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L'Oeil du chercheur : Actualité de la recherche en gestion publique

L'Œil du chercheur

L'Œil du chercheur présente des résumés d'articles publiés dans des revues scientifiques consacrées à l'action publique, des thèses récemment soutenues dans le champ de la gestion publique.

Revue des articles

Les apports de l’amélioration continue au contrôleur de gestion business partner
Par Julien Henriot, Sylvain Gorin & Samia Khenniche

Le thème
Sur ces vingt dernières années, il est possible d’observer une évolution des responsabilités du contrôleur de gestion qui, en sus de son rôle historique de technicien de l’information financière, oriente davantage son action vers l’aide à la décision. C’est ainsi qu’a émergé la figure du contrôleur de gestion dans un rôle de business partner, partenaire du manager local et copilote de la prise de décision. Dans cet article, les auteurs exposent les difficultés qui ont accompagné cette mutation et explorent l’hypothèse selon laquelle il est possible de rendre le rôle de business partner effectif en hybridant le contrôle de gestion et des démarches d’amélioration continue. L’amélioration continue se caractérise par de petits changements incrémentaux dans un processus productif. Elle s’implémente la plupart du temps dans le cadre d’une méthode structurée, comme celle du lean management.

Les données
Les auteurs appuient leur démonstration sur l’étude de cas d’une entreprise industrielle implantée en Normandie depuis plus de 60 ans. L’histoire de cette entreprise est notamment marquée par son rachat, au tournant du XXIe siècle, par un grand groupe industriel à dimension internationale qui met progressivement en place une politique globale de performance basée sur l’amélioration continue. Les chercheurs développent une démarche d’observation in situ permettant un recueil de données basé sur plusieurs stratégies d’observation. Une démarche narrative visant à retranscrire plusieurs points de vue immergés dans le contexte de l’entreprise est également mise en œuvre.

Les résultats
À partir de 2008, l’entreprise étudiée met en œuvre une politique globale de performance et de compétitivité basée sur l’amélioration continue avec un focus sur l’aspect participatif de cette démarche. Au sein de l’entreprise, cette transition s’appréhende comme une « philosophie déclinée en outils » avec pour objectif premier de structurer une « façon de voir les choses ». L’avènement de l’amélioration continue est également l’occasion pour le contrôleur de gestion de l’entreprise, historiquement perçu par les opérationnels comme un surveillant au service de la direction, d’envisager de construire des relations plus fertiles avec la direction et les opérationnels. Pour étendre son champ d’action dans le cadre de cette transition, le contrôleur de gestion s’appuie sur trois éléments structurants : 1. une nouvelle appropriation des données manipulées par les opérationnels, lui permettant d’acquérir un langage commun avec les opérationnels et modifie son rapport « au terrain » ; 2. la mise en résonance des perspectives stratégiques et opérationnelles grâce aux données de terrain nouvellement acquises et le développement d’une capacité à les transformer en données économiques visibles ; 3. le renforcement du rôle des managers dans le processus de contrôle de gestion. Par le biais de l’amélioration continue, la direction et les opérationnels se réapproprient un rôle dans le processus de contrôle de gestion, et les contrôleurs de gestion peuvent dès lors adopter vis-à-vis d’eux un mode de relation davantage en phase avec la fonction support qu’ils incarnent.

Article paru dans la revue ACCRA – 2021/1 (No 10), pages 13 à 38 et consultable en ligne (en libre accès)

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Une décennie de recherches empiriques autour des déterminants de l’efficacité des comités d’audit
Par Géraldine Broye et Pauline Johannes

Le thème
Le comité d’audit constitue un mécanisme de gouvernance essentiel dans le processus de supervision de la qualité du reporting financier. Sa mise en place d’audit est obligatoire depuis 2002 dans les sociétés cotées américaines et depuis 2006 dans les sociétés cotées européennes. Il a explicitement pour vocation d’assurer le suivi des questions relatives à l’élaboration et au contrôle des informations comptables et financières, contribuant ainsi à la qualité de la supervision des systèmes de gestion des risques et de contrôle interne. La dernière décennie a été riche en avancées scientifiques concernant l’efficacité des comités d’audit en termes de gouvernance des entreprises. Dans cet article, les autrices proposent une synthèse de cette littérature, en présentant les principaux apports et les implications des publications les plus récentes.

Les données
Les autrices ont identifié 143 articles académiques publiés dans 31 revues sur une période couvrant 2007 à 2018. L’analyse de la littérature les amène à structurer la revue autour de deux niveaux d’analyse identifiés en fonction des objets de recherche, des cadres théoriques et des approches méthodologiques. Le premier niveau d’analyse repose sur le thème de la composition du comité d’audit (sa taille, son activité, ses membres) et sur son efficacité. Le second niveau d’analyse porte sur les dynamiques autour et au sein du comité d’audit tels que les relations de pouvoir entre les acteurs, les comportements et interactions entre les acteurs et le pilotage des membres.

Les résultats
Les facteurs d’efficacité du comité identifiés dans la littérature par les autrices sont complexes. Si certaines caractéristiques paraissent primordiales, telles que l’indépendance et l’expertise des membres, la combinaison de plusieurs éléments semble être le meilleur gage d’efficacité : indépendance et expertise, ou expertise et statut. La prise en compte des facettes multiples de la composition du comité d’audit est un enjeu de taille. Elle est notamment liée à la difficulté d’appréhender ces qualités d’indépendance et d’expertise, pour les chercheurs comme pour les régulateurs. La difficulté réside dans cette notion d’indépendance de forme versus de substance. Elle interpelle les chercheurs sur la façon de prendre en compte cette menace peu visible sur l’indépendance du comité d’audit, liée au pouvoir des dirigeants, aux relations personnelles et amicales liant les acteurs du reporting. Elle peut également interpeller les régulateurs, dans l’exigence éventuelle d’une communication plus précise des caractéristiques des membres du comité, relatives notamment à l’existence de liens interpersonnels avec le management. Les chercheuses observent qu’au final, il est sans doute nécessaire de considérer qu’il n’existe pas de modèle universel pour garantir l’efficacité du comité. La composition optimale des comités, au regard de l’intérêt des actionnaires, dépend sans doute de différents facteurs spécifiques à l’entreprise, tels que le secteur d’activité, la position dans son cycle de vie, ou ses choix stratégiques.

Article paru dans la revue Comptabilité Contrôle Audit – 2021/1 (Tome 27), pages 51 à 109 et consultable en ligne (en libre accès)

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Vers une théorie de l’administration publique comportementale

Par David Oliver Kasdan

Le thème
Le lien entre l’administration publique et l’économie comportementale remonte à Herbert Simon, qui a relevé la tension entre les exigences institutionnelles de l’efficacité rationnelle et la réalité des objectifs alternatifs des individus. L’intersection de l’économie comportementale et de l’administration publique se situe aujourd’hui dans le contexte plus large d’un intérêt international pour les approches interdisciplinaires et multidisciplinaires en matière de recherche et de pratique. Pour l’auteur, l’administration publique peut utiliser l’économie comportementale dans différentes applications, allant de la stimulation de la motivation de service public à l’amélioration du respect des politiques. Afin de nourrir la réflexion sur les bases d’une théorie fonctionnelle de l’administration publique comportementale, il examine dans cet article les concepts fondamentaux de l’administration et les complète par l’économie comportementale.

Les données
L’auteur passe en revue le discours actuel sur l’évolution de l’administration publique comportementale. Il décrit certains concepts dominants actuellement appliqués, puis propose un cadre assorti de propositions pour une théorie de l’administration publique comportementale afin de permettre des recherches expérimentales supplémentaires.

Les résultats
Pour l’auteur, une théorie de l’administration publique comportementale (BPA pour behavioral public administration) doit se situer sur le plan opérationnel de la gouvernance : un espace décrit par les dimensions que sont la population et l’administration publique. L’éventail des concepts de l’économie comportementale est appliqué à deux groupes de déconnexions : dans l’économie comportementale, il y a la différence entre ce que les gens pensent vouloir et ce qu’ils font effectivement ; et dans le comportement administratif, il y a l’écart entre ce que l’administration publique est censée faire et ce qu’elle peut effectivement faire. L’auteur situe la théorie de la BPA entre ces deux espaces. Il formule trois propositions pouvant servir de guide pour tester et appliquer cette théorie : 1. la BPA est un ensemble d’outils alternatifs permettant d’optimiser la mise en œuvre des politiques ; 2. la BPA est éthiquement saine et respecte les valeurs administratives ; 3. les recherches sur la BPA forment un domaine inédit d’expérimentation et de méthodologie stratégiques.

Article paru dans la Revue internationale des sciences administratives – 2020/4 (Vol. 86), pages 633 à 650 et consultable en ligne (en libre accès)

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Le rôle de la comptabilité publique dans le contrôle de la corruption : une évaluation des pays de l’OCDE
Par Beatriz Cuadrado-Ballesteros, Francesca Citro & Marc Bisogno

Le thème
Au cours des dernières décennies, plusieurs scandales de corruption dans le monde ont renforcé l’intérêt des universitaires et des praticiens pour la transparence et la redevabilité. Selon Transparency International, les représentants élus et les fonctionnaires sont considérés comme étant le plus susceptibles d’être corrompus. La transparence représente un moyen de combattre ce fléau, aussi, de nombreux États ont introduit des réformes importantes visant à obliger les entités publiques à rendre des comptes. Cependant, se contenter de rendre l’information disponible n’est pas suffisant. Au sens strict, la transparence fait référence à la disponibilité des informations mais pas à leur qualité. Pour qu’elle soit effective, il faudrait que les informations soient portées à la connaissance des lecteurs et comprises par ces derniers, ce qui impliquerait qu’elles soient de qualité. Ce principe s’applique tout particulièrement aux informations financières et comptables publiées par les États. À cet égard, les normes comptables internationales du secteur public (IPSAS) et la comptabilité d’exercice sont considérées comme des instruments permettant de donner en temps opportun des informations financières fiables, exhaustives et comparables entre pays. La présente étude apporte de nouveaux éléments sur l’efficacité des systèmes de comptabilité d’exercice et des règles comptables harmonisées à l’échelon international en y ajoutant une dimension supplémentaire : celle de leur incidence sur la corruption.

Les données
L’étude s’appuie sur un échantillon de 33 pays de l’OCDE, étudiés sur la période 2010-2014, constituant ainsi un ensemble de données de panel qui permet d’adopter une approche comparative internationale.

Les résultats
La mise en œuvre de dispositifs institutionnels spécifiques est nécessaire pour obliger les responsables politiques à rendre compte de leurs actes, réduisant ainsi leurs comportements opportunistes et le niveau de corruption. Les auteurs constatent un rôle déterminant joué par les réformes de la comptabilité publique dans la réduction de la corruption et montrent que la corruption recule lorsque des réformes font progresser la comptabilité publique, avec l’adoption des normes comptables internationales du secteur public (IPSAS) ou de la comptabilité d’exercice. Concrètement, la mise en œuvre des normes comptables internationales du secteur public et l’adoption de la comptabilité d’exercice peuvent atténuer l’avantage que les responsables politiques ont sur les citoyens en matière d’information, réduisant ainsi le niveau de corruption. Les auteurs observent en outre que la normalisation des systèmes comptables et l’adoption de principes comptables harmonisés peuvent également contribuer à la lutte contre la corruption.

Article paru dans la Revue internationale des sciences administratives – 2020/4 (Vol. 86), pages 761 à 781 et consultable en ligne (en accès libre)

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Travailler la distance : s’inventer un chez-soi de travail
Par Frédérique Letourneux

Le thème
La sortie du cadre de l’organisation de travail est aujourd’hui facilitée par l’utilisation des outils technologiques qui permet de s’abstraire de la contrainte physique du déplacement. Cette évolution a pour effet de brouiller l’homologie jusque-là structurante du salariat entre temps et espace de travail. Cette question se pose désormais de façon singulière dans un contexte de flexibilisation du cadre salarial (diversification des statuts d’emploi, recours à des contrats courts) et de développement de l’indépendance. Dans cet article, l’autrice développe une comparaison de professionnels qui exercent leur activité à distance d’une organisation et s’intéresse plus particulièrement à la comparaison de situations d’emploi qui sortent du strict cadre du télétravail salarié.

Les données
Cet article repose sur des entretiens semi-directifs menés auprès de 54 enquêtés : des journalistes-pigistes, des graphistes free-lance et des télé-secrétaires parmi lesquels 21 pigistes, 21 graphistes et 12 secrétaires. L’étude porte à la fois sur la manière de vivre le fait de travailler au domicile et sur les arbitrages nécessaires dans l’articulation de leur vie professionnelle et privée. À travers la comparaison de ces trois groupes professionnels, il s’est agi d’enquêter auprès de professionnels ayant un métier qui, sous sa modalité dominante, continue d’être exercé dans un cadre salarié pour interroger la manière dont ce cadre peut jouer comme repère dans les expériences vécues.

Les résultats
L’autrice analyse les différentes logiques sociales et professionnelles et souligne la pluralité des formes que peut prendre le travail quand il se déroule au domicile, à distance de l’organisation. Les arbitrages entre temps et espaces au sein du domicile sont liés à la capacité de l’individu à défendre son identité professionnelle pour soi et pour autrui. Elle fait apparaître quatre configurations spatio-temporelles dans lesquelles se déroule le travail à distance. La première configuration renvoie au fait de vivre sous le mode de la contrainte la confusion des temps et des espaces : elle concerne en particulier des femmes ne dégageant pas suffisamment de revenus de leur activité et vivant sous le mode de la contrainte la clôture sur le chez-soi. La deuxième configuration consiste à mettre en place au sein du domicile un cadre spatio-temporel visant à reproduire le cadre salarié : cette modalité est repérable de façon dominante chez celles et ceux qui sont davantage stabilisés sur le marché de l’indépendance ou de l’emploi. Dans une troisième configuration, le travail n’est pas circonscrit à des plages horaires prédéfinies, et il s’effectue sur un mode nomade dans l’espace du domicile. Enfin, la dernière configuration est le fait d’une minorité de graphistes pour qui la mesure du temps de travail ne peut se réduire à des unités comptables et qui voient donc dans cette organisation du travail une nouvelle façon de définir leur « équation personnelle » dans un cadre dont ils maîtrisent les contours.

Article paru dans la revue Sociologie du travail – 2020/4 (Vol. 62) et consultable en ligne (en libre accès)

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Pour une sociohistoire de l’État régulateur européen
Du gouvernement administratif à la régulation judiciarisée de la concurrence (1962-1982)

Par Lola Avril

Le thème
Le champ politico-administratif européen qui se structure progressivement après la signature des traités de Rome, s’il prend des modalités inédites, n’en demeure pas moins l’héritier des compromis constitutionnels négociés historiquement dans les États membres. Dans la pratique quotidienne de ce gouvernement administratif de l’Europe, l’État européen connaît des reconfigurations importantes qui aboutissent dans les années 1980 à l’affirmation d’un État régulateur. L’autrice analyse ces reconfigurations au prisme de la gouvernementalité définie par Michel Foucault comme un « ensemble constitué par les institutions, les procédures, analyses et réflexions, les calculs et les tactiques qui permettent d’exercer cette forme bien spécifique, quoique très complexe, de pouvoir ». Elle explore le glissement d’une gouvernementalité administrative à une gouvernementalité régulatrice, en interrogeant son assise sociale et professionnelle.

Les données
À travers l’approche par la gouvernementalité, l’autrice apporte une attention particulière dans l’étude des politiques de concurrence européenne. Elle s’appuie pour cela sur l’analyse des dispositifs techniques et procédures d’application des règles concurrentielles européennes dans les années 1970-1980 comme concrétisation des formes de légitimation et des représentations de l’État. En s’appuyant sur un ensemble de sources – archives de la Commission européenne, de la Commission consultative des barreaux européens (CCBE) et entretiens avec d’anciens fonctionnaires et avocats –, la reconstitution de la controverse autour des procédures concurrentielles européennes permet de saisir la genèse de l’État régulateur et l’affirmation de sa légitimité à intervenir sur les marchés européens.

Les résultats
L’autrice observe qu’au fil des années 1970 le thème apparemment technique de la réforme des procédures d’application du règlement sur les ententes est devenu le point de convergence d’une large coalition réformatrice qui réunit aussi bien des organisations de représentation de la profession d’avocat que des institutions parlementaires, judiciaires et des organisations patronales. Pour les organisations patronales, c’est là un moyen de lutter contre les pouvoirs jugés discrétionnaires de la Commission européenne ; pour la profession d’avocat, une opportunité de s’imposer dans les procédures et donc de s’immiscer dans les relations entre la bureaucratie européenne et les entreprises ; pour le Parlement européen nouvellement élu, enfin, une occasion d’affirmer sa nouvelle légitimité au travers de son rôle de garant des droits fondamentaux et de l’État de droit. La résolution du conflit est à la genèse de l’eurolégalisme et de l’État régulateur. La judiciarisation permet de refonder la légitimité des décisions prises par la Commission européenne et sera à l’origine, dans les années 1980, du développement quantitatif et qualitatif significatif des politiques européennes de concurrence.

Article paru dans la Revue française de science politique – 2020/6 (Vol. 70), pages 773 à 791 et consultable en ligne (en libre accès)

La « modernisation de l'État », indifférente à l'expertise des services en territoires : la réforme de l'administration territoriale de l'État dans les domaines de la cohésion sociale et du développement durable (2009-2015)

Thèse de doctorat en sociologie soutenue le 20 janvier 2020 par Sylvère Angot à Paris-Est, dans le cadre de l’école doctorale Organisations, marchés, institutions (Créteil), en partenariat avec le laboratoire interdisciplinaire Sciences, Innovations, Sociétés sous la direction de Vincent Spenlehauer


La « modernisation de l’État » est une thématique récurrente des exécutifs qui se succèdent à la tête du pays. La réforme de l’administration territoriale de l’État (RéATE) lancée en 2010 modifie durablement le paysage des services déconcentrés et porte des dynamiques contradictoires. La réforme s’appuie sur certains objectifs du new public management : performance de l’action publique, réduction des coûts et des effectifs, fusions de services, « mutualisation des fonctions support », développement d’agences, informatisation du service public. Mais elle délaisse d’autres principes de cette doctrine : expertise territoriale, évaluation de l’action publique, nodalité territoriale, prélèvement d’informations sur le social, remontées d’expérience.

La RéATE renforce un échelon régional déconcentré chargé du pilotage, de la coordination, de l’observation et de l’évaluation des politiques publiques (notamment les DREAL et DRJSCS). Mais le développement de cette expertise rare, de haut niveau, se heurte à de nombreux défis : celui de la formation des fonctionnaires pour assurer ces missions ; celui de l’incertitude générée par la dissociation entre services régionaux (maintenus sous la tutelle ministérielle) et départementaux (rapprochés de la tutelle préfectorale) ; celui des concurrences de légitimités entre des services déconcentrés affaiblis, des agences renforcées dans leurs prérogatives budgétaires et des collectivités territoriales bénéficiant de transferts de compétences. La déconcentration apparaît en déclin dans le système institutionnel français, alors que les interfaces entre l’État et les collectivités territoriales sont peu investies. Enfin, la réforme véhicule une vision et des méthodes profondément institutionnelles et centralisatrices. La réorganisation institutionnelle exclut une réflexion sur l’expertise locale, les contenus professionnels des missions, les ajustements mutuels partisans entre acteurs.

Cette thèse se situe dans la perspective du récit de tensions existantes dans le champ bureaucratique, entre la « modernisation » portée par l’exécutif, le ministère du Budget, la « haute noblesse d’État » d’une part, et la lutte des ministères sectoriels et des services territoriaux pour maintenir leurs fonctions et leurs conceptions de l’État d’autre part. Trois analyses de politiques publiques sont mobilisées pour traiter cette problématique. Dans le champ de la « cohésion sociale », l’autrice montre que la convergence des politiques d’hébergement et d’accès au logement des personnes défavorisées s’effectue principalement à l'échelon départemental. L’étude de l’extinction du corps des conseillers d’éducation populaire et de jeunesse pose la question du maintien d’une expertise de conseil et de relais des problématiques territoriales au sein de l’appareil d’État. Le cas des politiques de rénovation énergétique de l’habitat présente un paysage complexe, situé entre plusieurs secteurs de politiques publiques (logement, énergie-climat, industrie, politiques sociales), montrant la difficulté à construire une coordination des dispositifs nationaux et locaux dans le champ du « développement durable ».

Cette thèse est consultable en ligne (en libre accès)

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L'utopie de la gouvernance en temps réel des villes : « Big data » et nouvelles politiques de l'énergie de la Métropole de Lyon

Thèse de doctorat en Science politique soutenue le 8 octobre 2019 par Yasser Wahyuddin dans le cadre de l’École doctorale Sciences sociales (Lyon) en partenariat avec l’équipe de recherche Environnement, ville, société (Rhône) de l’Université Lumière (Lyon) et du laboratoire Environnement – ville – société / EVS (CNRS) sous la direction de Fabrice Bardet


Le développement contemporain des technologies de l’information et de la communication (NTIC) et des équipements numériques individuels est aujourd’hui à l’origine d’une telle profusion de données – caractérisée par la notion de big data – que les modes de vie et d’organisation des sociétés seraient promis à de profonds bouleversements.

Les villes, qui contribuent massivement à la production et à l’utilisation des données numériques issues des équipements individuels, sont présentées comme les lieux propices aux changements les plus importants, d’autant plus que les défis auxquels sont confrontés les gestionnaires urbains sont toujours plus ambitieux, l’exigence de la qualité de service allant grandissante en même temps que se raréfient les ressources budgétaires et que croissent les enjeux écologiques ou environnementaux appelant à un « tournant vert » des économies et des programmes d’action publique. De ce point de vue, le développement des NTIC se présente comme l’un des moyens de faire face à ces nouveaux enjeux. Mais comment, concrètement, ces changements vont-ils intervenir ? La question se pose en particulier de la modification des modes de gouvernance des métropoles que les big data pourraient provoquer. C’est à cette étude que se consacre cette recherche.

De manière plus précise il se manifeste aujourd’hui beaucoup d'enthousiasme quant aux opportunités créées par les big data pour offrir des outils de gestion des systèmes « en temps réel », en remplacement des modèles anciens bâtis sur des données générées à partir de processus longs : enquêtes, extractions de registres, etc. Mais cette bascule dans la production des données de la modélisation sera-t-elle sans effet sur la nature des réflexions conduites ? Il se pourrait que la structure même des politiques de planification stratégique menées par les acteurs publics comme par les acteurs privés soit modifiée en profondeur.

Parmi les activités de planification stratégique, celles concernant le secteur de l’énergie jouent un rôle fondamental pour soutenir les activités socio-économiques. Dans cette perspective, ce projet vise la transformation des modes de gestion urbaine dans le secteur de l’énergie, du fait de l’introduction des big data. Cette recherche est consacrée à l'analyse de l'impact de la mobilisation et de la gestion des big data sur les modes de gouvernance de la Métropole de Lyon, en s’appuyant spécifiquement sur la politique de gestion de l’énergie. Une démarche d’entretien semi-directif, faite avec les services de la Métropole et avec Smart Electric Lyon (SEL) (projet engagé par le groupe EDF dans l’agglomération), alimente cette recherche.

Cette thèse est consultable en ligne (en libre accès)

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Le contrôle de gestion dans les collectivités territoriales en contexte austéritaire : modèle de transformation et transformation des modèles

Thèse de doctorat en sciences de gestion soutenue le 8 décembre 2020 par Léonard Gourbier dans le cadre de l’école doctorale de Sciences économiques et de gestion d’Aix-Marseille (Aix-Marseille Université), en partenariat avec le Centre d’étude et de recherche en gestion d’Aix-Marseille sous la direction de Nicolas Aubert et d’Emil Turc


La crise économique et financière de 2008 a eu de graves conséquences sur les finances publiques des États. Ainsi, à partir des années 2010, de nombreux pays se sont tournés vers des politiques d’austérité pour tenter de restaurer leurs grands équilibres budgétaires. En France, les collectivités territoriales ont été directement impliquées dans cet effort de redressement. Elles ont dû s’adapter à un contexte inédit pour elles, marqué par une raréfaction des ressources et de nouvelles contraintes budgétaires. La thèse étudie le processus de transformation du contrôle de gestion territorial en contexte austéritaire. Elle mobilise la théorie du changement de Poole et Van de Ven (1995) pour éclairer les phénomènes de changement de contrôle de gestion. Elle analyse le processus de transformation du package de contrôle de gestion des collectivités territoriales en contexte austéritaire.

La thèse propose des études de cas longitudinales et comparées de quatre collectivités territoriales ayant dû réagir au contexte austéritaire. Des entretiens menés auprès des managers, la collecte de documents internes et quelques phases d’observation permettent à l’auteur de retracer les évolutions du contrôle de gestion de ces organisations au cours de la dernière décennie.

Les résultats montrent que le management de l’austérité se traduit par des transformations importantes dans les dispositifs de contrôle de gestion des collectivités locales. Celles-ci ne se limitent pas aux seuls éléments budgétaires et financiers. En effet, de très nombreux dispositifs de contrôle, formels et informels, sont modifiés sous l’effet du contexte austéritaire. Cela montre que les collectivités territoriales mobilisent une grande diversité de dispositifs de contrôle de gestion en réaction au contexte austéritaire. On constate que l’environnement de ces dispositifs de contrôle de gestion a, lui aussi, connu de profonds bouleversements (culture de gestion, structure organisationnelle…). Les résultats de la thèse mettent également en lumière les grandes tendances dans l’évolution du contrôle de gestion des collectivités territoriales, malgré des trajectoires de changement différentes. La thèse en tire des conclusions sur les modalités et les enjeux des phénomènes de transformation des dispositifs de contrôle.

Cette thèse est consultable en ligne (en libre accès)

Dans la collection Gestion publique de l’IGPDE

Faire preuve par le chiffre ?
Le cas des expérimentations aléatoires en économie

par Arthur Jatteau
484 pages au prix de 36 €
ISBN : 978-2-11-162088-9

Accès ouvert en HTML

Disponible en Epub au prix de 11,99 € sur OpenEditions

Cet ouvrage est tiré de la thèse d’Arthur Jatteau pour laquelle il a reçu en 2017 le Premier prix de thèse de la Cour des comptes.

L’obtention en 2019 du « Nobel » d’économie par Esther Duflo et ses collègues Abhijit Banerjee et Michael Kremer marque le sacre d’une méthode d’évaluation d’impact : les expérimentations aléatoires. Dans cet ouvrage, Arthur Jatteau s’interroge sur la nature de cette « preuve par le chiffre ». L’histoire – méconnue – des expérimentations aléatoires mérite d’être défrichée, car elle offre des pistes intéressantes pour comprendre leur succès aujourd’hui et, plus encore, leurs limites. La construction de la « preuve par le chiffre » est explorée, en insistant sur ses effets heuristiques et politiques. Que vaut la preuve produite par les expérimentations aléatoires ? Pour y répondre, l’auteur mobilise une diversité de sources, s’appuyant sur de nombreux entretiens, des analyses précises de plusieurs démarches d’évaluation de politique publique et des enseignements de nature générale sur la portée réelle des méthodes statistiques d’évaluation et sur la nécessité de les compléter par des approches de terrain.

Ce livre apporte ainsi des éléments novateurs de réflexion méthodologique, en particulier sur l’utilisation combinée de méthodes quantitatives et qualitatives dans les travaux d’évaluation. Il conclut d’ailleurs son ouvrage par un chapitre sur « quelques recommandations pour l’action publique ».

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