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Institut de la gestion publique et du développement économique
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L'Oeil du chercheur : Actualité de la recherche en gestion publique (printemps 2019)

 

Articles marquants

Budget et performance

La blockchain et l'intermédiation financière

Marianne Verdier
Professeure à l’université Paris 2 Panthéon-Assas et chercheure au Centre de recherche en économie et droit

 

Le thème
Apparue vers la fin des années 2000, la technologie blockchain permet d’effectuer et d’enregistrer des transactions sous format numérique sans avoir nécessairement recours à un tiers de confiance. Si les usages de la blockchain peuvent être très variés, allant du stockage de données privées à l’archivage des registres cadastraux, c’est dans le domaine financier que son application s’est principalement développée en questionnant notamment le rôle de tiers de confiance assumé traditionnellement par les banques et les institutions financières.

Les données
L’auteure présente en premier lieu diverses applications de la blockchain dans le secteur financier telles que le transfert d’argent, l’enregistrement de propriété et le financement de projets à travers des levées de fonds via les cybermonnaies pour ensuite s’intéresser aux mécanismes de création de la confiance dans un système décentralisé de type blockchain en les comparant à ceux mis en place par des intermédiaires classiques. Elle analyse les opportunités apportées par la blockchain en matière de réduction des coûts de l’intermédiation financière et conclut en abordant les problématiques réglementaires liées aux risques associés aux cybermonnaies et aux opérations de levées de fonds en cybermonnaie.

Les résultats
L’auteure observe que la blockchain conduit à une évolution du rôle des tiers de confiance dans la finance qui ne devrait selon elle pas conduire à leur disparition. Elle identifie plusieurs bénéfices que cette innovation pourrait apporter au système financier, notamment en « réduisant la concentration du pouvoir des intermédiaires sur l’information, en apportant plus de transparence pour l’audit et le contrôle des états financiers, en favorisant l’émergence de services et de modes de financement novateurs ». Elle souligne toutefois l’importance d’une régulation qui limite les risques associés, nécessaire pour que la société puisse bénéficier de cette innovation.

Article paru dans la Revue d'économie financière – 2018/1 (n°129), pages 67 à 87 et disponible en ligne à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-d-economie-financiere-2018-1-page-67.htm?co...      

 

Cyberattaque : la gestion du risque est-elle encore possible ? Analyse et enseignements du cas Sony Pictures

Jean-Marc Lehu
Enseignant-chercheur en sciences de gestion à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Le thème
Avec l’essor de l’informatique et l’avènement du World Wide Web, les attaques de systèmes d’informations informatisés, ou cyberattaques, sont devenues des menaces potentielles réelles et d’importance pour les entreprises ou les organisations, quelle que soit leur forme. Si une cyberattaque peut être assimilée à « un acte de piraterie moderne dont le but est essentiellement le vol et/ou la destruction d’informations, via un accès réseau », les motivations sous-jacentes peuvent varier d’une attaque à l’autre. L’auteur propose d’analyser le cas de la cyberattaque de Sony Pictures pour mieux appréhender le danger global et les conséquences potentielles auxquelles les organisations concernées peuvent être confrontées.

Les données
La cyberattaque du studio de production cinématographique Sony Pictures analysée dans cet article eut lieu de septembre 2014 jusqu’au 24 novembre 2014, date à laquelle 3 262 des 6 797 ordinateurs personnels et 837 des 1 555 serveurs du studio ont été rendu inutilisables en moins d’une heure. Dans cet article, l’auteur utilise comme matière première le fruit de la cyberattaque, à savoir les 306 681 documents internes et les 173 132 courriels volés qui finirent par être réunis sur le site Wikileaks notamment. Afin d’analyser la gestion de cette crise, il étudie les échanges des personnels de Sony Pictures dans le but de reconstituer une chronologie précise des faits pour les croiser avec les déclarations de l’entreprise et les révélations faites par la presse professionnelle.

Les résultats
Outre une négligence à tenir compte des précédentes cyberattaques dont Sony avait déjà été la cible, l’auteur souligne les ressources limitées affectées par l’entreprise à sa sécurité informatique (seules 11 personnes pour plus de 6 800 employés) et le manque de moyens adéquats et proportionnés pour permettre sa cyberdéfense. L’auteur note le besoin de modélisations révisées en permanence pour tester, identifier et renforcer la vigilance et les défenses de l’organisation. Il préconise dès lors une préparation sécuritaire autour de deux axes principaux, l’un orienté autour de « la mise en place de mesures informatiques de détection de la menace, en temps quasi réel » et l’autre autour de la préparation à la gestion de crise, avec la constitution et la mise en veille d’une cellule de crise, la rédaction d’un plan d’urgence et une formation continue des personnels en interne.

Article paru dans la Revue des sciences de gestion 2018/3-4 (n° 291-292), pages 41 à 50, et disponible en ligne à l'adresse : https://www.cairn.info/revue-des-sciences-de-gestion-2018-3-page-41.htm?...   

 

Relation à l'usager

La capacité technologique dans le secteur public : le cas de l’Estonie

Veiko Lember
Chargé de recherche au Public Governance Institute, KU Leuven

Rainer Kattel
Professeur à l’University College London

Piret Tõnurist
Chargée de recherche à l’université de technologie de Tallinn et analyste politique à l’OCDE

 

Le thème
La technologie est un facteur essentiel dans la vie des organisations. Pour autant, les auteurs de cette étude estiment que la place de la technologie dans le secteur public est assez peu étudiée « sous l’angle des mécanismes de feedback et de sélection complexes qui influencent l’évolution du changement technologique dans le secteur public ». Ils proposent un nouveau concept lié à la capacité technologique pour interroger en premier lieu l’influence du changement technologique sur la capacité administrative des organisations publiques, et en second lieu les raisons pour lesquelles certaines organisations vont choisir d’adopter ou non des solutions technologiques.

Les données
Pour tester le cadre conceptuel de la capacité technologique du secteur public les auteurs utilisent l’exemple de l’Estonie, pays internationalement associé à une image d’État en pointe sur le numérique. Ils s’appuient notamment sur neuf études de cas dans différents secteurs publics de ce pays : les services de transports en commun, les services de recouvrement de l’impôt, les services de sécurité intérieure, la e-residence, les services d’emploi, les services postaux, les services de sécurité sociale, les services d’aide sociale et les services médicaux d’urgence. À partir d’analyses documentaires et d’entretiens, ils effectuent une analyse et une synthèse des tendances qui ressortent des différents cas.

Les résultats
Pour les auteurs, la technologie affecte, transforme et impacte la manière dont la capacité administrative évolue. Ils observent toutefois des différences fondamentales dans la rapidité avec laquelle la technologie fait sentir ses effets dans les différentes organisations étudiées, ainsi que dans la direction de ces effets. Certaines organisations parviennent ainsi à développer les capacités technologiques et connaissent des évolutions rapides et transformatrices, contrairement à d’autres qui connaissent une évolution progressive. Pour expliquer l’évolution dynamique ou statique des capacités technologiques de ces organisations, ils identifient quatre mécanismes de feedback et de sélection différents dans le secteur public : les réactions des citoyens-utilisateurs, les réseaux stratégiques lorsqu’une coalition favorable influente apparaît dans l’organisation, les réactions hiérarchiques et l’habilitation d’organisations à agir de manière autonome et/ou sélective.

Article paru dans Revue internationale des sciences administratives – 2018/2 (Vol. 84), pages 221 à 239 et disponible en ligne à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-internationale-des-sciences-administratives-2018-2-page-221.htm?contenu=article

 

Emploi public

L’impact de la digitalisation des organisations sur le rapport au travail : entre aliénation et émancipation

Martine Brasseur, professeure en sciences de gestion à l’université Paris Descartes

Fatine Biaz, doctorante en sciences de gestion à l’université Paris Descartes

Le thème
Depuis les années 2000, les pratiques de management et les relations professionnelles au sein des organisations ont été profondément transformées par l’introduction massive des hautes technologies. Si certains rendent ces dernières responsables de destructions d’emploi et de hausse du chômage, d’autres estiment qu’elles permettent de créer de nouvelles activités et de dynamiser l’économie. Les auteures, quant à elles, s’intéressent à l’impact de ces technologies non sur l’emploi mais sur le rapport au travail.

Les données
Trois dimensions sont utilisées pour caractériser le rapport au travail : la dimension instrumentale, qui « se réfère au travail comme source de revenus », la dimension sociale, qui recouvre notamment les sociabilités et les relations humaines dans le travail, et la dimension symbolique qui « renvoie à l’univers de significations positives ou négatives attribuées au travail ». Les auteures proposent une revue de la littérature scientifique sur ces sujets pour étudier les effets de la digitalisation des organisations sur le rapport au travail. Elles s’intéressent dans un premier temps à l’organisation digitale, puis aux ressorts de l’évolution du rapport au travail pour finalement se focaliser sur l’impact de la technique dans la population spécifique des cadres.

Les résultats
La digitalisation des organisations, sous l’impulsion des startups et des plateformes en ligne au cœur de leur business modèle, s’est imposée aux entreprises traditionnelles qui se sont retrouvées dans l’obligation de changer leur mode d’organisation. Pour les auteures, cette « disruption » s’est traduite dans l’évolution des dimensions instrumentale, symbolique et sociale du rapport au travail avec un relatif effacement de la dimension instrumentale au profit d’un travail caractérisé par la fonction sociale et symbolique d’affirmation identitaire, de contributeur sociétal ou encore de vecteur d’épanouissement personnel. Les auteures soulignent toutefois les aléas que cette disruption provoque en prenant comme exemple le rapport au travail des cadres. Ceux-ci, moins liés à leur entreprise qu’entre les années 60 et les années 80, connaissent une relation de confiance avec leur entreprise qui tend à se fragiliser. Leur charge mentale s’est accrue avec le développement d’une addiction au travail digitalisé observable dans les modifications considérables en matière de management et d’organisation du travail qu’ont apporté l’introduction des hautes technologies. En outre, ils sont par exemple soumis à des injonctions paradoxales, comme l’injonction à être « créatifs dans le respect de la culture organisationnelle ». Pour les auteures, l’innovation technologique en ressort comme un facteur d’émancipation mais aussi comme une source potentielle d’aliénation.

Article paru dans la revue Question(s) de management – 2018/2 (n°21), pages 143 à 155 et disponible en ligne à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-questions-de-management-2018-2-page-143.htm...

 

Les espaces de coworking. Le rôle des proximités dans les dynamiques collaboratives

Anne-Laure Le Nadant, professeure de sciences de gestion à l’université de Rennes

Clément Marinos, enseignant-chercheur en économie à l’université Bretagne Sud et au Laboratoire d’économie et de gestion de l’Ouest

Gerhard Krauss, enseignant-chercheur en sociologie à l’université de Rennes 2 et au laboratoire ESO-Rennes

 

Le thème
L’essor ces dernières années des espaces de coworking (ECW) a favorisé l’émergence d’une communauté de professionnels indépendants disposés à développer des dynamiques collaboratives en matière de ressources et de connaissances. Prenant appui sur des recherches effectuées dans des clusters et montrant que la proximité spatiale n’est pas suffisante pour générer des collaborations entre les coprésents, les auteurs s’intéressent au rôle ambivalent des proximités (spatiale, cognitive, organisationnelle, sociale et institutionnelle) sur les dynamiques collaboratives et l’innovation.

Les données
Les auteurs ont choisi d’effectuer des entretiens avec des acteurs de sept ECW situés dans des villes petites et moyennes, en France et en Allemagne. Divers profils ont été interrogés (membre, animateur ou fondateur des ECW) sur leurs motivations, profil, parcours et fonctions ainsi que sur les caractéristiques de leur ECW, la vie en son sein et les réseaux et collaborations. Des sources secondaires sur les différents espaces (sites web, newsletters, presse, etc.) ont également été analysées.

Les résultats
L’étude met en évidence que la proximité géographique ou spatiale ne suffit pas pour générer des collaborations et que d’autres formes de proximité sont nécessaires. La proximité cognitive, entendue comme « les apprentissages mutuels avec un partage d’une même base de connaissance », et la proximité organisationnelle, comprise comme les arrangements organisationnels facilitant la coordination et limitant les coûts de transaction lors de l’échange de connaissances, sont identifiées comme centrales et « se transforment en collaborations et innovations d’autant plus facilement qu’il existe une proximité d’opportunité ». Les résultats de l’étude encouragent les fondateurs et dirigeants d’ECW « à prendre la mesure du rôle majeur de l’animateur de l’espace pour initier les démarches collaboratives ».

Article paru dans la Revue française de gestion - 2018/3 (n°272), pages 121 à 137, et disponible en ligne à l’adresse : https://www.cairn.info/revue-francaise-de-gestion-2018-3-page-121.htm?co...

 

FOCUS : La notation sociale en Chine

Les initiatives de notation sociale qui se développent actuellement en Chine font l’objet de nombreux débats à l’international, nous vous présentons deux articles qui en discutent.

L’âge d’or de l’algorithme : le crédit social et la financiarisation de la gouvernance en Chine

Nicholas Loubere
Professeur associé au Centre d’études de l’Asie de l’Est et du Sud-Est à l’université de Lund en Suède

Stefan Brehm
Chercheur au Centre d’études de l’Asie de l’Est et du Sud-Est à l’université de Lund en Suède

Le thème
Cet article analyse l’apparition d’un système de notation sociale en Chine permettant d’attribuer des avantages sociaux ou au contraire de pénaliser les citoyens selon leur score, et montre que ce système n’est pas quelque chose d’exotique relevant uniquement de la Chine, mais une manifestation d’une nouvelle forme de gouvernance globale : la gouvernance par l’algorithme.

Les données
Au cœur du système, le gouvernement chinois définit, quantifie et attribue une note d’honnêteté et de loyauté à partir de l’agrégation de données multiples (big data) obtenues à partir de trois sources principales : les données commerciales, les médias sociaux, les données de surveillance et de respect de la loi. Il s’agit d’une solution technocratique pour créer de bons citoyens à partir d’algorithmes. La particularité de cette approche est que la valeur des citoyens est déterminée politiquement à partir d’un alignement de données financières et sociales. Il s’agit donc d’une financiarisation de la valeur humaine.

Les résultats
Les auteurs montrent que le système en développement en Chine est pour le moment très confus, car si le principe est bien d’attribuer une note générale à partir de l’agrégation de données sociales, économiques et commerciales, dans la pratique, il y a actuellement plus de 30 gouvernements locaux qui pilotent des systèmes de notation sociale et qui utilisent des approches différentes pour obtenir leur score ou bien qui utilisent les scores à des fins différentes. Ils montrent aussi que le système de notation sociale est en fait une simple évolution d’une pratique commerciale ayant apparu aux États-Unis au début des années 2010 pour accorder des crédits à la consommation. Enfin, ils établissent que la gouvernance par l’algorithme ne nécessite que très peu de moyens humains, et qu’elle peut aboutir à une concentration du pouvoir au sein d’une toute petite élite. Ils préconisent donc la mise en place de méthodes d’audits des algorithmes.

Article publié en anglais sous le titre : The Global Age of the Algorithm: Social Credit and the Financialisation of Governance in China dans “Dog Days: A Year of Chinese Labour, Civil Society, and Rights, Made in China Yearbook 2018”, sous la direction d’Ivan Franceschini et Nicholas Loubere, ANU Press, Australian National University, Canberra, Australia. Disponible à l’adresse suivante : http://press-files.anu.edu.au/downloads/press/n5364/pdf/article22.pdf

Construire des communautés dignes de confiance et sûres à partir d’un système de notation sociale basé sur la blockchain

Ronghua Xu, doctorant à Binghamton University en ingénierie électrique

Xuheng Lin, doctorant à Binghamton University en ingénierie informatique

Qi Dong, doctorant à Binghamton University en ingénierie des algorithmes

Yu Chen, professeur associé au département d’ingénierie électrique et informatique de l’université de Binghamton aux États-Unis

Le thème
Cet article se positionne par rapport à l’action publique chinoise actuelle. Le point de départ sur lequel les quatre auteurs bâtissent leur démonstration est la mise en place par le gouvernement d’un système de notation sociale de chaque citoyen permettant de pénaliser ceux qui par exemple ne paient pas correctement leurs impôts ou conduisent en excès de vitesse en leur retirant certains avantages comme des prestations sociales ou le droit de voyager en avion ou en voiture de location. Les auteurs proposent de tester une preuve de concept pour un modèle de notation sociale généralisé basé sur la blockchain. Pour les auteurs, la blockchain permet d’être juste et de profiter à l’ensemble de la communauté, car elle permet d’avoir des flux d’information distribués, transparents et sécurisés, et donc fiables dans un environnement de réseau qui n’est pas basé sur la confiance.

Les données
À l’heure actuelle le système de notation sociale est piloté par le gouvernement et de grandes entreprises ou agences accréditées. Il repose sur des technologies permettant d’obtenir des évaluations à partir de la collecte et de la synthèse d’un grand nombre de données fragmentées publiques et privées. Il n’y a pas de transparence sur les variables utilisées ou sur les process, et les individus ne peuvent pas participer à leur contrôle. Le modèle de la blockchain fonctionne lui sur trois principes : les données sont distribuées dans tout le réseau, toutes les étapes de leur circulation sont transparentes mais l’anonymat est préservé, et il n’y a pas de possibilité d’interférence d’un tiers avec les données. Dans un réseau qui n’est pas basé sur la confiance, ce modèle garantit donc la sécurité de circulation et la fiabilité des données.

Les résultats
Les auteurs proposent, comme projet pilote d’une introduction généralisée d’un système de notation sociale, la mise en place du système BLESS, qui repose sur trois piliers : le partage des données sur la base de la blockchain, une notation sociale déterminée par contrat intelligent, et une stratégie de récompenses et de sanctions. Avec le modèle BLESS la notation sociale comporterait deux axes : le temps passé au service de son prochain, et la prise de position pour la justice sociale (essentiellement la critique de ce qui ne fonctionne pas : corruption, non-respect des engagements pris etc.). L’article évoque en conclusion qu’à l’heure actuelle, l’acceptation sociale du modèle BLESS est limitée.

Article publié en anglais sous le titre : Constructing Trustworthy and Safe Communities on a Blockchain-Enabled Social Credits System, dans la revue en ligne et en accès libre ArXiv de l’université de Cornell aux États-Unis. Disponible à l’adresse suivante : https://arxiv.org/abs/1809.01031

Thèses récentes

 

Trois essais sur le marché du logement et les politiques du logement

Thèse soutenue le 20 septembre 2018 par Zhejin Zhao, au sein du laboratoire GATE (Groupe d’analyse et de théorie économique) et de l’école doctorale en Sciences économiques et gestion de Lyon, en partenariat avec l’université Jean Monnet de Saint-Étienne, sous la direction de Florence Goffette-Nagot, directrice de recherche au CNRS et à l’université de Lyon.


 

Cette thèse contient trois essais empiriques sur les marchés du logement et les politiques de logement.

Dans le premier essai, l’auteur étudie les effets du contrôle des loyers sur les loyers en utilisant des données historiques de panel sur une période de 78 ans à Lyon. Il utilise des régressions multiples avec des effets fixes comme principale forme d’analyse. Ses résultats montrent que l’effet causal du contrôle des loyers sur les loyers à Lyon est significativement négatif.

Dans le deuxième essai, il étudie l’influence de l’âge du chef de famille sur la demande de logements grâce à des données sur les ménages en Chine. Sur la base d’un modèle de prix hédonique en deux étapes, il estime l’effet de l’âge du chef de famille sur la demande de logements, en contrôlant la qualité du logement et les caractéristiques des autres ménages. Les résultats montrent que la disposition à payer, à qualité constante de la maison, diminue légèrement ou reste constante lorsque le chef de famille vieillit, une fois contrôlé le niveau d’instruction du chef de famille. En revanche, il diminue rapidement si le niveau d’instruction du chef de famille n’est pas contrôlé. Par conséquent, cet essai conclut que la demande totale de logements ne devrait pas diminuer avec le vieillissement de la population, parce que la génération actuelle est plus éduquée que la précédente.

Enfin, dans le troisième essai, dans le cadre du modèle de Rosen-Roback, il analyse l’impact des coûts du logement sur le ratio d’intensité des compétences (SIR), dans différentes villes chinoises. Pour éviter les problèmes d’endogénéité, il utilise à la fois la part des terrains non disponibles et les prix des logements historiques comme instruments des prix actuels du logement. Les résultats montrent que les prix moyens des logements ont des effets positifs significatifs sur le SIR en 2010 lorsque la mobilité des travailleurs est assouplie, mais que les effets sont non significatifs sur le SIR en 2000 lorsque la mobilité des travailleurs était étroitement réglementée.

Cette thèse est consultable à l’adresse suivante : http://www.theses.fr/2018LYSES033

 

Le trading haute fréquence constitue-t-il une menace à la stabilité financière ?

Titre original : High-frequency trading: a threat to financial stability?

 

Thèse soutenue le 1er février 2017 par Gianluca Virgilio à l’université de Hertfordshire (Royaume-Uni), sous la direction de Georgios Katechos, Maria Schilstra et Aarti Rughoo, enseignants-chercheurs à l’université de Hertfordshire.


 

L'objet de cette thèse est de produire une analyse approfondie des données et de simulations informatiques de l'environnement de marché afin de déterminer si la stabilité financière est affectée par la présence d'investisseurs à haute fréquence. L’auteur étudie ainsi les interactions entre le trading haute fréquence et la stabilité financière dans des conditions non linéaires. À partir de données d'audit trail ou de simulations, il analyse si des comportements non illicites peuvent entraîner des effets potentiellement déstabilisateurs. Les simulations ont pour objectif de tester si le trading haute fréquence : (a) a un impact sur la volatilité des marchés, (b) conduit à scinder le marché en deux niveaux ; (c) se taille la part du lion dans les opportunités issues des arbitrages.

Des données d'audit trail sont analysées afin de vérifier certaines hypothèses sur la dynamique des Krachs éclairs. La simulation de l'impact du trading haute fréquence sur la volatilité des marchés confirme que lorsque les marchés sont sous tension le trading haute fréquence peut entraîner une augmentation significative de la volatilité. Cependant, au fur et à mesure que le nombre des participants ultra-rapides augmente, ce phénomène tend à disparaître et la volatilité se réaligne sur ses valeurs standard. La simulation des niveaux de marchés suggère que les traders haute fréquence ont tendance à traiter les uns avec les autres, ce qui a pour conséquence que les tradeurs basse fréquence traitent aussi avec d’autres traders lents, mais dans une moindre mesure. Le trading haute fréquence permet potentiellement à quelques traders rapides de saisir tous les bénéfices des arbitrages, contredisant ainsi l’hypothèse de l’efficience des marchés. Ce phénomène peut disparaître lorsque l’accroissement du nombre de traders haute fréquence en concurrence entraîne une baisse des bénéfices. Il semble toutefois que tout se joue autour d’une quête de gains anormaux entre quelques traders travaillant à la milliseconde.

D'après l'analyse des données, l'impact du trading haute fréquence sur le Krach éclair semble significatif. Globalement, on peut conclure que le trading haute fréquence présente certains aspects controversés qui ont une incidence sur la stabilité financière. Les résultats sont confirmés dans une certaine mesure par l’analyse des données d’audit trail, mais de manière indirecte car les détails permettant de relier les tradeurs haute fréquence à leur comportement sont confidentiels et ne sont pas accessibles au public. Les résultats concernant la volatilité induite par le THF, la segmentation du marché et l’efficience sous-optimale des marchés, bien que non définitifs, suggèrent qu'un contrôle attentif de la part des régulateurs et des décideurs serait nécessaire.

Cette thèse est consultable à l’adresse suivante : https://ethos.bl.uk/OrderDetails.do?did=14&uin=uk.bl.ethos.717017

 

Modéliser l’émergence de l’expertise et sa gouvernance dans les entreprises innovantes : des communautés aux sociétés proto-épistémiques d’experts

Thèse soutenue le 20 juin 2017 par Benjamin Cabanes au sein de l’école doctorale Économie, organisation et société de Mines ParisTech, sous la direction de Pascal Le Masson, professeur à MINES ParisTech et de Benoit Weil, professeur au centre de gestion scientifique de Mines ParisTech.


 

Dans les industries de hautes technologies, le rythme contemporain de l’innovation se caractérise aujourd’hui par un renouvellement accéléré des produits et par une déstabilisation des dominant designs. Dans ce contexte d’innovation intensive, les organisations industrielles se doivent de se doter de nouvelles capacités d’innovation de rupture pour organiser l’émergence de nouvelles expertises technologiques afin de permettre la conception innovante de nouveaux produits et technologies. Paradoxalement, les enjeux d’expertise et de conception innovante peuvent parfois sembler en opposition ou du moins en tension. L’expertise semble préserver les dominant designs, mais c’est aussi elle qui permet la génération d’expansion conceptuelle. Derrière cette aporie, se posent des questions cruciales sur le management contemporain de l’émergence de l’expertise dans les organisations industrielles en situation d’innovation intensive.

À partir d’une démarche exploratoire basée sur une étude de cas longitudinale chez STMicroelectronics, cette thèse s’intéresse aux modèles de gouvernance de l’émergence de l’expertise dans les organisations industrielles. À partir d’une analyse empirique chez STMicroelectronics, ces travaux mettent en évidence que l’émergence de nouvelles expertises s’effectue par une réorganisation et une restructuration profonde des structures d’expertise. Autrement dit, les nouveaux domaines d’expertise émergent à partir de la recomposition des relations d’interdépendance entre les domaines d’expertises existants. Par ailleurs, ces travaux de recherche proposent un modèle formel de l’émergence de l’expertise dans les organisations industrielles.

Ce modèle permet d’identifier de nouveaux enjeux managériaux et de mettre en évidence des modèles organisationnels permettant de supporter ces formes d’émergence d’expertise. De nouvelles solutions managériales sont ensuite expérimentées et analysées chez STMicroelectronics. Enfin, la thèse propose une analyse des rôles et missions des experts scientifiques dans les stratégies d’exploration et d’innovation au sein des organisations industrielles.

Cette thèse est consultable à l’adresse suivante : https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01565628v2

 

L'oeil du chercheur

L'oeil du chercheur présente des résumés d'articles publiés dans des revues scientifiques consacrées à l'action publique, des thèses récemment soutenues dans le champ de la gestion publique.

 

Partenariat

La revue Action publique. Recherche et pratiques est réalisée en partenariat avec l'université Paris Dauphine

et avec l'Institut international des sciences administratives

 

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Contact

Vous pouvez nous contacter à l'adresse suivante: recherche.igpde[a]finances.gouv.fr

 

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