Avis du Conseil national de la consommation sur la qualité des fruits et légumes frais dans le commerce et sur l’information des consommateurs

NOR :  ECOC0000327V

    Le groupe de travail, dont les rapporteurs étaient M. Vincent Perrot du Collège des Consommateurs et Usagers et M. François Malaterre du Collège des Professionnels, a auditionné tous les partenaires de la filière fruits et légumes et un rapport d’étape a été présenté au Conseil National de la Consommation plénier du 17 décembre 1999, lequel a servi de document de travail pour la table ronde sur la valorisation des produits et l’information des consommateurs aux Assises du Commerce et de la Distribution du 13 janvier 2000.
    Le présent avis ne reprend pas toutes les conclusions de ce rapport. En revanche, il insiste sur les orientations qui lui semblent prioritaires dans le domaine de l’amélioration de la qualité des fruits et légumes et d’une meilleure information des consommateurs.
    L’importance du sujet et sa complexité impliquent que les solutions préconisées soient mises en place rapidement mais ne pourront, à l’évidence, que s’installer dans le temps. Aussi, il apparaît nécessaire que le groupe de travail du Conseil National de la Consommation puisse, chaque année, faire le point sur les évolutions et les progrès réalisés et préconiser les adaptations qui s’imposent.
    Devant la baisse de consommation des fruits et légumes frais, il s’agit pour le CNC de favoriser :
      une amélioration qualitative générale des fruits et des légumes présentés à la vente, et notamment des fruits d’été, sans pour autant augmenter le prix de vente des produits les moins chers ;
      une meilleure possibilité de choix des consommateurs, en améliorant l’information sur la qualité organoleptique, voire nutritionnelle des différentes variétés et qualités présentes et sur la date optimale de consommation ou encore sur les utilisations culinaires.
    La segmentation de l’offre, liée à une bonne identification de la qualité des produits, constitue un objectif à favoriser.

Amélioration de la qualité des fruits et légumes

    1re priorité : renforcer la démarche de filière à travers des cahiers des charges.
    Pour que la qualité puisse se transmettre aux consommateurs, un ensemble de contraintes doit être pris en compte tout au long de la chaîne :
      orienter la recherche sur des variétés plus adaptées aux qualités gustatives souhaitées par les consommateurs, ainsi que sur les interactions variété-environnement en matière de goût et de qualités nutritionnelles ;
      utiliser les connaissances existantes des différentes espèces et variétés et de l’environnement qui conviennent à chacune pour orienter dès maintenant les productions dans le sens d’une optimisation des intrants, d’un lien au terroir (sol, climat), lien qualitatif (goût, texture) et quantitatif (valeur nutritionnelle) ;
      développer des méthodes de récolte, appuyées sur des critères objectifs répondant à un cahier des charges minimum défini au niveau de la filière. Ces critères devront faire l’objet d’un accord interprofessionnel, adaptable suivant les années pour tenir compte de la variation des conditions climatiques. Ces critères, pour être minimum, devront en tout état de cause garantir un produit arrivant en pleine maturité dans un délai tel que le consommateur en sera bénéficiaire, délai qui pourra faire l’objet d’une information au lieu de vente ;
      optimiser les conditions de transport, de conditionnement, de stockage respectueuses du produit ;
      optimiser, à la distribution, le stockage, les conditions de présentation, les manipulations, la surveillance du rayon, afin de conserver les qualités des produits jusqu’aux mains du consommateur ;
      mettre en place les signes d’identification et de différenciation des enchaînements de savoir-faire, de la production à la mise en rayon.
    2e priorité : inciter au développement de la contractualisation entre les acteurs économiques en s’appuyant sur les cahiers des charges qualitatifs minimum définis au niveau de l’interprofession par grandes catégories de produits dans le cadre des commissions de produits des interprofessions (INTERFEL, CNIPT...).
    La contractualisation doit permettre aux producteurs de mieux valoriser les efforts de qualité qui vont au-delà du cahier des charges qualitatif minimum professionnel. Elle doit se traduire par une information concrète aux consommateurs.
    3e priorité : favoriser les conditionnements adaptés à la préservation de la qualité de chaque produit, en prenant en compte ceux qui sont aisément recyclables ou réutilisables de préférence dans plusieurs circuits de distribution.
    En toutes circonstances, les conditionnements doivent permettre au consommateur de bien visualiser l’aspect physique du produit.
    Les études du centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) sont nombreuses sur ce sujet. Le CNC insiste pour qu’elles soient effectivement mises en œuvre et le CTIFL présentera un rapport lors de la réunion annuelle du groupe.
    Pour les produits les plus fragiles, des emballages de vente consommateur sont souhaitables : par exemple, les producteurs de fraises ont développé la présentation en barquettes. Une réflexion au niveau de la cueillette serait souhaitable pour les cerises dès la prochaine campagne.

    4e priorité : développer la formation professionnelle du personnel des magasins, mais aussi des autres opérateurs de la filière en s’appuyant sur les référentiels mis en place par le Centre technique des fruits et légumes relatifs aux préoccupations en matière d’hygiène, de qualité et de bonne manipulation des produits. Cet aspect devra être intégré comme une priorité dans les plans de formation.

Amélioration de l’information du consommateur

    1re priorité : prendre en compte la variété des attentes des consommateurs et leurs désirs en fonction des occasions de consommation par une segmentation de l’offre.
    Ces besoins sont variables selon les produits. Par exemple, les consommateurs souhaitent être informés des modalités d’utilisation de certains légumes. Les efforts faits pour les pommes de terre, par exemple, pourraient être étendus à d’autres produits. Pour d’autres légumes, vendus en vrac et peu connus des consommateurs, une information générique doit être envisagée sur le rayon de vente afin de faire connaître leurs utilisations culinaires possibles, leurs qualités nutritionnelles...
    Pour les légumes encore, une information sur la culture elle-même, du plein champ à découvert à la serre en culture hydroponique, permettra une meilleure possibilité de choix des consommateurs, notamment pour ceux qui cherchent des produits « de saison ».
    Légumes et fruits présentés à la vente devraient porter leur nom variétal plus systématiquement que ne le prévoit la réglementation européenne.
    Enfin, une date de récolte, d’arrachage ou de conditionnement, chaque fois qu’elle est indiquée par le producteur et que l’information est pertinente et vérifiable, devrait être portée à la connaissance des consommateurs.
    Pour les produits frais, les caractéristiques gustatives et culinaires des diverses variétés devraient être soulignées sur le lieu de vente.
    La segmentation de l’offre doit s’accompagner d’une information adaptée et, pour les produits évolutifs, une information sur les dates optimales de consommation est préconisée par le CNC. Bien entendu, la segmentation de l’offre n’a pas pour objectif d’écarter les consommateurs les plus défavorisés des produits de qualité.
    2e priorité : l’étiquetage doit être repensé.
    Certaines indications de la réglementation de l’étiquetage issue de la normalisation européenne, qui avait pour vocation de faciliter les échanges entre professionnels, ne sont pas adaptées aux attentes des consommateurs comme le calibre ou les catégories Extra, I, II..., qui n’impliquent pas des critères gustatifs. La segmentation au niveau des consommateurs doit reposer sur d’autres indications (intérêt nutritionnel, maturité, qualités gustatives...).
    Des expérimentations pourraient être mises en œuvre qui valoriseraient les efforts qualitatifs de la filière amont auprès des consommateurs en leur permettant d’avoir une information sur les qualités organoleptiques. Cette information peut être donnée au travers des signes de qualité ou d’informations commerciales.
    Certains professionnels souhaitent que des indices de satisfaction gustative soient utilisés sur la base des travaux techniques réalisés par le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes. Des expérimentations sont souhaitables pour tester leur compréhension par les consommateurs et leurs conséquences sur les marchés. Le CNC demande à l’interprofession de faire tous ses efforts pour mener à bonne fin ces expérimentations dans les meilleurs délais.
    3e priorité : adapter les informations selon les lieux de vente. La vente de produits peut être valorisée :
      soit en fonction des produits par un personnel compétent qui permet un contact avec le client ;
      soit par une optimisation de l’étiquetage des produits préemballés ;
      soit par un développement de l’information sur le lieu de vente.
    La baisse de consommation des fruits et légumes n’est pas inéluctable. D’ailleurs, l’attachement des consommateurs aux fruits et aux légumes frais de qualité est confirmé par l’engouement pour toutes les formes de vente directe et les marchés de proximité.
    En conclusion, le CNC considère que la réussite des actions préconisées passe par le redressement de la consommation des fruits et légumes frais et par une action collective de toute la filière. Il est souhaitable qu’elle soit soutenue dans ses initiatives par les pouvoirs publics et il est très important que les accords interprofessionnels signés entre les parties soient étendus à tous les acteurs du marché et effectivement contrôlés.
    Comme pour la filière viande, les organisations de consommateurs seront associées aux réflexions de la filière fruits et légumes.
    Le CNC considère que, pour que le grand marché unique profite réellement aux consommateurs, la confiance doit être égale quelle que soit l’origine des produits. Il demande aux autorités françaises d’intervenir auprès de la Commission européenne afin d’obtenir des assurances que les conditions de production, en termes de management environnemental et d’utilisation des produits phytosanitaires, sont équivalents dans tous les Etats-membres en termes de sécurité alimentaire et de respect des réglementations.
    Le CNC souhaite également que l’éducation du consommateur, en matière de qualité nutritionnelle des fruits et légumes, soit promue par des campagnes médiatiques génériques et que la restauration collective (cantines scolaires, restaurants d’entreprises) propose plus régulièrement des fruits et légumes frais de saison, tel que le préconise le GPEMDA dans sa recommandation du 6 mai 1999.
    Les membres du CNC, réunis en séance plénière le 4 juillet 2000, ont adopté l’avis à l’unanimité des deux collèges.

© Copyright Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Emploi - DGCCRF - 18/10/2003