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Ministère de l’économie, de l'industrie et de l’emploi,
Ministère du budget, des comptes publics et de la fonction publique

139 rue de Bercy

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Des constructions emblématiques



Entre 1987 et 1989, l’administration des finances abandonna le palais royal du Louvre pour venir s’installer à l’entrée Est de Paris où elle devait se créer une nouvelle identité. Une occupation humaine des lieux attestée depuis des temps fort anciens représentait l’un des fondements majeurs de cette identité. « L’exception française est surtout dans le rapport à l’histoire, le rapport à la mémoire, le rapport aux symboles » (Un entretien avec Paul Chemetov, Le Monde, 24 mai 1994).

« Le rapport à l’histoire ».

Au XIe siècle, les lieux-dits « Berci » et « La Rapée » faisaient partie de la paroisse de Conflans (quartier de Charenton à la confluence de la Seine et de la Marne) et du fief de la Grange-aux-Merciers (à la hauteur de l’actuelle rue Nicolaï) sur lequel, trois siècles plus tard, l’abbaye de Montmartre percevait encore des droits seigneuriaux. La terre de Bercy était investie par les cultures potagères, les pâturages et les vignobles (« la vallée de Fécamp »), mais également, depuis le XVIe siècle, par des maisons de plaisance dont les somptueux jardins descendaient jusqu’à la Seine.

Au XVIIIe siècle, le village appartenait au bailliage relevant d’une famille (les Malon de Bercy) dont la seigneurie s’étendait jusqu’à Conflans. A cette famille appartenait le château de Bercy, élégante demeure construite entre 1658 et 1715 par les architectes François Le Vau puis Jacques de La Guépière pour Charles-Henri Malon, intendant des finances de 1709 à 1715. Les Malon avaient conclus des alliances matrimoniales avec de grandes familles de financiers, telles Le Ragois de Bretonvilliers (hôtel de Bretonvilliers) dès 1677, puis Taschereau de Baudry et Taboureau des Réaux en 1734. Notons simplement que le conseiller d’Etat Gabriel Taschereau fut également intendant des finances en 1722, et que Louis-Gabriel, le dernier Taboureau des Réaux, avait été désigné contrôleur général des finances en 1776-1777 pour seconder Jacques Necker, « directeur général du Trésor » de Louis XVI, avant d’entrer au conseil royal des finances en 1777.

A cette même époque, à partir de 1784, une enceinte à mission purement fiscale fut édifiée autour de Paris : elle était connue sous le nom de « Mur des fermiers généraux » (hôtel de la ferme générale). Le long de cette enceinte, haute de plus de 3 mètres, s’échelonnaient une soixantaine de bureaux d’octroi, pour la plupart conçus par l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, et chargés de la perception des droits sur les marchandises entrant dans Paris. Mais avec l’insurrection de 1789 et la suppression par les gouvernements révolutionnaires des services de la ferme générale, l’octroi d’ancien régime fut abandonné, la plupart des bâtiments détruits par le feu, et la perception des droits momentanément confiée à huit « régisseurs des douanes nationales » (décret du 23 avril 1791). Le mur fut remplacé par une ceinture de boulevards, et le futur boulevard de Bercy ouvert dans le cadre d’une ordonnance du bureau des finances du 16 janvier 1789.

Le château de Bercy, élevé dans un site exceptionnel dominant la Seine (en marge de l’actuel bois de Vincennes), était entouré d’un parc aménagé par André Le Nôtre. Au décès du dernier des Malon, le domaine fut en partie vendu à la ville de Paris, le parc loti à partir de 1809, et le château détruit en 1861 permettant l’extension du bois de Vincennes, le passage de la voie ferrée Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) et la construction des entrepôts viticoles (1840 et 1863).

Tout cela intervenait au moment où Napoléon III décidait de faire coïncider les limites administrative et militaire de Paris et de diviser la ville en vingt arrondissements (loi du 16 juin 1859). Le nouveau Paris « intra-muros » rejoignait l’enceinte fortifiée de Thiers, édifiée entre 1840 et 1845 et composée de 23 barrières dont la barrière de Bercy traversant les jardins du château. Cette enceinte fut détruite après déclassement à la fin de la première guerre mondiale et une grande partie la commune de Bercy annexée au territoire de la ville de Paris (loi du 19 avril 1919, art. 10 et 11), aux termes de conventions conclues entre le ministre des finances et le préfet de la Seine.

Parmi les anciens « bastions » de l’enceinte de Thiers, les premiers, dans l’ordre numérique, étaient situés dans l’Est parisien, sur l’actuel boulevard des maréchaux, entre la Seine (bastion n°1 : boulevard Poniatowski) et la porte de Montreuil (bastion n° 11 : boulevard Davout, rue Paganini). En 1923, le ministère des finances avait installé son magasin central des impressions dans cette dernière place, caserne préservée de la démolition (convention du 16 décembre 1912, art. 1er, § f). Le bail conclu par le ministère avec la ville de Paris a pris fin en 1980.

« Le rapport aux symboles ».

Les pouvoirs publics avaient décidé de regrouper l’essentiel des services financiers et de leurs états-majors dans un ensemble de bâtiments ministériels spécifiques, c’est-à-dire conçus, édifiés et aménagés avec cet objectif précis, ceci pour la première fois depuis l’instauration de la République. Sous l’ancien régime… et jusqu’en 1987, les bureaux de l’administration des finances étaient installés dans des hôtels particuliers, d’anciens palais de la monarchie et des immeubles construits a priori pour d’autres affectations (hôtel des finances du Mont-Thabor).

Les groupes d’immeubles de la rue de Bercy ont été imaginé avant tout comme lieux d’architecture et de culture. Leurs constructions s’allongent comme une muraille, haute de neuf étages, le long des voies ferrées de la gare de Lyon et face aux anciens faubourgs de la ville. L’entrée principale (n° 139 rue de Bercy) est établie dans un ancien octroi du XVIIIe siècle, un pavillon semblable formant une symétrie côté Seine (n° 10 quai de La Rapée). Ces pavillons, respectivement ancienne douane et octroi de la « barrière d’eau », sont classés monuments historiques (arrêté du 12 janvier 1962) et dénommés de ce fait « bâtiment H1 » et « bâtiment H2 ». Les régies d’octrois étaient chargées de la perception des droits sur les boissons et marchandises entrant dans Paris, par la voie d’eau ou de terre, et destinées à l’approvisionnement des habitants. Ces taxes ne touchaient pas les boissons et marchandises en transit (arrêté du 29 nivôse an VII).

Le bâtiment principal (Colbert), vaste portique de 350 mètres de long enjambant deux voies publiques et perpendiculaire à la Seine, est établi le long de l’ancien « Mur des fermiers généraux ». Il est séparé par une douve d’une voie de contrescarpe (le boulevard de Bercy) et abrite, à l’intérieur de l’enceinte ainsi constituée, au-delà d’une seconde douve, des bâtiments administratifs plus bas et de conception plus classique qui se fondent avec les immeubles d’habitation et de bureaux fermant le quadrilatère sur la rue Villiot. Les cinq bâtiments sont reliés les uns aux autres par des passerelles, au-dessus des voies publiques, des cours intérieures et des douves. Vitrine de l’art contemporain, le site de Bercy renferme des œuvres d’art d’une grande diversité : peintures, sculptures, tapisseries, mosaïques, dallages ont été réalisés par une vingtaine d’artistes français et étrangers. Ces réalisations, installées en des lieux emblématiques (hôtel des ministres, cour d’honneur, halls d’accès aux bâtiments, douves), devaient se décliner autour du thème de l’argent : œuvres de commande, elles entraient dans le cadre de la réglementation instituant le « 1% artistique » pour les constructions exécutées par le ministère (arrêté du 24 juin 1980).

Avec un front sur pilotis qui plongent dans le fleuve, un accès à la cour d’honneur qui s’effectue par un pont sur la douve et une porte monumentale en bronze, l’hôtel des ministres a été placé dans l’axe de la cathédrale Notre-Dame de Paris, par une construction légèrement décalée par rapport au bâtiment Colbert auquel il est intégré : à l’intérieur de l’hôtel, une bande blanche concrétise cet axe dans le marbre du sol comme la filiation historique que les concepteurs du nouvel édifice souhaitaient entretenir avec les bâtisseurs du Moyen-Age. Ainsi la nouvelle réalisation fermait-elle une boucle, celle inaugurée par la mise en œuvre du « Grand Dessein » qui avait mobilisé la monarchie pendant plusieurs siècles autour du chantier de l’extension du Louvre : ce chantier fut le point de départ du second « axe historique », celui-là vers l’Ouest, vers la Grand’Arche de la Défense.

 

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