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Les femmes et la gastronomie

Femmes et gastronomie : un sujet actuel qui paraît difficile à résumer. Pourtant il existe un mouvement dans l’air du temps qu’on ne peut ignorer : les femmes dans la gastronomie s’affirment, excellent, et plaisent. On les voit partout : à la télévision en tant que chef comme Ghislaine Arabian, et Stéphanie Le Quellec dans Top Chef, ou comme animatrice et tant d’autres choses pour Julie Andrieu. On les aperçoit aussi dans les librairies depuis longtemps pour certaines, comme Françoise Bernard et ses classiques. On ne les compte plus, enfin, dans les domaines artistiques (styliste culinaire, photographe) et dans les métiers de bouche.

Cependant, cette  tendance ne doit pas masquer la réalité : dans certains domaines, la représentativité féminine n’est pas ce qu’elle devrait être.

La haute gastronomie, tout particulièrement, est le symbole des barrières et blocages encore opposés aux femmes. Sans vouloir tomber dans des banalités caricaturales, il n’y aurait que 10% de femmes dans la restauration haut de gamme. Dans l’inconscient collectif, souvent, la femme en cuisine est synonyme de traditions, de famille, et non de créativité.  Les femmes chefs, si légitimes aujourd’hui, ont du batailler, qu’elles le revendiquent ou non. Rien n’a été pensé pour elles dans les cuisines. Le matériel parfois inadapté, les conditions rudes d’exercice du métier, ou encore la dureté du comportement  en cuisine ne sont pas que des clichés. Etre une femme et endurer un état d’esprit souvent misogyne, ou un rythme de travail presque militaire, n’est pas facile, surtout quand on veut le concilier avec la volonté d’être mère.  Et quand ces difficultés sont surmontées, il  faut s’imposer comme leader. Ceci n’est pas toujours une évidence, bien que rien n’empêche l’autorité naturelle de plusieurs femmes de tête. Anne-Sophie Pic est, par exemple, un personnage hautement respecté de la profession, mais demeure une exception. Depuis Eugénie Brazier et Marie Bourgeois en 1933, elle est en 2007 une des rares femmes triplement étoilées. Trop d’années ont été nécessaires pour distinguer une autre femme, et il n’y a guère que Marguerite Bise à Talloires en 1951, qui fut reconnue. Jusqu’a très récemment, même la formation était en partie fermée aux femmes. Elle est une mère, elle est au foyer, et « mijote » les petits plats. Elle n’a rien à faire dans le domaine du travail gastronomique, n’est pas faite pour la précision, ou l’imagination. Cette image figée dans la naphtaline était présentée comme une réalité.

Affirmer cela, n’est pas qu’une revendication égalitaire, c’est aussi une revendication d’excellence. La gastronomie ne pourra s’exprimer entièrement dans sa diversité que si la place des femmes, et leur talent, sont définitivement reconnus. Leur légitimité d’exercer doit être entérinée dans une plus vaste mesure pour exprimer et représenter l’excellence, dans une  société où le rôle de la femme a longtemps été prédéterminé.

Rassurons-nous avec l'idée qu'une vraie émancipation est en marche, et les femmes n’ont jamais attendu pour vivre leur passion de la gastronomie. Elles sont souvent gourmandes, actrices de la gastronomie : professionnellement ou en tant qu’amatrices, et porte-voie de celle-ci, au travers de blogs, de livres, et dans leurs métiers. Gageons que cela est déjà une formidable expression des liens entre les femmes et la gastronomie, et n’augure que le meilleur pour l’avenir.