Avis du Conseil national de la consommation sur les produits cosmétiques de protection solaire

NOR :  ECOC0000326V

    Rapporteurs :
    Mme Guillon, pour le collège consommateurs et usagers ;
    M. Paris, pour le collège professionnel.

I. - Le constat

    La recherche scientifique et médicale a permis de mieux connaître les effets positifs du soleil sur l’organisme, en particulier sur l’humeur et sur la synthèse de la vitamine D.
    Mais elle a aussi montré les graves dangers qui pouvaient résulter d’une exposition trop longue ou mal protégée : brûlures ou coups de soleil, intolérance au soleil (« rougeurs » et « allergies »), vieillissement de la peau et même cancer.
    Par ailleurs, la photosensibilité est accrue notamment par la prise de certains médicaments.
    Scientifiques et médecins ont étudié la force du rayonnement solaire. Ils ont pu reproduire et identifier les effets néfastes des rayons ultraviolets A et B (UVA et UVB). Ils ont aussi montré les dommages en profondeur de ces rayonnements tant au niveau cellulaire que moléculaire (ADN, collagène, etc.).
    L’industrie a amélioré l’efficacité de la plupart des produits, notamment en élargissant leur spectre de protection, en incorporant aussi des filtres agissant sur les UVA. Elle a pratiquement réussi à obtenir une harmonisation mondiale de la méthode d’évaluation de la protection (en utilisant un même échantillonnage de 2 mg de produit par cm2 de peau) vis-à-vis de l’érythème, ou coup de soleil, provoqué par les UVB.
    Par ailleurs, il convient de constater que le bon usage des produits solaires est soumis à trois critères :
      le type de peau spécifique à chaque individu ou phototype. Chacun connaît plus ou moins bien sa propension à attraper des coups de soleil. La peau des petits enfants est particulièrement sensible ;
      la force du rayonnement solaire et la durée d’exposition : les rayons ultraviolets A et B (UVA, UVB) et les infrarouges (IR) sont plus ou moins dangereux selon l’heure (le plein midi étant à proscrire dans tous les cas), les lieux (mer, montagne et altitude), le temps (nuageux ou ensoleillé), la durée de l’exposition et l’état de la couche d’ozone ;
      le facteur de protection solaire (FPS) du produit. Ce facteur est le reflet de l’efficacité de ce produit contre le coup de soleil.

II. - La problématique

    Selon leur nature de peau, les individus présentent de grandes inégalités face au soleil. Chaque individu naît avec un capital solaire qu’il doit gérer tout au long de sa vie. Mais les consommateurs ne savent pas comment interpréter les chiffres inscrits sur les produits solaires et ignorent comment les utiliser. En effet, habitués à trouver comme référence un indice de protection (IP) variant de 2 à 25, ils ont vu apparaître une nouvelle échelle, plus large, allant jusqu’à 120. Cette nouvelle échelle est parfois accompagnée de la mention FPS (facteur de protection solaire), dont ils ne connaissent pas le sens, à la place ou en complément de l’IP. Ils manquent également d’information sur certaines propriétés de ces produits : la résistance à l’eau, la périodicité du nécessaire renouvellement de l’application du produit, la nécessité de continuer à protéger la peau lorsqu’elle est bronzée, etc. L’étiquetage et la présentation des produits solaires étant aujourd’hui très confus, les consommateurs ne peuvent les utiliser de manière aussi efficace qu’ils devraient l’être.

III. - L’information

    Pour une meilleure information, le CNC demande :
      que les efforts réalisés pour sensibiliser les populations au bon usage du soleil soient poursuivis et étendus aux informations nécessaires pour une bonne utilisation des produits de protection solaire ;
      que les fabricants parviennent rapidement à une harmonisation totale de la méthode d’évaluation du facteur de protection solaire (FPS) et de la manière de le porter sur l’étiquetage des produits, en collaboration avec les associations de consommateurs et de préférence par voie de normalisation ainsi que le souhaiteraient les associations de consommateurs ;
      que soit réalisée une standardisation des méthodes d’évaluation de la protection contre les UVA et de la manière de porter cette information sur l’étiquetage des produits, en collaboration avec les associations de consommateurs et de préférence par voie de normalisation ainsi que le souhaiteraient les associations de consommateurs ;
      que des travaux soient entrepris afin d’étudier la possibilité d’exprimer les performances des produits pour la protection contre les UVA et les UVB par une seule information compréhensible facilement par les consommateurs ;
      que des travaux soient développés pour permettre à chacun de déterminer son phototype et mieux connaître ses réactions face au soleil. Une telle méthode permettrait d’éviter la prolifération d’objets susceptibles de tromper le consommateur. Ce type de test devrait être validé, voire normalisé ;
      que l’index UV, annoncé lors des émissions de prévision météorologique régionale en France, soit pérennisé et plus largement diffusé ;
      qu’une grille à double entrée permette, en fonction du type de peau de chacun et de l’ensoleillement du jour (index UV) de choisir le produit adapté ;
      que soit réalisée une standardisation des méthodes d’évaluation des caractéristiques des produits liées à leurs performances, par exemple la résistance à l’eau, à la sueur, au sel, etc. et de la manière de les porter sur l’étiquetage des produits, en collaboration avec les associations de consommateurs et de préférence par voie de normalisation ainsi que le souhaiteraient les associations de consommateurs ;
      que lorsque des produits sont plus particulièrement destinés aux jeunes enfants, une information soit faite sur le produit rappelant les conseils sur le bon usage du soleil ;
      que les mentions du type « écran total », ou « protection totale » soient proscrites car elles sont de nature à induire le consommateur en erreur et à le conduire à des comportements dangereux pour leur santé ;
      que le mode d’emploi des produits, figurant sur les récipients, précise bien leurs conditions d’utilisation, en particulier en ce qui concerne le renouvellement de l’application du produit, nécessaires pour une bonne protection ;
      que l’étiquetage précise les conditions de conservation des produits après la première utilisation, en particulier leur durée de conservation.
    Enfin, le CNC s’inquiète de la mise sur le marché de divers objets (parasols et maillots de bain en particulier) présentés comme permettant de filtrer les UVB tout en laissant passer les UVA, ce qui, contrairement à ce qu’affirment les publicités accompagnant ces objets, présente des dangers importants pour la santé des utilisateurs.
    Les membres du CNC, réunis en séance plénière le 4 juillet 2000, ont adopté l’avis à l’unanimité des deux collèges.

© Copyright Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Emploi - DGCCRF - 18/10/2003