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IMPRIMERIE NATIONALE
27, rue de la Convention

Imprimerie nationale



Plan de situation Echelle

IMPRIMERIE NATIONALE
27, rue de la Convention

"Marque de l'Imprimerie nationale après la seconde guerre mondiale.
La salamandre rappelle que François Ier créa en 1538 la charge d'imprimeur du Roi pour le grec".
(illustration de couverture du bulletin Impressions, n° 11, avril 1979)

 

L’Imprimerie du Louvre.

En instituant le dépôt légal et en créant le privilège d’« imprimeur du roi », un siècle après l’invention de l’imprimerie, François Ier marqua dès 1536 l’intérêt de l’Etat pour le contrôle des métiers et la maîtrise des productions de l’imprimerie. Le premier directeur de l’Imprimerie royale fut, en 1538, Conrad Néobar « imprimeur du roi pour le grec ». A l’instigation du cardinal de Richelieu, la Manufacture royale d’imprimerie fut créée en 1640. Développée à partir de la petite imprimerie installée dès 1620 au palais du Louvre, elle y demeura jusqu’en 1792. Louis XIII lui confia, outre la publication des actes des Conseils et les impressions de la Maison du roi, la mission de « multiplier et répandre les principaux monuments de la religion et des lettres ».

L’Imprimerie royale était une entreprise mixte. L’Etat possédait seulement quelques presses et ustensiles ; ce dernier terme désignait, lors des inventaires, les poinçons et matrices des divers caractères d’une industrie dont le directeur était à ce titre le « garde des poinçons et matrices du Roi ». Le complément technique et les magasins demeuraient généralement la propriété d’un entrepreneur privé. A la veille de la Révolution, l’Imprimerie royale était le plus grand atelier typographique d’Europe.

L’hôtel de Penthièvre.

Au privilège des impressions administratives et aux publications d’ouvrages de prestige, la période révolutionnaire ajouta de nouvelles missions à l’Imprimerie nationale, la plus importante étant l’impression et l’expédition du Bulletin des lois, créé par le décret du 14 frimaire an II. Son impression fut d’abord réalisée par un établissement spécifique installé dans l’hôtel Beaujon, au faubourg Saint-Honoré. L’année suivante, le personnel et le matériel de cet établissement, trop à l’étroit pour assurer cette mission, rejoignirent l’ « Imprimerie du Louvre » et l’ensemble fut regroupé rue de la Vrillière, dans l’hôtel de Penthièvre. Celui-ci avait été construit par l’architecte François Mansart entre 1635 et 1645 pour Louis Phélypeaux de la Vrillière, secrétaire d’Etat de Louis XIII.

Il existait également, rue Neuve des Petits Champs, dans l’ancien hôtel de la Compagnie des Indes, une imprimerie attachée depuis 1757 à l’administration des loteries. Lorsque cette administration fut supprimée (décret du 27 frimaire an II), son imprimerie fut conservée sous le titre d’ « Imprimerie des administrations nationales » et placée sous la surveillance du ministre de l’intérieur. Deux ans plus tard, ses presses et ses moyens techniques furent à leur tour récupérés par la nouvelle « Imprimerie de la République » : cette opération permit de parachever la centralisation de l’impression et de la diffusion des lois sous la tutelle du ministre de la justice (arrêté du 12 vendémiaire an IV).

Fondée en 1794 et 1809 et réaffirmée par l’ordonnance du 23 juillet 1823 (qui dota aussi l’Imprimerie d’un budget annexe), la législation sur le monopole fut combattue jusqu’à la fin des années 1840 par des ateliers liés à quelques administrations publiques. L’Imprimerie se vit confier progressivement des impressions spéciales : valeurs du Trésor, billets de loterie, brevets, timbres, passeports, mais également l’impression du Bulletin des arrêts de la cour de cassation. Aussi fut-elle soumise, pendant près d’un siècle, au feu des requêtes et pétitions des imprimeurs privés de Paris qui n’acceptaient pas qu’une grande partie des travaux lucratifs leur échappe. Dans les années 1830, l’Imprimerie royale s’était ainsi ouverte à leurs travaux pour « la partie des ouvrages qu’ils auraient entrepris, dans laquelle il se trouverait des caractères orientaux ou quelques-uns des signes particuliers qui existent dans la typographie de cet établissement » (Almanach royal).

L’hôtel de Rohan.

Dès l’an VIII, l’immeuble de l’hôtel de Penthièvre fut réclamé par la Banque de France nouvellement créée ; l’Imprimerie, devenue impériale, dut une nouvelle fois être transférée. Pour la réalisation de cette opération, les deux hôtels de Soubise et de Rohan et le vaste espace paysager qui les séparait furent acquis par l’Etat en mars 1808. Le premier immeuble fut affecté aux Archives impériales, le second dévolu à l’Imprimerie qui s’y installa d’août à novembre 1809.

Pendant la première moitié du XIXe siècle, l’Almanach impérial, puis royal, adressait ainsi le siège de l’Imprimerie : « hôtel Soubise » ou « ancien hôtel Soubise ». En fait, l’hôtel de Rohan ou Rohan-Strasbourg, résidence parisienne des cardinaux de cette ville, avait été construit entre 1705 et 1718 par l’architecte Pierre-Alexis Delamair pour le cardinal de Rohan, l’un des fils du prince de Soubise. Le nouveau dispositif dédié aux bureaux et aux ateliers de l’Imprimerie était situé au n° 87 rue Vieille-du-Temple. L’emprise s’étendait sur une superficie de 8 200 m² (dont 4 850 m² pour la partie bâtie) au milieu des années 1830 et de 10 500 m² un siècle plus tard, lors de la cession de l’immeuble. Cette extension était rendue nécessaire par l’accroissement de l’activité de l’Imprimerie et par la révolution des techniques d'impression. En 1835 fut édifié un atelier de trempage du papier, de 40 m de long avec toiture vitrée, ainsi que des magasins et ateliers de composition et de reliure ; des passerelles joignaient les étages supérieurs des deux hôtels. En 1846, puis de nouveau entre 1852 et 1859, on construisit une extension supplémentaire des ateliers. Par ailleurs, l’établissement, doté d’un budget spécifique, avait dû se résoudre à acquérir des immeubles voisins, sur la rue des Quatre-Fils. Dans le cadre des lois d’acquisition des 29 juillet 1873 et 8 août 1876, l’Imprimerie avait gagné près de 1 000 m² d’ateliers.

A partir de 1870, l’institution prit son appellation définitive d’Imprimerie nationale. L’ouverture d’un grand nombre d’ateliers privés, consécutive à la suppression du brevet d’imprimeur en 1872, menaçait alors le maintien de son monopole d’impression au bénéfice du gouvernement et des administrations centrales. Après 1897 et l’enquête d’une commission issue de son administration de tutelle, le ministère de la justice, l’Imprimerie dut se réorganiser. Son existence n’était plus menacée, mais la plupart de ses bâtiments « tomb[ai]ent en ruine », selon l’exposé des motifs du projet de loi soutenu par Joseph Caillaux, ministre des finances, devant la chambre des députés le 21 décembre 1900.

Après un siècle d’occupation par une régie à caractère industriel, l’hôtel de Rohan était en effet fortement dégradé. Le 25 novembre 1926, devant les sénateurs, le ministre de l’instruction publique jugeait les ajouts de constructions comme « des bâtiments annexes d’un caractère discutable » ; il évoquait encore « toute une série de bâtiments dont les derniers sont tout au plus des baraquements ». La reconstruction de l’Imprimerie nationale, et, à travers cet objectif, l’examen des conditions de travail de ses personnels ouvriers, faisaient périodiquement l’objet de débats publics, dans la presse comme au Parlement. Plusieurs options avaient été ouvertes au fil des ans. Lors de l’examen du budget de l’exercice 1902, les députés abordèrent une nouvelle fois le sujet. Le projet de reconstruction sur place trouvait encore des défenseurs, bien que proposé dès 1853 et rejeté en raison des dépenses exceptionnelles qu’il supposait.

Les débats décisifs eurent lieu le 11 février 1902 à la chambre des députés. Ils opposèrent les parlementaires favorables au site de Montsouris (XIVe arrondissement de Paris) à ceux ayant opté pour la plaine de Javel (XVe). Ce dernier site, proposé dès 1896, représentait désormais le projet du gouvernement. La superficie du terrain à acquérir fut limitée par l’administration des finances à 20 000 m². Les intervenants s’accordèrent sur l’état de délabrement des ateliers de la rue Vieille-du-Temple et sur l’urgence de leur transfert. Le ministre des finances J. Caillaux souligna les avantages d’une telle décision. Au titre du budget de fonctionnement, il insista plus particulièrement sur le coût de l’éclairage artificiel permanent des ateliers, « même au mois de juillet », ainsi que sur la disposition des locaux, inappropriée aux missions de l’Imprimerie et faisant supporter au Trésor des frais de manutention « colossaux ».

Les immeubles de la rue de la Convention.

La loi du 6 avril 1902 autorisa l’installation de l’Imprimerie nationale dans un ensemble de bâtiments à construire, au n° 27 rue de la Convention, dans le XVe arrondissement de Paris, sur un terrain acquis par acte du 21 décembre 1899. Un de ses articles (abrogé vingt-cinq ans après) prescrivait la mise en vente de l’hôtel de Rohan, mais ce dernier fut conservé par l’Etat puis restauré à partir de 1927, date de son affectation à l’administration des Archives nationales : l’hôtel de Rohan complétait le dispositif immobilier de conservation des collections, installées à l’étroit dans l’hôtel de Soubise voisin.

L’Imprimerie nationale, devenue une direction du ministère des finances le 1er octobre 1910, s’installa dans ses nouveaux bâtiments entre 1921 et 1924. Au fil de l’évolution des technologies de l’imprimerie et du marché de l’imprimé administratif, ses locaux connurent une seconde grande phase d’extension dès l’après-guerre :
- en 1950, l’acquisition d’un immeuble au n° 2 rue Paul Hervieu autorisa la disposition d’un magasin de vente, d’ateliers et d’un centre de formation.
- en 1974, le magasin central s’implanta dans la nouvelle usine construite à Douai (Flers-en-Escrebieux). Employant jusqu’à 750 personnes, cette unité de production lourde était notamment chargée de l’impression de l’annuaire téléphonique.
- en 1992, avec l’inauguration d’un second centre de production lourde, l’établissement d’Evry (Bondoufle), l’Imprimerie nationale disposait d’un équipement de 16 000m² sur un seul niveau pour installer ses rotatives, ses ateliers et son magasin de stockage automatique. Cette unité était dédiée à la production de grand tirage : annuaire téléphonique en deux formats, périodiques et formulaires.

La loi du 31 décembre 1993, transformant l’établissement en société anonyme au capital détenu à 100% par l’Etat, instituait également le monopole des impressions destinées aux pouvoirs publics de « documents déclarés secrets ou dont l’exécution s’accompagne de mesures particulières de sécurité » (art. 2). En 1997, l’acquisition de plusieurs sociétés d’imprimerie, dont l’unité de Strasbourg chargée de l’impression offset de magazines et de catalogues, entraina la création du « groupe Imprimerie nationale » pour la gestion de ses sites (Paris, Douai, Evry et Strasbourg).

Mais en 2002, le non-renouvellement du contrat relatif aux annuaires téléphoniques de France Télécom lui faisant perdre près de 40% de chiffre d’affaires, l’Imprimerie nationale se trouva confrontée à d’importantes surcapacités et « qualifiée d’entreprise en difficulté » par la Commission européenne. Le groupe et ses quatre sites de production comprenaient encore en juin 2004 dix filiales, dont quatre contrôlées à 100%. Le plan de restructuration de l’entreprise devait alors envisager un recentrage autour des activités traditionnelles, en partie protégées par le monopole légal (décret du 24 novembre 2006), et leur regroupement sur le site de Douai. Le financement du plan était composé à la fois de subventions et de cessions d’immeubles : la filiale de Strasbourg en février 2005, l’usine d’Evry en octobre 2005 et le siège historique de la rue de la Convention en 2006.

En 2005, la « division feuille », qui imprime en quadrichromie et en tirages réduits livres, catalogues et publicités, a été installée à Choisy-le-Roi, puis le fonds de commerce placé en location-gérance en novembre 2006 au sein d’une filiale ayant pour raison sociale « IN Choisy ». Il a été vendu à la filiale en juin 2007.

 

 

Sources bibliographiques

Almanach royal années 1720 à 1789  et années 1816 à 1830 & Almanach impérial années 1805 à 1813 : version BNF numérisée.
• Commission européenne. Aide à la restructuration de l’Imprimerie nationale. 20 juillet 2005.
• Ministère de l’économie, de l'industrie et de l’emploi. Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Centre des archives économiques et financières, cotes 14 381, B 53608 PH 274/08/155 et PH 278/04/81.
• Ministère de l’économie, de l'industrie et de l’emploi. Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique. Agence des participations de l’Etat. Rapport dur l’Etat actionnaire 2007. p. 124-125 http://www.ape.minefi.gouv.fr
• Ministère des finances. Direction générale de l’enregistrement, des domaines et du timbre. Tableau général des propriétés de l’Etat. Paris : Imprimerie nationale [à partir de 1836].

 

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