que la Commission (commandes nettes) les parts de marché de Boeing et dAirbus en 2000 sont respectivement de [50-60] % et [40-50] %.
Lutilisation du critère des commandes non livrées à la fin de lannée ne conduit pas à des résultats sensiblement différents : Boeing : [50-60] % ; Airbus : [40-50] %, selon les chiffres fournis par Boeing (respectivement [50-60] et [40-50] %, selon les chiffres fournis par Airbus).
Dans la même décision, la Commission a cependant pondéré les constatations rappelées ci-dessus par celles relatives à la flotte en exploitation à la fin de lannée. Limportance de ce dernier critère réside notamment dans le fait que lampleur de la flotte dune marque permet à celle-ci dentretenir avec les compagnies aériennes des relations étroites et durables pouvant être déterminantes lors des renouvellements des appareils. La Commission a, par ailleurs, souligné lavantage que présente, pour un constructeur offrant une large gamme dappareils, lexistence de nombreuses flottes de ces mêmes avions en exploitation :
« Si à une flotte en exploitation importante sajoute une large gamme de produits, cette flotte en exploitation peut être un élément clé souvent à même de conditionner les décisions que doivent prendre les compagnies aériennes en matière de planification de leur flotte ou dacquisition. Les économies découlant de la similitude des caractéristiques techniques, telles que le stock des matériels techniques de rechange et les qualifications du personnel navigant technique, exercent une influence décisive sur les décisions dune compagnie aérienne en matière de choix des types davions et peuvent fréquemment entraîner lacquisition dun certain type dappareil, même si le prix des produits concurrents est plus bas » (déc. Boeing/MDD pt. no 41).
En valeur, les appareils Boeing en exploitation représentent [70-80] % du total des appareils du marché concerné, contre [10-20] % pour Airbus (les parts sont analogues si lon prend en compte le nombre dunités : Boeing : [70-80] % ; Airbus : [10-20] %). Il est également important de noter que, même si la part de Boeing baisse régulièrement, cette baisse est très lente, comme le montre le tableau ci-après, établi sur la base des informations fournies par Boeing.
| 1997 | 1998 | 1999 | 2000 | |
|---|---|---|---|---|
| Boeing | [70-80]-% | [70-80]-% | [70-80]-% | [70-80]-% |
| Airbus | [10-20]-% | [10-20]-% | [10-20]-% | [10-20]-% |
Boeing soutient que le critère de la flotte en exploitation ne constitue pas un critère pertinent pour lappréciation de la position de force des opérateurs sur le marché des avions commerciaux de grande capacité neufs : « Le nombre de flotte en exploitation pour un avionneur indique la compétitivité passée de lavionneur dans le fait de gagner des commandes mais ne reflète pas sa compétitivité actuelle ni sa position future probable sur le marché. »
Airbus estime, pour sa part, quil convient de prendre en compte la fidélité de la clientèle : « Une compagnie aérienne exploitant des avions Boeing est largement incitée à rester client de Boeing. Non seulement les pilotes sont formés à piloter les avions Boeing (et les mécaniciens sont formés à la maintenance, la réparation et lentretien de ces avions), mais, dautre part, toute linfrastructure de support nécessaire (pièces de rechange, outils de maintenance, matériel de servitude au sol, simulateurs de vol, etc., est en place (...). De surcroît, la fourniture et le support après vente dimportants parcs davions génèrent un volume daffaires considérable pour le constructeur dominant, qui lui permet de proposer de meilleures conditions concernant loffre dappareils neufs. »
Le représentant de la direction générale de laviation civile a, par ailleurs, confirmé que les compagnies aériennes font preuve dune grande fidélité pour leurs achats davions.
De fait, linstruction a montré que [60-70] % des compagnies aériennes exploitent exclusivement des flottes dappareils Boeing et/ou McDonnell Douglas. Tel est le cas, notamment, de Delta Airlines, Continental et Southest Airlines, qui figurent parmi les huit plus grandes compagnies et qui nexploitent que des appareils Boeing. Les autres ont un parc composé davions Boeing à [70-80] % au minimum. En revanche, aucune des huit plus grandes compagnies na une flotte composée exclusivement davions Airbus.
Au total, pour les raisons énoncées ci-dessus et au vu également de la position de Boeing sur les marchés militaires américains et, particulièrement, sur les activités de recherche et de développement sur ces secteurs, la Commission avait, dans sa décision de 1997, considéré que Boeing occupait sur les marchés pertinents une position dominante susceptible dêtre renforcée par lacquisition de McDonnell Douglas.
Le Conseil estime que linstruction na pas apporté déléments susceptibles de remettre en question les conclusions de la Commission quant à la définition de la position dominante de Boeing sur les marchés pertinents. Il observe, par ailleurs, que, compte tenu de la configuration duopolistique des marchés des avions commerciaux de grande capacité, tout avantage concurrentiel acquis par lun des deux constructeurs, qui ne pourrait être imputé aux effets dune concurrence par les mérites, fausserait le jeu de la libre concurrence sur les marchés considérés.
4. Airbus
Airbus est directement concerné par cette concentration dans la mesure où il est le seul concurrent de Boeing sur le marché des avions à réaction commerciaux de grande capacité, identifié par la Commission dans sa décision 87/816/CE du 30 juillet 1997 relative à laffaire no IV/M.877 Boeing/McDonnell Douglas.
Le consortium européen Airbus Industrie a été constitué à lorigine sous la forme dun groupement dintérêt économique composé initialement dAerospatiale (37,9 %), de DASA (37,9 %), de CASA (4,2 %) et de British Aerospace (20 %). Depuis le 1er mars 2001 (avec effet rétroactif au 1er janvier), une nouvelle société, Airbus intégré (AIC), a vu le jour. Cette nouvelle société est constituée sous la forme dune société par actions simplifiée de droit français détenue à hauteur de 80 % par EADS (European Aeronautic Defense Space Company), et de 20 % par BAE Systems (British Aerospace).
La création dAIC va permettre, selon ses dirigeants, des économies de coûts de 350 millions deuros (environ 2,3 milliards de francs) dici à 2004.
Airbus, qui emploie 40 000 salariés en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne et en Espagne, est la principale filiale dEADS, représentant environ 90 % de ses profits et 64 % de son chiffre daffaires.
Au cours de ses trente ans dexistence, les commandes enregistrées par le consortium se montent à 4 125 avions, achetés par 173 clients.
En 1999, pour la première fois, Airbus a enregistré plus de commandes que Boeing (476 contre 391) et vendu 68 appareils de la famille des A330/A340 (contre 56 B747 et B777) (source Air et Cosmos du 19 janvier 2001).
Avec lA380, avion à deux ponts, qui pourra transporter plus de 550 passagers et dont la construction a été lancée lannée dernière, Airbus dispose désormais dune famille complète davions.
IV. - BILAN CONCURRENTIEL
Les sociétés Boeing et Jeppesen nopèrent pas dans les mêmes secteurs dactivité. Lopération nentraîne donc pas de cumul de parts de marchés, quelle que soit leur définition. Par ailleurs, les relations directes de client à fournisseur entre les deux sociétés sont quasiment inexistantes. Les services fournis par Jeppesen à Boeing, préalablement à lopération, étaient limités à la fourniture déchantillons de bases de données pour une valeur denviron [...] dollars par an. De même, les ventes directes de Jeppesen à Airbus se sont élevés à [...] dollars en 2000, dont [...] dollars de cartes. En revanche, la construction davions et les services dinformation de vol peuvent être considérés comme des secteurs connexes et Boeing et Jeppesen ont en commun la clientèle des compagnies aériennes, également clientes des concurrents de Boeing et Jeppesen. Leurs relations passent aussi par lintermédiaire des fabricants davionique qui intègrent, dans les ordinateurs de bord quils vendent aux constructeurs aériens, les données quils achètent à Jeppesen. Lopération présente un risque datteinte à la concurrence si le réseau des relations commerciales du nouveau groupe a pour conséquence un renforcement de la position dominante quil occupe, dune part, sur le marché des avions commerciaux de grande capacité et, dautre part, par lintermédiaire de Jeppesen, sur le marché de la cartographie.
A. - Sur le marché des avions commerciaux
de grande capacité
En premier lieu, il convient dexaminer lhypothèse selon laquelle Boeing réserverait laccès aux services de Jeppesen à ses seuls clients, cest-à-dire aux compagnies aériennes achetant des avions commerciaux de grande capacité de la seule marque Boeing, ou aux seuls fabricants davionique équipant des avions Boeing. Une telle forclusion ne serait cependant susceptible de générer des effets anticoncurrentiels vis-à-vis dAirbus, seul concurrent de Boeing, que si les services de Jeppesen étaient irremplaçables et que les décisions dachat des compagnies aériennes puissent être conditionnées par les possibilités daccès à ces services.
En ce qui concerne le marché de la cartographie et celui des données de navigation, il nest pas contesté que Jeppesen est, à ce jour, la seule en mesure de fournir des données cartographiques, en route et, surtout sur les approches daéroports, aussi complètes. Elle est réputée pouvoir fournir à toute compagnie aérienne désireuse douvrir une nouvelle liaison toutes les données nécessaires, quelle que soit la route considérée. Elle serait en mesure de couvrir environ 4 000 aéroports et aérodromes dans le monde entier, contre 2 000 pour ses plus proches concurrents.
Mais, dune part, loffre concurrente de celle de Jeppesen suffit aux compagnies aériennes clientes de Boeing ou dAirbus. En effet, les vingt compagnies les plus importantes au plan mondial achètent 80 % des avions neufs de grande capacité, soit à Boeing, soit à Airbus, les compagnies de moindre importance louant leurs avions ou achetant des avions doccasion. Or, les grandes compagnies aériennes, clientes des constructeurs davions Boeing ou Airbus, desservent des routes et des aéroports pour lesquels il existe, en dehors des services offerts par la société Jeppesen, une offre alternative satisfaisante, quelles ont parfois développée elles-mêmes.
Les informations fournies par les représentants de Boeing en séance montrent ainsi que seuls 3 975 aéroports dans le monde entier disposent des infrastructures nécessaires à latterrissage des avions commerciaux de grande capacité (piste de plus de 4 000 pieds, approche aux instruments, approvisionnement en carburant). Sur ce total, seuls 450 aéroports sont effectivement utilisés de façon régulière pour le trafic de laviation commerciale réalisé sur Airbus ou sur Boeing, 200 à 300 aéroports supplémentaires étant utilisés de façon occasionnelle pour des vols charters ou des atterrissages durgence.
Loffre concurrente de celle de Jeppesen permet de couvrir ces besoins de base. Plusieurs compagnies aériennes produisent elles-mêmes des cartes et des données de navigation aérienne pour leurs besoins propres et certaines les commercialisent auprès dautres compagnies aériennes, devenant ainsi des concurrentes de Jeppesen. Air France, qui possède une flotte composée pour moitié davions Boeing et pour moitié davions Airbus, possède un département intégré qui produit, pour ses besoins propres, des cartes de navigation, les outils nécessaires à la préparation des vols, la tenue des manuels dexploitation (manuels relatifs aux généralités, aux spécificité techniques, à lexploitation technique et à la formation des équipages). Par ailleurs, elle vend des prestations à des compagnies aériennes telles que Air Gabon, Air Madagascar, Air Afrique, Air Cameroun. Air France est néanmoins cliente de Jeppesen et lui achète certaines données. Dautres compagnies aériennes telles Aerolineas, Air Canada, Iberia, Japan AirLines, KLM, Lufthansa qui détient LIDO, Swissair qui détient Swissair Flight Support et Varig (Brésil) produisent elles-mêmes tout ou partie de ces données et fournissent également le même type de prestations, soit directement, soit par lintermédiaire de filiales.
Par ailleurs, les autorités publiques aéronautiques fournissent également des services de cartographie et de navigation utilisées par les compagnies aériennes. En France, le service de linformation aéronautique fournit des cartes pour les routes aériennes nationales et les aéroports. La National Aeronautical Charting Office (NACO) anciennement NOS, entité de la US Federal Aviation Administration, produit des cartes de navigation couvrant lensemble des Etats-Unis. De même, Argentine Air Force, Airways Corp of New Zealand, Air Services Australia, Australian RAAF et le ministère des transports au Brésil ou NavCanada fournissent aussi ce type de services.
Enfin, un certain nombre de sociétés sont, comme Jeppesen, spécialisées dans les services de linformation de vol. Racal Avionics fournit British Airways et 27 autres compagnies. LIDO, filiale à 100 % de Lufthansa, fournit des services cartographiques et de navigation, ainsi que des services dopérations de vol. Ses clients comprennent des compagnies aériennes du groupe Lufthansa comme Condor, Lufthansa Cargo et Lufthansa German Airlines, mais aussi dautres compagnies aériennes telles que Air Canada, British Airways et Finnair. Daprès les documents transmis par Boeing, LIDO a conclu un contrat avec lun des principaux fournisseurs de FMC (flight management computer), Smith Industries, pour la fourniture de bases de données de navigation à leurs clients.
Dautre part, ce marché est caractérisé par labsence de barrières à lentrée significatives, comme latteste la présence dopérateurs de taille modeste en comparaison de Jeppesen, et comme lont reconnu les personnes entendues par le Conseil en séance, qui ont estimé que toutes les grandes compagnies daviation étaient en mesure soit de sadresser au marché, soit de produire elles-mêmes, et éventuellement de céder à dautres utilisateurs, les services dont elles avaient besoin. La technologie utilisée est aisément accessible et lactivité de Jeppesen nest pas protégée par des brevets. Par ailleurs, lensemble des données brutes est disponible, gratuitement, ou à un coût faible, auprès des autorités publiques.
Des déclarations faites en séance par Jeppesen et Air France, il ressort que les délais nécessaires à la couverture dun nouvel aéroport peuvent être évalués à environ trois semaines/un mois. Par ailleurs, tant Airbus quAir France estiment que les concurrents de Jeppesen, actuellement présents sur le marché des données de cartographie et des données de navigation, pourraient constituer une base de données aussi complète que celle de Jeppesen à lhorizon de un à deux ans. Or, il faut prendre en compte le fait que louverture dune nouvelle route est étudiée pendant des mois et que plusieurs années sécoulent entre la commande dun avion et sa livraison.
Par ailleurs, il convient de signaler quAirbus a récemment annoncé quil avait lintention de susciter une concurrence pour les produits Jeppesen.
Sagissant du marché français, cest-à-dire du territoire métropolitain, des départements doutremer et des routes aériennes assurant la desserte des principaux aéroports qui y sont situés, ni Boeing ni Jeppesen ny disposent dune influence plus forte que sur lensemble du marché mondial. En effet, la flotte dAir France, principale compagnie aérienne, est majoritairement constituée dappareils Airbus et cette compagnie produit elle-même la plupart des services de cartographie dont elle a besoin. Air France, comme son représentant la déclaré devant le Conseil, nest donc en aucune manière dépendant de Jeppesen. Quant aux autres compagnies qui desservent le territoire national, il sagit ou bien, pour la plupart dentre elles, de compagnies étrangères qui disposent des mêmes moyens quAir France (cf. ci-dessus), ou bien de compagnies plus modestes, qui peuvent disposer aisément pour la plus grosse part de leurs besoins des données fournies par la direction générale de laviation civile, ou sadresser aux concurrents de Jeppesen, voire à Air France. Lopération soumise au Conseil ne présente donc aucun risque datteinte à la concurrence sur le marché français des avions commerciaux de grande capacité.
Sur un tout autre plan, il na pas été contesté que lopération permettrait à Boeing davoir accès à des informations sensibles concernant Airbus. Le Conseil considère cependant que ces problèmes de confidentialité, qui sont au demeurant inhérents aux activités de lensemble du secteur de laéronautique, caractérisé par limbrication des liens commerciaux et capitalistiques, tissés entre fournisseurs, clients et concurrents, au fil des restructurations, acquisitions et prises de contrôle, peuvent être résolus par des contrats spécifiques, du type de ceux couramment conclus dans ce secteur. Cest la mise en uvre de tels contrats qui est envisagée par Boeing.
B. - Sur le marché des cartes de navigation
et des données alimentant les FMS
Sur ce marché, des contrats dexclusivité liant Boeing et Jeppesen, ou un fabricant davionique et Jeppesen, auraient pour effet de réserver laccès des produits Jeppesen à la clientèle constituée des acheteurs de Boeing. Mais elle aurait également pour effet douvrir à un concurrent existant ou potentiel de Jeppesen laccès à la clientèle des acheteurs dAirbus, soit [40-50] % des nouvelles commandes en 2000, alors que Jeppesen a assuré, en 2000, sur le marché des cartes de navigation, [70-80] % dun total de ventes estimé à [200-300] millions de dollars et, sur le marché des données FMC, [40-50] % dun total de ventes estimé à [moins de 100] millions de dollars.
En ce qui concerne la numérisation des données et lintégration dans les cockpits en construction dun ordinateur spécifique (paperless cockpit), Jeppesen nest pas en position direct de fournisseur des avionneurs, mais de fournisseur des fabricants davionique. Sur ce nouveau marché, qui concerne les appareils qui seront construits et livrés dans les prochaines années, la demande émane, à parts égales, dAirbus et de Boeing. Il serait donc difficilement concevable quun fabricant davionique accepte de conclure un contrat dexclusivité avec Boeing-Jeppesen, ayant pour effet de rendre les logiciels correspondants exclusivement compatibles avec les équipements et cockpit Boeing, puisquun tel contrat aurait pour conséquence de priver le fabricant davionique de la moitié de la clientèle potentielle et, en retour, de susciter une concurrence au fabricant davionique et à Jeppesen.
C. - Sur le marché des services de documentation
Il a été indiqué, à cet égard, que Boeing serait sur le point de modifier le format de la documentation électronique de maintenance pour les avions Boeing et pourrait faire bénéficier Jeppesen dune longueur davance sur ses concurrents sur le marché des services de documentation. Boeing précise dans ses observations que les modifications projetées portent sur lintroduction dune méthode de création des données SGML, plus rapide et plus facile, dont bénéficieraient les compagnies aériennes pour leurs opérations de maintenance. En ce qui concerne le format des données, le Conseil observe que les évolutions nécessaires sont périodiquement soumises à lapprobation de lATA (Association des transporteurs aériens) et font donc lobjet dune publicité accessible aux professionnels du secteur et que, tout état de cause, les modifications projetées nont pas de lien avec lopération soumise à lavis du Conseil. Au surplus, la société Jeppesen ne détient quune part très limitée du marché des services de documentation (de [moins de 10] à [10-20] % selon la délimitation du marché retenue),
Est davis :
Que lacquisition par la compagnie Boeing du groupe Jeppesen ne comporte pas de risques datteinte à la concurrence sur lun des marchés concernés.
Délibéré, sur le rapport de Mme Guillot et M. Arhel, par Mme Hagelsteen, présidente, Mme Pasturel, MM. Cortesse et Jenny, vice-présidents, Mmes Boutard-Labarde, Flüry-Hérard, Mader-Saussaye, Perrot et MM. Bidaud, Nasse, Piot et Robin, membres.
| La rapporteure générale adjointe, Nadine Mouy |
La présidente, Marie-Dominique Hagelsteen |
Nota. - A la demande des parties notifiantes,
des informations relatives au secret des affaires ont été occultées
et la part de marché exacte remplacée par une fourchette plus
générale.
Ces informations relèvent du « secret
daffaires », en application de larticle 28 du décret
no 86-1309 du 29 décembre 1986, modifié
par le décret no 95-916 du 9 août 1995,
avant-dernier alinéa.
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© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie - DGCCRF - 05 décembre 2001 |