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L'Oeil du chercheur : Actualité de la recherche en gestion publique

L'Œil du chercheur

L'Œil du chercheur présente des résumés d'articles publiés dans des revues scientifiques consacrées à l'action publique, des thèses récemment soutenues dans le champ de la gestion publique.

Numéro spécial de la Revue française de science politique

Saisir l’État par son administration

Étudier les rouages administratifs de l'action publique pour mieux comprendre l’État : c’est ce que propose le dossier thématique de ce numéro, qui rend compte d’un colloque organisé par le Centre de sociologie des organisations (CSO) à l’occasion de son cinquantenaire.

 

 

Reprenant l’ambition du programme lancé en 1964 par le Centre de sociologie des organisations (CSO) pour étudier empiriquement l’administration française, ce numéro spécial entend démontrer tout l’intérêt que revêt aujourd’hui une étude de l’État par son administration, en complément d’une entrée par la sociologie de l’action publique. Loin d’une simple visée commémorative, ses contributions offrent un regard transversal sur les métamorphoses contemporaines de l’État.

Dans l’article introductif, Olivier Borraz et Émilien Ruiz entendent démontrer tout l’intérêt que revêt aujourd’hui une étude de l’État par son administration et plaident pour une sociologie des rouages de l’action publique. Philippe Bezes revient sur le concept de bureaucratisation et son évolution depuis la sociologie des bureaucraties des années 1940-1950 et sa réactivation dans les années 1980 pour décrire les effets et les réformes inspirées du New Public Management. Natacha Gally s’intéresse à la haute fonction publique en proposant une analyse comparée des marchés du travail administratifs. Patrick Le Lidec explore les transformations du modèle d’administration territoriale français et les processus de migration de l’autorité depuis le milieu des années 1970. Enfin, Renaud Epstein propose de ressaisir la centralisation à partir de la périphérie en s’appuyant sur les travaux de Pierre Grémion sur l’État et le local.

Ce dossier est accessible en ligne.

 

Numéro spécial de la revue Public Administration Review

Covid-19 Viewpoint

La revue Public Administration Review (PAR), publiée par l’American Society for Public Administration, est une des revues scientifiques les plus influentes sur les thèmes relatifs à l’administration publique. Elle propose dans son dernier numéro une série d’articles relatifs au traitement de la pandémie de Covid-19 dans le monde.

 

 

 

En avril 2020, alors que la pandémie de Covid-19 avait déjà des effets dévastateurs en Chine et en Italie et qu’elle entrait dans sa phase initiale aux États-Unis, les éditeurs de la PAR ont préparé un numéro destiné à réunir les connaissances déjà accumulées dans le monde et offrir une perspective large sur la pandémie. S’il était encore trop tôt pour avoir un accès à des données complètes, et les soumettre à une analyse rigoureuse, l’objectif de ce symposium était de présenter les leçons apprises, les meilleures pratiques, et les problèmes clés qui pourraient servir à guider les praticiens tout en éclairant les thématiques clés qui seraient l’objet de recherches futures.

La crise a mis en lumière des apprentissages qui mettent en contraste systèmes centralisés et décentralisés, ainsi que les réponses autoritaires et démocratiques à la pandémie. De nombreux enseignements peuvent également être tirés en matière de collaboration, leadership, relations intergouvernementales, coproduction, politiques de santé et de management, politiques d’immigration, de transport, de budget et de finance, etc. Ce numéro spécial est à ce titre un testament pour beaucoup de leçons que les théories en sciences administratives et en sciences de gestion ont longtemps prodigué, et il illustre leurs limites dans des contextes d’extrême tension.

Ce dossier en anglais est accessible en ligne.

Revue des articles

Analyse de la réalisation des objectifs en matière de données gouvernementales ouvertes – Un décalage existe-t-il entre les objectifs et les résultats ?

Anneke Zuiderwijk, chercheure à la Delft University of Technology (Pays-Bas) et titulaire d’un doctorat sur les infrastructures des données ouvertes

Rhythima Shinde, étudiante en double cursus à la Faculty of Computer Science de l’IIT Bombay (Inde) et à la Delft University of Technology (Pays-Bas)

Marijn Janssen, professeur en TIC et gouvernance à l’université de technologie de Delft (Pays-Bas)

 

Le thème

Les données gouvernementales ouvertes (DGO) sont des masses d’informations publiées en ligne par les gouvernements ou des organismes de recherche. Les DGO sont financées par des fonds publics et peuvent être réutilisées librement. Ces initiatives visent souvent à atteindre une série d’objectifs tels que le renforcement de la transparence, de la participation et de la collaboration, ainsi qu’à stimuler l’innovation et la valeur économique. Le manque de retour sur la perception des usagers, la valeur créée et l’impact de ces initiatives d’acteurs publics sont des aspects qui ressortent souvent. Cet article cherche à donner un aperçu des objectifs souhaités par les Initiatives des Données Gouvernementales Ouvertes (IDGO) et de la mesure dans laquelle ces objectifs sont atteints.

Les données

Une enquête menée à l’échelle mondiale a été réalisée pour recueillir des données sur 156 IDGO dans 61 pays. Cela a permis d’examiner la relation entre les objectifs de ces IDGO à différents niveaux de gouvernement et les résultats obtenus. Un questionnaire contenant les rubriques suivantes a été créé : une introduction, une description de l’initiative de gouvernement ouvert (y compris ses objectifs), les technologies et les fonctionnalités utilisées dans le cadre de l’initiative, les avantages de l’initiative, les obstacles au développement et aux utilisateurs de l’initiative et les caractéristiques démographiques de la personne qui remplit le questionnaire. La diffusion du questionnaire a été réalisée lors de cours en ligne (MOOC) sur le « gouvernement ouvert », suivis par des participants du monde entier.

Les résultats

L’enquête a montré que les objectifs les plus courants des IGDO consistent à : 1. « créer une ouverture » (63 % des IDGO), 2. « renforcer la transparence au sein du gouvernement et/ou de sa législation » (55 %), 3. « mobiliser les citoyens par les médias sociaux » (50 %) et 4. « [favoriser l’]utilisation des DGO par le public » (48 %). Les objectifs dans les catégories « accroître la confiance dans le gouvernement » (22 %), « développer la législation sur l’accès à l’information » (19 %) et « autres » (9 %), étaient moins importants. Les IDGO étudiées ont produit des résultats conduisant à l’accroissement de la transparence (58 % des IDGO) et à la possibilité de réutiliser les données (54 %). L’étude montre que les résultats produits se situent souvent dans des domaines autres que ceux dans lesquels se situent les objectifs des IDGO. Si des investissements financiers et des efforts considérables sont consacrés à la réalisation de ces objectifs, ceux-ci ne débouchent pas nécessairement sur les résultats correspondants mais permettent d’aboutir à d’autres résultats que ceux initialement attendus. Enfin, l’enquête constate des différences entre les IDGO en fonction de leur niveau gouvernemental (p. ex. national ou local) : les objectifs des IDGO au niveau des États et au niveau national sont plus souvent atteints que ceux des IDGO aux niveaux local et régional.

Article paru dans la Revue internationale des sciences administratives - 2019/4 (Vol. 85), pages 663 à 687 et accessible en ligne ici.

 

La crise de la régulation par la sanction ex post : les nouvelles voies de la régulation financière, de la crise des subprimes au trading haute fréquence

Frédéric Marty, chargé de recherches au CNRS et spécialiste du droit et de l’économie de la concurrence

Thierry Kirat, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des relations entre le droit et l’économie

Hugues Bouthinon-Dumas, professeur associé de droit à l’ESSEC Business School

Amir Rezaee, professeur associé en finance à l’ISG Business School

 

Le thème

La régulation financière est assurée par des instances de régulation comme la Security and Exchange Commission (SEC) aux États-Unis qui supervise 26 000 acteurs financiers habilités gérant 75 000 milliards de dollars d’actifs ainsi que les comptes de plus de 8 000 sociétés, dont 4 100 sont cotées en bourse. Dans cet article, les auteurs s’interrogent sur la capacité du droit à réguler la finance et à empêcher que des pratiques financières mènent à une crise financière. Ils observent ainsi la perte de portée de la sanction ex post, un moyen d’action classique de la régulation financière. Cet outil a en effet révélé la difficulté à trouver un équilibre entre d’un côté prévenir la diffusion de pratiques et de produits financiers à l’origine ou canaliseur de crises financières et de l’autre côté ne pas contraindre outre mesure le fonctionnement des marchés financiers. Aujourd’hui, plusieurs enjeux se posent aux autorités de régulation, tels que la complexification des stratégies de marché et la multiplication des données qui imposent de disposer de personnels d’enquête extrêmement spécialisés et compétents alors même que les moyens budgétaires et humains des autorités de régulation restent très contraints. Cet effet de ciseaux conduit les régulateurs à concentrer leurs ressources sur un nombre limité de cas ou à envisager le recours à des modes de régulation alternatifs à la sanction ex post.

Les données

L’article se fonde sur les textes juridiques qui instaurent différents modes de régulations alternatifs aux contentieux. Les chercheurs se sont concentrés sur trois pays et leurs instances de régulations, à savoir l’Autorité des marchés financiers (AMF, pour la France), la Financial Conduct Authority (FCA, pour le Royaume-Uni), et enfin la Securities and Exchange Commission (SEC, aux États-Unis). Certaines statistiques permettant de suivre leurs activités ont également servi pour mesurer ces évolutions.

Les résultats

Les auteurs explorent les intérêts et les limites de trois des voies qui sont ouvertes au régulateur financier comme options alternatives à la sanction ex post : les procédures négociées, les stratégies de régulation procédurale et la régulation algorithmique. Ces trois procédés comportent chacun plusieurs inconvénients et ne seraient qu’un moyen utilisé pour faire face à la complexification des activités financières et aux manques de moyens alloués pour les contrôler. Dans la procédure négociée si la sanction devient relativement prévisible, elle peut être intégrée par les firmes dans le cadre d’un calcul coût-avantage et devient alors un simple coût d’activité et perd ainsi une partie de son effet dissuasif. La régulation procédurale quant à elle prévoit que la responsabilité du contrôle de l’agent (la firme) passe du régulateur externe (le principal) à la direction de l’entreprise qui devient un régulateur interne (un principal délégué) dont la responsabilité est engagée. Le contrôle que réalisera le régulateur externe pourra demeurer de nature purement procédurale : il supervisera ainsi les modalités du contrôle exercé par le contrôleur interne. Cependant, cela revient à essayer de responsabiliser les agents et à intermédier le contrôle. La régulation algorithmique pour le trading à haute fréquence peut également répondre à la même logique en faisant peser la responsabilité sur la direction de la firme et en procédant à des contrôles réguliers. L’autre solution envisagée consiste à développer une technologie algorithmique de régulation qui agirait sur le marché en temps réel, ce qui là encore nécessite à la fois une coopération de la part des firmes et d’importants moyens financiers. En définitive, les auteurs observent qu’aucune de ces solutions ne semble satisfaisante, et qu’elles permettent souvent d’échapper aux contentieux et à d’éventuelles condamnations par les tribunaux.

Article paru dans la revue Droit et société 2020/1 (n°104), pages 71 à 88 et accessible en ligne ici.

 

La nomination des collaborateurs ministériels à l’entrée et à la sortie du cabinet : des processus transparents ?

Lucie Sponchiado, maître de conférences en droit public à l’université Paris-Est-Créteil

 

 

 

Le thème

Si l’étude des nominations – notamment s’agissant des cabinets ministériels –ne semble pas rendre compte de « la réalité » du fonctionnement des institutions, elle permet d’entrer dans les institutions en suivant les individus nommés. En outre, l’étude juridique de ce domaine intéresse le constitutionnaliste pour qui « la nomination des collaborateurs ministériels mérite d’être pensée en lien avec le régime et le système politiques étudiés ». Cet article s’intéresse aux transformations induites par les décrets du 18 mai 2017 relatif aux cabinets ministériels et du 14 juin 2017 relatif aux collaborateurs du président de la République et des membres du Gouvernement. Pour l’auteure, ces deux actes traduisent un double mouvement : un effort de transparence dans le domaine des nominations et une maîtrise présidentielle accrue de l’appareil gouvernemental. Cela l’amène à interroger l’ampleur de l’habilitation et son exercice même.

Les données

Le fait que l’étude des nominations s’attache au devenir d’individus conduit l’auteure à aborder l’étude juridique des nominations en cabinets ministériels sous deux prismes : d’une part, une analyse microscopique visant à étudier les normes disponibles à ce sujet ; d’autre part, une analyse macroscopique visant à resituer cet objet dans le contexte plus vaste d’une analyse des cabinets ministériels au sein des institutions de la Ve République.

Les résultats

La mesure principale retenue à l’issue de la publication des deux décrets cités plus hauts a été la limitation du nombre de conseillers pour les membres du gouvernement (10 pour les ministres, 8 pour les ministres délégués, et 5 pour les secrétaires d’État). Le président de la République se confère, avec l’aval du Premier ministre contresignataire, le pouvoir d’habiliter ministres et Premier ministre à nommer les membres des cabinets ministériels. Le décret de mai 2017 constitue une véritable rupture, car jusqu’alors c’était bien le Premier ministre qui organisait – par voie de circulaire – la vie des cabinets ministériels. De plus, l’auteure observe qu’une part non négligeable des conseillers du président de la République sont communs au Premier ministre (18 % au 16 septembre 2019). D’après l’auteure, cela tend à montrer que le gouvernement ne dispose plus de la pleine autonomie dont il bénéficiait jusqu’alors pour la « création et la structuration des cabinets ministériels ». Pour autant, les processus de recrutement au sein des cabinets restent opaques, ce choix reste fortement discrétionnaire, et il n’est pas rare que le Président intervienne pour certaines nominations. Ce procédé discrétionnaire semble également s’appliquer pour certaines nominations à la sortie de cabinet. Par ailleurs, si le Président est juridiquement chargé de la nomination (aspect formel), il demeure néanmoins un flou sur la désignation (aspect décisionnel) qui semble être devenue par la pratique l’apanage du Président. Pour l’auteure, ces décrets ont conduit à davantage de publicité dans les nominations (ce qui n’est pas synonyme de transparence), mais ils ont entraîné dans le même temps le déclin de l’autonomie du gouvernement et l’accentuation de la présidentialisation de la Ve République.

Article paru dans la revue Gestion & Finances Publiques - 2020/1 (no 1), pages 57 à 62 et accessible en ligne ici.

 

La place des outils de contrôle de gestion dans le pilotage des processus d’innovation

Sophie Bollinger, docteure en sciences de gestion et responsable comptable de la fondation Sonnenhof

 

 

 

Le thème

L’auteure s’interroge sur la place des outils de contrôle de gestion dans le pilotage des processus d’innovation. Si l’équilibre entre contrôle et créativité peut sembler difficile à atteindre, le suivi de gestion des projets d’innovation est nécessaire pour donner un aperçu de leur avancée et faciliter la prise de décision.

Les données

Outre une revue de la littérature sur les processus de création et d’innovation, l’auteure développe une recherche terrain encadrée par la grounded theory, laquelle suppose « d’entrer sur le terrain avec le moins de suppositions préalables, de précompréhensions ou d’hypothèses à vérifier ». En conséquence, c’est sans objet de recherche ou de problématique posées qu’elle procède à un total de 16 entretiens semi-directifs menés dans 11 organisations différentes pour étudier plusieurs façons de piloter des processus d’innovation.

Les résultats

À l’issue de son étude, l’auteure observe que dans le pilotage des stratégies d’innovation, des difficultés à choisir de bons indicateurs pour obtenir des outils de contrôle de gestion se font jour. L’auteure observe également que, dans la plupart des structures étudiées, la mise en place de processus d’innovation s’accompagne de la construction d’outils de suivi s’adaptant à l’évolution du projet. Elle note toutefois que les interviewés révèlent souvent au fur et à mesure des échanges que les outils de contrôle ont une place moins importante qu’annoncée de prime abord, témoignant alors de pratiques informelles et de décisions prises de manière subjective. L’auteure remarque également que les attentes et les besoins relatifs aux outils de contrôle de gestion peuvent varier considérablement en fonction de la position des acteurs impliqués dans le processus d’innovation, affectant ainsi à des degrés divers la communication et la qualité des échanges entre les parties impliquées. En se basant sur ces observations, l’auteure propose d’utiliser la métaphore de l’iceberg pour fournir une représentation du pilotage des processus d’innovation. Dans cette image, la partie visible de l’iceberg représente le discours officiel sur les outils de contrôle de gestion (les procédures, les outils formels, les décisions basées sur les outils), tandis que la partie immergée représente le phénomène réellement observé dans les organisations (les processus d’innovation itératifs, les décisions pouvant être en contradiction avec le seuil des indicateurs, les pratiques informelles).

Article paru dans la revue ACCRA - 2020/1 (no7), pages 63 à 83 et accessible en ligne ici.

Revue des thèses

 

L'évaluation de l'efficacité des systèmes d'information : des situations normales aux situations extrêmes

Thèse de doctorat en sciences de gestion soutenue le 13 septembre 2019 par Cédric Baudet dans le cadre de l’École doctorale Sciences économiques et gestion (Lyon), en partenariat avec l’université Jean-Moulin (Lyon) sous la direction de Jean Fabrice Lebraty, professeur en sciences de gestion à l’université Jean-Moulin (Lyon).

 

 

 

 

Un système d’information (SI) a pour objectifs : 1. de soutenir les processus de l’organisation en fournissant de l’information, en assistant le travail humain et en automatisant le travail ; 2. de supporter les activités métiers des organisations ; d’obtenir des avantages stratégiques et aussi d’augmenter la productivité. L’auteur articule sa recherche autour de l’évaluation des SI, qui préoccupe tant les praticiens que les chercheurs du domaine, et cherche ainsi à savoir comment évaluer l’efficacité d’un SI.

Dans un premier temps, l’auteur mène une revue de littérature de l’évaluation en SI. Son analyse de la littérature scientifique et des praticiens ont fait émerger les caractéristiques de la notion d’évaluation en SI et ces caractéristiques ont été analysées par un codage thématique. Il en résulte d’une part une mise en lumière des convergences et divergences entre les points de vue des chercheurs et des praticiens sur la notion d’évaluation en SI ; il en résulte d’autre part une proposition de niveaux de maturité pour évaluer l’efficacité d’un SI. Dans un second temps, des cas de SI de cyberadministration ont été étudiés. Au travers d’une approche de Design Science (DSR), un artefact a été créé. Cet artefact permet : 1. d’évaluer l’efficacité d’un SI de cyberadministration destiné soit à une situation normale de gestion, soit à une situation extrême ; 2. de mesurer la maturité du processus d’évaluation de l’efficacité des SI d’une organisation.

En questionnant l’objet « évaluation » dans le champ des SI du point de vue des chercheurs et des praticiens, l’auteur observe une « confusion sur l’objet même sur lequel portent les évaluations des SI dans la communauté des praticiens ; confusion entre le projet de mise en œuvre d’un SI et le résultat du projet, à savoir le SI lui-même ». Les processus d’évaluation des SI menés par les praticiens souffrent donc de cette confusion – qui affecte notamment la pertinence des critères d’évaluation – et se caractérisent par leur faible maturité. Pour y remédier, l’auteur conçoit et propose un prototype destiné aux praticiens permettant d’évaluer l’efficacité des SI de cyberadministration. Cet artefact a ainsi pour but de réconcilier les praticiens et les chercheurs sur la façon d’évaluer l’efficacité d’un SI. En outre, cet artefact permet à l’auteur d’observer un rôle paradoxal des SI destinés aux situations extrêmes de gestion, il observe en effet que : « ces SI participent à tendre les situations de gestion, ils favorisent l’occurrence de situations extrêmes, voire, transforment une situation normale en une situation extrême de gestion ». L’auteur conclut en soulignant la nécessité d’évaluer différemment l’efficacité d’un SI destiné à une situation normale de gestion, d’un SI destiné à une situation extrême. Cela s’explique par le rôle périphérique des SI destinés aux situations normales et, a contrario, par le rôle « cœur » des SI destinés aux situations extrêmes.

Thèse accessible en ligne.

 

« Creative Europe » ou l’action publique par projet. Enquête sur une modernisation des politiques publiques en Europe

Thèse de doctorat en sociologie soutenue le 26 novembre 2019 par Mehdi Arfaoui, dans le cadre de l’école doctorale de l’École des hautes études en sciences sociales, sous la direction d’Eve Chiapello, directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales.

 

 

 

 

La littérature académique portant sur les réformes récentes de la politique culturelle de l’UE décrit souvent un « tournant néolibéral » associé à un « tournant créatif ». La redéfinition des politiques culturelles européennes au nom de la « créativité » s’accompagne en effet d’une généralisation du financement par projets et de l’introduction d’un lexique entrepreneurial et d’outils propres au nouveau management public pour encadrer le subventionnement de la culture. Cette thèse prend pour objet la mise en œuvre d’un programme européen de financement de projets culturels intitulé Europe Créative, adopté en 2013 par l’Union européenne (UE). Dans cette enquête, l’auteur cherche à questionner l’hypothèse d’un « tournant » en explorant les traductions pratiques de ces transformations. Ce faisant, l’étude de la réforme de la politique européenne permet d’aborder les processus concrets à l’œuvre dans ce que l’on a coutume de présenter comme une « néolibéralisation » des politiques publiques.

L’auteur met en lien trois niveaux d’observation : celui des cadres cognitifs qui justifient une politique publique et sa réforme, celui de l’élaboration des instruments politiques qui lui donne corps et celui de la mise en œuvre concrète de ces instruments. Son cadre théorique mêle la sociologie de la justification, la sociologie politique des instruments de l’action publique et des outils de gestion ainsi que la sociologie de la traduction. Son matériau se fonde sur une analyse de la littérature académique traitant du « tournant créatif » et de la littérature grise produite par les institutions européennes, ainsi que sur une série d’entretiens et d’observations ethnographiques – dont plusieurs semaines au sein des points de contact du programme Europe Créative, et de nombreux mois au sein d’un lobby pour la culture à Bruxelles.

Cette thèse donne à voir les conditions de la réforme des politiques européennes pour la culture et montre comment celle-ci s’inscrit dans un processus au long cours de métamorphose de l’action publique en Europe. Elle contribue à montrer que l’entreprise réformatrice induit une appropriation plurielle et contradictoire des politiques par les acteurs concernés. L’auteur préfère alors, au terme homogénéisant de « néolibéralisation », celui de « modernisation » pour souligner les conflits et les compromis émergeant de ces appropriations dissonantes. À chacun des trois niveaux d’observation, il révèle les efforts réalisés par les acteurs pour interpréter, modeler et renégocier localement le sens des réformes. L’auteur donne à voir les disputes relatives à ce que serait une « bonne » politique culturelle et le travail d’interprétation du programme réalisé au guichet des institutions européennes ou encore la malléabilité du sens donné à la notion de « projet ». Il met en exergue la façon dont le financement par projets transforme non seulement les modalités de travail des organisations culturelles financées, mais également leur capacité à élaborer une prise de position critique vis-à-vis de la politique menée par l’UE.

Thèse accessible en ligne.

 

De la consommation collaborative à l’économie de plateformes : étude des transactions entre particuliers dans l’espace socio-numérique

Thèse de doctorat en sciences de gestion soutenue le 18 novembre 2019 par Adrien Bailly à l’université de Lorraine, dans le cadre de l’école doctorale SSPEG (Sciences juridiques, politiques, économiques et de gestion) de Lorraine, en partenariat avec le laboratoire CEREFIGE (Centre européen de recherche en économie financière et gestion des entreprises).

 

 

 

La dernière décennie a été marquée par l’émergence rapide de nombreux modèles économiques associés à la notion de consommation collaborative. Ces contextes de consommation - fondamentalement liés à la diffusion de technologies numériques dans la vie quotidienne - supposent la prise en charge d’activités nouvelles de la part des consommateurs. Cette recherche doctorale vise à fournir une compréhension théorique de ces pratiques émergentes. Toutefois, si la notion de consommation collaborative fait partie intégrante des phénomènes étudiés, elle semble peu pertinente pour circonscrire l’objet de cette recherche. En effet, les définitions proposées par les chercheurs comme par les consommateurs ne permettent pas d’identifier la spécificité des pratiques collaboratives. Dans ce contexte, l’auteur prend le parti de délimiter l’objet de recherche d’un point de vue spatial socio-numérique. En effet, ces pratiques reposant sur l’intermédiation numérique, leur spécificité tient avant tout à la diffusion massive des technologies numériques. Cette dernière permet de relier des espaces préalablement disjoints et de réaliser des transactions qui mélangent des éléments appartenant traditionnellement aux sphères marchande et domestique. L’objet de la recherche est donc limité à ces transactions initiées en ligne, c’est-à-dire à celles propres à une économie de plateformes.

L’auteur utilise un dispositif méthodologique principalement ethnographique pour étudier ces transactions. Son étude des usages du site www.leboncoin.fr lui permet d’identifier la façon dont cette plateforme favorise l’acquisition de compétences marchandes nécessaires au travail des utilisateurs sans pour autant résoudre le phénomène d’exclusion sociale inhérent au processus d’appariement induit par ce modèle d’intermédiation. Son étude de la location entre particuliers initiée en ligne lui permet quant à elle d’explorer les relations entre utilisateurs et plateformes induites par un modèle d’intermédiation plus bureaucratique.

L’auteur souligne la centralité de la plateforme comme espace transitionnel où des liens spatiaux nouveaux réorganisent consommation et production, cela en particulier avec la professionnalisation des pratiques de consommation reposant sur des plateformes. Il observe que les narrations collaboratives s’articulent parfaitement à une « économie de plateforme » et il souligne la dimension apparemment idéologique qui les légitime. Ce travail lui permet de conclure que la consommation collaborative est avant tout un ensemble de narrations qui accompagnent et légitiment le capitalisme de plateformes et que les relations d’intermédiation ne peuvent être comprises sans tenir compte de la façon dont les consommateurs les actualisent et les transforment.  

Thèse accessible en ligne.

Divers

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La revue Action publique. Recherche et pratiques est publiée en partenariat avec

Université Paris Dauphine IISA

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