| Sommaire | N° 11 du 23 août 2001 |
Rapport et avis du Conseil national de lalimentation
sur la traçabilité des denrées alimentaires
NOR : ECOC0100305V
Groupe de travail présidé par M. François Falconnet, Mme Françoise Guillon en étant rapporteur.
Résumé
Après avoir établi un constat sur létat actuel de la traçabilité et sur les efforts engagés pour laméliorer, le Conseil formule un certain nombre de principes généraux pour le développement de la traçabilité puis des propositions précises pour un certain nombre de secteurs, notamment les filières animales.
Le constat : la mise en place de la traçabilité
est encore très partielle
Certes, de nombreux travaux sont en cours,
notamment dans les entreprises, mais le Conseil constate que, sauf dans la filière
bovine, la traçabilité nen est encore quà ses débuts, voire est encore
totalement inexistante et reste en général une stratégie dentreprise plutôt
quune stratégie collective.
Le développement de très nombreux outils par des entreprises
souvent spécialisées dans léchange de données informatisées et lexistence
de standards internationaux contrastent avec le peu dinitiatives collectives
structurantes au sein des filières. En outre, les nouveaux systèmes de transfert
dinformations laissent entrevoir des possibilités immenses en ce qui concerne le
développement de linformation sur les denrées alimentaires. Au-delà des
informations strictement relatives à la sécurité des aliments, des informations par
exemple relatives aux particularités éthiques ou environnementales des modes de
production peuvent être acheminées.
Au plan réglementaire, la possibilité plus large, ouverte par la
loi dorientation agricole de 1999, de prévoir des dispositions par décret,
na pas encore été utilisée depuis deux ans.
Les principes mêmes de la fixation des règles de traçabilité
nont pas encore été établis, notamment sur le point de savoir ce qui relève de
la responsabilité de lEtat, de celle des filières et de celle des entreprises.
Cest pourquoi le Conseil estime que plusieurs décrets, mis
à létude dès ladoption de la loi dorientation agricole, devraient
être rapidement publiés, notamment en ce qui concerne la filière bovine et les OGM.
Dautres décrets devraient être préparés dans les domaines et selon les
modalités qui résultent des analyses ci-dessous.
Nombreuses, les attentes consuméristes nécessitent dêtre hiérarchisées et
leur mise en uvre supposera des négociations entre représentants des consommateurs
et des filières
Cette situation, si elle traduit des difficultés inhérentes
à la traçabilité, est cependant préoccupante, à la fois en elle-même et dans la
mesure où le concept de traçabilité a été, à de nombreuses reprises, affirmé comme
un objectif des pouvoirs publics et des responsables des filières alimentaires, et que
pour les consommateurs la traçabilité est un mot magique.
En matière de sécurité des aliments, les exigences des
consommateurs sont très fortes. La traçabilité à finalité sanitaire qui permet des
mesures de gestion des risques a posteriori en permettant le retrait ciblé de
produits non conformes est donc un outil nécessaire.
En matière dinformation sur la qualité des denrées
alimentaires, et notamment des modes de production des produits, les attentes
consuméristes sont aussi lancinantes. Pour permettre de donner une information loyale aux
consommateurs, la mise en uvre dune traçabilité à finalité informative est
souhaitable.
Cependant, le Conseil considère que la traçabilité doit rester
au service dintentions viables pour les filières et dinformations attendues
par les consommateurs. Ainsi, le Conseil demande de ne pas laisser croire que la
traçabilité permettrait dacheminer toute linformation relative à un
produit. Elle permet uniquement de faire suivre, dun stade de la filière à un
autre, une information prédéfinie. Les informations à acheminer, dès lors
quaucune obligation réglementaire nexiste déjà, doivent donc être
débattues au sein de chaque filière et entre tous les maillons qui la constituent. Le
Conseil estime que les pouvoirs publics devraient considérer cette négociation comme un
préalable à chaque décret quils seront amenés à prendre en ce qui concerne la
traçabilité dans les filières agroalimentaires. Les membres du Conseil estiment
quune réelle structuration des filières agricoles et alimentaires, par exemple la
filière poisson, est indispensable pour lexpression dintérêts collectifs
négociés relatifs à la traçabilité.
Attention à la traçabilité comme enjeu marketing !
La traçabilité doit être construite comme un outil de confiance pour le consommateur et non comme un instrument de marketing. Le Conseil demande à cet égard aux pouvoirs publics de veiller à ce que la réglementation sur la publicité trompeuse soit scrupuleusement appliquée. Une traçabilité ne doit évidemment pas être mentionnée si elle nest pas assurée. Mais, en outre, ni la publicité, ni certaines mentions valorisantes ne doivent donner à penser que des produits ont été obtenus dans des conditions notablement différentes dautres produits de la même famille au seul motif que leur traçabilité serait assurée.
La nécessité de prendre en compte les spécificités
des filières pour organiser la traçabilité
Au cours de ses travaux, le Conseil a
auditionné plusieurs filières quil a pu regrouper selon la typologie
suivante : les filières déjà très réglementées (cas de la filière viande
bovine), les filières qui conduisent à de grands mélanges dune même matière
première et/ou à lincorporation dingrédients à très faible dose (cas de
la filière lait ou des céréales), les filières pour lesquelles il est difficile de
préciser lorigine exacte du produit (cas de la filière pêche) et les filières
qui rencontrent actuellement lhostilité dune partie au moins des
consommateurs (cas des OGM).
Chaque filière ayant ses spécificités, en matière de
contraintes techniques et réglementaires et en matière dattentes consuméristes,
le Conseil estime que les situations doivent être traitées distinctement.
Pour répondre à cette diversité et conserver une certaine
souplesse de mise en uvre, le Conseil est favorable à ce que la réglementation
sattache principalement à la définition des objectifs de la traçabilité qui
peuvent être sanitaires, informatifs ou les deux à la fois en laissant les différents
opérateurs concernés ajuster les dispositifs techniques en fonction de la nature de leur
activité et, éventuellement, de leur taille. Tel ne doit cependant pas être le cas des
filières très réglementées, pour lesquelles la réglementation fixe à la fois les
objectifs de la traçabilité et les moyens de les atteindre.
Cependant, la négociation et lexpression dintérêts
collectifs requièrent une réelle structuration des filières agricoles et alimentaires.
A défaut dune telle organisation, et afin de permettre la mise en place de la
traçabilité, le Conseil estime que les pouvoirs publics peuvent user de leur pouvoir
réglementaire, pour définir alors, en concertation avec les professionnels concernés,
à la fois les objectifs et les moyens de mise en uvre de la traçabilité,
compensant ainsi le déficit dinitiatives collectives.
Le Conseil souligne que les filières pour lesquelles des
obligations communautaires ou internationales ont déjà été édictées, celles où
existent des risques sanitaires particuliers et celles qui rencontrent une difficulté de
perception dune partie au moins des consommateurs doivent faire lobjet
dun encadrement réglementaire suffisant.
Après la fixation de ces principes, le Conseil fait des
recommandations selon les grands types de filières.
Le cas des filières animales
Sagissant des enseignements qui peuvent
être retirés des filières les plus réglementées, les membres du Conseil retiennent
que dans la filière bovine lidentification individuelle des animaux (Identification
pérenne généralisée) a constitué un socle fondamental pour la mise en uvre de
la traçabilité dont pourraient sinspirer dautres filières animales. A cette
fin, le Conseil considère que le développement dune traçabilité dans
dautres espèces semble subordonné à la mise en place dune identification
individuelle des animaux. Il recommande donc que des dispositions allant dans ce sens
soient arrêtées pour lélevage ovin récemment affecté par lépisode de
fièvre aphteuse et mises à létude pour lélevage porcin, et que des travaux
sur la traçabilité dans ces filières soient engagés.
Le Conseil regrette que les nouvelles dispositions communautaires
en matière détiquetage et de traçabilité des viandes bovines aient pour
conséquences que certaines dispositions existant jusquici en France et
particulièrement importantes pour les consommateurs ne sont plus obligatoires (indication
de la catégorie et de la race de lanimal) et nont, de fait, plus quun
caractère facultatif. Même si, dans les circonstances actuelles, la traçabilité ne
peut apporter quune contribution limitée aux problèmes sanitaires que rencontre la
filière, il est important déviter tout retour en arrière qui serait
préjudiciable aux autres attentes du consommateur, notamment en matière de qualité et
de transparence de linformation, et également préjudiciable aux intérêts à
moyen et long terme de la filière bovine.
Le Conseil demande donc que de nouveaux accords
interprofessionnels soient conclus de manière à être ensuite étendus par les pouvoirs
publics, pour que ces dispositions retrouvent force obligatoire. Il demande quà
défaut de tels accords les pouvoirs publics interviennent par décret.
Lors de sa séance plénière du 8 juin 2000, le Conseil
national de lalimentation (CNA) a décidé de mener une réflexion sur la
traçabilité des denrées alimentaires, son contenu concret, les besoins et attentes
dinformations des différentes parties prenantes, les moyens nécessaires à
lexplication des modes de production et la diffusion de linformation.
Le CNA a confié la présidence de ce groupe de travail à
M. François Falconnet, appartenant au collège du CNA de la transformation et de
lartisanat. Mme Françoise Guillon, membre du collège des consommateurs et usagers,
en a été le rapporteur.
PRÉAMBULE
Il a notamment été décidé :
de dresser un état des lieux permettant de répondre
aux questions suivantes : quexiste-t-il en matière de traçabilité, pourquoi,
comment, les moyens sont-ils appropriés ?
de préciser les objectifs visés par la traçabilité
en fonction des différentes modalités de mise en uvre, détudier
linformation acheminée et les procédures à appliquer à chaque stade de la
filière ;
de préciser les attentes des consommateurs et des
acteurs de la filière en matière dinformations non spécifiquement contenues dans
létiquetage et en ce qui concerne les modes de production agricole (méthode
délevage, régime alimentaire de lanimal, etc.), les procédés industriels,
lorigine des matières premières (notion de risque sanitaire, éthique, respect de
lenvironnement) ;
dexaminer si ces attentes peuvent être prises
en compte par les mécanismes de la traçabilité ;
dexposer les limites éventuelles de la
traçabilité pour acheminer des informations loyales de nature diverse jusquau
consommateur et jusquoù on peut aller (coût/intérêt) ;
de se prononcer sur la confiance qui peut être
accordée aux dispositifs en analysant notamment les modalités de vérification des
informations données et du contrôle officiel ;
de dégager des lignes directrices susceptibles
dharmonisation des pratiques entre les filières qui sengagent dans la
traçabilité de certaines informations.
1. ÉTATS DES LIEUX
1.1. Définition et objectifs de la traçabilité
Selon la version de la norme ISO
9000-2000, la traçabilité est « laptitude à retrouver lhistorique,
la mise en uvre ou lemplacement de ce qui est examiné. Dans le cas dun
produit, elle peut être liée à lorigine des matériaux et composants,
lhistorique de réalisation, la distribution et lemplacement du produit après
livraison ».
Au sens de la norme ISO 8402, la traçabilité est « laptitude
à retrouver lhistorique, lutilisation ou la localisation dune entité
(par exemple, un végétal, un animal, une denrée alimentaire) au moyen
didentifications enregistrées ».
Elle fournit, à cet effet, les mécanismes de création
dun flux continu dinformations couplées à un flux physique de marchandises.
Son objectif central vise donc à limiter la discontinuité de linformation tout au
long de la chaîne alimentaire, au moyen dun système de documentation et
denregistrement des données liées aux transactions commerciales entre opérateurs.
Etablir la traçabilité dun produit consiste donc pour les opérateurs à avoir la
capacité de transférer les informations relatives à ce produit (au minimum son
identifiant), à chaque cession ou transaction, sous la forme dun étiquetage
approprié ou de documents daccompagnement, et à enregistrer et conserver les
informations acheminées. Toutefois, la traçabilité ne définit pas a priori le
volume dinformations à transférer. Les informations peuvent exister sans
quil soit nécessaire de toutes les transmettre à chaque cession.
Quelle soit « descendante », cest-à-dire
quelle permette de connaître la destinée de cette entité, ou quelle soit
« ascendante », cest-à-dire quelle permette de retrouver
lorigine et lhistorique de ladite entité, elle est considérée comme un
outil de gestion de la qualité et un outil dinformation au service des filières
agroalimentaires, dont les Pouvoirs publics soutiennent le développement dans une
finalité de meilleure organisation de la logistique, de maîtrise des non-conformités
(rappels des lots), de promotion de la qualité et de lorigine (Label rouge,
Agriculture biologique, etc.), de transparence des marchés (étiquetage des viandes
bovines), ou bien entendu, de gestion des alertes alimentaires.
Diverses typologies, essentiellement sémantiques, ont été mises
au point pour préciser le concept, mais ce nest pas lobjet du présent
rapport. Le Conseil dEtat en a donné la définition suivante : « établir
et tenir à jour des procédures écrites dinformations enregistrées et
didentification des produits ou lots de produits, à laide de moyens
adéquats, en vue de permettre de remonter aux origines et de connaître les conditions de
production et de distribution de ces produits ou lots de produits ». Cette
définition rappelle que la traçabilité implique deux notions :
la traçabilité sur la logistique du produit : « permettre
de remonter aux origines du produit », cest-à-dire être capable de
suivre le produit dans lespace et le temps ;
la traçabilité sur le contenu du produit : « connaître
les conditions de production et de distribution de ces produits »,
cest-à-dire être capable de donner toutes les informations concernant la vie du
produit (alimentation des animaux, soins vétérinaires, produits phytosanitaires,
engrais, transformation, etc.).
Une traçabilité complète ne peut être que la juxtaposition de
ces deux formes de traçabilité.
1.1.1. La traçabilité fournit des informations fiables
pour létiquetage des denrées
Lobjectif de létiquetage des
aliments est de fournir des informations pertinentes aux acheteurs et aux consommateurs.
Pour ces derniers, létiquetage vise à faciliter leurs choix et à les protéger
contre des pratiques déloyales ou trompeuses. La traçabilité améliore, dans ce
contexte, la fiabilité de létiquetage des produits et donc sa crédibilité.
Certains analystes distinguent la traçabilité
« transporteur » selon que les informations sont dissociées du produit et
quelles intéressent les actes des opérateurs et la traçabilité
« transportée » pour laquelle linformation accompagne la marchandise.
Cette dernière est plus précise dans la mesure où elle concerne chaque unité de
fabrication pour laquelle les événemens subis par le produit ou par ses constituants
sajoutent progressivement les uns aux autres au cours du processus de fabrication.
De manière générale, lorganisation de la traçabilité
doit être telle que les informations forment un système déchanges continu entre
les opérateurs considéré comme ininterruptible et infalsifiable.
Il apparaît que les systèmes déchange dinformations
permettent de traiter des informations de toute nature. Elles peuvent être relatives à
la sécurité des aliments, aux modes de productions, aux aspects environnementaux,
éthiques, etc.
1.1.2. La traçabilité renforce la sécurité des denrées
1.1.2.1. La traçabilité peut permettre de suivre
des effets à long terme
Quil sagisse par exemple dépandage de boues de stations dépuration ou de dissémination volontaire dOGM dans lenvironnement, la traçabilité apporte une dimension historique par lobligation quelle confère denregistrer et de conserver les données. Le cas échéant, déventuels désordres environnementaux imprévus peuvent survenir, et il est alors possible den déterminer lorigine et dy remédier efficacement. La surveillance après la mise sur le marché peut également savérer utile, dans le même ordre didée, pour gérer des effets à long terme inattendus dun aliment particulier sur la santé. Cette surveillance se justifie par la reconnaissance des limites de lévaluation scientifique des risques, en particulier en ce qui concerne les effets à long terme et cumulés, notamment des OGM. La mise en place de mesures de surveillance sinscrit alors dans le cadre de lapplication du principe de précaution face à labsence de certitudes scientifiques. En matière alimentaire, ce suivi ne vaut toutefois que pour les produits significativement différents daliments conventionnels.
1.1.2.2. La traçabilité facilite le retrait du marché
de produits susceptibles de présenter un risque
La traçabilité est un outil précieux pour la
mise en uvre de procédures de rappel de produits lorsquun effet indésirable
est identifié, quil soit environnemental ou lié à la consommation dun
aliment. Elle est doublement utile quand il existe des possibilités de mélange de
produits à destinations finales différentes. Elle permet des retraits ciblés et
précis, en général économiquement plus pertinents pour les opérateurs et les services
de contrôle que des retraits non ciblés sappliquant à un grand nombre de produits
(exemple de la crise de la dioxine belge qui a nécessité le rappel de 9 400 tonnes
de produits), qui ne sont pas tous nécessairement concernés. Dans un certain nombre de
cas particuliers dont la caractéristique tient par exemple à la taille de
lentreprise, au volume de produits traités ou à la nature du produit
(ingrédients, etc.), le recours à la traçabilité permet certes des retraits plus
ciblés mais ne savère cependant pas économiquement justifié.
En labsence de système de traçabilité, la mise en
uvre des mesures de retrait est longue, difficile et coûteuse. Au contraire, la
vérification de documents et de registres disponibles assure rapidité, efficacité et
ciblage du retrait. Des enregistrements sont dores et déjà liés à la majorité
des transactions. Les informations quils contiennent concernent aussi bien le
fournisseur, le client et la date de la transaction que la nature, lorigine, le
contenu et la quantité du produit.
La traçabilité peut, dans certaines configurations, associer des
dispositifs permettant le contrôle dévénements physiques tels que
lexposition à des températures anormales.
1.1.3. La traçabilité peut être un outil
damélioration de la qualité
La traçabilité est une exigence des systèmes de management de la qualité. En effet, au-delà de son rôle pour renforcer la sécurité alimentaire (effets à long terme, retrait de produits), elle permet lors des analyses de non-conformité de produits, lors des audits internes et revues de direction, de remonter aux causes des écarts constatés et permet la mise en place daméliorations destinées à éviter la répétition de ces écarts.
1.1.4. La traçabilité nest pas une fin en soi
Cet outil nest cependant pas une
« fin en soi » qui peut faire lobjet de « surenchères » et,
pour cette raison, le développement de son utilisation doit probablement obéir à
certaines règles prédéterminées.
La traçabilité peut opportunément contribuer à la loyauté des
transactions, permettre le respect des cahiers des charges des signes officiels de la
qualité et de lorigine des produits agricoles et alimentaires ou bien renforcer la
maîtrise de la sécurité des végétaux, animaux et denrées alimentaires. Par
conséquent, il est logique que les pouvoirs publics puissent définir et préciser autant
que possible par voie législative ou réglementaire les conditions de mise en uvre
de la traçabilité.
1.2. Etat des exigences légales et réglementaires
Lencadrement légal et
réglementaire de la traçabilité nest pas nouveau en France.
Les pouvoirs publics ont progressivement élaboré les fondements
légaux et réglementaires de la traçabilité, « implicitement » ou
« explicitement », et ce depuis de nombreuses années. Citons pour mémoire et
de façon non exhaustive :
la loi de modernisation du marché de la viande dans
les années 60, qui a organisé linspection sanitaire à labattoir et qui,
pour ce faire, a imposé une « traçabilité » entre lexamen des
carcasses et des viscères qui en sont issues ;
le décret no 78-415 du
25 mars 1978, qui a rendu obligatoire lidentification de tous les bovins
de plus de six mois, afin déradiquer les maladies contagieuses auxquelles ils sont
sensibles. Les termes de ce décret ont été confirmés par le règlement (CE) no 820/97
relatif à lidentification des bovins et à létiquetage de la viande bovine,
puis par le règlement no 1760/2000 du Parlement européen et du Conseil
du 17 juillet 2000 (paru au JOCE du 11 août 2000) qui le remplace
désormais ;
laccord interprofessionnel de 1997 étendu par
un arrêté de 1998, qui a imposé pour la viande bovine française lorigine de
lanimal, cest-à-dire lindication des lieux où lanimal est né,
où il a été élevé et abattu, ainsi que son type racial (laitier ou viande) et sa
catégorie (jeune bovin, vache, taureau, etc.) ;
le dispositif des signes officiels de la qualité et
de lorigine des produits agricoles et alimentaires (AOC, Label rouge, certification
de conformité, agriculture biologique), qui a fait de la traçabilité ascendante
lun des « piliers » des cahiers des charges sur lesquels il
repose ;
le décret no 97-298 du
27 mars 1997 modifié, intégré dans le code de la consommation (articles
R. 112-1 à R. 112-33), a défini des règles pour létiquetage des
denrées alimentaires et a notamment fait de lindication du lot de fabrication une
mention indispensable pour les produits préemballés (le lot étant défini comme un
ensemble dunités de vente dune denrée alimentaire qui a été produit,
fabriqué ou conditionné dans des circonstances pratiquement identiques) ;
le décret no 99-260 de 1999, qui a
imposé à tout opérateur des dispositions précises de traçabilité dans le cadre de
létiquetage des viandes faisant obligatoirement apparaître depuis 1998
lorigine, la catégorie et le type racial des animaux dont celles-ci sont
issues ;
le dispositif de biovigilance des végétaux
génétiquement modifiés, qui a désormais été entériné par la loi no 99-574
du 9 juillet 1999 dorientation agricole ;
larticle 100 de ladite loi
dorientation agricole (devenu article L. 951-1 du code rural et article
L. 214-1-1 du code de la consommation), qui, à la suite des diverses crises
quont subi dernièrement les filières agroalimentaires, a prévu quun
« décret fixera la liste des produits ou denrées pour lesquels la traçabilité
doit être assurée et que lautorité administrative précisera, pour chaque produit
ou denrée, les étapes de production et de commercialisation pour lesquelles la
traçabilité doit être assurée, ainsi que les moyens à mettre en uvre en
fonction de la taille des entreprises ». Un décret relatif à la traçabilité des
produits végétaux génétiquement modifiés et reposant notamment sur une
« traçabilité documentaire » (registre) est ainsi en cours de rédaction.
Par ailleurs, dans sa proposition de règlement du Parlement
européen et du Conseil relative à lhygiène des denrées alimentaires,
actuellement en discussion à Bruxelles, la Commission entend assurer le
« traçage » des denrées alimentaires et de leurs ingrédients dans
lUnion européenne, en « obligeant les entreprises alimentaires à garantir
lexistence de procédures appropriées pour retirer du marché les denrées
alimentaires lorsque celles-ci présentent un risque pour la santé des consommateurs et
à tenir un registre approprié permettant didentifier le fournisseur des
ingrédients et denrées alimentaires utilisés pour leur fonctionnement ».
1.3. Les initiatives prises par les opérateurs de
lagroalimentaire
en matière de traçabilité sont nombreuses
Il est de la responsabilité des
divers opérateurs des filières agroalimentaires dorganiser la traçabilité de
leur production, et notamment de définir « les moyens dassurer une
traçabilité efficiente » des produits quils mettent sur le marché.
La plupart lont fait depuis longtemps, notamment dans un
souci de meilleure gestion de leurs entreprises ou dans le cadre des démarches qualité
(assurance qualité, signes officiels de la qualité et de lorigine, etc.)
quils ont mis en place pour donner ou redonner confiance à leurs clients et aux
consommateurs. Il nen reste pas moins que la traçabilité reste en général une
stratégie dentreprise plutôt quune stratégie collective.
Des initiatives très intéressantes ont toutefois été prises,
ces dernières années, par des organisations professionnelles. Ainsi, à titre
dexemples :
La Confédération française de la coopération agricole (CFCA) a
initié, dans les années 90, la démarche Agriconfiance (désormais normalisée par
lAssociation française de normalisation), dont la traçabilité au sein des
structures organisées de production agricole (SOPA) est une composante importante.
LInterprofession bétail et viandes (INTERBEV) a, quant à
elle, travaillé, dans le cadre de lAssociation française de normalisation (AFNOR),
à la rédaction de deux normes relatives à la traçabilité dans son secteur
dactivité, particulièrement remarquables et remarquées. La première (NF V
46-007), intitulée « Traçabilité des viandes identifiées », analyse les
différents stades présentant des risques sur la fiabilité de recueil des informations,
de report desdites informations et prescrit des modalités dorganisation pour
garantir leur continuité, depuis larrivée de lanimal à labattoir
jusquà la mise en quartiers. La seconde (NF V 46-010), intitulée « Gros
bovins. - Traçabilité des viandes identifiées. - Ateliers de découpe,
désossage, travail de la viande, conditionnement et vente », sapplique aux
viandes identifiées de gros bovins pour réaliser une traçabilité permettant de
garantir le suivi dun certain nombre dinformations prédéfinies du produit,
du début à la fin de toute opération de travail des viandes, cette dernière étant
effectuée entre la sortie des quartiers de labattoir et la remise du produit au
client-consommateur final. Ces normes visent donc à la traçabilité sur certains
segments de la filière de production de la viande bovine. Par ailleurs, INTERBEV a conclu
le 29 mai un accord interprofessionnel sur les modalités dapplication de
la réglementation fixant les règles détiquetage de la viande bovine.
Dans le secteur porcin, une démarche interprofessionnelle,
engagée depuis peu, didentification des viandes porcines françaises
« VPF » devrait, à lappui de dispositions en faveur dune
traçabilité aussi complète que possible et de garanties sur le respect de la
réglementation, savérer profitable pour les consommateurs de viandes fraîches,
mais également pour les consommateurs de jambon et charcuterie, qui représentent la
majeure partie de la viande de porc consommée.
Les deux associations des centres techniques de
lagroalimentaire que sont lACTIA et lACTA ont, de leur côté, rédigé
un document intitulé « Traçabilité : guide pratique pour lagriculture
et lindustrie alimentaire », expliquant ce quest cet outil, pourquoi,
quand et comment lutiliser, exemples à lappui, qui fait désormais
référence (cf. note 1) .
Le syndicat des transformateurs de produits issus de
lagriculture biologique (SETRAB) a, quant à lui, initié fin 1999, dans le cadre
dun financement de lONIC-ONIDIOL, une étude sur la faisabilité de la mise en
place dune base de données sécurisée permettant de centraliser, enregistrer et
conserver les informations concernant les transactions de lots de céréales et
oléo-protéagineux Bio de lamont à laval. Cette démarche est actuellement
étendue à lalimentation animale biologique en liaison avec le SYNCOPAC et le SNIA.
Par ailleurs, un groupe de travail « traçabilité » a
été initié fin 1999 au sein de GENCOD EAN France, structure de concertation
industrie/commerce regroupant plus de 25 000 entreprises adhérentes. Le document qui
en résulte (« La traçabilité dans les chaînes dapprovisionnement. De la
stratégie à la pratique ») présente les différents éléments dun
système de traçabilité, un modèle général des flux dinformation, les outils
applicables ainsi que des recommandations de mise en uvre à partir de grilles
danalyse.
Les ministères en charge de lagriculture et de la
consommation ont également initié des réflexions sur cette problématique. Outre le
mandat donné au CNA, un groupe de travail a été constitué au sein de lAFNOR. Son
objectif est de clarifier la terminologie et de définir les différentes facettes de la
traçabilité, délaborer des recommandations pédagogiques ainsi que de lister les
problèmes à résoudre pour mettre en place une traçabilité cohérente au sein de
lensemble des filières agroalimentaires amont, notamment une interconnexion entre
les différents maillons et filières. Une autre réflexion, initiée très récemment et
menée au sein dun comité de pilotage animé par la DGA l, vise
spécifiquement à susciter et encourager la mise en place « dopérations
pilotes de maîtrise de la traçabilité au sein de la filière viande bovine ».
Au niveau international, Eurocommerce, la CIAA (Confédération
des industries alimentaires de lUnion européenne) et le CIES ont également lancé
des groupes de réflexion sur la traçabilité. La European Association of Fresh Produce
Importers (CIMO), le Eurohandelsinstitut (EHI), le Euro Retailer Produce Working Group
(EUREP), la European Union of the Fruit and Vegetable Wholesale, Import and Export Trade
(EUCOFEL), la Southern Hemisphere Association of Fresh Fruit Exporters (SHAFFE) et EAN
International se sont par ailleurs accordés sur un modèle commun de traçabilité dans
la filière des fruits et légumes et ont publié en mars 2001 les « Fresh Produce
Traceability Guidelines ».
1.4. Etudes de cas
Les membres du groupe de travail, considérant que des enseignements pourraient en être retirés, ont fait le choix dexaminer dans le détail les conditions de mise en uvre de la traçabilité au sein de plusieurs filières agroalimentaires, animales et végétales. Ils ont considéré quune attention particulière devait être accordée aux filières pour lesquelles l« imprégnation » réglementaire et les contraintes qui en découlent sont très fortes (cas de la filière viande bovine), aux filières qui conduisent à de grands mélanges dune même matière première et/ou à lincorporation dingrédients à très faible dose (cas de la filière lait ou des céréales), aux filières pour lesquelles il est difficile de préciser lorigine exacte du produit (cas de la filière pêche) et aux filières qui rencontrent lhostilité dune partie au moins des consommateurs (cas des OGM).
1.4.1. La traçabilité dans la filière bovine
Sur la base des éléments
déclairage fournis par les représentants des autorités sanitaires et les
professionnels concernés lors de la réunion plénière du CNA du
30 novembre 2000, en réponse aux questions posées par les membres du Conseil,
les débats ont permis didentifier certains éléments de fait.
Il est important de distinguer trois notions différentes qui sont
parfois confondues : la sécurité, la qualité et la traçabilité. Les deux
premières notions concernent les caractéristiques des denrées alimentaires
elles-mêmes, la dernière est relative à des mécanismes et procédures, qui peuvent ou
non être intégrés au système « qualité » des entreprises. Son objet est
de coupler un flux physique de matières et un flux dinformations.
Les consommateurs, qui ont participé à la mise en place de la
traçabilité dans cette filière, tant à lAFNOR quau sein du Conseil
national de la consommation (CNC), y sont très attachés car ils la considèrent comme le
moyen de fiabiliser le dispositif détiquetage. Beaucoup simaginent encore
que, grâce à cette traçabilité, il est possible de remonter systématiquement du
morceau de viande acheté à un animal précis alors que ce cas de figure nest pas
la règle générale.
De ce fait et au vu des crises récentes, ils ont exprimé de
nouvelles attentes :
une information suffisante sur les modes
délevage, y compris la nourriture donnée, sur les procédés industriels de
découpe et de transformation, et sur les regroupements par lot de quartiers ou de pièces
de découpe ;
quexistent les moyens de rappeler des lots non
conformes aux critères de sécurité sanitaire et de salubrité, ce pour quoi la
traçabilité est un élément important.
1.4.1.1. La traçabilité dans le domaine de lalimentation animale
Depuis un décret daoût 2000, létiquetage des
matières premières utilisées par lindustrie de la nutrition et de
lalimentation animales doit comporter le nom, ladresse du fournisseur et les
garanties nutritionnelles. Or, selon les professionnels de lalimentation et de la
nutrition animale, ces mentions ne seraient pas portées de manière systématique. Le
texte daoût 2000 ne serait donc pas encore appliqué. Ce point est dautant
plus important que, par exemple, cet étiquetage permettrait aux industriels de
lalimentation animale de vérifier si, à la suite de linterdiction des
graisses dorigine animale, ne sont pas utilisés, en substitution, des ingrédients
qui sont susceptibles de poser eux-mêmes problème parce quils exigent des
traitements particuliers ou bien parce quils sont interdits pour des raisons de
sécurité ; par exemple des huiles usagées (dorigine végétale comme les
huiles de friture devenues impropres à la consommation humaine ou dorigine
minérale, cest-à-dire issues de produits pétroliers).
Au stade suivant de la filière, cest-à-dire à la sortie
des usines de fabrication daliments pour animaux, les mentions détiquetage
relatives à la composition des aliments issus de ces usines concernent parfois des
familles dingrédients, non les ingrédients eux-mêmes, alors que les informations
concernant ces derniers sont disponibles et dailleurs normalement indiquées pour
lalimentation des animaux sous label.
Un guide de bonnes pratiques unique pour lensemble des
fabricants daliments pour animaux est en cours de finalisation. En revanche, chaque
client (filière sous label, marque, distributeur, etc.) tend à prévoir sa propre charte
de qualité dans ses relations avec les éleveurs. Ainsi, le guide de bonnes pratiques
fixe un socle commun de conditions de fabrication dans les usines alors que les chartes
visent à différencier les produits en fixant des exigences particulières de
transparence pour les formulations daliments. Un effort particulier doit donc viser
lamélioration et la généralisation du guide de bonnes pratiques.
1.4.1.2. La traçabilité des viandes bovines
La France est très en avance au niveau
communautaire pour la traçabilité de la viande bovine. Le socle du dispositif que
constitue lidentification individuelle des bovins était déjà en place il y a plus
de vingt ans, ce qui a permis de laméliorer progressivement.
En ce qui concerne létiquetage des viandes bovines à la
distribution, un accord interprofessionnel de 1997 étendu par un arrêté de 1998 a
imposé pour la viande bovine française lorigine de lanimal,
cest-à-dire lindication des lieux où lanimal est né, où il a été
élevé et abattu, ainsi que son type racial (laitier ou viande) et sa catégorie (jeune
bovin, vache, taureau, etc.).
Un décret a été pris en 1999 pour fixer des règles de
traçabilité et des sanctions pénales, du stade de labattage au stade de la
commercialisation.
Un autre accord interprofessionnel a été signé le
16 novembre 1999 pour garantir la transparence des approvisionnements dans la
restauration hors domicile, et étendu par les pouvoirs publics le
24 février 2000. Les exigences quil instaure sont toutefois moins
développées que celles prévues dans laccord interprofessionnel concernant la
distribution : lindication des lieux de naissance et délevage, de la
catégorie de lanimal (jeune bovin, vache, taureau) et du type racial (laitier ou
viande) ne sont pas obligatoires.
Un règlement européen du 17 juillet 2000, applicable
à tous les stades de la commercialisation depuis le 1er septembre dernier,
rend obligatoires seulement trois mentions dans les Etats membres : un numéro de
traçabilité assurant une relation entre des pièces de viande et les carcasses
dorigine, le pays dabattage, le numéro dagrément de labattoir
numéro dagrément de latelier de découpe. Ce nest quau 1er
janvier 2002 que sera exigée une information complète sur lorigine des animaux,
comprenant les lieux de naissance et délevage ainsi que les sites dabattage
et de découpe. Même à cet horizon, lindication du type danimal ne sera pas
exigée.
La France a obtenu de pouvoir maintenir sur son territoire des
mentions complémentaires obligatoires pour les viandes dorigine française
jusquau 31 décembre 2001, sans que ces mentions puissent être imposées
pour les viandes importées. Toutefois, dans la mesure où le domaine de
létiquetage est maintenant considéré comme harmonisé au plan communautaire, les
règles nationales doivent désormais être fondées juridiquement sur le texte
communautaire et non plus sur les seuls fondements juridiques nationaux. En conséquence,
les textes nationaux pris avant le règlement communautaire, et donc en lespèce les
deux arrêtés dextension pris respectivement pour étendre laccord
interprofessionnel relatif à la distribution et celui relatif à la restauration hors
domicile (RHD), ont perdu leur base juridique. Les accords interprofessionnels eux-mêmes
subsistent mais nont plus de force obligatoire. Or, les contrôles effectués par la
DGCCRF avaient montré que certains opérateurs ne respectaient pas leurs obligations. Par
ailleurs, certaines entreprises ne sont pas membres de linterprofession et ne sont
donc pas tenues par des engagements au sein de celle-ci. Il en est de même pour les
producteurs étrangers.
Linterprofession na pas à ce jour demandé une
nouvelle extension des accords interprofessionnels. Les pouvoirs publics nont pas
fait usage du pouvoir dont ils disposent dintervenir directement par voie
réglementaire sans attendre des accords interprofessionnels. Le dispositif national est
donc de ce fait dapplication volontaire.
Une partie importante du travail de collecte des informations
tracées seffectue dans les abattoirs. Les procédures de saisie de ces informations
sont essentiellement manuelles, ce qui accroît les risques derreur par comparaison
à des mécanismes de saisie automatiques. Cette observation vaut également pour les
établissements intermédiaires (découpe, commerce de gros) qui doivent aussi tenir une
comptabilité matière précise.
Sagissant des viandes placées sous signe de qualité, il
semble que les obligations en matière de traçabilité peuvent différer entre les
cahiers des charges, notamment parce que les obligations se sont progressivement
renforcées du fait de laccord interprofessionnel et parce que les cahiers des
charges nont pas été revus à cette occasion. Certaines différences entre les
cahiers des charges concernent également le flux physique de denrées tracé (animal
individuel ou lot danimaux) et les caractéristiques de production retenues sur
lesquelles porte linformation.
1.4.1.3. La traçabilité des produits transformés
à base de viande bovine
La traçabilité nest pas la même pour
les viandes et pour les produits transformés à base de viande bovine. Une difficulté
technique pour remonter à lanimal dorigine concerne en particulier les
processus de fabrication qui comportent un grand mélange dune même matière
première : un même lot de fabrication incorpore un grand nombre de muscles
provenant de différents lots danimaux nayant pas nécessairement les mêmes
caractéristiques ni la même origine.
La traçabilité ne peut probablement pas toujours être
considérée comme équivalente entre les produits français et importés. Les produits
transformés à base de viande fabriqués en France ne doivent comprendre que des morceaux
autorisés par les textes en vigueur dans notre pays. Il ne peut être exclu que les
produits importés contiennent des morceaux qui sont interdits en France mais sont
autorisés dans les pays dorigine de ces produits. Un arrêté relatif à
linterdiction dimportation de certains tissus de ruminants à risques a certes
été pris le 10 novembre 2000 pour prévenir cette situation. Cet arrêté
prévoit que le vétérinaire officiel du pays de provenance doit établir le certificat
sanitaire en tenant compte de la liste de MRS en vigueur sur le territoire français.
Cependant, et au-delà de lobligation administrative ainsi instituée, la réalité
des pratiques est sans doute difficile à vérifier dans les conditions actuelles. En
effet, si la liste des matériaux à risques spécifiés (MRS) est effectivement
harmonisée depuis le 1er octobre 2000 dans les pays de lUnion
européenne, elle ne lest pas dans dautres pays. Il semble dautre part
que les nouvelles dispositions communautaires sont encore appliquées de manière inégale
entre les Etats membres. Or, le contrôle par analyse de chaque lot de produits importés
est évidemment impossible. Cest dailleurs ce qui est craint par les parents
pour ce qui concerne les denrées utilisées par la restauration scolaire.
Pour ces produits, si lon cherchait à donner pour chaque
ingrédient les mêmes indications que pour la viande, un tel étiquetage serait
compliqué et sans doute, en certains cas, impossible. Selon les industriels, le coût de
ces aliments augmenterait très sensiblement. Par ailleurs, toujours selon les
professionnels, une profusion de mentions détiquetage sur un même produit, même
quand elle est techniquement possible, pourrait être de nature à inquiéter les
consommateurs plutôt quà les rassurer, parce quils seraient dans
limpossibilité matérielle de lire toutes les mentions. Cette opinion nest
pas partagée par les consommateurs.
1.4.1.4. La traçabilité de la viande bovine
dans la restauration hors domicile (RHD)
Comme il a été indiqué ci-dessus :
laccord interprofessionnel concernant la
restauration hors domicile nest pas aussi complet que laccord concernant la
distribution puisque, sil prévoit bien lindication du pays dabattage,
il ne prévoit pas dinformer sur la catégorie à laquelle appartient lanimal
(jeune bovin, vache, taureau, etc.) ni sur la traçabilité depuis la naissance de
lanimal ;
cet accord avait été rendu obligatoire,
jusquau 31 août 2000, par un arrêté interministériel du
24 février 2000, mais il relève aujourdhui du domaine volontaire ;
les informations rendues obligatoires par le
règlement du 17 juillet 2000 (numéro de traçabilité assurant une relation
entre des pièces de viande et les carcasses dorigine, identification du lieu
dabattage et identification du lieu de découpe) sont fournies aux responsables de
restaurants collectifs, mais elles sont jugées insuffisamment explicites.
Les informations fournies aux responsables de restaurants
collectifs figurent le plus souvent sur les documents daccompagnement et peu souvent
sur des étiquettes. Or, les documents daccompagnement concernent souvent plusieurs
lots groupés de produits ou sont destinés à lapprovisionnement de plusieurs
restaurants collectifs. Le gestionnaire direct nen est donc pas toujours
destinataire.
1.4.1.5. Le cas particulier des achats publics
Les collectivités publiques concédantes et
les gestionnaires publics de restauration collective font observer que, juridiquement, les
cahiers des charges des achats publics ne peuvent pas introduire de critères
géographiques de choix. De tels critères risqueraient en effet dêtre jugés
discriminatoires. La traçabilité ne peut donc pas être un instrument dans le choix de
lorigine des produits.
En revanche, la traçabilité permet à lacheteur public de
connaître lorigine des viandes bovines après lachat. Un nombre croissant
dacheteurs fournissent cette indication aux gestionnaires des restaurants et une
part croissante de ceux-ci les répercutent aux usagers. Toutefois ces pratiques ne sont
pas généralisées.
1.4.1.6. Les contrôles
La traçabilité est un outil indispensable à
une exécution convenable des contrôles, à la fois pour enjoindre les professionnels à
un rappel rapide et fiable de lots défectueux et pour procéder aux enquêtes
consécutives aux accidents et le cas échéant aux fraudes.
En ce qui concerne les matières premières à destination de la
fabrication des aliments pour animaux, lexistence dun décret récent
daoût 2000 relatif à létiquetage de ces matières premières (cf. ci-dessus
point relatif à la traçabilité dans le domaine de lalimentation animale) permet
de mieux connaître les produits incorporés aux aliments pour animaux et facilite, en
outre, la réalisation du contrôle.
En ce qui concerne les produits dimportation, notamment les
produits transformés à base de viande bovine, les services officiels peuvent seulement
sassurer que les importateurs réalisent bien les contrôles de premier niveau et
demandent les certificats nécessaires aux autorités de contrôle des autres pays. Une
difficulté est dassurer une surveillance analytique des produits et une
surveillance de létiquetage suffisamment systématiques.
La durée de conservation des documents ou de toute information
tracée nest pas nécessairement proportionnée aux exigences du contrôle,
notamment dans le cas lESB, maladie pour laquelle la durée dincubation est de
cinq ans en moyenne chez lanimal. Cette durée de conservation varie de un à cinq
ans en fonction de la nature de lobligation (sanitaire, fiscale, etc.), ce qui ne
permet pas de conduire valablement des enquêtes en entreprise lorsquun cas
dESB apparaît et a fortiori si un consommateur est ensuite contaminé,
puisque la durée dincubation chez lêtre humain sajoute alors en partie
à celle de lanimal.
1.4.2. La traçabilité dans la filière « lait »
Il apparaît nettement dans la filière lait que la traçabilité est un outil de gestion de la qualité, sanitaire ou non. La traçabilité doit être adaptée aux objectifs et aux contraintes techniques, économiques et réglementaires de lentreprise qui la met en place. Elle doit permettre de retrouver, dans un délai acceptable, linformation adéquate, qui permettra de répondre efficacement à une question concernant les exigences de sécurité générale des produits, de responsabilité du fait de produits défectueux ou de confiance concernant un étiquetage, des allégations ou une indication dorigine portée sur les produits.
1.4.2.1. Les spécificités de la filière « lait »
Elles sont plus particulièrement dues à ce
que les matières premières, les ingrédients ou les additifs utilisés dans les produits
élaborés sont liquides, pulvérulents, miscibles à linfini avec une difficulté
à définir des lots de composition homogène.
Elles sont dues aussi à ce que les matières premières
laitières entrant dans la composition des produits laitiers proviennent de lots de
matières premières qui peuvent être très nombreux et appartenant à des
opérateurs/transformateurs nombreux. On citera à cet égard : la crème, la poudre
de lait livrée en vrac, les poudres de sérum, de babeurre, les matières grasses
laitières utilisés pour des applications industrielles ou artisanales.
Lanalyse des processus qui a été effectuée, tant sur des
produits peu transformés (lait UHT demi écrémé) que sur des produits très
transformés (yaourt aux fruits) montre que la succession des opérations de traitement
qui peuvent présenter un danger, la succession dopérations technologiques en flux
mélangés rendent illusoire la définition dun lot aux caractéristiques
homogènes.
Exemple : Dans un yaourt aux fruits, on va retrouver
successivement : du lait partiellement écrémé, de la crème, des protéines de
lait (lait, babeurre, sérum en mélange), des ferments lactiques, une préparation de
fruits contenant : des fruits, des additifs de texture, des arômes du saccharose, du
glucose et/ou du fructose.
Il faudra en plus de ces éléments de composition assurer la
traçabilité du processus, de lorigine des matières premières, des conditions
environnementales.
1.4.2.2. Faisabilité technique de la traçabilité
dans la filière laitière et contraintes liées aux composants mineurs
La traçabilité ne peut senvisager que dans le cadre dune filière où chaque maillon de la chaîne induit des informations complémentaires selon le principe de la cascade. Il y a donc nécessité dune coordination étroite associée à un langage commun qui facilite le transfert des données. Celui-ci peut être formalisé dans des cahiers des charges et des contrats clients-fournisseurs qui prennent en compte et décrivent cette obligation.
1.4.2.3. Coresponsabilité
Si les contrats sont bien documentés, pertinents, voire audités selon les principes de la mise sous assurance qualité des sites de production (efficacité du processus), la responsabilité amont de la traçabilité peut être confiée au fournisseur de la matière première, de lingrédient ou de ladditif.
1.4.2.4. Cas des ingrédients/additifs utilisés à très faible dose
Si un ingrédient/additif, présent à très
faible taux, est présent dans un très grand nombre de lots, un danger hygiénique ou de
sécurité peut engendrer, lors dune mesure de retrait, un coût économique
considérable.
Dans ce cas, il doit être envisagé de prendre des mesures
alternatives de gestion de la qualité a priori (contrôle hygiénique - plan de
surveillance des contaminants - détection dallergènes spécifiques) pour obtenir
une sécurité équivalente.
1.4.2.5. Taille du lot
Pour des raisons pratiques, il nest pas
possible de la déterminer par une définition globale. En revanche, chaque entreprise
doit établir des choix clairement documentés pour justifier les critères qui ont été
utilisés pour définir les lots de chaque produit. Ainsi, la taille du lot peut-elle
être définie :
à partir de la matière première majoritaire en
volume (tank de lait à la réception) ;
par un ingrédient ajouté (container de fruits, lots
de protéines laitières) ;
à partir dun ingrédient ou dun additif
à risque (uf, huile darachide,...).
Elle doit être déterminée de façon à faciliter la
traçabilité.
1.4.2.6. Articulation traçabilité/outils de gestion de la qualité
Les travaux ont montré que la traçabilité, moyen de collationner et dorganiser les informations, ne pouvait atteindre lobjectif de confiance que lon en attend quen validant les informations, en faisant une analyse critique de leur pertinence, en utilisant les contrats pour décrire les critères non mesurables par contrôle analytique a posteriori sur le produit lui-même (cf. note 2) . Dès lors, la traçabilité ne peut pas être disjointe de la mise en place dune organisation qualité systémique dans lentreprise.
1.4.3. La traçabilité dans la filière « pêche »
1.4.3.1. Les spécificités de la filière « pêche »
Cette filière se caractérise par :
la nature même de ses produits qui sont
essentiellement de capture ;
des quantités pêchées aléatoires ;
une saisonnalité pour certaines espèces ;
un caractère migratoire pour dautres ;
une localisation dans des zones différentes selon
lâge ou la maturité sexuelle pour dautres encore ;
un délai variable entre la capture et le
débarquement lié à léloignement de la zone de pêche (il existe une pêche
côtière et une pêche hauturière) ;
la courte durée de conservation du produit.
1.4.3.2. Situation actuelle
Les bateaux (6 500 de moins de 10 m
à 54 m) déchargent leurs pêches qui sont vendues en criées (45) à des mareyeurs
(470) qui en assurent la transformation ou la vente aux grossistes (180) qui livrent
4 000 détaillants et 4 800 rayons marée en grande et moyenne surface (ceci ne
prend pas en compte les produits de la mer et deau douce en provenance dautres
Etats membres ou de pays tiers).
A lexception des produits de la mer et deau douce
vendus surgelés qui doivent être vendus préemballés et qui sont dans lobligation
de répondre à la réglementation en matière détiquetage, les produits frais
sont, dans la grande majorité des cas, vendus à létal avec comme seule
information le nom de lespèce.
La filière pêche est peu ou pas structurée par rapport aux
filières lait et viandes. Peu dinformations sont archivées et transmises. Afin
dhonorer la commande, un mareyeur regroupera du poisson provenant de différents
chalutiers, de zones de pêche différentes et présentant un niveau de fraîcheur
homogène pour le lot ainsi constitué. Le poisson non vendu le jour même est repris pour
être commercialisé le lendemain mais ne retrouvera pas forcément la caisse dans
laquelle il se trouvait à son départ de chez le mareyeur (gestion de la resserre).
Des expériences pilotes sont entreprises afin de mettre en place
une traçabilité. En dehors de domaines très spécifiques où elle est réalisée (bar
de ligne), les points dancrage semblent être le lieu et le jour de débarquement.
La traçabilité de la zone de capture, imposée par la nouvelle
Organisation commune de marché (OCM) à partir du 1er janvier 2002 bute sur la
définition de la zone et sa cohérence avec les attentes des consommateurs et avec les
besoins en matière de sécurité (présence de contaminants liés à certaines zones de
pêche par exemple).
Certaines demandes en matière de traçabilité, comme le suivi de
la date de pêche, peuvent être difficiles à réaliser en raison des équipements des
navires et ne sont pas forcément des indicateurs appropriés aux attentes des
consommateurs : la fraîcheur du poisson dépend plus des pratiques en mer, lors du
débarquement et dans le circuit de distribution que de la seule date de pêche.
Enfin, il y a une forte attente pour différencier les produits de
la pêche et ceux provenant de lélevage (aquaculture).
1.4.4. La traçabilité dans les filières « OGM »
Le Premier ministre a déclaré, dans son discours de clôture des Etats généraux de lalimentation, que les avancées importantes réalisées au cours des derniers mois concernant notamment le cadre réglementaire européen « ne sont pas suffisantes pour lever le moratoire sur les autorisations dorganismes génétiquement modifiés (OGM), mis en place depuis le mois de juin 1999. » Il a ajouté que « les procédures dautorisation des OGM ne pourront reprendre que lorsquune traçabilité complète des OGM - tout au long de la chaîne qui va de la semence aux produits vendus aux consommateurs - aura effectivement été mise en place. Seule une telle traçabilité pourra garantir un étiquetage fiable de lensemble des produits issus des OGM, permettant ainsi aux consommateurs dexercer leur liberté de choix. Chacun doit en effet pouvoir décider sil accepte ou non dacheter et de consommer des produits issus de plantes génétiquement modifiées ».
1.4.4.1. La mise en uvre et le contrôle
de la traçabilité pour les OGM
1.4.4.1.1. Principes
Dans le cas particulier des OGM, la traçabilité
vise à fournir à chaque opérateur de lagroalimentaire - du producteur de semences
au fabricant de produits finis - des informations utiles sur la nature et sur
lorigine « génétiquement modifiée » du produit quon lui
délivre.
Le système permet à tous les opérateurs du secteur de
sappuyer sur les informations provenant dun opérateur précédent et
améliore donc la loyauté et la transparence des transactions. La mise en place dun
tel système se justifie par la nécessité de permettre le retrait des produits, si un
risque pour la santé humaine ou lenvironnement est identifié. Le cas échéant, la
traçabilité peut faciliter lidentification et le suivi deffets inattendus à
long terme. Elle est, par ailleurs, utile pour assister le contrôle de la validité
dun étiquetage ou pour faciliter la préservation de lidentité de produits
spécifiques. Cest une mesure de gestion du risque qui sinscrit dans le cadre
de la recherche dun niveau élevé de sécurité sanitaire des aliments et de
protection de lenvironnement.
1.4.4.1.2. Supports
La traçabilité repose essentiellement sur des
documents daccompagnement des produits et sur la gestion de ces documents. Les
registres de conservation de linformation représentent sa mémoire. Sur cette base,
la traçabilité peut sappliquer à tous les produits composés en tout ou partie
dOGM, en particulier les plantes, et à leurs dérivés, quelle que soit leur
utilisation. La traçabilité doit permettre de retrouver chaque OGM à chacune des
étapes de son utilisation, de la semence à la première transformation.
Par la suite, elle doit permettre de suivre la présence de
dérivés dOGM jusquau produit fini, sans nécessairement identifier chaque
événement de transformation. Il est ainsi possible de procéder à des mélanges de
produits.
La traçabilité nécessite que soient inscrits, sur les documents
commerciaux et de transport :
une mention claire, selon une formulation appropriée,
indiquant la présence dorganismes génétiquement modifiés ou de produits qui en
sont dérivés ;
lidentification de chaque OGM présent pour ce
qui concerne les produits non transformés ;
les noms et adresses du fournisseur et du client,
selon le cas.
Elle implique que chaque opérateur tienne et conserve un registre
des entrées et des sorties des produits OGM et de leurs dérivés, échangés ou
transformés.
1.4.4.2. La mise en place dun système de traçabilité doit être basée sur des
procédures réalistes en termes de faisabilité et de coût
En première approximation, à la différence des systèmes
dédiés (cf. note 3) . La traçabilité impose moins de contraintes, puisquelle
nexige ni ségrégation ni systématisation des analyses. Son coût devrait donc
être inférieur à celui dun système dédié (structures industrielles de
transformation ou de stockage), dont le coût augmente rapidement avec laugmentation
de la complexité de la filière. De plus, tout système dédié réduit pour un
opérateur la flexibilité de ses approvisionnements, ce qui augmente les prix et le
nombre des procédures danalyse sur les produits achetés. Toutefois, il peut
exister une propension des consommateurs à payer des produits dont la qualité répond à
leur attente. Pour cette raison, les systèmes didentité se limitent dans la
pratique à des ingrédients dont les caractéristiques sont reconnaissables. Plus le
seuil est bas, dans les normes de pureté, plus le coût de mise en uvre du système
augmente.
En revanche, la traçabilité à elle seule ne peut pas apporter
une fiabilité aussi forte que les systèmes dédiés. Il est par exemple nécessaire de
nettoyer les installations ou les moyens de transport entre des utilisations de produits
de deux types différents lorsque le système nest pas un système dédié.
1.4.4.3. La mise en place dun système de traçabilité ne peut se concevoir que
sil existe une double possibilité de contrôle
Les services concernés doivent avoir accès aux documents et
registres dentrée/sortie tenus par les opérateurs dune part, et doivent,
dautre part, disposer doutils analytiques. Lexistence de ces derniers
est fonction de la disponibilité, de la précision et du coût des méthodes de
détection des OGM. La directive 90-220 révisée prévoit dimposer au détenteur de
lautorisation de mise sur le marché dun OGM de déposer les méthodologies
danalyse et éventuellement le matériel nécessaire à cet effet. Cette obligation
devrait être élargie à lensemble des règlements sectoriels communautaires
relatifs à la mise sur le marché dOGM, notamment pour les aliments nouveaux. Ce
système nécessite la disponibilité dune base dinformations régulièrement
mise à jour. Celle-ci peut prendre la forme dune banque de données contenant
toutes les informations adéquates fournies par le titulaire de lautorisation de
mise sur le marché concernant les OGM autorisés, à la culture ou à limportation.
Au niveau international, une telle base ajouterait considérablement à la transparence
des échanges transfrontaliers dOGM.
1.4.4.4. Traçabilité versus préservation de lidentité
dun produit
à haute valeur ajoutée
La préservation de lidentité dun
produit à haute valeur ajoutée est un processus actif visant à maintenir toutes ses
caractéristiques, et ce, tout au long de la chaîne agroalimentaire. Les systèmes de
préservation didentité (structures industrielles de transformation ou de stockage)
sont dédiés et fonction des exigences de lutilisateur final. Ces systèmes ne sont
pas mis en uvre pour des raisons de sécurité sanitaire, mais pour préserver des
spécificités fondées sur des accords entre le fournisseur et son client. La séparation
ou la ségrégation des matières premières est une des conséquences de la mise en
uvre de systèmes dédiés. En matière dOGM, la pression des consommateurs
pour des garanties sur des aliments non-OGM (ou sans OGM) incite les producteurs, les
transformateurs et les distributeurs à développer des filières où la préservation
didentité est assurée. A contrario, la traçabilité nimplique pas
une ségrégation car elle nexclut pas les mélanges entre plusieurs OGM ou encore
entre des OGM et des produits conventionnels. Elle assure, en revanche, une information
qualitative sur la composition dun produit donné, ce qui peut aussi faciliter la
mise en uvre de systèmes dédiés.
1.5. Quelques exemples doutils de traçabilité
existants
1.5.1. Les outils didentification automatique
Les outils didentification automatique sont des moyens déchange dinformations associé à la marchandise ou au processus. Quand ils sont utilisés dans un système de traçabilité, ils doivent au minimum permettre didentifier les produits. En effet, dans un environnement informatisé, les informations complémentaires de traçabilité peuvent être communiquées de manière plus optimale par Echange de Données Informatisées (EDI) ou par internet.
1.5.1.1. Le code à barres
Le code à barres est un système de codage de
linformation représenté par une succession de barres et despaces de
différentes largeurs dont la juxtaposition représente des données numériques et
alphanumériques. Le marquage de ce codage peut se faire selon différentes
techniques : le jet dencre, la gravure laser, limpression thermique. Ce
type de codage doit être associé à un dispositif de lecture optique tel que le crayon,
le pistolet laser, le scanner et la douchette.
Ce système est un outil de fiabilisation des données : il
élimine les erreurs dues aux saisies manuelles, notamment lors de changement
datelier. Il est un outil de gestion de lentreprise (production, stocks,
commandes) et dutilisation simple et rapide. Il est bien adapté à la saisie
dinformations répétitives telle que lidentification des produits en
réception et offre des standards largement utilisés aujourdhui.
Il existe de nombreux types de codes à barres de différentes
densités et correspondant à différents types dapplication : EAN 13, UCC/EAN
128, RSS, code 39, PDF 417...
1.5.1.2. LEcriture Codée Optique
LEcriture Codée Optique (ECO) est un
système permettant de coder tout lalphabet informatique. Tout ce qui est présent
dans lordinateur va pouvoir être imprimé sur un média physique support
dimpression tels que tissu, inox, papier, etc.
Ses applications sont variées (identification de base,
identification descriptive, traçabilité, sécurité documentaire) et concernent des
secteurs divers (agroalimentaire, banque, documents officiels, etc.).
Appliquée à la traçabilité des produits agroalimentaires,
lEcriture Codée Optique a plusieurs avantages :
elle ne nécessite pas la présence dun réseau
informatique, la lecture des informations transportées par létiquetage ou le
marquage en est donc facilité, en particulier pour le consommateur, sous réserve
dêtre équipé de matériel de lecture : stylo scanner, douchette, caméra
numérique ;
elle permet de rajouter des indications, des
informations recueillies au cours dun process et donc de compléter le message
transporté tout au long de la vie du produit. Linformation est ainsi diffusée sans
être ressaisie, ce qui évite les erreurs volontaires ou non, tout cela sans nécessiter
un réseau informatique en ligne. Ainsi, elle constitue une solution flexible adaptée aux
échanges internationaux, notamment en provenance ou à destination de pays sous équipés
en moyens de télécommunication ainsi que pour les échanges nationaux réalisés en
dehors des couvertures des structures techniques (point de récoltes, marchés,
etc.) ;
on peut définir des niveaux daccès avec des
niveaux de sécurité différents en fonction des zones du message. Des lignes
daccès libre et des lignes accessibles avec des codes de chiffrement (aux
organismes de contrôles par exemple). Cette possibilité a deux avantages : tout
dabord, celui de délivrer des informations de façon privilégiée à certains
acteurs de la chaîne ; dautre part, ce codage permet déviter la fraude
et ainsi de garantir lintégrité des messages tout au long de la chaîne. On peut
faire de la traçabilité sécurisée : chacun des acteurs de la filière apporte ses
informations, les scelle, (utilisé par exemple dans la transfusion sanguine) ;
elle permet à tout acteur dune filière
(étendue aux autorités de contrôle et de gestion) ou aux consommateurs daccéder
automatiquement aux informations de détail non véhiculées par létiquetage en
garantissant quelles nont subi aucune altération ni modification ;
lassociation ou intégration de technologies
partenaires permet de prendre en compte automatiquement des éléments
dauthentification (profils génétiques), des événements ou incidents affectant le
cycle du produit (exposition thermique, etc.)
1.5.1.3. Les étiquettes radiofréquence
Ce système didentification et
déchange dinformations est assuré par une étiquette radiofréquence, posée
sur lobjet à tracer et composée dun circuit intégré, dun support et
dune antenne, destinée à recevoir un signal radio émis par un décodeur intégré
au système informatique et à renvoyer immédiatement en réponse un signal radio
différent et contenant une information pertinente.
On distingue trois types détiquettes radiofréquence :
l« étiquette de lecture seule »
contient des données inscrites par le fabricant qui ne peuvent ni être modifiées, ni
être complétées par la suite (cf. note 4) ;
l« étiquette en écriture une fois,
lecture plusieurs fois » contient des données enregistrées par le premier
utilisateur qui pourront être lues mais ni modifiées ni complétées ;
l « étiquette en lecture/écriture
multiple », à la différence de la précédente, pourra être écrit plusieurs
fois, effacée, modifiée, complétée et lue plusieurs fois. Le nombre de répétitions
de ces opérations peut dépasser les 500 000 ou 1 million.
Cet outil offre plusieurs avantages par rapport au code à barres
parmi lesquels une capacité accrue de contenu et une souplesse de positionnement plus
grande mais nest cependant pas dénuée de limites techniques (les perturbations
électromagnétiques notamment). La standardisation au niveau international est sur le
point daboutir mais ne permet pas aujourdhui dapplication dans des
systèmes ouverts entre partenaires indépendants.
1.5.2. Les outils didentification
1.5.2.1. La codification
La codification permet didentifier de manière non ambiguë et rapide les produits, les acteurs et les lieux (dorigine ou de destination). Cest une pratique très largement utilisée par les entreprises en interne ou avec leurs partenaires commerciaux pour des applications commerciales, administratives et logistiques. (Les standards internationaux de codification EAN-UCC sont par exemple le GTIN [Global Trade Item Number] pour les unités commerciales, le SSCC [Serial Shipping Container Code] pour la traçabilité logistique des palettes ou autres unités dexpédition et le GLN [Global Location Number] pour les entreprises). Un des enjeux est la continuité de linformation à travers lutilisation dun langage commun.
1.5.2.2. Les marqueurs à ADN
Une technique de traçabilité par typage ADN
est développée depuis quelques années, et est applicable à lidentification de
lorigine des viandes, des plats cuisinés, des poissons et coquillages. Ce système
assure une traçabilité montante. En revanche, il ne permet pas une traçabilité
descendante : cest donc un système complémentaire des solutions
traditionnelles didentification ou un système dauthentification individuelle.
La technique des marqueurs à ADN de synthèse peut permettre une
traçabilité inviolable et peut être appliquée à tous les emballages des aliments
(plastiques, encres, papier, etc.). Elle associe au marqueur ADN des tests de terrain
permettant une détection immédiate de la présence dun marquage, et se
caractérise par sa très grande flexibilité de dépose, dans la disponibilité
illimitée du nombre de codes et dans la très longue pérennité dans le temps
(résistance chimique et thermique des courtes chaînes dADN). Une innovation
récente est la mise au point dun plastique agréé alimentaire, contenant des
traceurs ADN inviolables et associé à un test de terrain très simple, candidat
générique à la sécurité des opérations de traçabilité dans lalimentaire (le
plastique peut recouvrir des éléments tels que les implants doreille
didentification du bétail, des certificats de traçabilité, etc.). De tels
traceurs peuvent aussi marquer le vrac. On peut ainsi marquer des stocks de farine afin de
sassurer quils ne seront pas réintégrés à la chaîne alimentaire du
bétail.
1.5.3. Les outils de gestion de linformation
Ces outils ou services informatiques
utilisent les multiples possibilités offertes par les réseaux informatiques pour
stocker, transférer et traiter linformation. Ils complètent et sadaptent à
tous les outils de gestion de la traçabilité physique des produits mentionnés
précédemment. Ils permettent un management et une valorisation globale de la qualité.
En ce qui concerne, par exemple, la société Agreen Tech, les
échanges dinformations se font via un réseau internet sécurisé. Les données
stockées ou échangées sont définies en fonction des spécificités de chaque filière.
Le système dAgreen Tech permet de satisfaire les exigences
des acteurs de la chaîne alimentaire. Il permet notamment de répondre aux attentes des
consommateurs en terme dinformation sur le mode délevage, lalimentation
et les pratiques culturales. Lintérêt dun tel système est de donner une
meilleure lisibilité sur la traçabilité complète des produits. Le système relie
informatiquement toutes les « traçabilités internes ». Il permet une
consultation sur linformation-produit, en temps réel, de nimporte où, et à
nimporte quel moment. Il garantit un contrôle permanent des données de
traçabilité. Il permet aussi de respecter la propriété des informations. Chaque acteur
a ainsi accès aux données auxquelles il a droit selon le niveau de la filière où il se
situe. Le système sécurise laccès aux données par des systèmes
didentification et des protocoles de cryptage. La sécurisation des données mises
en réseau est un système très répandu dans certains domaines dactivité, autres
qualimentaire, notamment le domaine bancaire.
La société Agreval, propose une solution complète de
traçabilité (traçabilité produits et process) aux opérateurs des filières
agroalimentaires. Sa solution repose sur une série doutils complémentaires :
une veille personnalisée en ligne sur la qualité et la sécurité alimentaire, des
dispositifs physiques didentification et de marquage automatique des lots et enfin
une base de données centralisée, sécurisée et partagée entre tous les opérateurs
dune filière permettant une traçabilité ascendante et descendante. Cette base de
données collecte, gère et restitue de façon personnalisée aux opérateurs les données
sur lorigine, les process de transformation et de distribution des produits. Elle
intègre la gestion des documents techniques ou contractuels.
1.6. Les limites de la traçabilité
1.6.1. Limites techniques
Les systèmes de traçabilité doivent être
adaptés selon les objectifs des secteurs, selon lentreprise, son environnement et
ses contraintes (cf. note 5) . Dans le cadre dun objectif sécuritaire,
lanalyse des risques doit précéder les décisions concernant le choix du
périmètre et du système de traçabilité.
Dun autre côté, des performances trop faibles peuvent
rendre le système inopérant. Des erreurs de ressaisie peuvent entraîner le non rappel
dun lot contaminé. Le manque de fiabilité de linformation peut nécessiter
la mise en place de mécanismes dauthentification de linformation par des
organismes tiers ou dautres procédures, notamment pour les produits importés.
Il est à noter concernant ce dernier point que des obligations de
traçabilité localisées (nationale, européenne...) pourraient pénaliser les
entreprises concernées pour leurs exportations face à des entreprises concurrentes
étrangères qui ne seraient pas soumises aux mêmes contraintes sauf si la plus grande
confiance des consommateurs dans ces produits compensait laccroissement du prix des
produits qui pourrait en résulter.
Pour tenir compte de la complexification des chaînes
dapprovisionnement et de la diversification des acteurs impliqués, la mise en place
dun standard universel de communication sest révélé être une nécessité.
La définition et la maintenance doutils standardisés de
communication et didentification (codification des produits et entreprises,
identification automatique, Echange de Données Informatisées) est la mission
fondamentale dEAN International et dUCC en concertation avec leurs adhérents,
producteurs, industriels, transporteurs et distributeurs.
Cette mise en place dun mode de traitement unique et logique
est réalisée dans lobjectif de maîtriser les flux internes à lentreprise
(achat/vente), de faciliter le-business, de permettre la traçabilité des produits
en permettant le dialogue entre tous les acteurs de la chaîne dapprovisionnement,
et finalement de satisfaire les attentes en matière de réassurance du consommateur. Les
standards EAN-UCC sont recommandés par la Commission économique pour lEurope des
Nations unies (UN/ECE) pour lidentification et le marquage des produits bovins.
La seule façon fonctionnelle denvisager la traçabilité
étant de travailler sur une filière pour assurer lenregistrement et
lacheminement de données prédéterminées tout au long de lexistence du
produit, des groupes de travail sectoriels (viande, fruits et légumes, marée, santé,
transport) élaborent des guides de traçabilité spécifiques à une filière donnée au
niveau national et/ou international.
1.6.2. Limites économiques
Les limites économiques constituent un
arbitrage entre la propension à payer pour « savoir plus » de la part du
consommateur et le consentement à investir pour « se donner les moyens den
savoir plus » de la part des opérateurs économiques. Implicitement, cela implique
pratiquement une négociation locale entre fournisseur et client ou producteur et
consommateur pour chacun des produits mis sur le marché.
Plusieurs ratios se révèlent pertinents pour préciser les
limites économiques de la traçabilité :
le ratio prix du « traceur »/prix de la
denrée suivie ;
le ratio prix de la traçabilité/probabilité
dapparition du risque sanitaire à prévenir ;
le ratio prix de la traçabilité/coût de la fraude
ou de lerreur humaine ;
le ratio prix de la traçabilité/coûts commerciaux
et de marketing.
1.6.3. Limites politiques
Les possibilités techniques
dacheminement dinformations sont immenses et la traçabilité peut modifier
très sensiblement les rapports entre les consommateurs et laliment, dès lors
quil est matériellement possible de mieux connaître
« lhistoire » dun produit sans avoir nécessairement à
entreprendre des recherches très approfondies. La simple existence de telles
possibilités techniques pourrait progressivement rendre les consommateurs beaucoup plus
exigeants sur les prérequis de lacte dachat et développer des attentes
spécifiques en matière de conditions de production, comme celles relatives à
lenvironnement ou à léthique. Implicitement, cela renvoie à des
négociations en cours ou à venir sur les « facteurs légitimes autres que la
sécurité » pour la conduite des politiques alimentaires et pour la définition de
conditions de production « socialement acceptables ».
La traçabilité revêt donc un caractère politique, et les
possibilités offertes par la technique conduisent probablement à accroître le besoin de
négociation avec les représentants des consommateurs. Ces constatations contrastent avec
lopposition ou la réticence actuelle de certains Etats à des obligations de
traçabilité, au motif quelles constitueraient des « entraves techniques aux
échanges ». Il faut donc être conscient que le développement de la traçabilité,
même pour des raisons de sécurité sanitaire nira pas de soi et nécessitera que
la France sache convaincre ses partenaires internationaux. Ce sera a fortiori le
cas lorsque la traçabilité vise un objectif dinformation des consommateurs.
1.6.4. Les systèmes périphériques à la traçabilité
Dans le domaine alimentaire, la
traçabilité est un outil récent de gestion de la sécurité et de la qualité des
aliments ainsi quun instrument de validation de linformation accompagnant les
produits. Il sinsère donc dans un dispositif existant où de nombreux instruments
lont précédé avec des objectifs généraux de gestion de la qualité. Cela vaut,
par exemple, pour la mise sous assurance qualité des sites de production (normes ISO
9000, ISO 14000), pour la mise en place du système HACCP (Hazard Analysis Critical
Control Point), pour la mise en place de guides de bonnes pratiques dhygiène et de
fabrication ou de codes dusage, etc.
Ces systèmes qui peuvent prévoir, en outre, la réalisation
daudits pour la mise en place et le maintien des qualifications des sites de
production peuvent se révéler particulièrement adaptés à la mise en place de la
traçabilité qui peut se concevoir comme partie intégrante du système de production et
de gestion de la qualité.
En ce qui concerne les multiples formes de la certification de
produits, notamment dans le cadre des signes officiel de qualité (labels, AOC,
certificats de conformité, agriculture biologique), de nombreuses informations relatives
aux modes de production et aux pratiques de fabrication, aux caractéristiques des
produits eux-mêmes, sont enregistrées et conservées, ce qui facilite et permet
implicitement de mettre en uvre la traçabilité des produits concernés, mais il
reste, en de nombreux cas, à organiser à partir de ces éléments une traçabilité plus
continue et plus complète.
Dautres filières, pour des raisons de gestion de
lactivité et des raisons logistiques, tiennent des comptabilités matières qui
peuvent également être considérées comme des éléments précieux pour la mise en
uvre de la traçabilité.
2. LES ATTENTES EN MATIÈRE DE TRAÇABILITÉ
2.1. Les attentes des consommateurs
Le groupe de travail a cherché à
cerner précisément ces attentes des consommateurs en adressant, dès son installation,
un questionnaire, notamment aux organisations de consommateurs. Les réponses ont été
peu nombreuses et, en tout état de cause, elles ne faisaient pas mention dattentes
spécifiques en matière de traçabilité, si se nest que la traçabilité soit
étendue à lensemble des filières et convenablement contrôlée par les services
de lEtat dans sa mise en uvre.
Pour les représentants des organisations de consommateurs du CNA
qui ont pris une part active à lélaboration du présent rapport, la traçabilité
détermine les moyens mis en uvre par les professionnels pour assurer une
information fiable et des possibilités de contrôles efficaces et rapides. Globalement,
si les consommateurs ne se cristallisent pas sur les procédures choisies, ils estiment
quils ont à faire connaître aux professionnels linformation quils
recherchent pour déterminer leurs achats et ce quils veulent voir mentionner sur
les étiquettes : la traçabilité est un instrument pour fiabiliser cette
information.
Aucune donnée spécifique sur les attentes consuméristes en
matière de traçabilité na, par ailleurs, pu être identifiée dans la
littérature. Cependant, lenquête réalisée par linstitut IPSOS en vue des
Etats généraux de lalimentation et lenquête INCA donnent incidemment
plusieurs types de renseignements dignes dintérêt.
2.1.1. Lalimentation en France : plus de choix,
plus de contrôles... et moins de goût
Malgré la focalisation régulière de
lactualité sur des problèmes liés à la production, le contrôle, la conservation
ou la consommation de biens alimentaires, les Français ont aujourdhui le sentiment
que les choses se sont plutôt améliorées au cours des dernières années (cf. note 6) .
Lamélioration la plus largement ressentie concerne la
diversité des produits proposés (77 %), mais aussi le mode de conservation des
aliments (73 %). Logiquement, la préparation des repas sen trouve facilitée
pour 7 personnes interrogées sur 10.
Par ailleurs, environ les deux tiers des Français estiment que
lhygiène et les contrôles sanitaires lors de la production des aliments ont
également fait des progrès depuis une dizaine dannées.
Cest dans le domaine du goût et de la saveur des aliments
produits que les avis sont les plus partagés : 32 % des interviewés
considèrent que les choses se sont améliorées, 30 % quelles se sont
dégradées tandis que 37 % penchent pour le statu quo.
Les Français se montrent également partagés à propos de la
« possibilité dacheter de bons produits pour un prix
accessible » : si 51 % dentre eux estiment que les choses se sont
améliorées sur ce point, 29 % nont pas perçu dévolution positive et
18 % la jugent même négative.
2.1.2. Les risques : pas de dramatisation excessive
Certes, environ un tiers de la population
interrogée estime que les produits alimentaires présentent plus de risques pour la
santé des consommateurs quil y a dix ans. Mais ce noyau dinquiétude ne doit
pas masquer le fait que pour la moitié des individus, les risques ne sont
aujourdhui ni plus ni moins élevés ; 20 % ont même perçu une
diminution du risque sanitaire sur la même période. Pour plus des trois quarts des
Français, ces risques ne seraient au total « pas plus nombreux » mais
seulement « mieux connus car les contrôles sont plus fréquents » (76 %
contre 23 % qui ont un avis opposé).
Par ailleurs, si la majorité relative des Français (45 %)
se déclare avant tout directement préoccupée par les « risques relatifs à la
sécurité des aliments tels que la listeriose ou la maladie de la vache folle »,
les soucis moins « sanitaires » relatifs au « bien-manger » et se
rapportant aux « risques de disparition de notre gastronomie » (21 %) ou
au « goût des aliments » et ceux liés à « une alimentation
déséquilibrée » (21 %) fédèrent au total autant dindividus.
2.1.3. Linformation : de la continuité et du pratique
En matière dinformation relative
à la qualité et à la sécurité des aliments, les Français se montrent avant tout
demandeurs de suivi. 86 % estiment ainsi que lon ne parle de ces problèmes que
« quand ça va mal » ou « que quand cest trop tard » et que,
dune manière générale, les « informations manquent de suivi »
(70 %).
Le manque de caractère « pratique » de
linformation est également stigmatisé par 72 % des personnes interrogées qui
lestiment globalement « trop sensationnaliste » (61 %).
2.1.4. Plus dinformations sur les conditions de production
des denrées alimentaires
Lenquête INCA (cf. note 7) a montré que si
les attentes des consommateurs ne sexpriment pas directement sur la traçabilité,
en revanche, ils manifestent un intérêt croissant pour les informations relatives aux
pratiques culturales, aux modes délevage et de transformation des denrées
alimentaires. Ces informations et la vérification de leur fiabilité par les services de
contrôle supposent une traçabilité des produits.
« Parmi la liste de critères ci-dessous, quels sont dans
lordre, les deux critères auxquels vous accordez le plus dimportance pour
juger de la qualité dun produit alimentaire ? »

« Concernant linformation sur lalimentation, trouvez-vous que vous avez assez ou pas assez dinformation à propos des... ? »

« Quels sont les deux critères de qualité des aliments les plus importants ? »

Si lon en croit leurs déclarations, les
consommateurs pratiquent la recherche dinformations sur les produits quils
achètent avec une certaine assiduité. Huit sur dix environ regardent systématiquement
la date limite de consommation sur les produits frais (cf. note 8) . Et même en dehors de
cette DLC, ce sont encore trois personnes sur quatre qui disent lire
« toujours » ou « souvent » les étiquettes des produits.
Hormis la DLC, lit-on les étiquettes des produits que
lon achète ?

Cette volonté de mieux connaître ce que lon achète et ce que lon mange renvoie à lessence même de la traçabilité et à une de ses deux grandes fonctions.
2.1.5. Les limites des attentes des consommateurs
Comme cela a été souligné, les
attentes des consommateurs à légard de la traçabilité ont un caractère
général qui se décline comme une attente de traçabilité pour le plus grand nombre
possible de filières et de produits, si ce nest tous.
Une difficulté tient à ce que les consommateurs qui ont eu
limpression, à la faveur des crises, que des « secrets » de fabrication
leur étaient cachés, voudraient aujourdhui disposer de la totalité des
informations disponibles sur les produits, sans pour autant y accorder une importance
systématique en situation dachat.
Cette exigence renvoie évidemment à des difficultés techniques
pour y répondre, même si dans labsolu les systèmes sont assez performants pour
que presque tout soit virtuellement possible. Il y a donc lieu, sans doute, de leur
expliquer que la traçabilité et linformation comportent des limites qui leur sont
propres et que laptitude à fournir pour un produit le plus grand nombre
dinformations loyales ne doit pas être une condition daccès au marché.
Ce processus, indépendamment des obligations réglementaires
notamment relatives à létiquetage, comporte implicitement lobligation
dune concertation sur le contenu propre de linformation donnée entre
producteurs et consommateurs, et ce pour chaque filière qui souhaite développer un cadre
général de traçabilité ou pour laquelle un tel cadre apparaît indispensable. Seul ce
type de processus peut conduire à ne retenir que linformation à tracer la plus
utile aux consommateurs qui auront en ce qui les concerne une juste appréciation des
contraintes techniques et économiques. La difficulté technique évoquée doit donc se
résoudre par un ajustement négocié visant à rendre possible pour les uns ce qui est
souhaitable pour les autres.
2.2. Les attentes des acteurs de la chaîne alimentaire
2.2.1. Sur le mode de traitement de cette question
dans le cadre des politiques publiques
Les acteurs des filières alimentaires
partagent très largement le point de vue selon lequel la traçabilité est un outil
faisant partie intégrante des systèmes de gestion et de management de la qualité. Elle
ne doit par conséquent pas être abordée comme une production des entreprises sur
laquelle des investissements de marketing peuvent être consentis. En revanche, les
systèmes ou outils de traçabilité peuvent, sinon doivent, faire partie du système
considéré dans le cadre de la mise sous assurance qualité des sites de production.
Par ailleurs, les acteurs des filières considèrent également
que les pouvoir publics doivent encadrer réglementairement les principes généraux
relatifs à la traçabilité et non les modalités pratiques de mise en uvre. Ce
dernier aspect de la question renvoie à la liberté de choix des producteurs de retenir
tel ou tel système qui sera le plus adapté aux particularités des filières à tracer
et à la taille des entreprises. Les professionnels sont donc attachés à ce que les
modalités techniques de la traçabilité soient envisagées dans le cadre de
lengagement volontaire des entreprises et de la normalisation. Ce rôle
dinitiative trouve une contrepartie dans la responsabilité des entreprises en cas
de problème.
2.2.2. Sur le contenu de la traçabilité
Les acteurs de la chaîne alimentaire
rappellent en premier lieu les contraintes externes menant à la mise en place de la
traçabilité. De leur point de vue, la traçabilité comporte en réalité quatre niveaux
dexigence : réglementaire, contractuel (demande des clients), interne
(arbitrage entre risque et coût des solutions), des consommateurs.
Daprès un organisme certificateur, le troisième niveau
dexigence guide souvent le choix du système de traçabilité. Par conséquent, les
méthodes permettant de tendre vers un même résultat sont différentes dune
filière à une autre et surtout dun maillon de la filière à un autre.
Les professionnels considèrent que la traçabilité comporte deux
versants distincts :
Celui des mécanismes dacheminement des flux
dinformations qui doivent être conçus de sorte quil ne puisse y avoir une
perte en ligne dinformations à chaque interface, cest-à-dire entre les
maillons successifs dune même filière ;
Celui du contenu de linformation, considérant que celle-ci
doit être prédéterminée mais certainement non exhaustive, car en fonction du nombre
dingrédients, un objectif initial dexhaustivité peut savérer tout à
fait impossible à tenir. Le contenu de linformation tracée est donc la résultante
dune négociation à caractère socio-technique entre lensemble des acteurs
dune même chaîne, du producteur primaire au consommateur final. En outre, le
transport dinformations inutiles ne doit pas venir polluer les informations utiles
pour un opérateur intermédiaire de la chaîne alimentaire ou pour le consommateur. Il
convient donc de ne pas sorienter vers une généralisation abusive et inopportune
de la traçabilité mais dexaminer la teneur et lintérêt des informations à
tracer.
Les professionnels considèrent par ailleurs que les procédés
techniques dacheminement de linformation ne suffisent pas à rendre la
traçabilité opérationnelle et fiable. Ils estiment que lengagement contractuel
entre les maillons sur des standards de qualité prédéterminée est souhaitable car
chaque maillon doit pouvoir considérer comme fiable linformation qui lui est
transmise par le maillon précédent. Les contrôles a posteriori visant à
apprécier la validité de linformation reçue, et la mise en uvre de plans de
contrôle incluant des indicateurs pertinents constituent les indispensables compléments
aux outils dacheminement de linformation.
2.3. La réflexion sur la traçabilité
a-t-elle été conduite à son terme ?
Dans lhypothèse où tous les
décrets prévus sur le principe par la loi dorientation agricole auraient été
pris, on pourrait être tenté de considérer que le dispositif est désormais
opérationnel et que le saut conceptuel a eu lieu. En réalité, il convient sûrement de
ne pas sarrêter sur cette première impression. La réflexion globale doit
probablement se poursuivre pendant une durée en toute hypothèse longue, le temps de
traiter au moins les questions qui ne peuvent pas trouver de réponse définitive, y
compris lorsquun décret est pris. Cela tient à la très grande évolutivité des
sujets, et en particulier pour :
les moyens utilisables et à utiliser pour assurer
cette traçabilité ;
le contenu des informations à faire remonter ou
redescendre tout au long des filières ;
la cohérence et « linterconnexion »
des démarches entre chaînons dune même filière et entre filières.
Quatre raisons au moins permettent de justifier ce besoin de
poursuivre la réflexion et les travaux sur la traçabilité :
tout dabord, la chaîne alimentaire est de plus
en plus complexe et fait intervenir de plus en plus dintervenants (centres
dallotement danimaux, façonniers et sous-traitants, transporteurs,
plates-formes déclatement des produits, etc.) ;
la proportion de produits transformés incorporant un
grand nombre dingrédients de provenances diverses est de plus en plus importante.
Le nombre dingrédients et dadditifs utilisés pour certains produits a
augmenté ;
diverses techniques sont désormais opérationnelles
pour acheminer de linformation sur les denrées alimentaires, que les flux
dinformation et les flux physiques de matière soient ou non couplés ;
les attentes des consommateurs et des opérateurs
intermédiaires de la chaîne alimentaire sont par nature évolutives, et il doit être
tenu compte de cette réalité dans les options réglementaires ou techniques qui sont
retenues par les décideurs publics ou privés.
Les diverses crises sanitaires ont montré que des progrès
restent à accomplir dans la traçabilité. Outre la présente réflexion du CNA, il
convient de remarquer quun travail complémentaire a été engagé par un groupe de
travail de lAssociation française de normalisation (AFNOR). Il est animé par
Arilait-Recherches et sappuie sur un groupe rédactionnel (auquel participent la
CGAD, la DGCCRF, la DGAl, lACTIA, la centrale dachat OPERA et lAFNOR).
Les objectifs de ce travail sont de :
clarifier la terminologie et définir les différentes
facettes de la traçabilité ;
élaborer des recommandations pédagogiques ;
lister les problèmes et fournir des indications sur
les informations à prendre en compte en fonction des objectifs poursuivis.
Ses conclusions aboutiront à la rédaction dun guide
méthodologique « précisant pour chaque objectif poursuivi et pour chaque cible
visée, quel type de traçabilité mettre en place et quelles solutions techniques
adopter ». Elles donneront lieu, par ailleurs, le cas échéant, à la mise en
chantier de travaux normatifs en la matière.
Conjointement aux initiatives de lAFNOR et du CNA, la DGAl
met en place une réflexion sur la traçabilité dans les filières viande. Ce choix a
été motivé par la crise qui touche différentes espèces et le besoin dexaminer
la contribution que pourrait apporter une amélioration de la traçabilité pour remédier
à cette situation. Dautre part, il est envisagé de réaliser un guide sur les
fournisseurs de la traçabilité.
Ces différentes contributions sur la traçabilité permettront
peut-être den développer encore lutilisation. Ils permettront aussi de
veiller à ce quelle ne devienne pas un « mythe » ou une
« solution universelle » à tous les problèmes de maîtrise de la qualité
des produits agricoles et alimentaires.
3. LAVIS DU CONSEIL NATIONAL DE LALIMENTATION
Le Conseil national appelle lattention des pouvoirs publics sur les constatations qui précèdent. Il formule en outre les recommandations suivantes :
3.1. En ce qui concerne la traçabilité de façon générale :
1. Le Conseil appelle
lattention des pouvoirs publics sur le fait que la traçabilité peut modifier très
sensiblement les rapports entre les consommateurs et laliment, dès lors quil
est matériellement possible de mieux connaître « lhistoire » dun
produit sans avoir nécessairement à entreprendre des recherches très approfondies. Il
insiste sur le fait que les possibilités techniques nouvelles pourraient développer des
attentes spécifiques en matière de conditions de production, comme par exemple celles
relatives à lenvironnement ou à léthique. Il estime quau plan
international ces faits nouveaux renvoient à des négociations en cours ou à venir sur
les « facteurs légitimes autres que la sécurité » pour la conduite des
politiques alimentaires et pour la définition de conditions de production
« socialement acceptables ». Il estime important que tant les pouvoirs publics
que lensemble des organisations concernées soutiennent dans les instances
internationales des positions allant dans ce sens.
2. Le Conseil prend acte que la traçabilité peut, en
dehors de son utilisation dans les systèmes de management de la qualité des entreprises,
servir deux objectifs distincts : fiabiliser linformation donnée aux
utilisateurs des produits et contribuer à la sécurité des aliments en permettant le
retrait de lots de produits non conformes. Par conséquent, la traçabilité dont
lutilité dans la maîtrise des risques sapprécie a posteriori ne doit
pas se substituer à lanalyse du risque a priori.
3. La traçabilité doit être construite comme un
outil de confiance pour le consommateur et non comme un instrument de marketing. Le
Conseil demande à cet égard aux pouvoirs publics de veiller à ce que la réglementation
sur la publicité trompeuse soit scrupuleusement appliquée. La traçabilité ne doit pas
être mise en avant alors quelle ne serait pas réalisée mais, en outre, ni la
publicité ni certaines mentions valorisantes ne doivent donner à penser que des produits
ont été obtenus dans des conditions notablement différentes dautres produits de
la même famille au seul motif que leur traçabilité serait assurée.
4. Le Conseil observe que la traçabilité déjà mise
en place par certaines filières ne vise le plus souvent à satisfaire que lun de
ces deux objectifs. Il demande, par conséquent, que, préalablement à la publication des
décrets qui devraient être pris pour un nombre important de filières, la faisabilité
de mettre en uvre une traçabilité permettant de satisfaire simultanément les deux
objectifs soit examinée.
5. Dans le prolongement de la loi dorientation
agricole, le Conseil préconise que les pouvoirs publics encadrent réglementairement les
principes généraux relatifs à la traçabilité filière par filière. Il constate
quaucun décret nest encore intervenu sur la base de ces nouvelles
dispositions du Code de la consommation. Il demande que les dispositions réglementaires
relatives à la traçabilité soient conçues, chaque fois que possible, comme une
obligation de résultats et non comme une obligation de moyens.
6. La définition des dispositifs pratiques de mise en
uvre de la traçabilité renvoie à la liberté de choix des opérateurs de retenir
tel ou tel système qui sera le plus adapté aux particularités des filières, aux modes
de production et de distribution des produits ainsi quau volume dactivité de
lentreprise. Pour répondre à cette diversité et conserver une certaine souplesse
de mise en uvre, le Conseil considère que, au-delà des principes généraux qui
relèvent, eux, des pouvoirs publics, le choix et la définition des instruments relèvent
de la responsabilité des professionnels et doit être le résultat dune
négociation entre les différents opérateurs concernés. La définition des dispositifs
pratiques de mise en uvre de la traçabilité et des obligations de moyens peuvent
ainsi, par exemple, sinscrire dans une démarche de normalisation.
7. En ce qui concerne les outils, le Conseil considère
que ladoption dun langage commun entre les maillons dune même filière,
entre différentes filières, et mêmes entre différents pays est nécessaire pour
permettre duniversaliser les démarches de traçabilité, et en ce sens il estime
que les standards internationaux constituent un apport précieux que les filières doivent
prendre en compte (cf. 1.6.1).
8. Lobjectif devrait être fixé que des règles
de traçabilité soient convenues ou fixées dans lensemble des filières à horizon
dun petit nombre dannées, par exemple 3 ans.
9. Les membres du Conseil estiment quune réelle
structuration des filières agricoles et alimentaires est indispensable pour
lexpression dintérêts collectifs négociés relatifs à la traçabilité. A
défaut dune telle organisation, et afin datteindre lobjectif souhaité
au paragraphe précédent, le Conseil estime que les pouvoirs publics peuvent user de leur
pouvoir réglementaire pour définir alors, en concertation avec les professionnels
concernés, à la fois les objectifs et les moyens de mise en uvre de la
traçabilité, compensant ainsi le déficit dinitiatives collectives.
10. Sagissant de lobjectif de sécurité
sanitaire des aliments,
10.1. Le Conseil estime quen fonction des
capacités techniques et économiques des filières la traçabilité doit intégrer plus
encore à lavenir les systèmes de gestion de la qualité mis en place par les
entreprises, et notamment les procédures de mise sous assurance qualité des sites. Cette
disposition permettrait daccroître lefficacité des systèmes et procédures
visant à prévenir les crises par la détection plus rapide des incidents affectant le
cycle de production.
10.2. Il considère que la définition du lot, la
connaissance exacte de son périmètre sont des préalables pour lefficacité et la
maîtrise du système en permettant notamment les rappels ciblés et rapides de lots non
conformes (cf. 1.4.2.5 et 1.6.1).
10.3. Il considère par ailleurs que la durée de
conservation et laccessibilité des documents ou fichiers de traçabilité, par
exemple liée à la compatibilité des systèmes informatiques successifs utilisés par
les différents opérateurs, sont des éléments cruciaux pour permettre de retrouver les
informations établies, fournies ou transmises pour servir à la traçabilité, et ainsi
pour faciliter les investigations a posteriori relatives à des non-conformités ou
à des crises.
11. Sagissant de la traçabilité à finalité
informative, le Conseil considère que la traçabilité ne définit pas a priori le
volume dinformations à véhiculer. Dune manière générale, la technique
doit rester au service dinformations prioritairement attendues par le consommateur
et dintentions viables pour les filières. Le Conseil recommande donc de ne pas
laisser croire que la traçabilité permettrait dacheminer toute linformation
relative à un produit déterminé (cf. 1.6.2).
Les informations à acheminer, dès lors quaucune obligation
réglementaire nexiste déjà, doivent donc être débattues, hiérarchisées et
arbitrées. Elles doivent résulter dune négociation au sein de chaque filière et
entre tous les maillons qui la constituent, y compris les consommateurs. Les membres du
Conseil estiment que les pouvoirs publics devraient considérer cette négociation comme
un préalable à chaque décret quils seront amenés à prendre en ce qui concerne
la traçabilité dans les filières agroalimentaires. En outre, si pour certaines
filières aucun décret visant à donner un fondement juridique à la traçabilité
nest envisagé, le Conseil recommande, comme cela a déjà été fait opportunément
dans le domaine de la viande bovine, de rechercher la signature daccords
interprofessionnels qui pourront être étendus par les pouvoirs publics.
12. Les membres considèrent que les ruptures de
traçabilité, cest-à-dire la perte dinformations entre deux opérateurs ou
entre une denrée et le flux dinformation qui laccompagnait, doivent pouvoir
être identifiées. Dans ce cas, sous condition et sous la seule responsabilité de
lopérateur constatant la rupture, une requalification du ou des produits concernés
doit être possible dans des conditions prédéterminées, notamment par voie
réglementaire.
3.2. En
ce qui concerne spécifiquement les filières pour lesquelles les contraintes
réglementaires sont les plus fortes :
13. Le Conseil prend acte que toutes les
filières ne se situent pas dans une situation identique permettant une négociation des
conditions de mise en uvre de la traçabilité comme recommandé ci-dessus. Pour
plusieurs dentre-elles, et notamment la filière viande bovine, des prescriptions
réglementaires nationales ou communautaires sont dores et déjà en place
définissant en particulier certaines obligations de moyens et encadrant
linformation quil y a lieu de tracer. Sur le principe, le Conseil nest
pas favorable à ce que la traçabilité se construise selon un processus identique pour
celles des filières qui ne sont pas réglementées.
Le Conseil estime cependant que dans les filières pour lesquelles
aucune structuration ou organisation nexiste, dans celles pour lesquelles des
obligations réglementaires ou dispositions normatives, communautaires ou internationales
ont été édictées, dans celles où existent des risques sanitaires particuliers et dans
celles qui rencontrent une difficulté de perception dune partie au moins des
consommateurs la mise en place de la traçabilité doit être encadrée par les pouvoirs
publics.
En ce qui
concerne la filière bovine :
dans le domaine de lalimentation animale :
14. Le Conseil demande quau-delà de
lapplication des dispositions relatives à létiquetage des matières
premières utilisées dans lindustrie de lalimentation et de la nutrition
animales prévues par décret les professionnels sengagent rapidement pour que
lindustrie de lalimentation et de la nutrition animales puissent fabriquer
tous ses aliments composés en ayant une connaissance suffisante des matières premières
incorporées et sengage sur la voie dun étiquetage des aliments composés,
par matière première et par ordre pondéral décroissant.
Il souhaite également que les dispositions nécessaires soient
prises pour assurer la généralisation de lutilisation du guide de bonnes pratiques
de fabrication en cours de finalisation et lui donner une réelle valeur dobligation
dès lors quil sera opérationnel.
pour les viandes bovines :
15. Le Conseil regrette que les nouvelles
dispositions communautaires en matière détiquetage et de traçabilité des viandes
bovines aient pour conséquences que certaines dispositions existant jusquici en
France et particulièrement importantes pour les consommateurs ne sont plus obligatoires
et nont, de fait, plus quun caractère facultatif. Même si, dans les
circonstances actuelles, la traçabilité ne peut apporter quune contribution
limitée aux problèmes sanitaires que rencontre la filière, il est important
déviter tout retour en arrière qui serait préjudiciable aux autres attentes du
consommateur, notamment en matière de qualité et de transparence de linformation,
et également préjudiciable aux intérêts à moyen et long terme de la filière bovine.
Le Conseil national souhaite comme il lavait
demandé le 30 novembre 2000 :
que les dispositions nécessaires soient prises pour
redonner force obligatoire à ces dispositions ;
quà cette fin, de nouveaux accord
interprofessionnels soient conclus, de manière à être ensuite étendus par les Pouvoirs
publics. A défaut daccord interprofessionnel, les Pouvoirs publics devraient
utiliser leur possibilité de prendre par décret, sur la base du code de la consommation,
les dispositions nécessaires ;
que les professionnels recherchent la possibilité
daligner les dispositions de laccord interprofessionnel relatif à la
restauration hors domicile sur laccord interprofessionnel concernant la
distribution, comme leurs représentants sy sont montrés disposés au cours de la
séance du Conseil ;
que les autorités compétentes engagent les
discussions nécessaires au plan communautaire pour que, dici à léchéance
du premier janvier 2002, les mentions prévues par le règlement communautaire de juillet
2000 soient complétées. Lévolution de la situation par rapport à celle qui
prévalait au moment de ladoption de ce règlement devrait permettre de justifier
cette réouverture des discussions.
Le Conseil prend acte de la volonté de toute la filière de
poursuivre sur la voie dune traçabilité aussi complète que possible en maintenant
et en développant le cas échéant les cahiers des charges. Une telle démarche peut
contribuer à redonner confiance aux consommateurs.
pour les produits transformés à base de viande
bovine :
16. Le Conseil national de lalimentation
est conscient des difficultés existantes pour la mise en uvre dune
traçabilité aussi complète que possible pour les produits transformés mais il signale
que, pour les produits transformés à base de viande bovine, cela revêt une importance
particulière.
Pour que les consommateurs puissent accorder leur confiance à ces
produits, il importe davoir toutes les assurances sur le retrait effectif des MRS,
quel que soit le pays dans lequel lanimal est abattu.
Une réflexion devrait être menée par les industriels sur la
possibilité daméliorer la traçabilité et linformation des
consommateurs ; une voie serait que chaque lot de produits transformés ne comporte,
pour ce qui concerne les produits bovins ou dorigine bovine, que des ingrédients
issus de lots homogènes (par exemple, même origine ou même type danimal).
pour les achats publics :
17. Le Conseil national de lalimentation
propose dadapter les cahiers des charges pour les achats publics, de sorte
quils exigent explicitement une traçabilité aussi complète que possible pour les
viandes bovines, permettant de disposer dinformations sur lorigine, le type
danimal et la catégorie.
sur les contrôles :
18. Le Conseil recommande de définir une
durée de conservation des documents qui puisse permettre une exécution convenable des
contrôles.
19. Sans méconnaître les difficultés intrinsèques
à ce type de contrôles, le Conseil national estime souhaitable que les directions
générales en charge du contrôle (DGAl, DGCCRF, DGDDI) recherchent toutes les formes de
complémentarité entre les services pour les procédures de contrôle des produits
importés, notamment des pays tiers, afin quils soient aussi efficaces et fiables
que possible. Cet effort devrait concerner lalimentation des animaux, les matières
premières destinées à y être incorporées et les produits transformés incorporant des
produits bovins ou dorigine bovine.
En ce qui
concerne les autres filières animales et laquaculture :
20. Sagissant des enseignements qui peuvent être
retirés des filières les plus réglementées, les membres du Conseil retiennent que dans
la filière bovine, lidentification individuelle des animaux (Identification
pérenne généralisée) a constitué un socle fondamental pour la mise en uvre de
la traçabilité dont pourraient sinspirer dautres filières animales. A cette
fin, le Conseil considère que le développement dune traçabilité dans
dautres espèces semble subordonné à la mise en place dune identification
individuelle des animaux. Il recommande donc que des dispositions allant dans ce sens
soient arrêtées pour lélevage ovin, récemment affecté par lépisode de
fièvre aphteuse, et mises à létude pour lélevage porcin.
Pour les autres filières, il préconise que des travaux sur la
traçabilité soient engagés, notamment sur les conditions délevage (alimentation,
origine, etc.).
3.3. En
ce qui concerne spécifiquement les filières qui conduisent à de grands mélanges
dune même matière première ou dun grand nombre dingrédients ou à
lincorporation dingrédients à très faible dose :
Dans lunivers agroalimentaire, cette
spécificité vaut pour de nombreuses filières telles que la filière lait, la filière
céréales et pour toutes les filières de produits transformés, notamment les plats
cuisinés.
21. Le Conseil prend acte que lassemblage de
nombreux ingrédients pour lélaboration dun produit fini, la constitution de
grands mélanges dune même matière première ou lincorporation
dingrédients à très faible dose constituent des difficultés particulières pour
retrouver, dans un délai acceptable, linformation adéquate qui permettra de
répondre à une question concernant les exigences de sécurité générale des produits,
de responsabilité du fait de produits défectueux ou de confiance concernant un
étiquetage, ou une indication dorigine portée sur les produits.
Dans ce cas précis, il préconise que soit prévue par voie
réglementaire lobligation de définir et justifier le lot de fabrication soit sur
des critères de composition homogène de la matière première majoritaire en volume,
dun ingrédient ajouté, dun ingrédient ou dun additif à risque
spécifique, soit comme une fraction de lactivité exprimée en unité de temps, qui
permette de procéder à des rappels ciblés en cas de non-conformité de certains lots.
22. Le Conseil considère que, dans ces cas
particuliers, la traçabilité ne peut senvisager que dans le cadre dune
continuité rigoureuse entre les acteurs économiques, fournisseurs ou utilisateurs
dingrédients, où chaque maillon de la chaîne induit des informations
complémentaires et qui soient accessibles aux autres selon le « principe de la
cascade ».
Le Conseil recommande que des obligations de moyens, relevant de
la concertation entre opérateurs, soient prévues pour, dune part, instituer le
cadre dune coordination entre les maillons dune même chaîne et, dautre
part, définir un langage commun qui facilite le transfert et la compréhension des
données entre les différents acteurs. Au-delà de ces obligations de principe, le
Conseil considère que lélaboration dun cahier des charges décrivant les
caractéristiques de chaque ingrédient destiné à un mélange et les engagements
contractuels clients-fournisseurs sont les indispensables compléments de la
traçabilité.
Dune manière générale, les membres du Conseil estiment
que la responsabilité amont de la traçabilité peut être confiée au fournisseur de la
matière première, de lingrédient ou de ladditif et que des contrats bien
documentés, la réalisation daudits, selon les principes suivis pour la mise sous
assurance qualité des établissements de production, permettent de résoudre les
problèmes inhérents aux produits complexes.
23. Si un ingrédient ou additif est présent à un
très faible taux ou présent dans un très grand nombre de lots, un danger peut
engendrer, lors dune mesure de retrait, un coût économique considérable. Le
Conseil recommande, dans ce cas, de prendre des mesures alternatives de gestion de la
qualité telles que le contrôle hygiénique, la mise en uvre de plans de
surveillance des contaminants, la détection dallergènes spécifiques, pour obtenir
une sécurité équivalente et ne pas faire reposer sur les outils de traçabilité une
gestion des risques qui serait seulement conçue a posteriori.
3.4. En
ce qui concerne spécifiquement les filières pour lesquelles il est difficile de
préciser lorigine exacte des matières premières :
Dans lunivers agroalimentaire, cette
spécificité vaut principalement pour la filière pêche. Les produits frais sont, dans
la grande majorité des cas, vendus à létal avec comme seule information le nom de
lespèce. En outre, cette filière se caractérise par de très grandes zones de
pêche, un délai variable entre la capture et le débarquement lié à
léloignement de la zone de pêche, la courte durée de conservation du produit.
24. Le Conseil prend acte que la nouvelle Organisation
commune de marché (OCM) imposera, à partir du 1er janvier 2002, la
traçabilité de la zone de capture. Bien que la connaissance de la zone de capture puisse
faciliter le retrait ciblé de produits issus dune zone sinistrée et présentant
potentiellement un risque pour la santé publique et limiter les conséquences uniquement
à la zone concernée, les difficultés pour la définition de cette zone et les
possibilités de réaliser un contrôle effectif des informations données paraissent, à
ce jour, indéniables. Ainsi, le Conseil reste sceptique sur la pertinence immédiate de
cette disposition, et, compte tenu des difficultés signalées, il préconise de faire
porter, pour linstant, les efforts de traçabilité sur le lieu et le jour de
débarquement dès lors que des doutes peuvent exister sur les lieux réels de capture et
recommande dinciter, parallèlement, à des efforts de recherche au niveau européen
et international sur la différenciation des populations de poissons et la connaissance de
leurs zones de vie respectives.
Il demande aux professionnels et aux pouvoirs publics de
rechercher une meilleure organisation de la filière.
25. Le Conseil prend acte des attentes des
consommateurs en matière de fraîcheur des poissons, mais souligne la nécessité de
mettre en uvre des outils contrôlables et significatifs par rapport à cette
attente (rôle des bonnes pratiques à bord et à terre).
26. Le Conseil encourage la mise en place de mesures
permettant une nette différenciation entre les produits issus de la pêche et de
lélevage (étiquetage).
27. Dune manière générale, le Conseil estime
que toute information dont la validité ne peut pas être formellement vérifiée, par
lopérateur lui-même et par les services de contrôle, ne doit pas être introduite
dans les procédures permettant dassurer la traçabilité, au risque
dacheminer des informations erronées ou trompeuses et de mettre en péril
loutil lui-même.
3.5. En
ce qui concerne spécifiquement les filières qui rencontrent une difficulté de
perception dune partie au moins des consommateurs :
Dans lunivers agroalimentaire, cette
spécificité vaut, actuellement, principalement pour les organismes génétiquement
modifiés autorisés à la mise sur le marché et pour tous les produits qui en sont
issus.
28. Le Conseil considère que la traçabilité peut
sappliquer à tous les produits composés en tout ou partie dOGM, en
particulier les plantes, et à leurs dérivés, quelle que soit leur utilisation. La
traçabilité doit permettre de retrouver chaque OGM à chacune des étapes de son
utilisation, de la semence à la première transformation. Par la suite, elle doit
permettre de suivre la présence de dérivés dOGM jusquau produit fini, sans
nécessairement chercher à identifier chaque événement de transformation, puisque seule
la modification génétique est le critère déterminant pour le comportement dachat
des consommateurs.
Le Conseil considère que la traçabilité doit reposer sur des
documents daccompagnement des produits et sur une gestion rigoureuse de ces
documents et des registres de conservation de linformation.
29. Il estime que la traçabilité nécessite que
soient inscrits, sur les documents commerciaux et de transport, une mention claire, selon
une formulation compréhensible, indiquant la présence dorganismes génétiquement
modifiés ou de produits qui en sont dérivés, lidentification de chaque OGM
présent pour ce qui concerne les produits non transformés, les noms et adresses du
fournisseur et du client, selon le cas. Il considère que chaque opérateur qui utilise
intentionnellement des OGM doit tenir et conserver un registre des entrées et des sorties
des produits OGM et de leurs dérivés, échangés ou transformés.
30. Le Conseil considère que les services de contrôle
doivent à la fois avoir accès aux documents et registres dentrées-sorties tenus
par les opérateurs et disposer doutils analytiques permettant dexercer
efficacement les contrôles. A cet effet, il estime indispensable que le détenteur de
lautorisation de mise sur le marché dun OGM dépose officiellement les
méthodologies danalyse et le matériel nécessaires à la réalisation du
contrôle. Le Conseil préconise détendre cette obligation à lensemble des
règlements sectoriels communautaires relatifs à la mise sur le marché dOGM,
notamment pour les aliments nouveaux.
31. En outre, pour quun suivi satisfaisant de
léventuelle incorporation, fortuite ou non, dans les aliments dOGM non
autorisés sur le territoire national soit possible, le Conseil préconise la mise en
place au niveau international dune banque de données régulièrement mise à jour
contenant toutes les informations adéquates fournies par le titulaire de
lautorisation de mise sur le marché dun OGM pour la culture ou
limportation, quel que soit le pays ayant délivré lautorisation.
32. Enfin, le Conseil recommande que le projet de
décret relatif à la traçabilité des OGM soit publié dans les meilleurs délais.
A N N E X E
Participants au groupe de travail du CNA sur la
traçabilité des denrées alimentaires :
Président : M. Falconnet (ANIA) ;
Rapporteur : Mme Guillon (UFCS) ;
Secrétaire : M. Nairaud ; Mlle Suberville ;
Collège consommateur : M. Rodriguez (CSF) ;
Collège production : M. Siret (CNMCCA) ; Mme Nicolas
(FNSEA) ; M. Marine (FNSEA) ;
Collège restauration : M. Lymonie (CCC) ; M. Crepet
(CSHCF) ; M. Laborde (SNERRS) ; Mme Sacquet (SNERRS) ; M. Rouillon
(SNRLH) ; M. Rault (SNRC) ; M. Dupuich (SNRC) ; M. Guilmault (CCC) ;
Mme Morgat (CCC) ;
Collège transformation : M. Kozlovsky (CFCA) ; Mme
Bricard (CGAD) ; Mme Castet (CFCA) ; Mme Peyruchaud (CFCA) ;
Mme Grethner (ANIA) ; Mme Delfaut (ANIA) ; Mme Gailing (ANIA) ; Mme
Meyer Caron (ANIA) ; Mme Bellancourt (ANIA) ; M. Stalder (ANIA) ; M.
Coutrel (ANIA) ;
Collège distribution : Mme Garnier (FCD) ; Mme Quentel
(FCD) ;
Représentants des administrations : M. Bonbled (DGAl) ;
Mme Quelquejeu (DGCCRF) ; Mme Gatinois (DPEI) ; M. Roche (DGCCRF) ; M.
Reverbori (DGAl) ;
Personnalités invitées : M. Orenga (CIV) ; M. Letode
(DGAl) ; M. Bourdier (SABIM) ; Mme Taillard (GENCOD-EAN France) ;
M. Salomon (EcoSys International) ; M. Thiebaud (Sodiaal) ;
M. Guyonnet (Arilait Recherche) ; Mme Letellier (Bretagne Qualité Mer) ;
M. Guivarch (Agreen Tech) ; M. Barthelemy (Agreval) ; M. Pezout (Agreval).
Le CNA est une instance consultative indépendante.
Le Conseil national de lalimentation (CNA) est consulté par
les ministres en charge de lAgriculture, de la Santé et de la Consommation, sur la
définition de la « politique alimentaire » française. Il peut, en
particulier, être interrogé sur « ladaptation de la consommation aux besoins
nutritionnels, la sécurité alimentaire des consommateurs, la qualité des denrées
alimentaires, linformation des consommateurs ». Il peut sautosaisir.
Le CNA représente toute la « chaîne alimentaire ».
Le CNA est composé de 47 membres représentant toutes les
composantes de la « chaîne alimentaire » et de la société civile :
associations de consommateurs et dusagers (9 membres), producteurs agricoles (9
membres), transformation et artisanat (9 membres), distribution (3 membres),
restauration (6 membres), syndicats des salariés de lagriculture, de
lagroalimentaire et de la distribution (5 membres), personnalités
scientifiques qualifiées (6 membres), représentants des ministères techniques
concernés et de lAFSSA qui participent aux débats avec voix consultative.
Le CNA émet des avis et recommandations.
Dès quil est saisi dune question par les Pouvoirs
publics ou par son président, le CNA, qui tient des réunions plénières environ tous
les deux mois, constitue un groupe de travail présidé par lun de ses membres. Le
rapporteur est un membre du CNA ou une personnalité extérieure. Le groupe, qui doit
être composé de personnes aux « sensibilités différentes », se réunit
alors régulièrement pour préparer un rapport et un projet davis. Ce texte, si
possible « longuement réfléchi » et « consensuel », est ensuite
soumis à la formation plénière du CNA.
NOTE (S) :
(1) Il est de ce fait actuellement en cours de réédition.
(2) Par exemple : lait produit par une vache ayant consommé exclusivement un type de graminées.
(3) Système dans lequel les outils de stockage, de transformation et de transport sont dédiés à un seul type de fabrications.
(4) Ce type détiquette est utilisé dans le secteur de la viande pour véhiculer le numéro didentification de crochet ou de bac.
(5) Par exemple, le volume et la fréquence des échanges dinformation déterminent la nécessité dinformatiser ces échanges mais la complexité des processus de fabrication, la succession de mélanges de produits, la forte dissémination de lots dadditifs utilisés à très faibles doses représentent des limites pour la précision du système.
(6) « Les français, la qualité et la sécurité des aliments », une étude IPSOS pour les Etats généraux de lalimentation - Octobre 2000. Ce sondage est cependant antérieur à la crise de lESB survenue en novembre 2000.
(7) Ces données proviennent de lenquête INCA (enquête nationale sur les consommations individuelles) communiquée par lAfssa en décembre 2000.
(8) Enquête CAF 2000.
© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie - DGCCRF - 10 septembre 2001 |