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HÔTEL BAUTRU COLBERT
Rue Neuve des Petits-Champs
(emplacement actuel des galeries Vivienne & Colbert)

Régie des domaines et bois
Caisse de la dette publique


 

Plan de situation
Echelle

HÔTEL BAUTRU COLBERT (détruit)
Rue Neuve des Petits-Champs
(emplacement actuel des galeries Vivienne & Colbert)

L’architecte Louis Le Vau édifia entre 1634 et 1637 le premier hôtel particulier d’un nouveau quartier proche du palais du Louvre. Le chantier du lotissement se situait à l’angle de la rue Neuve des Petits-Champs, dont l’ouverture venait d’être décidée par un arrêt du Conseil de novembre 1633, et de la rue Vivienne, le long de laquelle seraient créés les jardins du nouvel hôtel. Le commanditaire en était Guillaume II Bautru, comte de Serrant en Anjou. Bautru était l’un des ministres plénipotentiaires de Louis XIII et membre fondateur de l’Académie française (hôtel Séguier). Sa petite-fille épousa le frère de Colbert. Le ministre de Louis XIV fit l’acquisition de l’hôtel Bautru en 1665, année de sa prise de fonction dans la nouvelle charge de contrôleur général des finances.

Colbert occupa également un hôtel contigu sur la rue Neuve des Petits-Champs, construit peu de temps après l’hôtel Bautru et qu’il acquit, après une longue procédure, auprès de la succession de Claude Vanel, « contrôleur des gages des officiers du parlement de Rouen » (Danjou). L’hôtel Colbert ainsi constitué et réaménagé demeura dans la famille du ministre jusqu’en 1713. Cet ensemble immobilier, ouvrant sur la rue Neuve des Petits-Champs, est représenté sur le plan de Paris du géographe Nicolas de Fer en 1705. Successivement occupé par un ambassadeur d’Espagne, puis à partir de 1719 par les écuries du Régent Philippe d’Orléans, neveu de Louis XIV (plan Bretez de 1739), cet immeuble fut finalement investi par l’administration des finances qui en fit l’acquisition.

L’administration des domaines relevait d’une activité affermée. Au milieu du XVIIIe siècle, les bureaux qui en avaient la charge au titre de l’administration centrale étaient installés à proximité du siège de la Ferme générale, dans les hôtels de La Reynie et de Lussan (hôtel Séguier). C’était en termes de revenus « l’administration la plus importante » (Necker). S’agissant des effectifs, un rapport du fermier général Lavoisier, établi une quinzaine d’années avant la Révolution, précise que la régie des domaines employait près de 900 personnes. Lavoisier dénombra 30 directeurs, 36 inspecteurs, 58 vérificateurs, 608 contrôleurs des actes et 152 personnels ambulants. Divers contrôles s’exerçaient sur les activités des fermiers, notamment la surveillance du recouvrement de l’impôt par les bureaux des finances, et le contrôle administratif des intendants ou directeurs des finances sous l’autorité du contrôleur général (hôtel de Lionne Pontchartrain). Agissant en matière d’administration générale, les bureaux des intendants étaient chargés de la  confection des rôles, de la vérification des états et du suivi des affaires contentieuses.

La surveillance de la gestion administrative des domaines, des bois et des eaux et forêts se trouva peu à peu répartie entre deux intendants. Ils partageaient avec leurs bureaux la responsabilité de l’une ou l’autre de ces thématiques, parmi d’autres qui leur étaient attribuées. Seul Jean-Louis Moreau de Beaumont conserva ce département d’intervention spécialisé pendant une longue période. Il y exerça sa charge à partir de 1756-1757. Son successeur, Debonnaire de Forges, qui le secondait depuis quelques années, hérita en 1778 d’une administration réformée, le « département des domaines et bois ». Ainsi, pendant plus de trente ans et jusqu’à la Révolution, la charge de l’intendant responsable des affaires domaniales fut exercée depuis un hôtel particulier de la rue Vivienne, situé à l’entrée de la rue pour le premier titulaire cité, « près la rue Colbert » pour le second. Le service disposait d’implantations multiples dans Paris en complément de celles occupées par les agents de la Ferme générale.

La nouvelle régie avait été organisée par deux arrêts du Conseil du 14 décembre 1777, puis de nouveau par un arrêt du 9 janvier 1780. Ce dernier créa l’administration générale des domaines et des droits domaniaux. Composée de six départements, d’un caissier général et d’un service d’archives, elle s’établit d’abord dans un immeuble de la rue Coq Héron, « hôtel de l’administration » qui reçut entre janvier 1778 et le printemps 1781 les bureaux des domaines et la recette générale. Puis la régie rejoignit l’immeuble qui deviendra le siège de son administration, rues Vivienne et Neuve des Petits Champs. L’adresse de la rue Coq Héron portée par l’Almanach royal ne permet pas de préciser si l’hôtel en question est le même que celui qui abrita, dans la même rue et au début des années 1740, les bureaux de la « sous-ferme des domaines » pour la généralité de Paris, ou celui que racheta le fermier général Thoynard (hôtel de Bullion) à la même époque.

Par la suite, l’activité de l’administration des domaines s’était accrue de la gestion du bureau des «  parties casuelles » chargé de la taxation des offices non héréditaires, d’un bureau « de distribution des papiers et parchemins timbrés » (hôtel de Bretonvilliers), ainsi que de la recette du timbre extraordinaire. La période révolutionnaire initia un regroupement de services. A sa  création, la nouvelle régie « du droit d’enregistrement » (hôtel de Choiseul) reçut le versement des documents comptables de l’administration des domaines. Cette dernière fut ensuite contrainte à la reddition de ses comptes, en application des dispositions des décrets du 4-14 septembre 1792 et du 24 septembre 1793.

Dès l’époque du Consulat, l’hôtel Bautru Colbert, où ne sont plus gérées les affaires domaniales, reçut la Caisse de la dette publique (hôtel de Bourvallais). Les transferts et mutations de propriété de la dette publique devaient en effet être établis auprès des bureaux de la trésorerie nationale, également situé rue Vivienne (hôtel Tubeuf), en vertu d’une loi du 28 floréal an VII. Sous la Restauration, l’hôtel fut également le siège du secrétariat général du ministère et des bureaux du caissier général de la dette publique. L’ensemble des services fut transféré rue de Rivoli à partir de 1822 (hôtel des finances du Mont-Thabor).

L’hôtel Bautru Colbert a été en partie détruit à partir de 1823, lors du percement des passages Vivienne et Colbert. En 1826, les hôtels Tubeuf et Bautru Colbert ont été mis en vente par l’Etat.

 

Sources bibliographiques

Almanach royal, années 1720 à 1789 et 1816 à 1830 & Almanach impérial, années 1805 à 1813 : version BNF numérisée.
• Danjou, François, Archives curieuses de l’histoire de France… Tome 9. Paris : Blanchet, 1839 [Danjou était bibliothécaire de l’Arsenal à Paris]
• Decrusy, Isambert, Jourdan, Recueil général des anciennes lois françaises. Paris : Belin-Leprieur, 1826-1827.
• Lavoisier, Antoine Laurent, Etat des employés attachés à la Ferme générale. Manuscrit, 1774. [Lavoisier (1743-1794) était fermier général depuis 1779 et gendre du fermier général Jacques Paulze, directeur de la Compagnie des Indes]
• Necker, Jacques, Compte rendu au Roi. Paris : Imprimerie du Cabinet du Roi, 1781.

 

 

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