Retour à l'accueil

HÔTEL DE MESMES
42 et 44 rue Sainte Avoye (rue du Temple et passage Sainte Avoye)

Recette générale des finances
Régie de l'enregistrement
Direction générale des droits réunis puis des contributions indirectes

Iconographie complémentaire :
• Hôtel Claude de Mesmes, 71 rue du Temple (photographies E. Atget, 1901, Gallica/BNF)
• Hôtel de Mesmes et de Vergennes, 7 rue de Braque (photographies E. Atget, 1901, Gallica/BNF ; E. Atget, 1906, BHVP cotes XII 33, 34 et 35)
• Hôtel de Saint-Aignan, 71 rue du Temple (photographie Insecula.com)

 



Plan de situation
Echelle

HÔTEL de MESMES (détruit)
42 et 44 rue Sainte Avoye (rue du Temple et passage Sainte Avoye)
Il était situé entre l’hôtel de Beauvilliers – Saint Aignan et l’hôtel de Soubise

La famille de Mesmes, dynastie de diplomates et de magistrats, s’était établie dès la fin du XVIe siècle dans le quartier du Marais.

Au début des années 1630, Henri II de Mesmes, président à mortier au Parlement de Paris, avait acquis un hôtel dans la rue Sainte Avoye. Ce bâtiment, situé à l’emplacement actuel du passage du même nom, avait été l’une des demeures parisiennes des Montmorency : Anne, le connétable, y était mort en décembre 1567 après la bataille de Saint-Denis. L’hôtel, encore dénommé « de Montmorency » à la fin du XVIIe siècle, fut en son temps remarqué (Brice) pour avoir abrité la riche bibliothèque de la famille de Mesmes et avoir inspiré à Gabriel Naudé, le futur concepteur de la bibliothèque Mazarine, son « Advis pour dresser une bibliothèque », dédié à Henri de Mesmes en 1627.

Le diplomate Claude II de Mesmes, comte d’Avaux, surintendant des finances de 1643 à 1647 puis en 1649-1650, avait acquis dans la même rue Sainte Avoye une grande parcelle de forme irrégulière. Sur cet emplacement faisant face à l’ancien hôtel de Montmorency où résidait son frère Henri, il fit élever par l’architecte Pierre Le Muet, entre 1644 et 1647, un hôtel à quatre façades semblables sur cour. Cette résidence est un chef-d’œuvre de l’architecture française du XVIIe siècle, l’une des façades, édifiée en trompe l’œil, masquant l’ancien rempart de Philippe Auguste. Le président du Conseil des finances, Paul de Beauvilliers, duc de Saint-Aignan et gendre de Colbert, acheta cet hôtel en 1688. Ce bien, l’hôtel de Beauvilliers, demeura dans sa famille jusqu’en 1792. Actuellement dénommé hôtel de Saint-Aignan, il a été réaménagé pour l’installation d’un musée consacré à la civilisation juive.

La restauration de l’ancien hôtel de Montmorency fut confiée en 1704 aux architectes Pierre Bullet et Germain Boffrand par l’académicien Jean-Antoine III de Mesmes (1661-1723). Ce neveu de Claude fut nommé premier président au Parlement de Paris en 1712. A ce titre il disposait sur l’île de la Cité d’un « magnifique logement au Palais » (Saint-Simon). Il loua donc son hôtel au financier John Law qui installa sa banque rue Sainte Avoye en mai 1716. Un contemporain, à l’expertise assurée, évoquait une « salle immense, distribuée en je ne sais combien de comptoirs où roulaient l’or et l’argent » (Hénault). Puis la banque de Law devint « Banque royale » et, associée à la création de la première Compagnie des Indes en 1719, fut transférée à cette date rue Vivienne dans une partie de l’ancien palais Mazarin (hôtel Tubeuf).

A la mort du premier président de Mesmes, la bibliothèque familiale fut dispersée (1731) puis les biens immobiliers de la rue Sainte Avoye furent cédés par la succession : la duchesse de La Trémoille les occupait « depuis longtemps » à la fin des années 1770 (Hurtaut). L’hôtel de Mesmes, qui figure sur le plan de Paris gravé en 1762 d’après les relevés du géographe Bernard-Antoine Jaillot, est représenté contigu à un « hôtel de la Trémoille » : cette famille était liée aux Montmorency depuis le milieu du XVIe siècle.

A la veille de la Révolution, l’ensemble immobilier de la rue Sainte Avoye se composait

Le « département des impositions » était doté d’un « caissier général » et d’un « contrôleur général des trésoriers de la Maison du roi ». Il avait en charge la gestion de la « caisse commune des impositions » directes –taille, capitation, vingtième, don gratuit du clergé- et l’expédition de tous les états des finances. Il assurait la surveillance des bureaux des finances et les relations avec la Compagnie des Indes. Une autre partie de ce « département » était disposée place Vendôme (hôtel de Bourvallais) et, à proximité, rue Neuve des Capucines où, à la fin des années 1770, furent transférés, de l’hôtel d’Ormesson, les bureaux du premier commis d’Ailly. Chargée de la direction générale « des vingtièmes du royaume », cette section supervisait les contentieux concernant les impositions directes et la régie des poudres et salpêtres. Elle assurait la vérification des « états au vrai » [compte général de l’exercice] des recettes générales et des comptes des impôts précités, ainsi que l’inspection de leur recouvrement.

En 1789, l’intendant Blondel, chef du « département des impositions » et son premier commis Guillaume eurent en charge avec Necker, directeur général des finances, la surveillance, rue d’Amboise, de la liquidation de la première Compagnie des Indes et, l’administration, rue de Gramont, de la nouvelle Compagnie créée en 1785.

Pendant la période révolutionnaire, les bureaux de la correspondance de la régie de l’enregistrement furent provisoirement installés à l’hôtel de Mesmes. L’administration des domaines obtint ensuite le transfert de ces personnels à l’hôtel de Choiseul, selon les dispositions de la circulaire du 1er mars 1791.

Sous le Premier Empire, le grand hôtel de Mesmes devait accueillir la direction générale de la régie des droits réunis et ses cinq divisions sous l’autorité de son fondateur, le comte Antoine Français de Nantes. Cette régie, chargée de la perception d’un certain nombre d’impôts indirects rétablis par le Directoire, avait été créée en 1804 (arrêté du 5 germinal an XII). Elle devint, sous la Restauration, la direction générale des contributions indirectes, composée de cinq divisions sectorielles géographiques, d’une division dédiée au tabac et d’une septième à la comptabilité. Elle occupait deux hôtels, rue Sainte Avoye et « cul-de-sac Pecquey » (rue Pecquay). Enfin, en application du décret du 8 février 1812, la direction générale reçut la charge de la perception des octrois. La « direction des droits d’octroi et d’entrée de Paris » et sa « halle de déchargement » étaient installées dans le quartier de la Grange Batelière, n° 2 rue Pinon (rue Rossini) dans la seconde moitié des années 1820.

Lors du regroupement des services du ministère des finances en 1825 (hôtel des finances du Mont Thabor), cette grande propriété fut vendue par lotissements. L’aliénation de l’hôtel des contributions indirectes avait été décidée, en même temps que celle de l’hôtel de Choiseul, par la loi du 21 mai 1826 sous le ministère de Villèle. L’ancien hôtel de Mesmes fut en grande partie détruit lors de l’ouverture de la rue Rambuteau en 1838.

 

Sources bibliographiques

Almanach royal années 1720 à 1789 et 1816 à 1830 & Almanach impérial années 1805 à 1813 : version BNF numérisée.
• Archives nationales, Administrations financières et spéciales de l’Ancien régime. Inventaire des sous-séries G1 à G6 (1894 / 1999). [voir notamment acquisition de l’hôtel par la Régie : G2/20, locaux : G2/22, immeubles de la Régie : G2/134, réunion de la régie des aides à la régie générale : G2/32].
• Brice, Germain, Description de Paris. Edition de 1687.
• Decrusy, Isambert, Jourdan, Recueil général des anciennes lois françaises. Paris : Belin-Leprieur, 1826-1827.
• Hénault, Charles Jean François, Mémoires du président Hénault de l’Académie française… Paris : Dentu, 1855 [le président Hénault était fils de fermier général, également président au Parlement de Paris et académicien].
• Hurtaut, Pierre Thomas Nicolas et Magny R. (« ancien premier commis des fermes du roi »), Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs. Paris : Moutard, 1779.
• Ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi. Ministère du budget, des comptes publics et de le fonction publique, Dictionnaire des surintendants et des contrôleurs généraux des finances. Paris : IGPDE / CHEFF, 2006.
• Saint-Simon, Louis de Rouvroy, duc de, Mémoires. Paris : Gallimard / La Pléiade, nouvelle éd. 1983-1988 , tomes V/795 & VII/ 513.

 

 

© Ministère de l’économie, de l'industrie et de l’emploi,
Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique