Avis de la Commission de la sécurité des consommateurs en date du
15 décembre 1999 relatif aux dangers présentés par les cordons de vêtements
NOR : ECOC0000058V
La Commission de la sécurité des
consommateurs,
Vu le code de la consommation, notamment ses articles
L. 224-1, L. 224-4, R. 224-4 et R. 224-7
à R. 224-12 ;
Vu les requêtes nos 97-026, 97-047, 98-013, 98-016,
98-033 et 99-029 A,
Considérant
que :
La saisine
Les requêtes
1. Au cours des trois dernières
années, la commission a été saisie de six requêtes relatives à des accidents
denfants et dadolescents dus à des cordons de vêtements :
Le 24 février 1997, Mme X, de lUFCS (Union féminine
civique et sociale), informait la commission de trois cas de strangulation de jeunes
enfants dans des écoles maternelles de lacadémie de Besançon. Les cordons de
leurs vêtements sétaient pris dans les interstices des toboggans sur lesquels ils
jouaient. Le 10 avril 1997, lADEIC-FEN (Association déducation et
dinformation du consommateur de la Fédération de léducation nationale) a
saisi la commission sur les mêmes cas de strangulation et lui communiquait une note de
service de linspection dacadémie visant à sensibiliser les parents et les
enseignants à ce type daccidents et préconisant dinterdire les cordelettes
de serrage danorak. Ces requêtes ont été enregistrées sous les
numéros 97-026 et 97-047 ;
Le 6 février 1998, Mme Y, présidente de Douai
Consommateurs, saisissait la commission du cas du jeune Mathieu ... , 11 ans,
gravement blessé à lil dans la cour de récréation de son école par un
camarade qui avait tiré par inadvertance sur lembout en plastique du cordon
élastique de la capuche de son blouson de ski de marque Decathlon (requête no 98-013) ;
Le 12 février 1998, le Président de lUFC Que choisir de
Saint-Nazaire informait la commisison quà la suite dun accident survenu le
18 décembre 1997 à Saint-Nazaire, le jeune Yohan ..., qui portait également
un blouson de la marque Decathlon, souffrait dun décollement de la rétine et
dun trou rétinien. Un camarade avait tiré sur le lien élastique de la capuche du
blouson, faisant revenir le fermoir en plastique dans lil de lenfant
(requête no 98-016) ;
Le 6 avril 1998, Mme Z informait la commission que son fils,
Guillaume, souffrait de blessures à lil ayant entraîné une perte
dacuité visuelle à la suite dun accident survenu à Paris dans les mêmes
circonstances que le précédent (requête no 98-033) ;
Enfin, le 19 avril 1999, Mme W saisissait la commission du cas de
son fils Flavien âgé de 9 ans qui a eu plusieurs dents cassées par lembout
en plastique du cordon élastique de son anorak « Gold outremer junior » de
marque Decathlon alors quil jouait dans la cour de récréation de lécole
primaire Paul-Bert aux Mureaux (requête no 99-029A).
2. Elles ont montré que les cordons de vêtements
peuvent provoquer deux types daccidents :
Létranglement des jeunes enfants lorsque ces cordons
restent coincés dans des équipements collectifs : en particulier les aires de jeux
comme le montre lenquête de la direction générale de la concurrence, de la
consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) qui na recensé
depuis 1990, sur les seules aires de jeu, que cinq accidents dus à des cordons de
vêtements qui ont étranglé des enfants en se coinçant dans les toboggans (trois
en 1990 dont un ayant entraîné le décès de lenfant, un en 1993
et un en 1996). La commission regrette que des enquêtes naient pas été
effectuées dans dautres circonstances (en primaire pour les mêmes raisons que
celles ci-dessous évoquées, par exemple) ;
Des blessures à lil ou des fractures dentaires pour
des collégiens dont les cordons élastiques munis dembouts rigides (en bois ou en
plastique) sortant de la capuche de leur vêtement ont été tirés par un camarade.
Daprès les coupures de presse, ces données sous-estiment
la réalité des faits.
Les travaux de la commission
4. Les risques de
strangulation par les cordons de vêtements ne sont pas un sujet nouveau pour la
commission. Saisie de plusieurs requêtes dès 1985, la commission avait rendu le 1er mars
1989 un avis relatif aux aires collectives de jeu. Cet avis avait une portée plus
générale sur la sécurité des aires de jeux, mais certaines des recommandations
concernaient les risques de strangulation. La commission demandait aux pouvoirs publics de
définir au plus vite les exigences essentielles de sécurité applicables aux aires
collectives de jeu, en particulier pour ce qui concerne la conception et la fabrication
des différents matériels, leur entretien, les règles dutilisation. La commission
demandait également que les travaux de normalisation « en cours sur les matériels
de jeu soient achevés au plus vite et les normes rendues immédiatement
applicables ».
5. Un communiqué de presse de la commission du
26 mars 1998 a été diffusé aux médias afin dattirer lattention des
adultes sur les risques précédemment évoqués dès les premiers accidents connus. Dans
ce communiqué, la commission demandait aux parents, aux enseignants et à toutes les
personnes chargées de la surveillance des enfants de retirer ou de couper, dans la mesure
du possible, les extrémités de cordons qui dépasseraient du vêtement.
Les textes applicables
6. Il nexiste ni
réglementation ni norme spécifique aux cordons de vêtements denfants.
7. La réglementation.
Le décret no 73-357 du 14 mars 1973 portant
application de la loi modifiée du 1er août 1905 sur la répression des
fraudes en ce qui concerne les produits textiles ne fixe aucune exigence sur la sécurité
sur les cordons de vêtement quils soient en élastique ou tissés.
A la suite de lavis de la commission du 14 mars 1989,
le décret no 94-699 du 10 août 1994 fixant les exigences de
sécurité relatives aux équipements daires collectives de jeux a été publié au Journal
officiel de la République française du 18 août 1994. Dans son annexe, qui fixe
les exigences de sécurité, il est indiqué notamment dans les dispositions communes à
tous les équipements que :
« b) Les surfaces de zones accessibles des
équipements ne doivent comporter ni pointes, ni arêtes saillantes, ni bavures ou
surfaces rugueuses, susceptibles doccasionner des blessures ou des
strangulations ;
« c) Les angles et ouvertures au voisinage des
zones dans lesquelles des mouvements incontrôlés du corps sont prévisibles ne doivent
pas présenter de risque daccrochage ou de coincement des parties du corps ou des
vêtements. »
Dans son article 5, ce même décret dispose que les seuls
équipements pouvant comporter la mention « conforme aux exigences de
sécurité » sont ceux conformes aux normes dont les références sont publiées au Journal
officiel ou ayant fait lobjet dun examen de type effectué par un
organisme français ou étranger agréé par le ministre chargé de lindustrie.
Les cordons de vêtements pour enfants sont donc soumis à
larticle L. 221-1 du code de la consommation qui prévoit de manière
générale que « les produits et les services doivent, dans des conditions normales
dutilisation ou dans dautres conditions raisonnablement prévisibles par le
professionnel, présenter la sécurité à laquelle on peut légitimement sattendre
et ne pas porter atteinte à la santé des personnes ».
8. La normalisation.
Il nexiste pas de norme mentionnant spécifiquement les
cordons de vêtements denfants. La norme NF EN 1176-1
doctobre 1998 (cf. lavis relatif aux normes applicables publié au Journal
officiel du 15 décembre 1998 conformément à larticle 5 du décret
du 10 août 1994 précité) relative aux aires de jeux peut être rapprochée
dune partie des saisines concernant ces cordons.
Intitulée « Equipements daires de jeux. -
Exigences et sécurité et méthodes dessai générales », cette norme
européenne, reprise comme norme française, prévient les risques de coincement des
éléments de vêtement dun enfant dont les cordons de vêtement font partie. Elle
stipule, dans son point 4.2.7.3, « Coincement de vêtements » que :
« Il convient que léquipement soit construit de
façon à éviter les situations à risque, notamment :
« a) Les trous et les ouvertures en V dans lesquels peut
se prendre un morceau de vêtement pendant ou juste avant que lutilisateur soit
entraîné dans un mouvement passif ;
« b) Saillies ; et
« c) Pivots et parties rotatives,
dans lesquelles les vêtements, en particulier en ce qui concerne la strangulation,
peuvent se coincer.
« Note 1. - Lessai du bouton de duffle-coat est
limité à lespace libre, car lexpérience pratique a montré que les
matériaux naturels et les connexions entre les différentes parties peuvent varier avec
le temps. La définition de lespace libre (voir 3.41) ne comprend pas la zone en
trois dimensions dans laquelle se produit le mouvement de chute.
« Il convient de prêter une attention toute particulière
lors de lutilisation déléments de section circulaire afin déviter
tout coincement des vêtements dans lespace de chute.
« Note 2. - Ce but peut être atteint grâce à
lutilisation de dispositifs décartement ou de dispositifs similaires.
« Les toboggans et les mâts de pompiers doivent être
construits de manière à ce que les ouvertures situées dans lespace libre
nemprisonnent pas le bouton de duffle-coat au cours de lessai effectué
conformément à D.3 (2).
« Les toits doivent être construits de façon à ne pas
emprisonner le bouton de duffle-coat au cours de lessai effectué selon les
dispositions de D.3.
« Les pivots et autres parties rotatives doivent posséder
des dispositifs empêchant les vêtements ou les cheveux de semmêler.
« Note 3. - Ces conditions peuvent être remplies grâce à
lutilisation dun revêtement ou décrans de protection
convenables. »
Les exemples étrangers
9. Dans certains pays
étrangers, on peut trouver des exemples de mesures prises ou de recommandations faites
par les autorités ou les organismes chargés de la sécurité des consommateurs.
10. Aux Etats-Unis, la CPSC (Consumer Product Safety Commission) a
établi, en 1994, un accord avec les fabricants de vêtements pour enfants afin
quils enlèvent les cordons des capuches et des encolures de vêtements pour
enfants. Comme la commission, elle recommande aux parents de les enlever sil y en a.
Dans un communiqué du 11 août 1999, elle indique que, depuis 1985, 22 enfants
sont morts, les cordons de leurs vêtements sétant pris dans les portillons de bus
scolaires. Dautres études de la CPSC de 1995 montrent quen ce qui concerne ce
type daccident par cordons :
Un tiers des accidents mortels et non mortels denfants de
sept à quatorze ans sont dus à des cordons danoraks placés à la taille ou en bas
du vêtement (lenfant est alors traîné par le bus ou écrasé par celui-ci) ;
Deux tiers des accidents dus aux cordons de vêtements impliquent
des cordons situés sur la capuche ou sur le col du vêtement. Ils se coincent et
étranglent des enfants jouant entre autres sur des équipements daires de jeu
(toboggans...) ou dans dautres endroits. Les victimes ont alors en moyenne entre
deux et huit ans.
Compte tenu de laccord obtenu avec les professionnels, une
réglementation ne sest pas avérée nécessaire : la CPSC recommande de couper
les cordons à la taille ou en bas des vestes et des sweat-shirts à 7,5 cm. Elle
évoque également les risques présentés non seulement par les toboggans, mais aussi par
les lits, les broyeuses agricoles, les escaliers roulants, les barrières, les tricycles
ou les télésièges. Dans ses directives, elle conseille aux consommateurs dacheter
à leurs enfants des vêtements avec des boutons-pression, des boutons, des élastiques,
du ruban agrippant type velcro, et aux fabricants de prévoir pour leurs capuches ce type
de fermeture plutôt que des cordons. On peut déplorer que ce type de recueil de données
nait pas été pensé et organisé en France.
12. En Finlande, il ny a pas de réglementation,
mais la National Consumer Association (NCA) a appelé, le 18 novembre 1998, par un
communiqué de presse, à larrêt des importations de vêtements denfants
comportant des cordons autour du cou. Plusieurs enfants ont risqué létouffement en
raison de ces cordons. En accord avec les fournisseurs finlandais, et prenant
lexemple de la Grande-Bretagne, la NCA a également appelé à une plus grande
sécurité des vêtements denfants en insistant sur le fait que les fournisseurs
finlandais proposent déjà des articles avec dautres types de fermetures pour des
enfants plus âgés (velcro, élastiques...). Certaines crèches ont déjà pris en compte
ce problème et demandé aux parents de couper les cordons des vêtements des très jeunes
enfants. Les fabricants semblent être conscients des risques et ont créé des vêtements
en conséquence.
13. En Grande-Bretagne, le règlement de 1976 sur les
vêtements denfants (cordons de capuches) exige que les capuches de vêtements dont
le tour de poitrine mesure moins de 44 cm ne se ferment pas par des cordons passés
à travers le tissu. La norme britannique BS 1907 de 1997, qui se réfère à ce
règlement :
- exige que les vêtements destinés aux enfants de
moins de trois ans naient pas de cordons ou de rubans décoratifs de plus de
14 cm de long, que le bout des boucles rigides ne mesure pas plus de 5 cm. Ils
ne doivent pas comporter de cordons qui sortent du dos du vêtement, que ces cordons
soient faits pour décorer ou pour resserrer le vêtement ;
- donne des mesures précises selon lendroit où
le cordon est situé sur le vêtement. A la taille, ils ne doivent pas dépasser de plus
de 14 cm quand le vêtement est complètement desserré. Ceux du bas ne doivent pas
dépasser de plus de 8 cm ;
- recommande des attaches à ressort et des fentes
larges. Selon cette même norme, les embouts qui augmentent les risques de coincement
(nuds ou boutons de duffle-coats, par exemple) ne doivent pas être utilisés. Les
attaches de cou conventionnelles, semblables à celles portées par les adultes, ne
conviennent pas aux enfants de moins de cinq ans. Elles doivent être facilement
détachables en cas de coincement. Le col doit avoir une fermeture amovible (doù la
recommandation de fermetures à scratch ou à pression) ;
- précise que les tenues de nuit pour les enfants de
moins de trois ans ne doivent pas avoir de capuches car celles-ci peuvent réduire le
champ de vision ou daudition de lenfant. Les vêtements ayant des capuches
doivent être conçus pour éviter ces inconvénients. Celles-ci doivent être de
préférence détachables à la moindre traction.
Les auditions
14. Des représentants des
professionnels (distributeurs, fédérations professionnelles ou fabricants) ont été
auditionnés :
Tiss-Mail ;
Decathlon ;
Go Sport ;
Institut textile de France ;
Fédération de la maille ;
Lego France.
15. La commission avait également souhaité entendre la DGCCRF et
La Redoute, mais ses courriers sont restés sans réponse.
16. La société Tiss-Mail a souhaité être entendue
par la commission dès quelle a eu connaissance du communiqué de presse. Ses
clients avaient informé son responsable commercial, M. X, des accidents causés par
les cordons.
Tiss-Mail, qui se trouve à Ambert, dans le Puy-de-Dôme, est un
spécialiste du cordon et fournit tous les grossistes parisiens. Cette entreprise ne vend
plus de cordons élastiques depuis 1996 aux fabricants français et européens, et
fabrique aussi bien du cordon traditionnel que du cordon élastique. Les cordons
élastiques sont apparus il y a quatre à cinq ans dans les anoraks et les capuches. En
revanche, les cordons traditionnels en fil rigide, de multiples grosseurs, sont dun
usage répandu (dans les chapeaux, « lacoustillage », le vêtement, les
chaussures, les sacs à dos...). Il semble que lusage des cordons élastiques se
soit répandu pour des raisons économiques : les cordons rigides en fil obligeaient
les fabricants de vêtements à acheter et stocker différentes tailles de cordons en
fonction de lâge des enfants. Avec les cordons élastiques, il nest pas
nécessaire davoir autant de tailles : lélasticité permet en effet
dadapter plus facilement le cordon à la taille de lenfant.
17. La société Decathlon informait la commission, par
un courrier davril 1998, quelle avait décidé de stopper ses ventes de
vêtements pour enfants munis dun cordon à élastique à partir du 13 mars
1998 à la suite de sa connaissance du deuxième accident. La décision était effective
sur lensemble de ses points de vente par une interdiction en caisse suivant sa
procédure informatique. Par ailleurs, ce même courrier indiquait que les responsables de
production développaient un nouveau système de serrage pour les vêtements
denfants et dadultes. Lors de laudition, M. Y, responsable qualité
de la société Decathlon, informait la commission que :
La société Decathlon représente 75 % du textile de loisirs en
France, 40 à 50 % du marché français des articles de sport. Le textile représente
par ailleurs 50 % du chiffre daffaires de lentreprise.
Decathlon vend des produits textiles de grandes marques
internationales et aussi des produits que lentreprise fait fabriquer sous sa propre
marque.
Decathlon recourt aux cordons élastiques depuis cinq à
six ans. Ils présentent lavantage de ne pas prendre leau et de ne pas
mouiller la capuche par capillarité, à la différence des cordons traditionnels.
Le modèle de blouson Combloux, vendu environ 175 F, est à
lorigine de plusieurs cas daccidents.
Après que la société ait eu connaissance de ces accidents,
Decathlon a retiré ce modèle de la vente pour la saison 1998-1999 en vue de
modifier sa conception en remplaçant le cordon élastique par un cordon traditionnel non
élastique.
Il sagit dun cordon traditionnel rigide en fil
tressé. Le cordon double est cousu dans la capuche, ce qui lempêche de circuler
librement.
Un dispositif de blocage (attache cousue) à lextrémité de
la capuche empêche le cordon de remonter dans celle-ci. Ce dispositif permet toujours à
lenfant de trouver son cordon pour procéder à la fermeture de la capuche.
Remplacer les cordons par du ruban agrippant et redessiner la
forme de la capuche nest pas une bonne solution. Celui-ci laisserait passer
leau, par capillarité et le vent ; il ne permettrait pas un système de
fermeture efficace à lusage comme celui obtenu par serrage.
Tous les produits de la gamme enfants comportant des cordons
élastiques font lobjet dun examen attentif : ces cordons seront
retirés.
Les cordons élastiques ne seront maintenus que pour les articles
de grande marque pour une question desthétique.
Decathlon est prêt à participer à la réflexion pour améliorer
la sécurité des consommateurs et à prendre les mesures qui simposeraient afin
déviter les accidents.
Par courrier du 18 mai 1999, M. Quievre, informé de
laccident de Flavien Pottier avec le modèle « Gold outremer junior »,
précisait à la commission que ce modèle, créé en 1996, avait été soldé en
février 1997, date de vente du dernier exemplaire. Il confirmait également les
engagements pris lors de son audition.
18. La société Go Sport réalise actuellement
3 milliards de francs de chiffre daffaires global. Son siège social se situe
à Sassenage, en Isère. Il se situe derrière Decathlon (10 milliards de francs),
dont le siège est à Villeneuve-dAscq et Intersport (anciennement La Hutte), dont
le siège est à Longjumeau.
Dans le secteur textile de Go Sport, les vêtements à capuche de
sa marque propre représentent 30 % du chiffre daffaires, 70 % de son
chiffre daffaires textile étant réalisé en tant que distributeur dautres
marques (Aigle, Lafuma, KWay, Adidas, Nike, Quick Silver). La part de marché de ces
entreprises nest pas connue de M. Leroux, directeur des marques propres de Go
Sport. Go Sport exporte en Belgique, où lentreprise exploite sept magasins et a
ouvert, en août 1999, un magasin en Pologne.
Go Sport na pas eu connaissance de ce type daccidents
et les marques « leaders » ne lont jamais sensibilisé sur ce type de
problèmes. Les seuls accidents connus étaient ceux avec les capuches flottantes (les
enfants tiraient dessus et provoquaient des accidents au niveau de la trachée).
M. Leroux évoque aussi dautres risques pour le consommateur
tel que les bris daiguilles. Lors de la confection dun vêtement, les
aiguilles de machines à coudre cassent et demeurent dans le vêtement. Les USA et le
Japon exigent de leurs fabricants un contrôle de détection au scanner en sortie de
production. Les fabricants exportant vers ces pays doivent certifier être équipés en
scanner et réaliser les contrôles de ce type. LEurope na pas cette exigence.
On constate la présence des cordons avec embouts en général sur
des vêtements de protection (vent, pluie, froid) tant sur les produits de marque de Go
Sport (Wannabee by Go Sport) que sur les autres marques. Ces cordons sont en majorité
réalisés :
- en tresse de fibre polyester, coton ou mélange ;
- en caoutchouc élastique.
Ils servent généralement à resserrer des parties de vêtements
afin déviter la pénétration de lair et/ou de leau (pluie, neige). Un
bloqueur en plastique muni dun bouton poussoir sur ressort glisse sur le cordon. Il
suffit dexercer une pression sur ce bouton et de tirer sur le cordon pour resserrer
la partie du vêtement On retrouve ces systèmes de resserrage (liste non exhaustive) sur
les parties suivantes :
- tour de haut du col ;
- tour de capuche ;
- serrage de taille de blouson ou pantalon ;
- serrage du bas dune parka ;
- serrage du bas de pantalon et guêtres ;
- serrage de gants au poignet.
Il existe différents types de capuches et de cols qui peuvent
multiplier les cordons et bloqueurs (cf. annexe 2). Une parka peut donc
comprendre jusquà quatre lacets, soit huit embouts.
Les cordons en plastique sont apparus pour pallier le problème
des cordons traditionnels flottants et longs lorsque la partie du vêtement concerné est
resserrée. Les cordons élastiques sont souvent repris en couture après leur sortie du
vêtement (pour permettre la préhension du bloqueur) mais ce nest pas toujours le
cas. Cette fixation a lavantage de limiter les accidents des enfants de dix à
quinze ans.
Concernant les capuches bébé, M. Leroux na que des
informations datant de 1992. Il y a peut-être eu, depuis, des évolutions.
Pour certains vêtements « techniques », comme pour la
haute montagne, il existe un système de bloqueurs faits pour être tirés avec les dents,
« serrage une seule main » (en cas de grand froid, les intéressés ne peuvent
en effet pas enlever leurs gants pour serrer la capuche ou la taille).
M. Leroux précise que les marques de Go Sport nont pas pour
vocation linnovation technique, même si Go Sport peut uvrer dans le sens de
plus de sécurité. Ce sont avant tout les marques leaders sur leur marché qui
bénéficiant de bureaux détudes pourvus de moyens importants, seront les plus
aptes à faire avancer ce dossier. Or, aucune ne semble sensibilisée à ce problème. Go
Sport a donc besoin davoir des informations sur le nombre daccidents, des
statistiques sur lâge. Go Sport est prêt à transmettre ces informations à ses
fournisseurs leaders pour les sensibiliser.
19. - LInstitut textile de France
(ITF), représenté par Mme Elisabeth Bucher, responsable des laboratoires textiles,
a pour principales missions la recherche, la formation et linformation,
lévaluation de produit, la certification, le conseil aux entreprises. Il gère,
pour la France, le label « confiance textile » qui est issu du règlement
international Oeko-Tex standard 100. Linstitut est sous la tutelle du
ministère de léconomie, des finances et de lindustrie.
La demande de la Commission de réduction des accidents pourrait
être intégrée dans un cadre de travail général de lITF relatif à la mise en
place dun label pour les vêtements denfant différent du label
« confiance textile » qui ne concerne que la composition du produit et la
résistance des coloris.
Concernant les vêtements de « bébé », il
nexiste pas actuellement de réglementation. Seule une obligation dinformation
sur la composition du vêtement est imposée aux professionnels. LITF pourrait
procéder pour la commission à une information spécifique dans le cadre de journées
dinformation régionales de ses adhérents ou par mailing. Des tests
dynamométriques menés en laboratoire pourraient déterminer la force nécessaire pour
faire sauter lembout du cordon en cas de coincement et lélasticité de
lélastique. Les solutions ne doivent pas se limiter au remplacement des cordons par
dautres systèmes de fermeture tels que le ruban agrippant ou les boutons pression,
mais des recherches doivent aussi être menées pour faire évoluer les systèmes actuels
des cordons dans les vêtements.
20. La Fédération de la maille, représentée par
M. Lagarrigue, vice-président, a indiqué quexistent des techniques pour
resserrer les capuches des vêtements de sport comme ceux de loisirs. La Grande-Bretagne,
la Finlande, les USA ont pris des mesures de sécurité allant jusquà
linterdiction du cordon à capuche. La Fédération de la maille précise
quelle na pas eu connaissance daccidents avec des lacets.
La Fédération de la maille regroupe environ 300 adhérents
(tels quAbsorba, Petit Bateau, Catimini...). Rattachée à la Fédération de la
maille, la Fédération française des industries du vêtement denfant existe depuis
vingt-cinq ans. Elle a succédé au groupement national de la layette et du vêtement pour
enfants. Il sagissait dun syndicat professionnel créé soixante ans
auparavant.
Actuellement, le seul pouvoir de la Fédération de la maille est
celui dinformation de ses adhérents.
Il ny a pas plus daccidents maintenant alors même
quil y a moins de lacets quautrefois. Les consommateurs sont plus vigilants.
90 % des produits ne sont pas fabriqués en France. Ils sont
essentiellement importés de Corée (surtout pour KWay), de Chine ou de Madagascar. Les
mêmes produits sont vendus aux Etats-Unis et en Europe. Loffre est internationale.
Il ny a aucune demande pour prendre des mesures de
sécurité et créer dautres systèmes de fermeture :
- pour les 0-6 mois : il sagit
essentiellement de layette. Les artisans ne font plus ce type de produit, et il y a de
moins en moins de lacets au profit de zips, de fermetures Eclair. Plus le produit est
destiné à de jeunes enfants, plus il est importé (70% des produits viennent
dAsie, 30 % seulement sont fabriqués par des artisans) ;
- pour les 2-6 ans : les professionnels
parlent de « baby ». Les produits pour cette tranche dâge comportent
beaucoup de ruban agrippant. Plus lâge augmente, plus les vêtements sont
fabriqués avec des fermetures munies de ruban agrippant ;
- ensuite viennent les 6-12 ans ;
- enfin, les 12-14 ans constituent la gamme
« adolescents ».
Sil y a un problème, il faut le traiter par une
réglementation au niveau européen. En effet, le marché est extrêmement complexe. Les
fabricants :
- fabriquent en France ;
- fabriquent dans leurs propres usines à
létranger ;
- sous-traitent à Madagascar, en Chine ou en
Corée ;
- achètent pour revendre.
Plus de 50 % du chiffre daffaires des adhérents de la
Fédération de la maille est réalisé à lexportation (2/3 vers lEurope, 1/3
vers les USA et le Japon). Pour les industriels, le problème des embouts nest pas
un problème capital, il est marginal. Cest un problème de commerce international.
Cest pourquoi il faudrait une directive communautaire.
21. La marque danoise Lego Kids Wear, née en 1994, et
qui a ouvert des boutiques à Oslo, Copenhague, Londres, et, depuis novembre 1998, Paris,
a créé une collection de vêtements pour enfants sans cordelettes, dans les capuches ni
embouts rigides. La société Lego France, interrogée, a transmis le courrier de la CSC
du 9 juin 1999 à la société KA BOO KY, fabriquant pour Lego Kids Wear. Par
courrier du 21 juin 1999, la société KA BOO KY a informé la Commission que, comme
alternative, les vêtements disposent dun élastique en haut de la capuche
(denviron 5-7 cm) ainsi quun bouton en bas de la capuche qui se ferme
sous le menton de lenfant. Les embouts rigides ont été remplacés par des
scratchs,
Emet
lavis suivant :
1. En ce qui concerne linformation des consommateurs
Considérant que les exemples étrangers comme les
requêtes dont la Commission a été saisie démontrent que les cordons de vêtements
présentent des risques dont certains sont mortels. En France, les enquêtes ont montré
que les cordons de vêtements peuvent provoquer deux types daccidents :
- létranglement des jeunes enfants lorsque ces
cordons restent coincés dans des équipements collectifs (aires de jeux) ;
- des blessures à lil ou des fractures
dentaires dont sont victimes des collégiens par tirage des cordons élastiques munis
dembouts rigides sortant de leurs capuches (cf. annexe 3).
La commission ne peut que réitérer les recommandations
quelle avait faites dans son communiqué de presse du 26 mars 1998 : que
les parents retirent ou coupent, dans la mesure du possible, les extrémités de cordons
qui dépassent du vêtement et achètent préférentiellement des produits sans cordons,
en attendant que les professionnels aient trouvé des solutions techniques appropriées
pour pallier ces risques.
2. En ce qui concerne les équipements collectifs
La commission prend acte et ne peut que se
féliciter du fait que les recommandations contenues dans son avis du 1er mars
1989 relatif aux aires collectives de jeu aient été suivies deffets.
Les risques pouvant également se présenter dans dautres
types déquipements collectifs et en labsence dun recueil exhaustif des
accidents, la commission demande que des enquêtes soient effectuées dans dautres
circonstances à risques comme aux Etats-Unis, par exemple les escaliers roulants, les
remontées mécaniques, sans oublier les portes automatiques de bus ou cars de ramassage
scolaire. Elle demande également que les accidents dus aux cordons de vêtements soient
recensés dans lenseignement primaire.
A la suite de ces recherches, des travaux de normalisation, voire
une réglementation, pourraient être envisagés.
Toutefois, vu le nombre et la variété de ces équipements, il
semble irréaliste de penser que la prévention des risques dus aux cordons de vêtements
se fera par le biais dune normalisation des seuls équipements collectifs. Il
paraît donc à la commission que cest à partir de la conception même des
vêtements que ces risques peuvent être évités.
A titre de précaution supplémentaire, la CSC demande au
ministère de léducation nationale, de la recherche et de la technologie de
diffuser une note de service visant à sensibiliser les enseignants à ce type
daccident en leur préconisant de suggérer aux parents de ne pas vêtir leurs
enfants de vêtements munis de cordelettes flottantes.
3. En ce qui concerne la conception des vêtements
La commission considère quune
obligation de résultat simpose aux professionnels de manière que les vêtements
soient conçus dès le départ pour minimiser ces risques.
La commission demande aux pouvoirs publics de constituer avec les
professionnels concernés un groupe de travail afin que soient trouvées des solutions
alternatives aux cordons de vêtements avant septembre 2000. Celles-ci pourraient
constituer la base de travaux de normalisation à léchelon européen, voire
mondial.
A défaut de solutions alternatives, la commission demande aux
autorités compétentes de prendre les mesures nécessaires pour que soit interdite la
commercialisation de vêtements avec cordons qui peuvent être dangereux, voire mortels,
pour les enfants.
Adopté au cours de la séance du 15 décembre 1999, sur le
rapport de Anne Petit et Georges Garcia-Bardidia, assistés de Odile Finkelstein,
Anne-Marie Pasco-Labonne et Patrick Mesnard, conseillers techniques à la commission,
conformément à larticle R. 244-4 du code de la consommation.
A N N E X E S
Annexe 1 : schéma dessai D 3 annexé à la
norme NF EN 1176-1 doctobre 1998.
Annexe 2 : schémas de différents types de capuches et de systèmes
de serrage.
Annexe 3 : schéma des différents risques de coincement de cordons
de vêtements annexé à la norme précitée.
A N N E X E 1

Figure D 3 : méthode dinsertion
de la partie « B » du gabarit.
A N N E X E 2
Croquis 1 : capuche flottante

Croquis 2 : capuche sous col

La capuche est rentrée
sous le col quand elle nest pas utilisée. Les cordons et bloqueurs sont cachés.
Croquis 3 : capuche sous col + serrage tour de col antivent

Croquis 4 : type de serrage par cordon élastique avec
reprise du bout de cordon en couture

Capuche lâche
Le cordon repart sous le tunnel et est cousu
à lintérieur.
Le cordon ne flotte pas.
Capuche resserrée
Formation dune boucle qui
nempêche pas les risques daccrochage.
Croquis 5 : capuche flottante avec cordon de serrage.
Obligation en Grande-Bretagne
pour bébé âgé jusquà six ans. Evite que le bébé ne sétouffe avec
le cordon et/ou le bloqueur

Le cordon élastique est
fixé à lintérieur dun tunnel et est déjà prétendu, la capuche est donc
déjà serrée.
Avantage :
Le cordon napparaît pas à
lextérieur, il est enfermé.
Inconvénient :
Aucune personne na la même hauteur
de cou et de boîte crânienne ;
Pour certains bébés, la capuche sera
trop serrée ;
Pour dautres, elle sera trop lâche.
Pas de resserrage possible.
A N N E X E 3
ANNEXE F
(Informative)
Vue densemble des cas de coincement possibles

(1) 3.4. Espace libre : espace situé
à lintérieur, sur ou autour de léquipement, pouvant être occupé par un
utilisateur entraîné par léquipement dans un mouvement passif
(exemple : glissade, poussée, balancement).
(2) Cf. annexe 1.
© Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie- 27
mars 2000