| Sommaire | N° 01 du 23 janvier 2001 |
Rapport du Conseil national de la consommation
relatif à léducation du jeune consommateur
NOR : ECOC0100008X
Rapporteurs : collège « professionnel » : Mme Christine de Saint Didier (MEDEF), collège « consommateur » : M. Daniel Pepers (Familles Rurales).
Introduction
Le mandat du groupe de travail relatif à
léducation du jeune consommateur, adopté par le bureau du CNC du
21 janvier 2000, était ainsi rédigé :
Dans une société en perpétuelle évolution,
léducation à la consommation du jeune enfant jusquà lâge adulte
devient une nécessité pour lui permettre une meilleure intégration dans la vie
économique et sociale. Sollicité de toutes parts dans sa vie quotidienne, lenfant
doit faire des acquisitions de connaissances variées pour devenir un jeune consommateur
averti.
Prendre du recul sur les faits, les événements, les
sollicitations nombreuses dune économie de marché nécessite des lieux de
réflexion pour les jeunes consommateurs en devenir. Au-delà de la famille, il reste deux
lieux privilégiés déducation à la consommation : le secteur de
lEducation nationale et celui de lEducation populaire. Ces deux univers
différents mais complémentaires ont une mission particulière à remplir dans ce
domaine.
La circulaire no 90-342 du 17 décembre 1990 adressée
aux recteurs, aux inspecteurs dAcadémie et aux directeurs des services
départementaux de lEducation nationale a donné des orientations en indiquant que
« dans le respect de leurs finalités et caractéristiques propres, tous les niveaux
denseignement et toutes les disciplines concourent à cette formation ».
Dans les centres de vacances et de loisirs, espace ludique, les
projets pédagogiques mis en uvre par les animateurs peuvent contribuer à la
formation du jeune consommateur.
A lécole comme au centre de loisirs, les enseignants et les
animateurs ont recours à des documents pédagogiques émanant de divers
commanditaires : des centres dinformation interprofessionnels, des organismes
publics, des associations de consommateurs, etc., mais aussi directement des
professionnels.
Le groupe de travail sattachera donc à :
Procéder, notamment dans le cadre de lapplication de la
circulaire no 90-342 précitée, au recensement des réalisations
innovantes en liaison avec les services de lEducation nationale, et à en tirer des
conclusions opérationnelles. Les modalités de coopération avec les écoles, collèges,
lycées, des associations de consommateurs agréées, des administrations et des
professionnels devront faire lobjet dun état des lieux et de
propositions ;
Améliorer, pour le secteur de léducation populaire et les
centres de loisirs en particulier, la prise en compte de léducation du jeune
consommateur, notamment lors de la formation des animateurs (BAFA), ainsi que la liaison
entre « lunivers de léducation populaire » et
« lunivers consumériste » ;
Examiner, à la lumière des résultats du travail engagé par la
pédagothèque de lINC, créée sur proposition du CNC, ce qui est mis en uvre
par les divers producteurs de documents pédagogiques et les modalités
dintervention à lécole ou en centre de vacances et de loisirs, afin de fixer
une déontologie pour la formation du jeune consommateur visant au respect de
lobjectivité et de la neutralité de la formation et des outils ;
Examiner les critères de réussite dune éducation du jeune
consommateur à travers les expériences réalisées sur les thèmes de : la
prévention routière, la prévention des accidents domestiques, lhygiène, la
protection de lenvironnement... ;
Examiner, au plan européen, les expériences déducation du
jeune consommateur de certains Etats membres de nature à enrichir les propositions du
groupe. De même, il conviendra de prendre en compte les conclusions du groupe de travail
du CNC relatif à la publicité et lenfant.
Pour répondre aux orientations du mandat, le groupe de travail a
conduit ses travaux selon la chronologie ci-après :
24 mars 2000 :
- détermination du périmètre du mandat ;
- échange entre les membres du groupe de travail ;
- organisation des travaux et des auditions ;
5 mai 2000 :
- audition de Mme Croiset du ministère de la jeunesse et des sports sur
léducation du jeune consommateur en centre de vacances et de loisirs ;
- présentation dactions déducation du jeune consommateur en
centre de vacances et de loisirs en Maine-et-Loire par Mme Ploquien (Familles
Rurales) ;
23 juin 2000 :
- présentation dinitiatives professionnelles ;
- charte de lInstitut français pour la nutrition (IFN) pour
lélaboration et la diffusion de matériels pédagogiques par Mme Skodowsky
(société Nestlé) ;
- expérience dinterventions de la SNCF et présentation dun outil
pédagogique utilisé dans le cadre scolaire par M. Munier ;
- audition de M. Pierre Saget secrétaire général du Conseil national des
programmes au ministère de léducation nationale ;
25 septembre 2000 :
- présentation des interventions de Familles Rurales dans les écoles
primaires des Alpes-Maritimes par M. Daniel Pepers ;
- audition de Mme Bénédicte Lavoisier de lInstitut national de la
consommation sur le fonctionnement de la pédagothèque de lINC et sur son
cours « Education à la consommation-vie quotidienne et citoyenneté » à
lIUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) ;
26 octobre 2000 :
- audition de Mme Gruère, directrice de lEcole des parents et des
éducateurs dIle-de-France ;
- audition de Mme Lattanzio, adjointe à la directrice de laction
éditoriale du Centre national de document pédagogique ;
24 novembre 2000 :
- discussion du projet de rapport et davis.
1. De la formation du jeune consommateur
à léducation du jeune consommateur
1.1. Des initiatives multiples en matière déducation
à la consommation mais insuffisamment coordonnées
Lavis du 2 octobre 1987 du CNC relatif
à la formation du jeune consommateur : reconnaissance du rôle de la pédagothèque
de lINC :
Le mandat du groupe de travail relatif à léducation du
jeune consommateur fait suite à un premier avis du CNC en date du 2 octobre 1987
(BOCCRF du 9 octobre 1987) relatif à la formation du jeune consommateur. Cet avis a
constaté « lexistence dun besoin unanimement reconnu de promouvoir et
de développer léducation du jeune consommateur et la nécessité urgente de mettre
en place une action de recensement et dordonnancement de ces matériels et de
diffuser linformation les concernant ».
A cet effet, le CNC a proposé notamment la création, auprès de
lInstitut national de la consommation (INC), dun comité paritaire chargé
dexaminer et dévaluer les matériels éducatifs et de faire de la
pédagothèque de lINC le centre de ressources où seraient recensés et appréciés
ces matériels pédagogiques.
Ce recensement des documents, à laide dune fiche
descriptive et dun avis critique fondé sur des critères pédagogiques,
déontologiques et de contenu, est unique en France et en Europe. Sa vocation est de
sadresser à tous les formateurs en contact avec des enfants. Ainsi, depuis 1995,
plus de 200 documents par an ont pu être examinés et recevoir un avis avant leur
utilisation par des enseignants, des éducateurs, des associations familiales et des
associations de consommateurs.
Le rôle des associations de consommateurs :
Sans attendre lavis du CNC, plusieurs associations
nationales de consommateurs ont mis en uvre et développé des actions de formation
du jeune consommateur dans les centres de loisirs et dans les écoles, les collèges et
les lycées.
La circulaire du 17 décembre 1990 du ministre de
léducation nationale :
A la suite de lavis du CNC, léducation du jeune
consommateur a été inscrite dans la circulaire no 90-342 du
17 décembre 1990 (BO de léducation nationale no 1 du
3 janvier 1991) du ministre de léducation nationale. Celle-ci prône
léducation du jeune consommateur dans toutes les classes, son introduction dans
toutes les matières. Pou autant, léducation à la consommation na pas
vocation à constituer en tant que telle une matière nouvelle. Il sagit de
compléter lenseignement de chaque matière par des éclairages sur des questions de
consommation.
Limplication des autres ministères :
Le ministère chargé de la consommation conduit depuis une
vingtaine dannées une activité de soutien aux actions déducation du jeune
consommateur, essentiellement celles conduites par les associations de consommateurs
agréées.
Le ministère de la jeunesse et des sports prend en compte
laptitude à lanimation ou à la direction dun centre de vacances et de
loisirs dans le cadre de la formation au brevet daptitude à la formation
danimateur (BAFA), au brevet détat danimateurs et techniciens
déducation populaire (BEATEP) ou au brevet daptitude à la formation de
directeur (BAFD).
Au ministère de laménagement du territoire et de
lenvironnement, il existe un département de la jeunesse et des associations qui
intègre les préoccupations en matière déducation des jeunes à
lenvironnement. Les préoccupations relatives à léducation du jeune
consommateur apparaissent notamment :
- à travers les opérations à caractère éducatif que le ministère mène en
direction des jeunes en partenariat avec dautres administrations, opérations très
ouvertes quant aux thèmes abordés ;
- dans un soutien affirmé aux associations agissant dans le domaine de
léducation à lenvironnement.
En tout état de cause, il nexiste pas
dinterministérialité dans ce domaine de manière institutionnelle.
1.2. La nécessité de renforcer léducation du jeune consommateur
Aujourdhui lenfant est imprégné
par la consommation dès son plus jeune âge. Il est demblée plus à laise
que ses parents dans un rôle de prescription et de choix pour la famille.
Or, au regard de cette situation, il nexiste pas de lieu
institutionnel consacré à léducation du jeune consommateur. La question est donc
posée de savoir comment faciliter lapprentissage de lenfant, du jeune, à
légard dune consommation autonome et éclairée.
1.3. Définitions retenues
Pour définir léducation à la
consommation quil est nécessaire de promouvoir pour le jeune consommateur, il
importe en préalable de sentendre sur les définitions respectives à donner aux
termes « éducation », « jeune », « consommateur » et
au concept « déducation du jeune consommateur ».
Education : léducation est un moyen
dintégration de lindividu dans la vie en société. En ne se limitant pas à
la transmission des connaissances intellectuelles et des savoirs techniques,
léducation recouvre un champ plus vaste que celui de lécole. Cest
pourquoi la famille a un rôle fondamental à jouer car constituant la cellule de base de
la société au sein de laquelle léchange de savoirs, dexpériences, avec la
prise de recul nécessaire, peut se vivre quotidiennement.
Jeune : la définition retenue par le groupe serait de placer
sous ce vocable les enfants et les mineurs en âge scolaire. Cette définition est celle
figurant dans la Convention internationale relative aux droits des enfants (art. 1er),
qui a été reprise au demeurant dans lavis du CNC sur la publicité et
lenfant (avis du 25 octobre 2000).
Consommateur : par consommateurs, sont concernées les
personnes qui utilisent des biens et des services pour satisfaire leurs besoins.
Education à la consommation : léducation du jeune
consommatuer pourrait se définir ainsi : former lesprit, développer les
aptitudes intellectuelles, faire acquérir des principes aux jeunes afin de leur permettre
de satisfaire au mieux et à bon escient leurs besoins, en utilisant les biens et les
services mis à leur disposition.
Au regard de cette définition, le groupe de travail a considéré
que léducation à la consommation concerne les enfants et les jeunes jusquà
la fin de leur scolarité et quelle est conduite par les parents, les enseignants,
les formateurs et les animateurs de centre de loisirs, les associations de consommateurs
et les professionnels.
Par ailleurs, le groupe de travail a conclu que les grands thèmes
dintervention en matière déducation à la consommation pouvaient se
rattacher à un concept général, celui de la vie quotidienne. Il sagit dun
ensemble contenant des sous-ensembles susceptibles de se décliner : le contrat, le
crédit, le décryptage de la publicité, la sécurité et la qualité des produits et des
services, la lecture des étiquettes, lalimentation, la santé et la prévention, la
gestion du budget, lendettement, les nouvelles technologies de la communication, la
protection de lenvironnement (acquisition de comportements et de gestes visant à
économiser leau, lénergie, les ressources naturelles, à trier les déchets,
à respecter la nature ; éducation à lachat de produits recyclés et de
produits écolabellisés...). Les domaines plus privés de la vie comme les domaines
politique et confessionnel sont à exclure.
2. Léducation du jeune consommateur :
analyses
et propositions par grands secteurs
2.1. Léducation du jeune consommateur
en centres de vacances et de loisirs
Etat des lieux :
Les centres de vacances avec hébergement reçoivent
1,6 million denfants chaque année. En France, un enfant sur dix part en centre
de vacances pour une durée moyenne de vingt jours. Cette durée est en diminution pour
des raisons essentiellement financières. Les centres de loisirs, sans hébergement,
reçoivent 4 millions denfants chaque année.
La réglementation à laquelle sont soumis ces centres est très
précise mais ne mentionne pas expressément le thème spécifique de la consommation.
Elle concerne essentiellement la protection des mineurs :
- les installations doivent être conformes à des normes dhygiène et de
sécurité ;
- les règles dencadrement exigent un animateur pour dix enfants ayant
entre six et dix-huit ans. Dans les faits et dans un souci de sécurité, un animateur
encadre en moyenne sept enfants.
Les animateurs des centres sont titulaires soit du brevet
daptitude aux fonctions danimateur (BAFA), soit, pour les animateurs
professionnels, du BEATEP (brevet dEtat danimateurs et de techniciens
déducation populaire). Les directeurs possèdent le brevet daptitude aux
fonctions de directeur (BAFD). Les organisateurs des séjours recrutent également des
personnes qui ont des qualifications spécifiques, notamment sportives, culturelles,
scientifiques et techniques.
Le projet éducatif est conçu par lorganisateur selon de
grandes orientations : découverte de la vie collective, apprentissage de
différentes activités, épanouissement de lenfant, respect des rythmes de vie. Il
prend en compte lenvironnement local.
Propositions :
Au cur du projet éducatif, léducation à la
consommation peut trouver sa place. Une très grande diversité dinitiatives existe
potentiellement dans les 45 000 séjours organisés chaque année :
apprentissage du goût, soirées thématiques, prévention des conduites à risque
(toxicomanie, alcool, tabac). En loccurrence, les projets éducatifs prenant en
compte léducation du jeune consommateur peuvent être mis en place.
En ce qui concerne la formation au BEATEP, des évolutions sont
envisageables. Lactuel travail de refonte de cette formation consisterait par
exemple à mettre en place des unités capitalisables au travers de quatre modules
généraux et de six modules complémentaires ou spécifiques. Le BEATEP serait obtenu à
partir de lacquisition de dix unités. Dans ce cadre, un module relatif à
léducation à la consommation pourrait y être intégré. En ce qui concerne le
BAFA, il pourrait être envisagé la remise dun fascicule relatif à
léducation du jeune consommateur en cours de formation.
2.2. Léducation du jeune consommateur à lécole
Etat des lieux :
Léducation à la consommation est inscrite dans les
contenus de lenseignement conformément à la circulaire précitée du
17 décembre 1990. Pour autant, léducation à la consommation nest pas
faite dans des conditions satisfaisantes :
- les programmes sont hétérogènes sur le sujet ;
- les enseignants sont méfiants pour trois raisons. Dune part, ils
sinterrogent sur la pertinence de linsertion dune éducation à la
consommation dans les programmes. Dautre part, ils se demandent si son introduction
ne viole pas le principe de neutralité de léducation nationale dans la mesure où
la consommation relève du domaine privé et où il ne revient pas aux enseignants de
porter dappréciation sur les modèles de consommation. Enfin, léducation à
la consommation pose le problème de lentrée de lentreprise à lécole
et, partant, celui de lattitude que lenseignant doit adopter ;
- les enseignants ne disposent pas de vrais objectifs : les rubriques
relatives à la consommation (environnement, santé...) sont classés dans différentes
matières, ce qui conduit à un apport de connaissances superficiel.
La réflexion du Conseil national des programmes :
Lors de son audition, le secrétaire général du Conseil national
des programmes a estimé que, pour rester dans le cadre de la laïcité, fondement
essentiel du système éducatif français, léducation à la consommation devait
sinscrire dans léducation du citoyen.
En outre, contrairement à ce que propose la circulaire de 1990,
il nest pas envisageable de vouloir répéter à tous les niveaux du système
scolaire les mêmes contenus. Il importe de réfléchir aux enseignements fondamentaux en
matière déducation à la consommation et de hiérarchiser les objectifs les uns
par rapport aux autres pour mettre en uvre une vraie progression de lécole
primaire au lycée, cest-à-dire de trois à dix-huit ans.
Lécole primaire est le moment des découvertes, des
méthodes actives et non celui des concepts. Le collège est la période de
lacquisition du socle commun, le dernier moment où tous les enfants vont être
ensemble. Il garantit la cohésion sociale. Avant 1970, le programme du collège était
lidéal à atteindre ; aujourdhui, il est ce qui doit être acquis par
tous. Le lycée est le temps de linitiation au débat, à largumentation, à
la maîtrise des concepts. On entre au lycée à quinze ans, on en ressort citoyen avec le
droit de vote.
Pour autant, au collège, léducation à la consommation
nest pas très satisfaisante puisquelle trouve sa place en éducation civique,
en sciences et vie de la Terre, en géographie, etc., mais quil nexiste
aucun moment de synthèse.
De ce point de vue, le secrétaire général du CNP a insisté sur
lintérêt à lui proposer les thèmes prioritaires à intégrer dans les
enseignements fondamentaux pour léducation à la consommation.
Analyses et propositions du CNC :
En ce qui concerne louverture de lécole à la vie
quotidienne, le Conseil national de la consommation observe que des signes positifs
existent en matière déducation à la consommation à lécole,
notamment :
- les réformes en cours concernant lécole primaire et le lycée ;
- les travaux croisés en classe de quatrième et les travaux personnels
encadrés au lycée qui introduisent au travail interdisciplinaire ;
- « lheure de vie économique » que le ministre de
léducation nationale vient dinstaurer dans les programmes de lécole
primaire.
Par ailleurs, le CNC considère que, du fait de la grande
diversité des thèmes relatifs à la consommation, lentrée de personnes
extérieures à lécole en témoin dune profession, dun métier
constitue un plus pédagogique indéniable en terme dapprofondissement dun
cours ou dun sujet au programme dune matière. De plus, les interventions des
représentants de professions auprès délèves peuvent susciter des vocations ou au
moins une motivation à persévérer dans le cursus scolaire.
A cet effet, il conviendrait de mettre en place un dispositif
visant à conforter les interventions des professionnels et des associations dans le
respect des règles de neutralité et dobjectivité.
Pour ce faire, les interventions à lécole devraient être
recensées et leurs conditions obéir à des règles spécifiques.
Il serait souhaitable que les intervenants extérieurs aient
recours à des documents pédagogiques dont la conception, la réalisation et
lutilisation seraient conformes à une charte garantissant leur qualité et leur
neutralité par rapport aux opérateurs économiques. Cette charte serait diffusée par
lintermédiaire du CNC.
En ce qui concerne plus particulièrement les associations de
consommateurs, lentrée à lécole ne devrait pouvoir se faire quà la
condition que ces associations soient affiliées à une association nationale de
consommateurs agréée. De plus, les associations nationales de consommateurs agréées,
pour pouvoir assumer plus facilement leur mission déducation du jeune consommateur,
devraient bénéficier de manière quasi automatique de lagrément de
léducation nationale en tant quassociation complémentaire à
lenseignement public.
Le CNC demande en outre que certains sujets puissent faire
lobjet dune double intervention dun professionnel puis dun
représentant dune association de consommateurs, soit simultanément, soit
successivement.
3. Les documents pédagogiques :
lexemple de la pédagothèque de lINC
La pédagothèque de lINC et le comité paritaire institué auprès de cette entité permettent une sélection pertinente des documents pédagogiques utilisables par les formateurs. Il est fait ci-après la présentation détaillée de leur fonctionnement.
3.1. La présentation des documents
Pour un enseignant ou un formateur le choix du
document pédagogique revêt une importance majeure pour atteindre les objectifs
dacquisition de connaissances et des savoirs. Par ailleurs, de lajustement du
sujet du document à celui du thème dintervention dépend le succès ou
léchec de lacquisition des notions indispensables et des comportements à
acquérir.
Dans le cadre du fonctionnement de la pédagothèque, deux
éléments fondamentaux permettent de mieux sélectionner le ou les documents
pédagogiques recherchés : la fiche technique de la pédagothèque et
lobservation du comité paritaire dexamen.
La fiche technique :
Cette fiche est proposée à tous les producteurs de matériels à
vocation pédagogique, quils appartiennent au milieu associatif ou à celui des
professionnels, de léducation nationale, de lINC, des administrations ou de
lédition privée.
Elle permet, par ses rubriques, aux producteurs et auteurs de
matériels à vocation pédagogique de disposer dun guide qui en facilitera la
conception et lélaboration. Elle est pour les formateurs le moyen
dinformation le plus complet avant lexamen du matériel lui-même.
Elle comporte deux parties :
- la partie descriptive qui fournit les renseignements concernant le thème
traité (alimentation, économie, logement, loisirs, sécurité domestique,
publicité...), lobjectif de formation, le commanditaire (origine), le public
concerné, la nature du matériel (audiovisuel, informatique, fiches, jeu, etc.), la date
de parution, les conditions de diffusion, etc. ;
- la partie évaluative (« observations ») qui renseigne sur la
qualité pédagogique des matériels et plus largement sur le respect de la déontologie.
Chaque fiche décrit un matériel à vocation pédagogique
concernant un thème (alimentation, sécurité, achats...), une situation de formation
(dans le temps scolaire ou de loisirs dirigés), une tranche dâge.
Lobservation du comité paritaire :
Emise par trois représentants des professionnels, trois
représentants des associations nationales de consommateurs, un représentant de la DGCCRF
et un représentant de lINC, après lexamen du document pédaogogique
proposé, lobservation apporte des précisions relatives au contenu, au caractère
pédagogique et à sa conformité au code de déontologie. Lobservation
sélabore à partir de critères précis figurant dans une charte de qualité des
documents pédagogiques et un code de déontologie ; de ce fait, elle est toujours
consensuelle.
La charte de qualité :
Réalisée par le comité paritaire dexamen, elle permet de
donner une appréciation des documents pédagogiques en fonction des critères
suivants :
- respecter les principes généraux de lécole laïque et
républicaine : ne contenir aucune forme de prosélytisme, quil soit
dordre idéologique ou religieux, et permettre la prise en compte de la diversité
des modes de vie ;
- être en relation directe avec les programmes de léducation nationale,
et faciliter une approche transversale des diverses disciplines concernées, à partir des
points centraux de ces programmes ;
- garantir à lenseignant sa part de liberté et de créativité
pédagogiques. Le document devra permettre à lenseignant dutiliser ou non un
ou plusieurs de ses éléments, selon la perspective quil aura choisie ;
- être clairement identifiable : la liste exhaustive des commanditaires
devra être citée au moins une fois sur le document, ainsi que la liste des différentes
personnes ou instances ayant participé à la mise au point du document ;
- les logos et les sigles devront figurer sur les principaux éléments
constitutifs du document, mais toutefois dune manière suffisamment discrète pour
ne pas constituer une incitation à consommer produits et services quels quils
soient ;
- comporter des mentions telles que : conseils dutilisation,
indications sur le public visé, matières concernées.
Le code de déontologie a été créé par le comité paritaire
dexamen en 1987. Il se fonde sur des critères pédagogiques et sur des
recommandations déontologiques.
Critères pédagogiques
Le titre du matériel pédagogique doit
correspondre exactement aux thèmes abordés. Un titre trop large peut donner
lillusion que le sujet est traité de façon exhaustive alors quil nest
abordé que partiellement ou avec une approche limitée.
La nature et la représentation des informations doivent être
adaptées au niveau du public visé, qui doit être précisé.
Les différents moyens de formation (textes, images,
exercices ...), doivent être tous dun niveau homogène, condition
indispensable pour que lensemble du matériel soit adapté au public visé.
Une bonne compréhension des informations rend indispensable, dans
un audiovisuel, la cohérence entre la bande-son (texte entendu) et le texte
éventuellement écrit sur les images. La qualité technique du son et de limage
doit être bonne.
Les renseignements fournis, les données exposées, dont on
donnera les sources, doivent être parfaitement exacts et témoigner dun souci de
rigueur scientifique et technique, quel que soit le niveau du public visé.
Le matériel doit être accompagné dun document écrit à
caractère bibliographique ou restituant les thèmes abordés dans un contexte plus
général.
Recommandations déontologiques
Une intention promotionnelle nest plus
forcément incompatible avec une action éducative : promouvoir, par exemple,
lidée de sassurer contre les risques individuels ou collectifs, promouvoir
lidée dune utilisation raisonnable des matières grasses ou de telle autres
catégories daliments, a une valeur éducative.
Il est, en outre, normal que lauteur ou le promoteur
dun document se fasse connaître en tant que tel. Mais la mention répétée et
exclusive dune firme ou dun produit lui donne incontestablement un caractère
publicitaire.
Un document publicitaire bien fait peut servir de point de départ
à une action éducative, mais à la condition expresse de sannoncer comme tel.
Une démarche militante ou idéologique est en soi légitime. Il
nexiste dailleurs probablement pas dexpression de la pensée qui soit
vierge de toute influence idéologique. Mais laction éducative suppose la recherche
de lobjectivité et le respect du caractère pluraliste de la société.
Elle est donc incompatible avec :
- la dénaturation des faits ;
- leur interprétation systématique au nom dune idéologie ;
- la dissimulation systématique de faits ou dopinions.
Pour le reste, cest la multiplicité dorigine des
documents pédagogiques qui peut assurer un réel pluralisme.
Là aussi la règle doit être celle de la transparence.
3.2. La provenance des documents
Les documents pédagogiques reçus à la
pédagothèque de lINC émanent de producteurs multiples, tous ayant à faire valoir
une compétence sur un sujet donné à des fins pédagogiques et parfois promotionnelles.
Il peut sagir dentreprises, dorganismes techniques divers,
dassocations de consommateurs.
Lexamen par le comité paritaire dexamen composé
comme le Conseil national de la consommation dun collège professionnels et
dun collège consommateurs issus de celui-ci confère aux documents pédagogiques et
à leur commanditaire une notoriété et une reconnaissance recherchées.
3.3. Méthode dévaluation des documents
Le rôle du comité paritaire
dexamen :
Après avoir été réalisé par un commanditaire celui-ci adresse
son document à la pédagothèque de lINC. Il fait alors lobjet dune
première sélection puis est soumis au comité paritaire dexamen qui émet une
observation a priori à partir de la fiche technique remplie par le
commanditaire et de lexamen du document.
Le rôle du conseil scientifique :
Le comité paritaire a souhaité associer un représentant de
léducation nationale pour assurer une meilleure diffusion des outils pédagogiques
dans les établissements scolaires.
Par ailleurs, conscient de la nécessité dassurer un lien
plus étroit entre les documents pédagogiques et les programmes scolaires, le comité
paritaire dexamen a souhaité quune structure plus permanente entre
lINC, léducation nationale et le comité paritaire dexamen soit mise en
place.
Cest ainsi qua été créé un conseil scientifique
composé de professeurs duniversité, de professeurs de collège et de primaire,
dinspecteurs de léducation nationale, de linspection générale,
dun proviseur, dun chercheur du CNRS, dun membre du comité paritaire
dexamen et dun membre du Conseil national des programmes.
Sa mission a consisté jusquà présent à adapter la charte
qualité aux exigences de léducation nationale, à mener une expérimentation sur
lévaluation des documents pédagogiques à grande échelle et à mettre en place un
module de formation « vie quotidienne et citoyenneté » à lIUFM de
Paris-Molitor.
Autrement dit sa mission centrale concernant les documents
pédagogiques consiste, à partir des résultats dévaluation du réseau
dexpérimentation, à faire remonter une observation a posteriori sur
les documents pédagogiques dont lobjectif consiste à affiner lobservation du
comité paritaire dexamen.
La remontée dinformation à partir dune grille en
cours de test fera lobjet dune analyse scientifique à lInstitut
national de recherche pédagogique.
A N N E X E
EXPÉRIENCES EUROPÉENNE ET INTERNATIONALE DÉDUCATION DU JEUNE
CONSOMMATEUR : LEXEMPLE DE LA SUÈDE ET DU QUÉBEC
Lexpérience suédoise :
La politique de la consommation est fondée sur la philosophie
dun système scolaire jouant un rôle prédominant dans la transmission des
connaissances et des attitudes aux enfants et aux jeunes dans leurs années de formation,
le but étant dencourager les consommateurs critiques et bien informés à être
« acteurs » plutôt que « victimes » du marché. Dans le cycle
scolaire obligatoire, les problèmes de consommation sont enseignés avec les matières
déconomie familiale ou denseignement ménager. Dans les établissements
secondaires supérieurs, ils sont intégrés dans les matières spécifiques comme le
commerce et la gestion, les sciences humaines, les médias. La priorité est souvent
donnée à des domaines tels que les finances personnelles, les droits et obligations du
consommateur, limpact de la publicité, la santé et la sécurité et les modèles
de consommation durable. Cependant, comme dans beaucoup dautres pays, il peut y
avoir des problèmes pour inclure léducation du consommateur dans le programme
scolaire dus à une concurrence sévère avec les autres matières.
LAgence suédoise de la consommation joue un rôle important
dans la formation des professeurs et dans lapprovisionnement des écoles en supports
pédagogiques. Par lutilisation dInternet et des PC, il est maintenant
possible de fournir des matériaux à la fois moins chers et plus intéressants pour les
jeunes. Afin de faciliter le développement de telles méthodes, le site Internet de
lAgence de la consommation, http://.konsumentverket.se, est reliée à celui de
lécole suédoise (Swedish School), http://.skolverket.e/Skolnet.
Dans la plupart des collectivités existantes, il y a des
conseillers locaux en consommation qui, en plus de leur rôle de conseil, participent à
la distribution des supports pédagogiques et attirent lattention des écoles sur
des cas concrets de consommation.
Daprès lexpérience suédoise, en plus des cours de
consommation dispensés dans les écoles, le moyen le plus efficace datteindre les
jeunes est de laisser à dautres jeunes le soin de concevoir et faire passer les
messages. A lattribution de financements ciblés, un certain nombre de projets
élaborés par des jeunes ont été réalisés pendant la période 1992-1995, dans
toute la Suède, avec laide de lAgence suédoise de la consommation. Des
projets similaires sont toujours en cours de réalisation, mais sur une échelle plus
restreinte.
Lexpérience québécoise :
Au Québec, dans les cinq classes du secondaire correspondant à
nos six classes du collège et du lycée en France, il existe un programme
déducation obligatoire variant selon les élèves, le niveau, en nombre
dheures et en contenu.
Des « programmes détudes » sous forme de
modules sont dispensés : « économie familiale », « éducation
économique » dont le module 4 sappelle consommation « formation
personnelle et sociale » comportant un volet éducation à la consommation.
Cela représente 145 heures en cinq ans. Une réforme
est en cours pour mettre en place des « unités de formation » pour les
matières « histoire et éducation à la citoyenneté », « connaissance
du monde contemporain ».
Il est à noter que le thème de la publicité intéresse le plus
les enseignants et les jeunes, les autres recouvrant tout à fait ce que nous appelons vie
quotidienne. Lintérêt porté par les enseignants concerne tous les thèmes, par
contre, pour les jeunes, le plus grand intérêt est porté dans un ordre croissant aux
loisirs, aux vêtements, à lalimentation, puis à la publicité.
Lappréciation portée par les enseignants québécois sur
lenseignement obligatoire confirme notre orientation française de
lintégration par niveau et par matière dun enseignement transversal et
interdisciplinaire, puisquils considèrent quil y a trop
dobjectifs (32 %), que les programmes sont trop chargés (13 %),
quils ont des difficultés avec certains objectifs (7 %), quils
manquent de temps (30,5 %), quils ont besoin dune
évaluation (17 %).
© Ministère de l'économie, des Finances et de l'Industrie - 20 février 2001