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INTERVIEW de Marie Guittard, Directrice de l’INAO

Photo de Marie Guittard

1/ Que signifie l’INAO ? Pourquoi et quand a-t-il été créé ?

L’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) est un établissement public du ministère de l’Agriculture. Il a été créé en 1935.Il est chargé de la mise en œuvre de la politique française relative aux produits sous signes officiels d'identification de la qualité et de l’origine : Appellation d'origine contrôlée (AOC), Appellation d'origine protégée (AOP), Indication géographique protégée (IGP), Label rouge, Spécialité traditionnelle garantie (STG) et agriculture biologique (AB). Il a sept missions principales : l’instruction des demandes de reconnaissance sous signes officiels, la protection juridique des dénominations, la supervision des contrôles, la délimitation des zones de production, la protection du foncier, la coopération internationale et l’information sur les dispositifs des signes officiels de qualité et d’origine. Ils concernent plus de 1100 produits : 361 AOC/AOP viticoles, 75 IGP viticoles, 100 AOP agro-alimentaires, plus de 420 cahiers des charges Label rouge. Et on dénombre plus de 36000 exploitations en agriculture biologique. En 2016, environ un quart des exploitations en France avait au moins une production sous AOC/AOP, IGP, Label Rouge ou bio.

 

2/ Quelle est la différence entre l’AOP, l’AOC, l’IGP, le bio, le Label Rouge, la STG ?

Avec une appellation d’origine protégée (AOP), le produit dit d’où il vient : son nom est celui d’un lieu emblématique de son territoire d’origine. L’AOP témoigne d’une culture, d’une tradition, d’un savoir-faire. Depuis la matière première jusqu’au produit fini, toutes les étapes de son élaboration sont réalisées dans ce territoire. A la place d’appellation d’origine protégée, on trouve parfois appellation d’origine contrôlée (AOC). Il s’agit de l’équivalent français de l’AOP.

L’indication géographique protégée (IGP) vient consacrer un savoir-faire local acquis sur un territoire au fil du temps. Au moins une des étapes de son élaboration est réalisée sur son territoire d’origine.

Le Label Rouge quant à lui garantit une qualité supérieure par rapport au produit standard grâce à des conditions de productions plus exigeantes, un suivi régulier et des tests sensoriels.

La spécialité traditionnelle garantie (STG) atteste qu’un produit alimentaire a été élaboré selon un mode de production, une recette ou une composition traditionnelle.

Le bio enfin, c’est la garantie d’une production qui respecte l’environnement, qui assure un haut niveau de bien-être animal et favorise les ressources locales. En agriculture biologique, l’usage des OGM et des produits chimiques de synthèse est exclu.

Enfin, ce qui rassemble ces différents signes officiels, c’est la garantie et le contrôle. Ces contrôles sont effectués par des organismes indépendants accrédités et supervisés par l’Etat.

 

3/ Pour vous, est-ce vraiment important de nos jours de certifier par des labels nos produits de tous les jours ?

C’est important oui, parce que les produits sous signes officiels de la qualité et de l’origine (SIQO) sont d’abord des outils de politique agricole. Ce sont des facteurs de valorisation des productions agricoles et de répartition de la valeur ajoutée entre les acteurs des filières alimentaires. Cette création de valeur repose sur la capacité des SIQO à créer une différentiation de l’offre et à la placer sur des segments de marché rémunérateurs qui mettent les producteurs à l’abri de la volatilité des prix agricoles internationaux.

Les SIQO sont également des leviers de politique alimentaire qui participent à la défense du modèle alimentaire européen fondé sur la diversité et la qualité de l’offre.

Ils concourent enfin à la politique d’aménagement du territoire en permettant le maintien voire le développement du nombre d’agriculteurs et d’emplois dans des territoires souvent fragiles, comme les régions de montagne ou de piémont. Ils participent ainsi à l’attractivité touristique de notre pays et contribuent à son image à l’étranger via les produits exportés.

Les produits sous signes officiels de la qualité et de l’origine sont bons pour tout le monde. Ils sont bons pour les consommateurs car ils permettent d’apporter une diversité de l’alimentation et parce que dans un souci croissant de traçabilité, ils apportent une garantie qui peut rassurer les consommateurs.

Ces produits sont bons pour les agriculteurs parce que c’est un outil de création de valeur. Enfin, ils sont bons pour les régions car ils permettent le maintien voire le développement d’une agriculture qui serait parfois menacée sur certains territoires.

 

4/ Quelle est la place des produits certifiés dans la recherche du développement durable ?

Les producteurs engagés dans des démarches de production sous signes officiels de la qualité et de l’origine, comme tous les producteurs français, s’attachent à répondre aux demandes sociétales, demandes qui se sont exprimées récemment tant dans les Etats généraux de l’alimentation. Cela passe notamment par l’introduction de mesures environnementales dans leurs cahiers des charges, par exemple en imposant l’enherbement des parcelles viticoles pour lutter contre l’érosion et en favorisant le pâturage dans les élevages laitiers...

 

5/ Quel est le frein, selon vous, a une plus grande consommation des produits labellisés par les Français ?

Le premier frein, c’est sans doute un manque de notoriété. Dans la jungle des initiatives privées, marques, labels, logos, on observe une certaine méconnaissance des logos des signes officiels de la qualité et de l’origine et des promesses de chacun de ces signes. L’INAO travaille d’ailleurs actuellement pour renforcer cette connaissance des différents signes par le consommateur. Un site internet, pour le grand public, proposera très prochainement, des fiches sur chacun des produits sous signes officiels avec la possibilité de les géolocaliser et des définitions claires et accessibles des cinq signes officiels.

 

6/ Pouvez-vous me citer des exemples de produits emblématiques pour chacune des appellations ?

Parce qu’ils sont les plus anciens à avoir été reconnus, certains produits bénéficient d’une très forte notoriété. C’est le cas par exemple du Roquefort ou de certaines appellations de nos grandes régions viticoles, les Bordeaux, Côtés du Rhône, du Champagne. Pour le Label Rouge, c’est la volaille qui est sans doute la filière la plus emblématique mais on trouve également des produits label rouge dans d’autres secteurs : tout récemment la merguez et la cerise ont obtenu un label rouge et même des produits de l’horticulture comme le sapin de Noël. Citons également, parmi les tout derniers produits reconnus, la choucroute d’Alsace, qui vient d’obtenir l’IGP, ou encore le kintoa, une viande de porc basque, qui est devenu fin 2017 la 100e AOP agroalimentaire.


Par Juliette DUPUIS