Le document du mois

Le Service des archives économiques et financières présente chaque mois un document d’archives choisi parmi les fonds qu'il conserve. C'est l'occasion de mettre en lumière un document historique, insolite, représentatif des missions ministérielles ou bien encore pour son caractère esthétique. Cette présentation entend élargir le champ habituel des recherches, en montrant la diversité des fonds conservés par le SAEF. Un rendez-vous à ne pas manquer.

Courrier de la Préfecture du Nord au Service central des réquisitions allemandes (1er septembre 1943)
SAEF, B-0047360 (fonds de la Direction du Trésor)

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Mai 2024

Une affaire de petite reine.

La France commémore en 2024 et 2025 le 80e anniversaire des débarquements, de la Libération et de la Victoire. Ce programme commémoratif, qui sera mis en œuvre par les pouvoirs publics sous l’égide du Président de la République, constituera un temps fort pour l’ensemble de la Nation. De mai à juillet prochain, le Service des archives économiques et financières s’associe à cette démarche et vous propose une série de Documents du mois exceptionnels. Nous débutons ce mois-ci avec un document de la Direction du Trésor.

La richesse des archives portant sur la période de la Seconde Guerre mondiale conservés au SAEF permet en effet à la fois d’obtenir un aperçu de la vie quotidienne des Français sous l’Occupation mais aussi d’étudier l’organisation administrative de l’époque ainsi que les questions liées à l’économie (ravitaillement, marché noir, spoliations, affaires monétaires…).

Ainsi, ce courrier envoyé en septembre 1943 par le Préfet du Nord au Service central des réquisitions allemandes, présente le cas d’une bicyclette (décrite ici en détail) volée à un soldat allemand à Cambrai et que la ville est sommée de remplacer. La question qui se pose alors au secrétariat d’État à l’Économie nationale et aux Finances est celle de la gestion comptable du remplacement de ce matériel.

Créé par une circulaire du 7 avril 1941, le Service central des réquisitions allemandes est rattaché à la Direction du Trésor, puis à la Direction de la comptabilité générale à partir de 1943. Il a pour mission de coordonner les services départementaux des réquisitions allemandes, créés en décembre 1940, et d’étudier les problèmes posés par le règlement des réquisitions et en particulier toutes les difficultés que pouvait soulever l’application des instructions relatives aux frais de logement et de cantonnement des troupes d’occupation, au paiement des réquisitions allemandes ou aux enlèvements de marchandises effectuées par les autorités d’occupation.

Dès le début du XXe siècle, les armées européennes ont commencé à utiliser le vélo comme moyen de transport principal pour le matériel léger et les troupes. Mais, alors que la Première Guerre mondiale et ses tranchées avaient rendu les bicyclettes superflues, les combats plus mobiles de la Seconde Guerre mondiale lui redonnent une véritable utilité. Ainsi, on peut noter que l’armée allemande a pu utiliser des vélos en complément des matériels lourds lors de l'invasion de la Norvège et de la Pologne, ou encore les Japonais pour envahir la Malaisie.

Les alliés eux aussi ont innové dans ce domaine. En effet, à partir de 1942 des sociétés canadiennes et britanniques ont commencé à fabriquer des vélos pliables à destination de l’armée. 60 000 de ces bicyclettes auraient été produites et utilisées notamment lors des parachutages en Normandie en amont du débarquement afin de rendre plus mobiles certaines unités aéroportées déployées à ce moment.

Parallèlement, dans la France occupée, tous les transports en commun font l’objet de contrôles fréquents de la part des autorités allemandes. L’usage de l’automobile, outre qu’il nécessite de disposer de bons d’essence, est également très surveillé et expose à des contrôles routiers. Pour limiter les risques de se faire arrêter lors de leurs déplacements, les résistants constatent que la bicyclette est un moyen de transport fiable, permettant facilement de se fondre dans la masse (plus de onze millions de bicyclettes étant en circulation en France en 1943), et d'éviter les axes les plus fréquentés.

La bicyclette sert alors à transporter des armes et des messages, distribuer des tracts et des journaux clandestins, assurer les liaisons au sein des maquis… En toute circonstance elle se révèle une aide précieuse pour la lutte qui mènera à la libération du territoire national.