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HÔTEL TUBEUF
Rue Neuve des Petits-Champs & rue Vivienne

Ministère du Trésor public

 



Plan de situation
Echelle

HÔTEL TUBEUF
Rue Neuve des Petits-Champs & rue Vivienne
1 hôtel Bautru Colbert
2 hôtel de Toulouse puis de la Vrillière (futur siège de la Banque de France)

Cartographie complémentaire :
• Plan Robert de Vaugondy, 1723-1786 [sur site web BNF Gallica].
• Plan Bretez, 1739, planche 14.

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Un arrêt du Conseil de novembre 1633 décida l’ouverture de la rue Neuve des Petits Champs. L’année suivante, à l’angle de cette rue et de la rue Vivienne, l’architecte Jean Thiriot édifia un hôtel pour Charles Duret de Chevry, président à la chambre des comptes de Paris et contrôleur général des finances. En 1641, année où lui fut « donnée commission pour la charge d’intendant et contrôleur général des finances », Jacques Tubeuf en fit l’acquisition.

Il loua son nouvel hôtel à Mazarin, qui l’acheta à son tour en 1649, y entreprenant de nouvelles constructions : la galerie Mansart dans le prolongement de l’aile ouest, l’aile Richelieu sur la rue éponyme, puis l’aile traversière reliant l’aile Richelieu à l’hôtel Tubeuf. Cet ensemble immobilier, devenu par fait de succession hôtel de Nevers et hôtel Mazarin, demeura dans sa famille jusqu’en 1719. A cette date, les deux hôtels furent vendus, le premier au financier John Law pour l’installation de sa « banque générale », le second à la première Compagnie des Indes.

Nommé président à la chambre des comptes de Paris, Jacques Tubeuf fit bâtir un petit hôtel par l’architecte Pierre Le Muet en 1643-1644, à l’angle des rues de Richelieu et Neuve des Petits Champs. Les hôtels de Chevry et Tubeuf constituèrent ainsi le premier alignement de la rue Neuve des Petits Champs.

L’administration des finances succéda dans ses bâtiments à la Compagnie des Indes un an avant la Révolution. Résidaient encore dans cet hôtel les services d’archives de la première Compagnie, en voie de liquidation à la suite de la suppression de son privilège en 1769, et de la nouvelle Compagnie formée en 1785, ainsi que deux des douze administrateurs de cette dernière.

Le 1er juillet 1788, les cinq nouveaux administrateurs du Trésor et leurs commis prirent possession de l’ancien hôtel de la Compagnie des Indes (Hardy). Louis XVI avait en effet décidé, par un règlement général du 30 mars précédent, de donner une « nouvelle constitution » au Trésor royal : il s’agissait de réunir en un même lieu les services de différentes caisses, répartis selon les années entre la rue d’Artois (rue Laffitte) « pour un exercice impair » et la rue Saint Honoré « pour un exercice pair ». Après la Révolution, l’hôtel représentait la « maison occupée par l’intendance du Trésor public » que visaient les textes d’organisation de la nouvelle administration des finances, et notamment les décrets des 7 août 1789 et 11 septembre 1790. Une législation complémentaire lui confia les bureaux de la Compagnie des Indes (14 août 1790, art. 1er) et supprima les cinq charges d’administrateurs (16 août – 13 novembre 1791).

A la fin des années 1660, Colbert avait installé la bibliothèque royale rue Vivienne dans un hôtel lui appartenant. L’extension progressive vers le sud de la rue des collections d’ouvrages imprimés et de manuscrits débuta avec leur transfert dans l’ancien hôtel de Nevers à partir de 1721. Après la Révolution, la bibliothèque devenue nationale disposait ainsi de murs mitoyens avec les locaux de la Trésorerie nationale. Les risques d’incendie pouvant en résulter marquèrent la première étape d’une réflexion sur le transfert des services de l’administration des finances vers d’autres bâtiments (arrêté du 13 germinal an VII). Toutefois, la réforme de 1788 avait installé durablement rue Vivienne les caisses du Trésor public (pensions et amortissement, guerre, marine, dépenses diverses) autour d’une « caisse générale ». Sous la Restauration, après un bref séjour à l’autre bout de la rue Neuve des Petits Champs (hôtel de Lionne Pontchartrain), le Trésor royal et son inspection générale, la caisse de service et les payeurs généraux furent de retour dans l’hôtel Tubeuf. Ces services faisaient face à d’autres bureaux de l’administration des finances installés dans l’hôtel Bautru Colbert qui abritait le secrétariat général du ministère et les bureaux de la dette publique. Le Trésor demeura rue Vivienne jusqu’en 1826, date de la cession des deux hôtels et du transfert des services rue de Rivoli (hôtel des finances du Mont Thabor).

Après 1721 et la faillite du système de Law, l’hôtel de Nevers fut affecté à la « Bibliothèque du roi », tandis la Bourse était établie rue Vivienne, dans une cour de l’hôtel de la Compagnie des Indes par un arrêt du Conseil du 24 septembre 1724. La Bourse occupait le rez-de-chaussée de la galerie Mansart. Les locaux de l’hôtel Tubeuf, pour partie occupés par certains services de la Compagnie, furent par la suite investis par la « Loterie royale de France » dont les tirages devaient être « faits publiquement dans une des salles de l’hôtel », en vertu des dispositions de l’arrêt du Conseil du 30 juin 1776 (art. 8). La même année, le 24 mars, un nouvel arrêt portait « établissement d’une caisse d’escompte » qui opéra pendant une quinzaine d’années, et qui fut rétablie en 1803 en un autre lieu sous le nom de Banque de France. La caisse fut installée rue Neuve des Petits Champs, « dans la troisième cour de l’hôtel de la Compagnie des Indes » (Almanach royal). L. de Mory fut désigné son caissier général ; il occupait la même charge auprès de la Compagnie des Indes, qu’il conserva près de trente ans jusqu’en 1789. Tous ces services - Bourse, Loterie, caisse d’escompte, Compagnie des Indes - furent supprimés ou déplacés en 1793. Entre 1791 et 1794, une partie de l’hôtel Tubeuf avait été occupée par les services de l’assemblée des Ponts et Chaussées (actuel conseil général des Ponts et Chaussées).

L’emprise des anciens hôtels du président Tubeuf a été incluse dans les plans de l’architecte Henri Labrouste, lors de la construction de la Bibliothèque impériale entre 1854 et 1875. Elle constitue aujourd’hui une partie du patrimoine architectural de la Bibliothèque nationale.

 

Sources bibliographiques

Almanach royal année 1789 : version BNF numérisée.
• Decrusy, Isambert, Jourdan, Recueil général des anciennes lois françaises. Paris : Belin-Leprieur, 1826-1827.
• Diderot, d’Alembert, L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Paris, 1751-1772.
• Hardy, Siméon-Prosper, Mes loisirs, ou journal d’évènements tels qu’ils parviennent à ma connaissance. Chronique, 1764-1789.
• Le Muet, Pierre, Maniere de bien bastir pour toutes sortes de personnes. Paris : François Langlois, 1647 ; Augmentations de nouveaux bastiments faits en France… Paris : Jean Du Puis, 2e éd. 1663 [avec 84 planches des œuvres de Le Muet, gravés par Jean Marot, dont les planches 2 à 5 concernant le petit hôtel Tubeuf bâti en 1643-1644 à l’angle de la rue Richelieu et de la rue des Petits-Champs].

 

 

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