Retour à l'accueil

HÔTEL DE BRETONVILLIERS
Rue de Bretonvilliers & rue Saint-Louis en l'Île

Annexe de la Ferme générale


Iconographie complémentaire :
• Raguenet, Nicolas Jean-Baptiste, Vue de Paris au XVIIIe siècle [la pointe Est de l’île Saint Louis], 1757. Musée Carnavalet.

 



Plan de situation
Echelle

HÔTEL de BRETONVILLIERS (en grande partie détruit)
Rue de Bretonvilliers & rue Saint-Louis en l'Île
d’après le plan Bretez Turgot de 1739, pl. 6

Claude Le Ragois de Bretonvilliers, secrétaire au Conseil du roi Louis XIII et financier « ayant des intérêts dans les fermes », fit édifier, entre 1637 et 1642, un palais avec jardin en terrasse dominant la Seine. Cet ensemble immobilier créé sur les plans de l’architecte Jean Androuet Du Cerceau, et complété par six hôtels de rapport dessinés par l’architecte Pierre Le Muet, occupait toute la pointe orientale de l'île Saint-Louis. Ce fut l’un des plus prestigieux hôtels aristocratiques parisiens du XVIIe siècle. Sa décoration intérieure fit l’objet de commandes aux ateliers des plus grands artistes : celui de Simon Vouet pour un cabinet en 1643 ou encore celui de Sébastien Bourdon pour la grande galerie du 1er étage vingt ans plus tard. Le premier de ces entrepreneurs avait déjà réalisé d’importants chantiers pour Claude de Bullion en 1634 (hôtel de Bullion), puis pour le chancelier Séguier à partir de 1636 (hôtel Séguier). On relevait également dans les salons de l’hôtel de Bretonvilliers des œuvres de Mignard et de Poussin (Dulaure).

A partir de 1719, la famille de Bretonvilliers, qui n’occupait plus l’hôtel, en loua les salles à la Ferme générale. Cette dernière y transféra le « bureau général des aides », chargé de la perception des impôts sur les boissons et denrées ; ce service était installé à l’hôtel de Charny, rue des Barres (quartier de l’Hôtel de ville), près du quai de la Grève. On regroupa dès lors sur l'île Saint-Louis la « direction des aydes et entrées de Paris » avec les bureaux du « receveur général des aydes et domaines de France ». A cette époque, la Compagnie des Indes, association de financiers, régissait le règlement de la Ferme générale. L’un de ses directeurs, le fermier général Marin de La Haye, intéressé aux affaires de la régie des aides, avait loué à la Ferme des bureaux à l’hôtel de Bretonvilliers.

Le dénombrement produit par le fermier général Lavoisier donne un aperçu des effectifs de la « régie des entrées de Paris » une quinzaine d’années avant la Révolution : plus de 650 agents dont 470 « ambulants », une cinquantaine auprès de la régie des bières avec ses « contrôleurs jaugeurs » et une centaine à la surveillance des « barrières » établies dans Paris. L’hôtel accueillait aussi le comité préparatoire du conseil de la Ferme, composé de trois fermiers généraux dont Lavoisier.
Mais très tôt, la Ferme générale avait rassemblé autour de son siège du quartier Saint Eustache les plus lucratives de ses activités. S’agissant des aides et des domaines, ces charges étaient assurées depuis les bureaux de l’hôtel de Lussan de la rue du Bouloi dès le début des années 1740 (hôtel Séguier). Trente ans plus tard, la Ferme n’adressait plus à l'hôtel de Bretonvilliers que des services de moindre importance :

En 1790, l’hôtel de Bretonvilliers et ses annexes furent mis sous séquestre en tant que biens d’émigrés, brièvement occupés par une « manufacture de fusils » (décret du 30 juin 1793), partagés entre de nombreux locataires et enfin vendus par l’Etat à l’occasion d’une loterie en mai 1795.

La Ferme générale y avait disposé d’une imprimerie. Dès les années 1740, l’imprimeur-libraire Gilles Lamesle, qui avait reçu la charge de l’ « imprimerie des Fermes du Roy », signait ses réalisations avec la mention d’adresse : « au bureau général des Aydes », puis, vingt ans plus tard, avec celle de l’hôtel de Bretonvilliers. Fin 1791, Pierre Samuel Du Pont, qui fut député de Nemours à l’Assemblée constituante, acquit cette imprimerie à la fin de son mandat grâce à un prêt du fermier général Lavoisier. Avant l’émigration aux Etats-Unis d’une partie de leur famille (1799), les Du Pont de Nemours, éditeurs de Quesnay, de Turgot et de l’Académie des sciences, publièrent nombre de documents visant les administrations financières, et notamment en 1791, dans le cadre des débats de l’Assemblée nationale, les rapports de Pierre Samuel Du Pont sur l’organisation de l’administration des douanes et de la régie des droits d’enregistrement. Imprimeurs-libraires installés rue de la Loi (rue de Richelieu), ils furent également les prestataires de la régie des hypothèques (hôtel de Bullion).

Le pavillon en arcade, surplombant l’accès à la voie privée (aujourd’hui rue de Bretonvilliers) qui desservait cet ensemble immobilier, est l’un des principaux vestiges de l’hôtel de Bretonvilliers. Le bâtiment principal et les jardins ont été détruits lors du percement du boulevard Henri-IV et de la construction du pont de Sully entre 1840 et 1874.

 

Sources bibliographiques

Almanach royal années 1720 à 1789 : version BNF numérisée.
• Bouloiseau, Marc, Bourgeoisie et Révolution : les Dupont de Nemours, 1788-1799. Paris : Ed. du CTHS, 1972.
• De Andia, Béatrice, L’île Saint Louis, Action artistique de la ville de Paris, 1997, pp. 168-175.
• Dulaure, Jacques Antoine, Nouvelles descriptions des curiosités de Paris. Paris : Le Jay, 1787.
• Hillairet, Jacques, L’île Saint Louis. Paris, Les Editions de Minuit, 1967. 285 p. + 7 tableaux généalogiques [dont celui de la famille Le Ragois de Bretonvilliers].
• Lavoisier, Antoine Laurent, Calculs des produits des différents baux de la Ferme générale (…). Manuscrit, 1774. [Lavoisier (1743-1794) était fermier général depuis 1779 et gendre du fermier général Jacques Paulze, directeur de la Compagnie des Indes]
• Lefeuve, Charles, Histoire de Paris, rue par rue, maison par maison. Paris, 1875.
• Pérouse de Montclos, Jean-Marie, Le guide du patrimoine : Paris. Paris, Ministère de la culture, 1994, pp. 141-142.
• Ruelland, Jacques G., Marie-Anne Pierrette Paulze-Lavoisier (…). XVIIIe siècle, n°36, 2004, pp. 99-112.
• Turgot, Anne Robert Jacques & Dupont de Nemours, Pierre Samuel, Œuvres de Turgot ministre d’Etat. Tomes VII et VIII. Paris : Imprimerie A. Belin, 1809.

 

 

© Ministère de l’économie, de l'industrie et de l’emploi,
Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique