Corée du Sud : l’Internet des Objets, vecteur de sécurité pour les citoyens de Séoul

L’Internet des Objets constitue l’une des dix technologies sur lesquelles s’appuie la quatrième révolution industrielle sud-coréenne qui s’amorce autour du big data et de l’intelligence artificielle. Pays dont l’économie est fondée sur les services, en particulier de haute technologie, la Corée du Sud est la nation la plus connectée au monde.

Elle occupe aujourd’hui la deuxième place dans le classement des nations les plus innovantes de Bloomberg, après six années en tête. Séoul, capitale de cet État de 51,6 millions d’habitants, incarne la stratégie sud-coréenne dans le secteur du high tech. La métropole de 10 millions d’habitants souhaite inscrire son leadership mondial dans le domaine de l’internet des objets et de la Smart City.

L’Internet des Objets (IdO), considéré comme le web 3.0, se définit comme un réseau permettant, via des dispositifs d’identification, de reconnaître des entités numériques et des objets physiques et ainsi de pouvoir récupérer, stocker, transférer et traiter, sans discontinuité entre les mondes physiques et virtuels, les données s'y rattachant. Conjuguant la haute technologie et le numérique sa politique de sécurité et de bien-être, Séoul inclut l’IdO dans ses outils de service public et apporte des prestations améliorées qui s’accompagnent de nouvelles exigences.

L’amélioration de la sécurité physique des citoyens par l’internet des objets

Pour concrétiser son souhait de devenir leader mondial dans le domaine de l’IdO et des Smart Cities, Séoul s’inscrit dans une démarche plus large initiée au plus haut niveau de l’État, comme en témoigne la création en 2017 du comité présidentiel sur la quatrième révolution industrielle, le PCFIR. Séoul se situe à la sixième place du cities in motion index 2019 dans le domaine « technologie » de l’Institut d’études supérieures de commerce (IESE). Par ailleurs, déjà plus de 90% de ses citoyens sont utilisateurs d’appareils intelligents.

Pour profiter de ces atouts, la Seoul Digital Foundation lance en 2019 le "Seoul digital plan" axé sur l'administration urbaine, les transports, la sécurité, l'environnement, le bien-être et l'économie dans la vie quotidienne des citoyens. Il vise notamment à fournir un réseau Wi-Fi dans toute la ville, à interconnecter les différentes infrastructures urbaines et à accélérer les temps d’intervention des forces de l’ordre, des pompiers, des techniciens de maintenance, tout en réduisant le nombre et le coût de ces interventions. La métropole prévoyait aussi d'installer 50 000 capteurs intelligents afin d’être, d'ici 2022, en mesure de collecter des informations sur les poussières fines, la circulation et d'autres éléments environnementaux liés à la vie des citoyens.

L’arrondissement de Seodaemun-gu a été récompensé par le prix présidentiel « Korean E- Government Award » supervisé par le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité pour ses projets, parmi lesquels :

  • un système de contrôle des poubelles publiques par capteurs qui prévoit la quantité de chargement et le temps de ramassage. La poubelle intelligente prévient également les incendies et réduit le nombre de collectes, les coûts de carburant, les émissions de gaz à effet de serre et les embouteillages ;
     
  • l’information en temps réel du service des bus qui permet un retour en toute sécurité des résidents (notamment les femmes et les écoliers étudiants), en reliant automatiquement leur smartphone à la balise installée dans le bus et en envoyant des informations relatives à l'embarquement et à la descente des bus aux tiers désignés ;
     
  • la mise en place et l’exploitation d'une application de signalement auprès de la police pour la sécurité des toilettes publiques qui a permis de prévenir la criminalité et de réduire l'anxiété des usagers pendant la nuit en installant des balises et des sirènes d'urgence.

    Au-delà de la vidéosurveillance, la mise en place de capteurs et de moyens d’analyse permanents permet d’augmenter la sécurité physique des individus, en détectant les situations à risques, qu’il s’agisse d’agression, d’incendie, d’accidents ou de santé. Cet usage de l’IdO appliqué au service public s’est par ailleurs accompagné d’une sécurisation importante des outils numériques.

Le besoin de garantir une sécurité « numérique »

L’utilisation de l’IdO requiert des infrastructures et des outils connectés permettant de capter, de transmettre et de traiter les données en temps réel. La mise en œuvre des projets a donc nécessité d’en gérer les risques, qu’il s’agisse de la protection et de la maintenance des installations, ou de cyberattaques, provenant fréquemment de la Corée du Nord.

Par ailleurs, si le taux d’équipement et la pénétration d’internet et du numérique de la Corée du Sud sont parmi les plus élevés au monde, attestant d’une forte acceptabilité de la soumission de données personnelles aux administrations publiques, les autorités municipales ont tout de même adapté la législation pour garantir une protection des données accrue. Elle a ainsi fait converger ses normes juridiques vers le Règlement général sur la protection des données (RGPD) en vigueur en Europe.

L’internet des objets permet ainsi à une métropole comme Séoul de fournir un meilleur service, au plus près du citoyen et en temps réel. Ce développement de l’interconnexion entre objets et usagers, s’il ouvre des perspectives pour le service public, le confronte également à de nouveaux risques, qu’ils soient numériques ou éthiques. Cette tension entre gestion de données personnelles volontairement partagées et le risque pour l’administration d’être jugée intrusive est désormais devenue consubstantielle de toute volonté de coproduction de l’action publique avec les citoyen par le biais du numérique.

Olivier Abel

Cette note réactive a été publié en janvier 2020-la version originale avec les références est disponible en version PDF. Téléchargez la note en format PDF (pdf-1MO)