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HÔTEL DE BULLION
Rue Plâtrière (rue Jean-Jacques Rousseau)

Régie des hypothèques

 



Plan de situation
Echelle

HÔTEL de BULLION
Rue Plâtrière (rue Jean-Jacques Rousseau)

L’hôtel de Bullion fut édifié entre 1630 et 1635 sur les plans de l’architecte Le Vau. Il occupait une partie du vaste terrain, autrefois compris entre les enceintes de Philippe Auguste et de Charles V, sur lequel les anciens hôtels de Flandre puis d’Epernon s’étaient développés, au XIIIe siècle pour le premier, à la fin du XVIe pour le second. L’emprise étudiée ici était située entre les rues Coquillière, Plâtrière, Verderet et Coq Héron : l’hôtel d’Armenonville occupa vers 1660 l’autre partie de ce même terrain (plan Turgot - Bretez) avant de devenir l’hôtel des postes en 1757. 

L’hôtel de Bullion était surtout connu pour ses boiseries ornant le cabinet du 1er étage ainsi que la grande galerie qui lui succédait, l’ensemble décoré à partir de 1634 par Simon Vouet, premier peintre du roi. Il fut doté de deux entrées : l’une sur la rue Coq Héron, l’autre, principale, sur la rue Plâtrière avec des dépendances sur la rue Coquillière. Sa construction avait été décidée par Claude de Bullion, surintendant des finances (1632-1640) qui créa une monnaie nouvelle, le louis d’or. Un siècle plus tard, l’immeuble abritait le siège d’une nouvelle régie financière, celle des hypothèques.

Une première tentative de législation des hypothèques avait été engagée par Colbert (édit du 21 mars 1673). Mais ce fut Louis XV qui décida, par l’édit du 17 juin 1771, la création du corps des conservateurs des hypothèques, puis celle de la régie des droits d’hypothèques, par lettres patentes du 7 juillet suivant. Pour installer la nouvelle régie, l’administration des finances loua une partie de l’hôtel de la rue Plâtrière : une « sous location » selon le bail de 1771. Ce bail fut renouvelé et autorisé par arrêt du conseil le 25 août 1776.

Le choix d’un nouvel immeuble participait d’un début de démembrement de la compagnie des fermiers généraux, jusque là chargée de la perception de tous les droits domaniaux. A la même époque, l’hôtel accueillit aussi la régie des « greffes, droits réservés et amendes » : ces activités avaient été exclues du bail de la ferme en 1774. En 1781, lors de la mise en oeuvre de la réforme de Necker, l’Almanach royal rappelait à ses lecteurs que les bureaux des domaines, soit six « départements », leurs archives et le caissier général, étaient désormais établis à « l’hôtel de l’administration, rue Coq Héron », sans autre précision (ils y étaient en fait depuis 1779) ; ils y demeureraient « jusqu’à Pâques 1781 », date de leur transfert auprès du contrôleur général (hôtel de Lionne Pontchartrain). Dépendant des bureaux de la rue Vivienne (hôtel Bautru Colbert), M. Nouette de Lorme, « secrétaire du roi », était installé à l’hôtel de Bullion entre 1776 et 1781 : il y exerçait l’office de « caissier du sol pour livre de la revente des domaines aliénés ». Il résidait rue Plâtrière depuis l’année 1772 avec les fonctions de « trésorier général des invalides de la Marine ».

Après la Révolution, les rues de Grenelle et Plâtrière prirent le nom du philosophe Jean-Jacques Rousseau, qui y avait séjourné quelques années, tandis que les bureaux de l’administration des hypothèques étaient regroupés avec les services installés à l’hôtel de Choiseul : l’ensemble constitua la « régie nationale des droits d’enregistrement, de timbre, des hypothèques et des domaines », ainsi désignée par une circulaire du 23 janvier 1792. De 1795 à 1797, la société Du Pont de Nemours fut l’imprimeur de la régie (hôtel de Bretonvilliers).

En 1880, l’hôtel de Bullion fut en grande partie détruit lors de l’ouverture de la rue du Louvre et le reste de son terrain absorbé par l’extension de l’hôtel des postes.

Pendant un siècle, vendu vers 1780 à un particulier, le peintre et marchand de tableaux Paillet, reconstruit et fractionné, l’hôtel de Bullion était devenu un simple lieu d’habitation, ses six grandes salles du rez-de-chaussée hébergeant des concerts ou des ventes aux enchères publiques de meubles, bijoux, livres et tableaux. Un dénommé Chariot figurait ainsi dans la liste des « commissaires-priseurs-vendeurs » de l’Almanach impérial pour l’année 1807, avec pour adresse « rue Jean-Jacques Rousseau, hôtel de Bullion, n° 3 ». Dix ans plus tard, un autre almanach en faisait la résidence du peintre paysagiste César Van Loo, ancien membre de l’académie royale de peinture, en même temps que celle d’un receveur des domaines, d’un maire adjoint d’arrondissement et d’un autre commissaire-priseur. En 1832-1833, Charles Louis Havas y ouvrit un bureau de traduction, première étape vers la création de son agence de presse.

A l’arrière de l’hôtel de Bullion, de l’autre côté de la rue Coq Héron, la famille Delessert résidait au n° 3 à partir de 1786. En 1818, Benjamin Delessert, régent de la Banque de France de 1802 à 1847, fonda la Caisse d’épargne de Paris avec un groupe de banquiers et d’hommes d’affaires. La Caisse fut installée au n° 9 de la rue Coq Héron à partir de 1844. Cet hôtel avait appartenu au fermier général Thoynard de Jouy pendant une vingtaine d’années, jusqu’au début des années 1750. Quant à la banque Delessert, elle s’établit rue Montmartre, à l’hôtel d’Uzès qui venait d’être cédé par la direction générale des douanes, au milieu des années 1820.

 

Sources bibliographiques

Almanach royal années 1720 à 1789 & Almanach impérial années 1805 à 1813 : version BNF numérisée.
• Archives nationales, Administration financière et spéciale de l’Ancien régime. Inventaire des sous-séries G1 à G6. Index. 1999, 123 p. [cf. bail de location : G2/20 et 169]
• Decrusy, Isambert, Jourdan, Recueil général des anciennes lois françaises. Paris : Belin-Leprieur, 1826-1827.
• Dulaure, Jacques Antoine, Nouvelles descriptions des curiosités de Paris. Paris : Le Jay, 1787.
• Régie de l’enregistrement et du domaine national. Circulaires.
• [Wissemans, Henri] Almanach de 25 000 adresses de Paris pour l’année 1817. Paris : Panckoucke (et autres), 1817.

 

 

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