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L'Oeil du chercheur : Actualité de la recherche en gestion publique

L'Œil du chercheur

L'Œil du chercheur présente des résumés d'articles publiés dans des revues scientifiques consacrées à l'action publique, des thèses récemment soutenues dans le champ de la gestion publique.

Il y a 30 ans, le ministère des Finances quittait le Louvre pour s’installer au 139, rue de Bercy. Pour célébrer cet anniversaire, la revue Gestion & Finances publiques dédie un dossier aux ministères économiques et financiers.

Ce dossier est disponible en ligne à l’adresse : Gestion & Finances publiques

Dans ce dossier sur les 30 ans de Bercy, la revue Gestion & Finances publiques souhaite donner à connaître à ses lecteurs cette institution au cœur de la gestion et des finances publiques.

Plusieurs directions du ministère ont contribué à ce dossier avec de courts articles sur leur évolution au cours de ces 30 années et sur leurs perspectives, avec notamment :

  • le Secrétariat général des ministères économiques et financiers ;
  • la Direction générale des finances publiques ;
  • la Direction générale des douanes et des droits indirects ;
  • la Direction générale de la concurrence et de la consommation ;
  • la Direction des affaires juridiques - du contrôle général économique et financier.

Ce numéro reprend également un dossier publié par le Moniteur des travaux publics (no 6042 du 9 août 2019) qui montre comment ce bâtiment n’a pas vieilli, s’adapte en permanence et constitue un cadre de culture et de travail, de référence lui aussi. Enfin, un article sur le centenaire de la Direction du budget vient célébrer également cet autre anniversaire.

Adapté de la présentation du dossier par Michel Le Clainche.

Une banque comme les autres ? Les mutations de Proparco et de la finance administrée

Antoine Ducastel, sociologue du développement et chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique (CIRAD)

Article paru dans la revue Actes de la recherche en sciences sociales - 2019/4 (no 229), pp. 34 à 45

Le thème
À travers l’étude monographique de Proparco, une institution financière publique engagée dans le secteur de la coopération et du développement international, l’auteur cherche d’une part à restituer le processus historique de financiarisation de l’investissement public et d’autre part à proposer des pistes de réflexion quant aux transformations récentes des institutions financières publiques dans leur ensemble. L’article décrit la « financiarisation de la finance administrée » en étudiant la manière dont les pratiques de gestion d’un acteur mineur mais emblématique de la finance administrée française (Proparco) ont été progressivement calquées sur celles en vigueur dans la finance de marché. Il montre comment cette mutation a reposé sur une conversion de ses dirigeants, ceux-ci ne voyant plus leur activité comme partie prenante du travail de planification de l’État, mais comme une activité de gestion financière des risques.

Les données
La première partie se concentre sur les normes de la finance administrée et leur évolution au cours des quatre dernières décennies. Puis, l’analyse des carrières et de la réorganisation du travail quotidien permet de saisir, par le bas, les ruptures et les continuités dans l’histoire de l’institution. Cette analyse s’appuie sur différents entretiens menés avec les anciens directeurs et des chargés d’affaires de Proparco. La troisième partie s’attarde sur les différentes facettes de la financiarisation de Proparco en explicitant ses rouages et ses vecteurs d’une part, les tensions qu’elle suscite d’autre part. Tout au long de ces trois parties, une comparaison est réalisée avec l’Agence France Développement et la Banque publique d’investissement afin de montrer l’existence de dynamiques communes mais également que Proparco demeure une structure avec sa propre identité.

Les résultats
À l’issue de ce travail, l’auteur observe au sein de Proparco un double mouvement de rationalisation à la fois du travail financier et du travail politique. Malgré la permanence de certaines normes professionnelles, comme la centralisation de flux publics et privés ou une légitimation de son activité en termes d’intérêt général, le travail en interne a été largement réorganisé autour de la gestion du risque. La financiarisation du travail et du personnel s’explique à la fois par le renouvellement partiel des circuits de financement de l’action publique en général et des institutions financières administrées en particulier, mais aussi et surtout par un processus de socialisation de ses professionnels à la finance de marché.

La voix de l’Union européenne sur Twitter : de l’usage de la diplomatie publique par le Service des affaires étrangères (SEAS)
Anne-Marie Cotton, enseignante-chercheuse en sciences appliquées à l’université de Gand

Article paru dans la revue Communication & Management – 2019/2 (Vol. 16), pp. 51 à 64 et
accessible en ligneici

Le thème
Les réseaux sociaux occupent une place croissante dans la stratégie de communication des organisations publiques. La présence sur, et l’utilisation de, la plateforme sociale Twitter par le Service européen des affaires extérieures (SEAE) illustre comment l’Union européenne (UE) utilise la diplomatie publique pour négocier ses intérêts propres avec les pays hors UE ou avec les organisations internationales par le biais de son discours public publié sur Twitter. La diplomatie publique s’appuie davantage sur les pouvoirs culturels et éducationnels que sur les pouvoirs militaire et économique – la diplomatie traditionnelle. La diplomatie publique se réfère aux activités de communication des États et vise à agir non plus sur les seuls gouvernements, mais directement sur les sociétés et les publics de l’arène globale. Elle a quatre fonctions principales : 1. procéder à une diffusion ouverte d’informations sur les positions officielles des États ou organisations internationales, 2. informer les médias étrangers sur les positions diplomatiques, 3. favoriser les relations et les échanges de positions avec des publics hétérogènes, et 4. développer une politique d’échanges culturels.

Les données
L’enquête utilise une approche qualitative en analysant le contenu du discours public du SEAE sur son compte. L’échantillon est composé de 340 tweets (du 8 mars 2017 au 6 avril 2017) encodés et interprétés en y appliquant les indicateurs propres au microblogging. Le contexte du tweet a été catégorisé en le connectant aux thématiques propres au SEAE avec cinq objectifs et cinq axes stratégiques. Le niveau cognitif des tweets est analysé en identifiant les thèmes qui y sont abordés à la lumière des catégories propres à la diplomatie publique (13 thèmes spécifiques).

Les résultats
L’analyse conclut que le SEAE applique et développe les objectifs stratégiques de la diplomatie publique, car ces tweets encouragent les publics qui le suivent à soutenir les politiques de l’UE (41,17 %). Cela favorise la compréhension de la raison d’être de l’UE (53,53 %), contribue à créer les conditions nécessaires à la compréhension des valeurs de l’UE (27,94 %), aide à la bonne compréhension, au respect mutuel et à la confiance en vue d’accroître les possibilités de coopération (40,88 %), et permet le développement de réseaux de relations personnelles entre les communautés de leaders actuels et futurs (32,94 %). Pour autant, même si la plateforme Twitter est un vecteur d’influence qui contribue à modifier la manière d’informer du SEAE, elle n’en transforme pas pour autant la fonction d’information unidirectionnelle en communication bidirectionnelle.

Territoires, bien-être et politiques publiques

Yann Algan, professeur d’économie à Sciences Po Paris
Clément Malgouyres, économiste-chercheur à l’Institut des politiques publiques
Claudia Senik, professeure d’économie à l’université Paris-Sorbonne et à l’École d’économie de Paris

Article paru dans la revue Notes du Conseil d’analyse économique, 2019/7 (n° 55), pp. 1 à 12 et
accessible en ligne ici

Le thème
La crise des Gilets jaunes a fait éclater au grand jour le malaise d’un grand nombre de territoires en France. De nombreuses hypothèses ont été avancées pour expliquer les déterminants qui ont conduit à cette crise sociale. Les variables socio-économiques et géographiques ont été mobilisées pour essayer d’appréhender cette mobilisation sociale. La dimension territoriale explorée dans cette note ne correspond ni à une localisation purement géographique, ni à une typologie des villes et des agglomérations en fonction de leur taille : il s’agit davantage des caractéristiques de l’environnement immédiat des personnes, de leur commune. La note s’intéresse donc aux conséquences des évolutions connues par les communes d’habitation au cours des dernières années sur le malaise éventuel de leurs habitants.

Les données
Les auteurs s’attachent à mesurer le malaise social dans les territoires à partir de trois indicateurs : 1. la mobilisation locale des Gilets jaunes (via les sources préfectorales), 2. l’abstention aux élections présidentielles de 2012-2017 (via les résultats fournis par le ministère de l’Intérieur), 3. le mal-être subjectif, mesuré au niveau individuel (via l’enquête électorale française menée par le CEVIPOF au cours des années 2017 et 2018). Ils analysent la relation entre les évolutions conjointes de ces trois indicateurs et cinq aspects caractérisant l’évolution des conditions de vie locales : l’emploi, la fiscalité locale, la disparition d’équipements de commerce et de services publics de proximité, le dynamisme immobilier.

Les résultats
L’analyse menée montre que les sources du mal-être local sont multiples : si l’emploi joue un rôle important, l’accès aux services publics, aux services de proximité et aux lieux de socialisation a également des effets significatifs. Ainsi, les auteurs suggèrent de changer d’objectif dans les politiques territoriales en se focalisant sur des programmes qui augmentent le bien-être et la qualité de la vie au niveau local. Cela implique d’identifier les territoires où les pertes de bien-être sont les plus fortes. Les auteurs concluent en faisant quatre recommandations. La première consiste à redéfinir les objectifs d’aides aux territoires en prenant en compte toutes les dimensions du bien-être et non les seuls critères économiques. La deuxième appelle à repenser l’implication de l’État central vis-à-vis des politiques de soutien aux territoires en accentuant l’accompagnement technique et financier à des projets initiés localement, portés par l’ensemble des acteurs concernés, et à promouvoir l’expérimentation. La troisième propose de supprimer les politiques d’exonérations fiscales (zone de revitalisation rurale), qui n’ont pas démontré leur efficacité, et d’utiliser ce budget pour les projets locaux destinés aux territoires ruraux. Enfin, la quatrième préconise que la mise en place du réseau « France Service » puisse également favoriser l’accès à certains services « de base » tels que le commerce de détail ou encore l’hébergement d’associations créatrices de lien social. Ces structures pourraient être polymorphes, hybrides et adaptées à chaque territoire.

Gouverner par l’accompagnement. Quand l’État professionnalise les associations employeuses

Simon Cottin-Marx, docteur en sociologie, post-doctorant au laboratoire techniques, territoires et sociétés (LATTS) associé au CNRS, à l’École des ponts Paris-Tech et à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée

Article paru dans la revue Marché et Organisation – 2019/3 (no 36), pp. 135 à 151 et accessible en ligneici


Le thème
Le monde associatif français se caractérise par une indéniable vitalité – 1,8 million de salariés aujourd’hui, entre 60 000 et 70 000 associations créées chaque année, 22 millions de bénévoles. La puissance publique a largement alimenté cette dynamique, notamment via « l’externalisation » de certaines missions de service public et d’intérêt général (crèches, structures d’aide à domicile, clubs sportifs, établissement d’accueil d’enfants handicapés…). Toutefois, cette externalisation n’est pas synonyme de désengagement, car la puissance publique dispose de nombreux outils pour gouverner le monde associatif. Pour aborder ce sujet, l’auteur traite du « gouvernement par l’accompagnement » en illustrant ce concept par l’exemple du Dispositif local d’accompagnement (DLA), une politique publique créée en 2002 par l’État pour offrir du conseil en gestion aux associations employeuses, visant à consolider leur modèle économique et à les professionnaliser.

Les données
Cet article s’appuie sur une enquête de terrain réalisée par l’auteur en 2013-2015, durant laquelle il a rencontré les différentes parties prenantes du DLA : créateurs du dispositif, administrations, associations porteuses du dispositif, chargés de mission, prestataires. Il s’est également appuyé sur la lecture des documents encadrant sa mise en œuvre (circulaires, guides, documents internes, etc.). L’étude de l’impact du DLA sur les structures bénéficiaires a été réalisée sur la base des données quantitatives extraites du système d’information national du dispositif.

Les résultats
L’auteur analyse le rôle des chargés de mission DLA qui mettent en place le dispositif, accueillent et sélectionnent les associations éligibles et leur diagnostiquent des prestations de conseil en gestion ensuite confiées à des prestataires (cabinets de conseil, consultants). Pour l’auteur, si l’État semble disparaître de cette politique publique, il en reste le pilote, et les objectifs qu’il a fixés sont bien suivis. Le DLA va en effet favoriser l’implantation des outils de gestion dans les structures accompagnées, favorisant une structuration de l’organisation et de la division du travail ainsi que la mise en place de mécanismes de contrôle (règlements intérieurs, organigrammes…). Il encourage aussi le respect du droit du travail et de ses réglementations et favorise la création d’emplois pérennes et salariés. Par ailleurs, la mise en œuvre du DLA contribue également à la diffusion d’une réflexion économique et particulièrement marchande, popularise l’idée d’une nécessaire diversification des ressources et mixité des sources de financement, et met en exergue l’insécurité des financements publics.

Un logiciel libre pour lutter contre l’opacité du système sociofiscal
Sociologie d’une mobilisation hétérogène aux marges de l’État

Sébastien Schulz, doctorant en sociologie à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée

Article paru dans la Revue française de science politique – 2019/5-6 (Vol. 69), pp. 845 à 868 et
accessible en ligne ici


Le thème
La recherche se penche sur le logiciel Openfisca et sur les logiques d’agencement entre les acteurs qui ont permis sa création. Openfisca s’est construit en opposition au monopole d’une ressource informationnelle exclusive possédée par le ministère de l’Économie et des Finances sous la forme d’un microsimulateur permettant ex ante l’évaluation économique d’une réforme sociofiscale. Bien que les règles sociofiscales soient toutes disponibles en ligne sur le site legifrance.fr, leur mise en code ne l’était pas ; quant aux données fiscales, elles étaient inaccessibles en dehors de l’administration au nom du principe du secret administratif. L’auteur cherche à montrer comment les acteurs ont réussi à contourner ce monopole et à importer au sein de l’administration des pratiques inspirées par les communs numériques.

Les données
L’enquête repose sur 28 entretiens conduits avec l’ensemble des acteurs impliqués dans Openfisca (fondateurs, économistes, développeurs, députés, agents de Bercy, etc.) ainsi que sur l’exploitation d’un large corpus documentaire (rapports parlementaires, articles de loi, articles de journaux, billets de blogs). L’auteur mobilise la littérature sur l’open data et les communs numériques pour comprendre une mobilisation qui vise à faire d’un ensemble d’informations publiques opaques et élusives un commun numérique ouvert à tous.

Les résultats
Pour l’auteur, la collaboration d’acteurs publics et non publics situés à la périphérie du ministère des Finances a largement facilité la création de ressources communes à partir d’informations jusqu’alors détenues exclusivement par l’administration. Il ajoute qu’avoir pensé dès la création d’Openfisca à son caractère contributif a permis d’agréger autour de ce logiciel un ensemble de pratiques spécifiques (licence ouverte, plateforme de travail collaboratif, outils de communication accessibles en ligne et logiciel modulaire permettant d’accueillir différents scripts). Enfin, la volonté de différents acteurs de faire d’Openfisca un commun numérique (une ressource numérique produite et maintenue par une communauté suivant ses propres règles de gouvernance et dont la spécificité est un régime de propriété partagée) illustre et questionne le difficile positionnement institutionnel des créateurs et des contributeurs d’Openfisca vis-à-vis de l’État. À la fois à l’intérieur de l’administration et bénéficiant d’une légitimité institutionnelle, la communauté d’Openfisca dépend aussi largement des financements de l’État, ce qui la soumet au principe de subordination de la fonction publique et peut entrer en contradiction avec le principe d’autogouvernement du commun.

La finance de marché à l’ère de l’intelligence bon marché

Charles-Albert Lehalle, chef d’analyse de données au Capital Fund Management (Paris) et chercheur associé à l’Imperial College, Londres

Article paru dans la Revue d’économie financière – 2019/3 (n° 135), pp. 67 à 84 et accessible en ligne ici

Le thème
Alors que les industries de la finance ont été parmi les premières à investir dans les années 1990 dans les plus grandes puissances de calcul et de capacité de stockage de la planète, elles n’ont pas pour autant été à l’avant-garde des innovations produites en matière d’intelligence artificielle (IA). Or, bien que l’IA ne soit pas une discipline nouvelle, les nouveaux outils fournis par les sciences des données l’ont amenée à un nouveau stade lui permettant de « résoudre des tâches complexes, sans être intelligente ». L’auteur s’intéresse à l’impact des nombreuses technologies de l’IA, et des pratiques qui lui sont associées, sur l’industrie des marchés financiers.

Les données
L’auteur trace un historique des développements de l’IA depuis la fin du XIX siècle en insistant sur le rôle des données dans la mise en œuvre de cette technologie. Il s’appuie sur la littérature existante pour décrire différents domaines d’application de l’IA en finance de marché (suivi des clients, gestion des risques, nowcasting) et les transformations organisationnelles liées à sa mise en œuvre, notamment dans l’industrie de courtage. Il s’intéresse particulièrement à la plateformisation des acteurs et aux aspects régulatoires.

Les résultats
L’auteur retrace l’évolution de deux approches complémentaires de l’IA, l’une héritière de Turing, basée sur les lois de la logique et l’exploration rapide et en profondeur d’une multitude de combinaisons, l’autre héritière des travaux de Wiener, basée sur des réseaux de neurones profonds nourris par d’énormes bases de données et s’appuyant sur l’apprentissage statistique. Il souligne l’importance de la constitution de bases de données larges, nettoyées et étiquetées via des plateformes où ces tâches sont réalisées à faible coût par des humains, caractérisant ainsi ce qu’il nomme une ère de l’« intelligence bon marché » plutôt qu’une ère de l’IA. L’auteur identifie plusieurs applications où le rôle de l’IA se développe dans le secteur de la finance de marché, telles que la personnalisation de l’expérience client, l’assistance au conseil investissement, l’intermédiation et l’estimation des risques, la collecte de « données alternatives » pour la valorisation des produits financiers… Pour l’auteur, l’industrie de la finance de marché va être touchée par les innovations secondaires de l’IA dans trois directions : vers les clients et la fabrication de produits sur mesure, vers l’économie réelle et le nowcasting, et vers la gestion du risque. Il observe que ces innovations bousculent déjà l’organisation des acteurs de ce secteur, qui modularisent leurs services et s’organisent en plateformes.

Des pratiques de légitimation et de l’émergence d’un champ : dix ans de coworking parisien

Thèse de doctorat en sciences de gestion soutenue le 1er juillet 2019 par Aurore Dandoy dans le cadre de l’école doctorale de Dauphine (Paris), en partenariat avec le laboratoire Dauphine Recherches en management (Paris) sous la direction de François-Xavier de Vaujany.

Cette thèse porte sur le développement du coworking, un phénomène organisationnel qui a émergé exponentiellement depuis 2005. Le coworking peut être approché par les communautés, les espaces, les pratiques, les valeurs et les dimensions politiques qui lui sont associés. Elle décrit la complexité de ce phénomène, tant par sa diversité et sa nouveauté que par les emprunts à des concepts fondamentaux et anciens. Le coworking apparaît ainsi à la fois comme un phénomène mondial, globalisé et politique, et comme un ensemble de pratiques, de lieux, d’activités, d’événements et de valeurs.

L’auteure s’intéresse plus particulièrement au rôle du manager de communauté et en quoi les pratiques de légitimation du manager de communauté contribuent à l’émergence du champ du coworking. Sa recherche porte principalement sur les espaces de coworking de l’Ouest parisien où elle effectue durant trois ans une autoethnographie en prenant le rôle de manager de communauté, pour comprendre le phénomène « de l’intérieur ». Outre une exploration plus large de l’écosystème parisien du coworking, elle effectue une autoethnographie dans deux terrains que sont l’espace Uni-Lab, un espace de coworking pour étudiants-entrepreneurs, et Sceaux Smart, un espace de coworking indépendant davantage intégré dans le territoire et l’entrepreneuriat.

La thèse identifie 12 pratiques de légitimation du coworking qui ont peu à peu contribué à l’émergence d’un véritable champ du coworking : 1. Performer l’accueil ; 2. Maîtriser le réseautage ; 3. Participer à un événement configurateur de champ (salons, rassemblements…) ; 4 et 5. Se narrer en tant que communauté ; 6 et 7. Organiser des événements ; 8. Organiser l’inauguration de son espace de coworking ; 9. Normaliser et réguler ; 10. Homogénéiser la matérialité ; 11 et 12. Développer les logiques institutionnelles et coconstruire le sens. Parallèlement, l’auteure observe que ces pratiques de légitimation ont remis en question la place de l’individu dans la communauté et dans la société.

Thèse accessible en ligne

Reconnaissance au travail et implication dans le secteur public

Thèse de doctorat en sciences de gestion soutenue le 11 janvier 2019 par Marianne Capdevielle dans le cadre de l’école doctorale Sciences de la Société : Territoires, Économie et Droit (Centre-Val de Loire), en partenariat avec Val de Loire Recherche en Management (équipe de recherche) sous la direction de Patricia Coutelle-Brillet et de Franck Brillet.

La reconnaissance au travail est l’une des attentes les plus exprimées par les individus quel que soit le type d’organisations pour lequel ils travaillent selon une enquête TNS-Sofres/Anact réalisée en 2013. Lorsque les individus évoquent leur travail, il n’est pas rare que le manque, voire l’absence, de reconnaissance au travail soit le premier motif de mécontentement évoqué, et le secteur public n’échappe pas à ce phénomène. En raison de ce contexte, la reconnaissance au travail a fait l’objet de différents travaux de recherche ces dernières années. Cependant, la question de la spécificité des attentes de reconnaissance que pourraient exprimer les agents du secteur public n’a, à ce jour, jamais été explorée.

Dans cette recherche, l’autrice se propose de chercher à spécifier les attentes de reconnaissance des agents publics afin de déterminer les moyens dont disposent les décideurs publics pour tenter de satisfaire ces attentes. De plus, elle étudie également l’impact des attentes de reconnaissance des agents sur leur niveau d’implication organisationnelle. Elle construit un modèle théorique à partir de la littérature en sciences de gestion qu’elle enrichit suite à une première étude qualitative exploratoire menée par entretiens auprès de 35 répondants. Elle mène ensuite une étude quantitative réalisée par questionnaire auprès de 1 259 agents publics, qui lui permet de tester ce modèle.

Les résultats obtenus montrent que les attentes en termes de reconnaissance au travail des agents publics sont nombreuses et peuvent être satisfaites de diverses manières. Celles-ci reposent particulièrement sur le sens de leur travail et le fait de pouvoir rendre une mission de service public de qualité, ainsi que la possibilité de développer leurs compétences. Les éléments qui ont, en revanche, le plus d’impact sur l’implication organisationnelle des agents sont les éléments financiers et la possibilité de travailler dans de bonnes conditions.

Thèse accessible en ligne

Évolution des méthodes de gestion des risques dans les banques sous la réglementation de Bale III : une étude sur les stress tests macroprudentiels en Europe

Thèse de doctorat en sciences économiques soutenue le 11 octobre 2019 par Julien Dhima à Paris-I, dans le cadre de l’École doctorale d'Économie (Paris), en partenariat avec le Centre d'économie de la Sorbonne (Paris) (équipe de recherche et laboratoire) sous la direction de Christian de Boissieu et de Catherine Bruneau.

Cette thèse consiste à expliquer, en apportant quelques éléments théoriques, les imperfections des stress tests macroprudentiels d’EBA/BCE et de proposer une nouvelle méthodologie de leur application ainsi que deux stress tests spécifiques en complément.

L’auteur montre que les stress tests macroprudentiels peuvent être non pertinents lorsque les deux hypothèses fondamentales du modèle de base de Gordy-Vasicek, utilisé pour évaluer le capital réglementaire des banques en méthodes internes (IRB) dans le cadre du risque de crédit (portefeuille de crédit asymptotiquement granulaire et présence d’une seule source de risque systématique qui est la conjoncture macroéconomique), ne sont pas respectées. Premièrement, il existe des portefeuilles concentrés pour lesquels les macrostress tests ne sont pas suffisants pour mesurer les pertes potentielles, voire inefficaces si ces portefeuilles impliquent des contreparties non cycliques. Deuxièmement, le risque systématique peut provenir de plusieurs sources ; le modèle actuel à un facteur empêche la répercussion propre des chocs « macro ».

L’auteur propose un stress test spécifique de crédit qui permet d’appréhender le risque spécifique de crédit d’un portefeuille concentré, et un stress test spécifique de liquidité qui permet de mesurer l’impact des chocs spécifiques de liquidité sur la solvabilité de la banque. Il propose aussi une généralisation multifactorielle de la fonction d’évaluation du capital réglementaire en IRB, qui permet d’appliquer les chocs des macrostress tests sur chaque portefeuille sectoriel, en stressant de façon claire, précise et transparente les facteurs de risque systématique l’impactant. Cette méthodologie permet une répercussion propre de ces chocs sur la probabilité de défaut conditionnelle des contreparties de ces portefeuilles et donc une meilleure évaluation de la charge en capital de la banque.

Thèse accessible en ligne

La revue Action publique. Recherche et pratiques est publiée en partenariat avec

Université Paris Dauphine IISA

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