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L'Oeil du chercheur : Actualité de la recherche en gestion publique

L'oeil du chercheur

L'oeil du chercheur présente des résumés d'articles publiés dans des revues scientifiques consacrées à l'action publique, des thèses récemment soutenues dans le champ de la gestion publique.

Articles marquants

Relation à l'usager

L’État plateforme et l’identification numérique des usagers. Le processus de conception de FranceConnect Marie Alauzen
Post-doctorante au département de sciences économiques et sociales de Télécom ParisTech, France

Le thème
FranceConnect est un bouton de connexion aux services publics inséré, depuis 2015, sur plusieurs centaines de sites administratifs. Il constitue la première réalisation d’un projet de modernisation de l’État appelé « l’État plateforme ». FranceConnect a été pensé comme un investissement technologique destiné à réduire le « fardeau administratif » des citoyens. L’article propose une analyse en profondeur de ce nouvel outil d’identification des usagers des services publics en ligne et s’efforce de caractériser l’État qui apparaît dans cette entreprise de modernisation. Cette recherche s’intéresse à la conception du dispositif FranceConnect et montre que cette réalisation sous-tend des choix qui traduisent une certaine vision de l’État.

Les données
L’enquête a été menée au sein du SGMAP (qui était en charge de la mise en place du dispositif) grâce à une étude ethnographique approfondie de 2014 à 2017. Des observations, des entretiens informels ont constitué les matériaux pour cette étude auxquels sont venus s’ajouter des documents internes tels que des notes, des e-mails, de la documentation technique… Ce corpus a également été complété par les archives personnelles d’un membre du projet ainsi qu’un corpus d’informations publiques (lois, rapports stratégiques, communiqués…).

Les résultats
En s’attardant sur le processus de conception aux côtés des acteurs, la chercheure rend compte que rien n’aurait pu être déduit des documents stratégiques sur la modernisation de l’État. C’est en répondant à des problèmes qui ont pu sembler purement techniques, à propos de l’identification des usagers et de l’échange des données administratives, que les concepteurs de FranceConnect ont façonné cette réalité de l’État plateforme qui s’articule autour de deux principes que sont la souveraineté numérique et l’ergonomie des services publics. La souveraineté numérique s’articule autour d’une dimension physique (données stockées sur le territoire national, conservées un certain nombre d’années, avec des échanges contrôlés par l’État) et d’une dimension logicielle qui oblige les administrations à développer leurs propres outils à partir de logiciels libres. Quant à l’ergonomie, ce principe s’est matérialisé par une attention particulière autour de l’intelligibilité des interfaces, à l’accessibilité, la traçabilité et la confiance, dans le but de simplifier le travail administratif.

Article paru dans Réseaux – 2019/1 (no 213), pp. 211 à 239 et accessible en ligne à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-reseaux-2019-1-page-211.htm?contenu=article

 

Emploi public

L’influence de la GRH mobilisatrice sur l’innovation

Abdelwahab Aït Razouk,
Enseignant-chercheur à l’ESC Bretagne Brest, France

Le thème
Cette recherche propose de comprendre les mécanismes intermédiaires qui expliquent la relation entre la gestion des ressources humaines (GRH) mobilisatrice et l’innovation. De nombreuses recherches ont montré l’impact positif de la GRH mobilisatrice sur la capacité d’innovation des entreprises. Elle peut être définie comme un ensemble de pratiques qui visent à améliorer les connaissances, compétences et capacités des employés dans le but d’atteindre une meilleure performance organisationnelle. Les auteurs ont décidé de se concentrer sur l’effet médiateur du partage des connaissances. Celui-ci est défini comme un processus qui permet le transfert du savoir détenu par les individus et les groupes de collaborateurs de l’organisation. Ils ont donc cherché à isoler cette variable intermédiaire et à mesurer son implication dans l’innovation.

Les données
Pour ce faire, ils ont procédé à la mise en place de plusieurs modèles de régression. Ils ont utilisé les données empiriques issues de l’étude REPONSE qui couvre les années allant de 1998 à 2005 et qui étudie 962 entreprises. Une variable de contrôle portant sur la taille, l’âge de l’établissement, le secteur d’activité a été introduite en raison des effets que cela peut avoir sur l’innovation dans les entreprises.

Les résultats
L’étude conclut que les pratiques de GRH peuvent contribuer au développement de l’innovation dans les entreprises françaises par l’intermédiaire du partage de connaissances. L’effet médiateur signifie la présence de variables intermédiaires à l’origine de la performance plutôt que les pratiques de GRH directement. Il est important de prendre en compte le partage des connaissances entre les salariés, car il constitue, d’après les résultats, une condition préalable au développement de l’innovation par la stratégie RH. Pour encourager les pratiques de partage des connaissances, les auteurs recommandent des échanges et dialogues entre tous les collaborateurs d’un même ou de différents services, ou encore le travail d’équipe en mode projet ou en équipes pluridisciplinaires. Cela devrait permettre de faciliter le transfert de connaissances existantes et l’émergence de nouvelles innovations.

Article paru dans la Revue française de gestion – 2019/1 (n° 278), pp. 37 à 53 et accessible en ligne à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-gestion-2019-1-page-37.htm

 

Budget et performance

L’adaptation des fiscalistes aux nouvelles conditions de l’optimisation fiscale. Une approche par les capacités dynamiques

Hugues Bouthinon-Dumas, professeur associé en droit à l’ESSEC, France

Anne Jeny, professeure de comptabilité à l’ESSEC, France

Bernard Leca, professeur en sciences de gestion à l’ESSEC, France

Le thème
Avec la mise au jour des pratiques de certaines entreprises, l’optimisation fiscale est au cœur de l’actualité. L’environnement institutionnel de cette pratique a connu des évolutions, mais elle n’a pas disparu : elle s’est transformée. Les acteurs, en particulier les cabinets de fiscalistes, ont su s’adapter avec virtuosité pour continuer à pratiquer l’optimisation dans un cadre moins favorable. Cette étude vise à mettre en lumière les rapports entre l’évolution du cadre juridique et institutionnel et le comportement des acteurs liés à ces pratiques, sous l’angle de la théorie des capacités dynamiques.

Les données
L’étude se concentre sur trois acteurs que sont : les entreprises multinationales, les États ainsi que les cabinets de conseil en fiscalité qui accompagnent les entreprises, mais aussi les États. Si la pratique fiscale est confidentielle, les révélations récentes (lanceurs d’alerte, journalisme d’investigation, procédures administratives ou judiciaires) apportent des informations précieuses. Les données publiques émanant des cabinets de fiscalistes ainsi que l’étude de rapports parlementaires enrichissent cette étude. Enfin, ces sources ont été complétées par des entretiens informels menés auprès de praticiens de la fiscalité internationale.

Les résultats
Les auteurs observent un changement d’attitude des pouvoirs publics qui accompagne une évolution de l’opinion publique à l’égard de ces pratiques. En ce qui concerne les fiscalistes et les entreprises contribuables, il y a certes un changement de discours (notamment via le développement d’activités de communication), mais il n’est pas établi que ces acteurs aient renoncé à l’optimisation fiscale. Ce qui apparaît, c’est que les services proposés par les fiscalistes ont évolué. Par exemple, ils effectuent un travail de veille permanente sur les évolutions des fiscalités nationales. Les fiscalistes de ces cabinets pluridisciplinaires et internationaux ont développé leurs propres bases de données sur les législations fiscales nationales. De plus, les auteurs remarquent qu’en pratique ces cabinets spécialisés participent à des réflexions prospectives ou à des revues critiques des projets de réformes fiscales organisées par les hautes administrations. Cette proximité est renforcée par une porosité entre ces cabinets et les hautes administrations où les experts passent aisément d’un secteur à l’autre. Le présent article montre comment les fiscalistes ont mis en œuvre ces capacités dynamiques pour faire évoluer leur pratique, de sorte que l’optimisation fiscale s’est transformée plutôt qu’elle n’a régressé.

Article paru dans la Revue internationale de droit économique, 2018/4 (t. XXXII), pp. 339 à 429 et disponible en ligne à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-internationale-de-droit-economique-2018-4-page-399.html

 

La philanthropie : une concurrence au marché ?
Les administrations fiscales suisses face aux demandes de reconnaissance d’utilité publique

Philip Balsiger, professeur associé en économie-sociologie à l’université de Neuchâtel, Suisse
Romain Carnac, doctorant en science politique à l’université de Lausanne, Suisse
Caroline Honegger, chargée de recherche à l’École d’études sociales et pédagogiques de Lausanne, Suisse
Alexandre Lambelet, professeur associé à la Haute École spécialisée de la Suisse occidentale, Suisse

Le thème
Dans cet article, les auteurs s’intéressent au tiers secteur exonéré d’impôt, soit la philanthropie, et à son rapport au marché en matière de concurrence. Ils interrogent spécifiquement la manière dont les employés de l’État délimitent les domaines respectifs de l’État, du marché et du tiers secteur en Suisse. Le tiers secteur peut se substituer à l’État, dans la fourniture des services collectifs, mais aussi dans la fourniture de biens individuels, il se substitue alors au marché. Il est donc intéressant de voir quels sont et comment ces critères sont élaborés, permettant aux employés des administrations fiscales de reconnaître l’utilité publique de certaines institutions philanthropes, et ainsi de leur accorder des exonérations fiscales.

Les données
Une enquête par entretiens a été menée dans les administrations fiscales de trois cantons de la Confédération suisse. Cette enquête visait à interroger les critères mobilisés par ces acteurs pour définir l’utilité publique, dont la reconnaissance donne droit à des exonérations fiscales, et pour garantir des conditions équitables vis-à-vis de tous les acteurs du marché. Elle s’est également appuyée sur les cadres légaux et les directives rédigées par les autorités suisses vis-à-vis de la reconnaissance d’utilité publique.

Les résultats
L’étude de la littérature par les auteurs montre, au moins dans la situation helvétique, que la question d’une possible concurrence du tiers secteur avec le marché est aujourd’hui centrale pour les employés des administrations fiscales en charge de l’octroi d’exonérations. À travers leur enquête, les chercheurs montrent également que le travail des employés des administrations fiscales ne consiste jamais à déterminer si une organisation du tiers secteur demandant l’exonération fiscale vient concurrencer l’État. Pour ces agents, c’est la question de la « neutralité concurrentielle » qui est centrale, tandis que la question de l’interférence entre action privée exonérée d’impôt et action publique n’apparaît jamais. Les employés des administrations fiscales rencontrés par les auteurs semblent alors protéger avec vigueur le secteur lucratif et reprendre à leur compte les approches néoclassiques de l’économie, naturalisant la structure hiérarchique dans laquelle le marché et l’État sont vus comme les piliers de la société et le tiers secteur comme une force auxiliaire. Du fait de ce prisme, ils ne considèrent le tiers secteur exonéré d’impôt pour cause d’utilité publique que comme une option de second rang, à ne soutenir que lorsqu’il y a échec du marché.

Article paru dans la revue Gouvernement et action publique – 2019/3 (no 3), pp. 83 à 100 et accessible en ligne à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-gouvernement-et-action-publique-2019-3-page-83.html

 

Gouvernance

Évaluateurs et bâtisseurs
Les inspecteurs généraux et la production de l’action publique

Yohann Morival,
maître de conférences en science politique à l’université de Lille, France

Jeanne Lazarus,
chargée de recherche CNRS au centre de sociologie des organisations Sciences Po Paris – CNRS, France

Le thème
Dans cet article, les auteurs analysent une mission d’évaluation, par des inspecteurs appartenant à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et au Contrôle économique et de gestion financière (CGEFI), d’un dispositif d’action publique expérimental. Ils s’intéressent aux tensions autour du rôle des inspecteurs et à leur capacité relative à faire évoluer leurs prérogatives au cours de leur mission. Ils analysent en outre les recompositions de l’objectif de l’inspection en portant une attention particulière à la configuration des acteurs mobilisés : les inspecteurs, les membres des cabinets ministériels, les participants au comité de pilotage du dispositif ou encore les structures internes à chaque corps d’inspection.

Les données
Afin de faire le suivi de la mission d’inspection menée par l’IGAS et le CGEFI, depuis sa commande jusqu’à la remise du rapport final, les auteurs se sont appuyés sur l’ensemble des documents produits ou utilisés par les inspecteurs, depuis les documents officiels (lettre de mission, note de cadrage, etc.) jusqu’aux comptes rendus ou questionnaires réalisés dans le cadre de l’évaluation. Ils ont complété ce matériel par des observations de réunions et des entretiens avec les inspecteurs.

Les résultats
Les auteurs observent que, loin d’être donnés une fois pour toutes, les objectifs de l’inspection oscillent continuellement au cours d’une même mission entre évaluation du dispositif et soutien à sa mise en œuvre. Par ailleurs, l’étude de cette inspection interministérielle montre qu’elle participe autant à l’évaluation qu’à la construction du dispositif inspecté, en fonction des différents moments de l’inspection (définition des objectifs de la mission, choix des méthodes d’évaluation, écriture du rapport). En outre, les tensions autour du rôle des inspecteurs tout au long de l’inspection et les recompositions des objectifs de l’inspection éclairent les modalités de construction des frontières entre le politique, incarné par le cabinet ministériel, et l’administratif, incarné ici par les inspecteurs.

Article paru dans Politix – 2018/4 (no 124), pp. 85 à 110 et accessible en ligne à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-politix-2018-4-page-85.htm

 

Collaborer dans la rivalité ? L’ambivalence de la coopétition dans les collectivités territoriales

Christophe Assens, professeur en sciences de gestion à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
Annie Bartoli, professeure en sciences de gestion à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
Philippe Hermel, professeur en sciences de gestion à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

Le thème
Cette recherche s’intéresse au phénomène de coopétition dans le cadre des collectivités territoriales. La coopétition peut être définie comme « une stratégie paradoxale de coopération entre concurrents, leur permettant d’atteindre collectivement des gains mutuels ». Les auteurs s’interrogent sur la manière dont certaines collectivités parviennent à coopérer bien qu’étant en rivalité que ce soit sur un plan politique ou encore sur l’attractivité territoriale. Ils cherchent à déterminer les motivations et les équilibres qui permettent d’aboutir à ce phénomène de coopétition à l’échelle des collectivités territoriales.

Les données
L’analyse se fonde sur le croisement de trois types de source : les résultats d’un questionnaire effectué auprès de 252 managers territoriaux, une étude de cas exploratoire consacrée à l’intercommunalité en Rhône-Alpes et une enquête complémentaire approfondie auprès de 10 dirigeants. Les managers publics ont été le public visé par ce travail de recherche, car ils présentent l’avantage d’être à la croisée du monde administratif et du monde politique, et ainsi d’être au cœur de la mise en place de la collaboration tout en tenant compte des contraintes politiques.

Les résultats
Le cas de la métropole Rhône-Alpes et les résultats des enquêtes confirment certaines conditions dégagées par la littérature. La coopétition s’inscrit dans une logique de subsidiarité pour ne pas empiéter sur les compétences des acteurs inclus dans la coopération ni celles détenues par d’autres organismes publics. Collaborer autour de compétences périphériques éloignées du cœur de préoccupation des élus permet également d’éviter les situations de rivalité trop forte entre partenaires. L’organisation de la gouvernance est un des enjeux centraux qui s’organisent autour de principes démocratiques, en distribuant le pouvoir de manière égalitaire ou encore en privilégiant la collégialité dans la prise de décision. Cette recherche s’inscrit dans une réflexion plus large qui interroge l’articulation possible entre les différents échelons territoriaux et les disparités liées aux inégalités territoriales. En interrogeant le mécanisme de coopétition, elle se situe dans une réflexion sur la place des collectivités et des dynamiques qui leur sont propres.

Article paru dans la Revue internationale des sciences administratives – 2019/3 (Vol. 85), pp. 471 à 485 et accessible en ligne à l’adresse : : https://www.cairn.info/revue-internationale-des-sciences-administratives-2019-3-page-471.htm

 

Formuler l’action publique en termes de tests. Les stress tests européens comme réponse aux crises financières et nucléaires

Brice Laurent, chercheur au Centre de sociologie de l’innovation de Mines ParisTech
Başak Saraç-Lesavre, docteure en socio-économie
Alexandre Violle, doctorant à Mines ParisTech

Le thème
Le présent article porte sur l’émergence des stress tests qui s’inscrivent dans un mouvement plus général consistant à faire de l’anticipation une pratique de gouvernement. Les stress tests sont définis par les auteurs comme une pratique qui consiste à « évaluer l’aptitude d’une entité à résister à des scénarios défavorables, imaginés par leurs organisateurs ». L’étude porte sur deux domaines que sont le système bancaire et la sécurité nucléaire qui ont émergé comme étant des risques internationaux à la suite de crises (la crise financière de 2008 et la catastrophe de Fukushima en 2011). Ils ont donné lieu à des réponses à l’échelle européenne avec la mise en place des stress tests. Les chercheurs s’intéressent à ces tests, car ils constituent des moments de problématisation de ce qui est en « crise » et des moyens d’action européens pour tenter de répondre à la crise.

Les données
Les matériaux mobilisés pour cette recherche sont constitués de deux enquêtes menées sur la période 2014-2017 pour les stress tests bancaires et sur la période 2016-2017 pour le domaine nucléaire. Des entretiens avec des acteurs issus d’administrations nationales, européennes, des instances de régulation et d’ONG ont également été mobilisés. Enfin, les documents de travail qui ont servi à l’élaboration de ces stress tests ont été étudiés. Ils ont permis de comprendre le processus qui a organisé et transformé, en particulier à la suite des critiques formulées par différents types d’acteurs académiques, politiques ou responsables d’organisations non gouvernementales, la définition et la mise en place de ces stress tests.

Les résultats
Les auteurs ont étudié les effets de cadrage des risques et des crises induits par des mécanismes prétendant à l’objectivité et à la transparence. Ce cadrage permet de transformer de vastes problèmes comme la stabilité du système bancaire ou les choix de politique énergétique en question d’évaluation d’objets techniques bien délimités. L’action européenne sur ces objets techniques conduit ainsi à éviter de considérer les crises comme des problèmes systémiques ou explicitement politiques. La possibilité d’intervenir par des tests sur des objets techniques a ainsi contribué à étendre les domaines et les compétences d’intervention d’instances européennes telles que la Commission européenne qui jusque-là ne disposait dans les domaines bancaire et nucléaire que de possibilités d’action restreintes.

Article paru dans Critique internationale – 2019/4 (no 85), pp. 63 à 83 et accessible en ligne à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-critique-internationale-2019-4-page-63.htm

Thèses récentes

Collectivités locales et produits financiers structurés

Thèse soutenue le 12 octobre 2018 par Laure Romazzotti dans le cadre de l’école doctorale de sciences sociales et humanités de l’université de Pau et des pays de l’Adour sous la direction de Philippe Terneyre, professeur de droit public à l’université de Pau et des pays de l’Adour.

Cette thèse aborde sous l’angle juridique la problématique de l’emprunt par les collectivités locales et l’impact de la crise économique et financière de 2008 sur la relation entre les collectivités locales et les produits financiers structurés. Elle s’intéresse dans un premier temps à l’utilisation préjudiciable des produits financiers structurés par les collectivités locales, puis au traitement par les autorités de l’État des dommages induits par cette utilisation et enfin à l’encadrement des relations existantes entre collectivités locales et établissements de crédit.

L’auteure observe que plusieurs collectivités locales, en plein naufrage financier, ont vu dans la saisine du juge judiciaire un moyen de trouver une solution rapide à une situation devenue trop complexe. Cette saisine par de nombreuses collectivités locales pour condamner les établissements de crédit, suite à leurs comportements jugés inadaptés, s’est rapidement suivie de jugements permettant de créer une vraie jurisprudence des emprunts toxiques. Si l’auteure souligne l’effort du juge judiciaire, elle constate que les risques pris par les collectivités ne peuvent être seulement résolus par celui-ci, mais doivent impliquer l’intervention de l’État, et principalement de son législateur, pour permettre la recherche d’une solution plus durable.

L’auteure remarque que dans le phénomène des produits financiers structurés devenus toxiques depuis la crise économique et financière de 2008, le législateur « n’a pas hésité à adapter le droit aux circonstances » en créant divers instruments à destination des établissements de crédit et des collectivités locales. Elle constate également que l’investissement du législateur dans la résolution de cette situation s’observe à divers niveaux tels que : l’encadrement par des textes législatifs du recours à l’emprunt par les collectivités locales ; la création d’une taxe sur les risques systémiques prélevée auprès des établissements de crédit et liée au financement d’un fonds de soutien aux collectivités victimes de produits financiers devenus toxiques ; la création de l’Agence France Locale, un nouvel établissement de crédit à destination des collectivités locales.

Cette thèse est consultable à l’adresse suivante : http://www.theses.fr/2018PAUU2037

La forme financiarisée de la relation de crédit des collectivités locales françaises. De la crise à l’institutionnalisation.

Thèse soutenue le 30 novembre 2018 par Edoardo Ferlazzo dans le cadre de l’école doctorale des hautes études en sciences sociales de l’EHESS sous la direction d’Eve Chiapello, directrice d’études à l’EHESS.

Cette thèse porte sur les évolutions de la relation de crédit des collectivités locales et de ses formes historiques. En particulier, elle montre que la crise financière de 2008 a été un moment charnière de l’institutionnalisation d’une forme financiarisée de la relation de crédit qui met en évidence une présence croissante des intérêts, des représentations et des techniques issues de la finance de marché dans les pratiques de gestion de l’emprunt des collectivités locales. Cette forme, qui émerge au milieu des années 1990, se distingue de celles qui se sont stabilisées temporairement dans la période d’après-guerre jusqu’au début des années 1980 et dans les années qui suivent les lois de décentralisation de 1982-1983. Deux types de pratiques d’emprunts qualifiés de financiarisés sont au centre de ce travail : l’emprunt structuré et l’emprunt obligataire. L’auteur les suit respectivement à partir d’une analyse de deux objets de recherche : la crise des emprunts dits « toxiques » des collectivités locales et l’Agence France Locale (AFL).

La thèse sollicite plusieurs matériaux de recherche. Une enquête par entretiens (n = 61) et une collecte d’une abondante littérature institutionnelle et grise ont été conduites. Elles se sont organisées principalement autour du décryptage des outils de gestion, des dispositifs de gestion de crise et des réglementations qui structurent la relation de crédit des collectivités locales françaises. En ce qui concerne l’emprunt structuré, ce travail est complété par une analyse statistique et économétrique portant sur les communes « intoxiquées » et permettant de discuter des déterminants du développement du recours local à ce type d’emprunt.

La thèse montre que la période d’incertitude qui s’ouvre à compter de la crise financière de 2008 contribue paradoxalement à la poursuite et à l’institutionnalisation du recours, pour les collectivités locales, à des produits faisant appel aux marchés et aux investisseurs financiers. Ce résultat n’était pas écrit dans la mesure où la crise des emprunts toxiques nourrit une vive critique d’une forme financiarisée qui s’était développée dans un contexte de décentralisation et de libéralisation financière pour le prêt aux collectivités locales. Le moment de réflexion institutionnelle, qui s’ouvre avec la crise, conduit les acteurs à tenter de dissocier la « mauvaise » finance de la « bonne » pour mieux pouvoir continuer à recourir à des formes d’emprunt financiarisées. Plus qu’une remise en cause profonde des pratiques en cours, la thèse affirme donc que la phase qui s’étend de 2008 à 2015 est le moment où les contours jugés légitimes de la forme financiarisée de la relation de crédit sont dessinés et fixés. Cette institutionnalisation questionne d’une part le renforcement des inégalités d’accès au crédit entre collectivités locales. D’autre part, elle pérennise une régulation du marché de la dette locale incapable de limiter les dérives d’avant-crise et perpétue des asymétries de pouvoir et d’expertise dans la relation de crédit entre collectivités locales et prêteurs.

Pour consulter cette thèse, vous pouvez contacter son auteur à l’adresse suivante : edoardo.ferlazzo[a]finances.gouv.fr

Management public territorial des projets d’investissements directs étrangers. Une contribution à l’intelligence territoriale

Thèse soutenue le 23 janvier 2019 par Olivier Coussi dans le cadre de l’école doctorale Société et Organisations et au sein du laboratoire CEREGE (Centre de recherche en gestion) de l’université de Poitiers, sous la direction d’Evelyne Lande, professeure à l’université de Poitiers, et d’Alonses Balestrin, professeur à l’université Vale do Rio dos Sinos (UNISINOS, Brésil).

Dans cette thèse, l’auteur aborde la thématique du management du développement et pose la question de l’ingénierie territoriale à mettre en œuvre pour optimiser les résultats de l’implantation d’un projet d’investissement. Il se demande quels sont les caractéristiques et les effets du management public territorial sur les projets d’investissements directs étrangers ? Son hypothèse est que le cycle de vie d’un projet d’IDE est un processus complexe et non linéaire qui repose sur la mobilisation d’un réseau d’acteurs aux interactions alliant « jeux de pouvoir », confrontation et partenariat.

L’auteur a procédé à une étude centrée sur deux cas archétypaux et aux antipodes l’un de l’autre : l’un au Brésil (l’entreprise sud-coréenne HT MICRON sur le site TECHNOSINOS dans la région de Porto Alegre) et l’autre en France (le projet d’investissement de l’entreprise chinoise ZTE sur le site du Futuroscope). Pour cela, il s’est appuyé sur une analyse qualitative en mobilisant des documents publics, des entretiens réalisés auprès de protagonistes ainsi que des notes internes.

L’exemple brésilien montre que c'est la capacité d'agilité stratégique des acteurs du projet qui a permis la réussite de la mise en œuvre du projet d’IDE. La gestion du réseau d'acteurs est donc un facteur essentiel pour ce type de projet impliquant des parties prenantes aux objectifs multiples et de natures différentes. Ne pas prendre en compte cet aspect du processus peut conduire à l’échec du projet comme cela fut le cas pour l’IDE en France. À partir de ces deux exemples, l’auteur forge le concept de riple helice as practice pour expliquer la réussite ou non des IDE : il synthétise à la fois la nature non linéaire et tourbillonnaire d’un cycle de vie de projet d’investissement sur un territoire et la qualification du résultat de l’émergence d’un « système territorial » par les arrangements produits par la gouvernance territoriale. Il démontre par ailleurs l'importance croissante d’une action coordonnée des différentes parties prenantes (universités et laboratoires de recherche, entreprises, institutions financières, organismes gouvernementaux) avec les politiques publiques pour contribuer à une meilleure capacité de création de synergies entre acteurs. La réussite réside donc souvent dans l’interrogation de la pertinence et la performance du dispositif public d’accompagnement et de management d’un projet d’IDE sur un territoire.

Cette thèse est consultable à l’adresse suivante : https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01997715/document

Événements à venir

2e Journée de recherche sur le marketing des ressources humaines

Université Lyon-II, 26 mars 2020

La 2e Journée de recherche sur le marketing des ressources humaines et performance des organisations est organisée par le Groupe d’intérêt thématique marketing RH de l’université Lyon-II avec le soutien de l’Association française du marketing et en collaboration avec le GRT AGRH « Marque employeur et marketing RH ».

Pour sa deuxième édition, cette journée rassemblera des recherches en cours ou abouties relatives à l’interface entre marketing et ressources humaines. La thématique de cette journée portera sur le marketing des ressources humaines et la performance des organisations. L’objectif principal est de promouvoir les avancées académiques liées au marketing des ressources humaines et d’échanger sur les différentes thématiques connexes et les problématiques qu’elles soulèvent. Parmi les thèmes qui pourront être abordés, on pourra retrouver le lien entre marque employeur et performance globale de l’entreprise, l’alignement des comportements des employés avec l’identité de la marque commerciale, le marketing interne et la performance des employés, les outils de mesure de la marque employeur, l’influence des labels employeur, la communication online et offline de la marque employeur, l’influence de la marque commerciale sur la marque employeur et les enjeux, contours et spécificités de l’expérience.

Pour en savoir plus : https://www.afm-marketing.org/

La santé au travail : un défi pour le manager public ?

3e Forum de l’IMPGT, Aix-Marseille Université, 21 mars 2020

La 3e édition du Forum de l’Institut de management public et gouvernance territoriale (IMPGT) d’Aix-Marseille Université vise à favoriser la rencontre, les échanges et la confrontation d’idées entre chercheurs en sciences de gestion et managers publics autour des problématiques de santé au travail, mais également à donner la possibilité à ces derniers de s’exprimer sur leurs pratiques, outils et problématiques de terrain.

Pour cette édition, trois axes ont été retenus. Un premier axe autour des sources et des facteurs de dégradation de la santé au travail dans le secteur public, avec pour objectif d'analyser les sources et les facteurs de mal-être spécifiques aux agents publics. Un deuxième axe autour du management public et de la santé au travail, afin d’analyser les impacts de la part croissante du management dans les fonctions dites classiques, ainsi que les contradictions, les conflits et les tensions qu’amène ce sujet dans l’activité du manager public. Enfin, un troisième axe autour des leviers opérationnels du manager public en santé au travail, notamment les dispositifs de prévention du mal-être, des risques psychosociaux ou de promotion du bien-être et de la qualité de vie au travail qui peuvent être mis en place.

Pour en savoir plus : https://impgt.univ-amu.fr

L’Entrepreneuriat : quels défis pour le management public ?

9e Colloque de l’AIRMAP, Institut Montpellier Management, 28-29 mai 2020

Le 9e Colloque de l’Association internationale de recherche en management (AIRMAP), qui regroupe des institutions et des chercheurs français et étrangers spécialisés dans les domaines du management et de l’action publique, a pour but d’être un lieu d’échange entre les milieux universitaires et les acteurs de l’action publique, d’exploration d’idées, d’instruments et de pratiques novatrices.

Cette édition abordera le thème de l’entrepreneuriat dans le secteur public. En effet, avec le développement du new public management, qui emprunte des méthodes et outils du secteur privé, basés sur la recherche de la performance et de résultats, les gestionnaires publics ont été amenés à mettre en œuvre des pratiques et des processus devant permettre de développer un service public de qualité et créateur de valeur publique. Mais sont-ils pour autant en capacité d’adopter une posture entrepreneuriale ? L'entrepreneuriat dans le secteur public est-il possible ? Les acteurs sont-ils en mesure de porter une innovation dans le secteur public ? Quelle est la pertinence, l’utilité de la figure de l’entrepreneuriat dans le secteur public pour étudier un processus d’innovation ? Voici quelques-uns des questionnements qui seront abordés dans les débats lors de ce colloque.

Pour en savoir plus : http://www.airmap.fr/

Divers

Contact : recherche.igpde[a]finances.gouv.fr

La revue Action publique. Recherche et pratiques est publiée en partenariat avec

        

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