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Fabien Rodhain, écrivain engagé

© Fabien Rodhain

Quelques jours avant le Salon du Livre, Fabien Rodhain nous a présenté sa nouvelle création, la BD "Les seigneurs de la terre". Le romancier auteur "Des semences et des hommes" nous a parlé semences, terre et engagement, charrue et étoiles aussi... Rencontre

Votre première BD Les Seigneurs de la terre est sortie le 10 février dernier. Pouvez-vous nous raconter un peu de son histoire ?

1999. Florian, trentenaire lyonnais, avocat et fils du président de la plus grande coopérative agricole du Sud-Est français accompagne son père pour un voyage d’études en Amérique du Sud. Là-bas, il se rend compte de l’impact qu’ont nos fonctionnements occidentaux, notamment sur les pays du Sud. Il découvre que la monoculture du soja et du maïs, destinés à être exportés vers les Etats-Unis et l’Europe, a des conséquences désastreuses sur la nature et les populations locales. Cette prise de conscience lui fera prendre une grande décision : devenir paysan.

Ce grand écart avec son mode de vie actuel va avoir des conséquences sur ses relations avec ses proches. Il doit convaincre sa fiancée et gérer le conflit avec son père. Agriculteur hyper-productiviste, ce dernier refuse de céder son exploitation à l’agriculture bio que défend son fils. L’histoire pose les bases du conflit qui opposait les agriculteurs bio aux agriculteurs productivistes dans les années 2000.

« Les Seigneurs de la terre », au-delà d’une chronique sociale, est une saga familiale sur le modèle des « Maîtres de l’orge » ou de « Châteaux Bordeaux », dans lesquelles on suit l’évolution du héros avec les difficultés qu’il va rencontrer.

Les semences, la vie

Quel message souhaitez-vous faire passer sur les semences ? Quelle est l’alerte que vous souhaitez donner ?

Les semences, c’est la vie. La monoculture est l’une des raisons de la perte de la biodiversité. À force de vouloir maîtriser le vivant, on le détruit. C’est ce qui s’est passé et continue à se passer. On va sélectionner telle ou telle culture, la remplacer par une ou deux espèces… Tout ceci a des conséquences monstrueuses sur le plan humain. On supprime le cœur du métier d’agriculteur et on crée des conséquences sur les populations en ne conservant qu’une ou deux espèces.

Naturellement, la semence est résistante mais la monoculture l’en empêche et perturbe l’écosystème. Il existe un lien direct entre l’utilisation de pesticides et d’OGM et la création de semences uniques. Ceci est dramatique parce que maîtriser la semence, c’est maîtriser notre vie et par conséquent, maîtriser notre alimentation.

 Votre roman Des Semences et des hommes a été adapté au théâtre peu de temps avant la sortie de la BD. Le rapport à la terre est très présent dans vos travaux, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Ma sensibilité à la terre vient sans doute de mes souvenirs d’étés chez mes grands-parents, d’après-midi passés allongé dans les champs… Cette madeleine de Proust s’est transformée aujourd’hui en sentiment d’urgence par rapport à l’état de la planète. On se demande souvent quelle planète on va laisser à nos enfants. Je préfère m’interroger sur quels enfants nous allons laisser à la planète.

Je suis très touché par les mensonges que l’on nous vend chaque jour. L’alimentation, c’est la vie. Il y a quelque chose d’éminemment humain, du domaine de la survie dans l’alimentation et l’agriculture. C’est pourquoi il faut informer, sensibiliser, créer une œuvre pédagogique. Il faut « proposer d’avantage de prendre conscience de notre inconscience », comme le souligne joliment Pierre Rhabi dans la préface des « Seigneurs de la terre ».

Le travail de l'écrivain est-il comparable à celui du paysan ?

(Rires) Je ne sais pas si les métiers sont comparables, je ne suis pas paysan ! Depuis la sortie de la bande-dessinée, je reçois beaucoup de mails d’agriculteurs qui me disent : « J’ai lu votre BD, c’est génial ! J’aimerais bien vous rencontrer, vous raconter ma vie… ». Beaucoup me donnent leurs avis.

Il y a une phrase que j’aime beaucoup de Ralph Waldo Emerson : « On a besoin d’accrocher sa charrue aux étoiles. » Les étoiles symbolisent la vision, le lointain, la légèreté… Pour autant, il y a quand même un côté laborieux pour atteindre cette légèreté. Je pars d’une étoile, d’une inspiration, d’un rêve et, pour cela, il faut faire du labeur. Être écrivain, ce ne pas du plaisir à chaque seconde, parfois c’est dur. D’où l’intérêt « d’accrocher sa charrue aux étoiles » !

Dans Les Seigneurs de la terre, Julien change de carrière pour développer une agriculture écologique et responsable. Selon vous, quel est le rôle de l'artiste face aux évolutions du monde agricole et à leurs impacts sur la nature et l’homme ?

Je me suis penché sur le versant de l’agricole mais beaucoup d’autres sujets m’intéressent, comme la démocratie ou la gastronomie. J’ai envie d’élargir au rôle que joue l’artiste sur les différents thèmes d’engagement.

Mon sentiment d’urgence fait que j’ai envie d’œuvrer dans ma partie artistique pour des choses qui semblent avoir du sens, une chance de l’engagement. Nous sommes en période de transition, et non de crise qui rappelle trop le domaine de la croissance économique. Il faut sortir de la logique de la croissance. Nous sommes en transition, c’est-à-dire qu’un nouveau modèle peut émerger. Pour changer les choses, c’est le cœur qui doit être touché, et non le cerveau. Il faut réussir à faire imaginer un avenir désirable, montrer un avenir désirable et, ainsi, parvenir à toucher les cœurs. Les essayistes parlent au cerveau, les artistes, au cœur. Des projets comme le film Demain de Mélanie Laurent et Cyril Dion montre que des initiatives fonctionnent. Je rêve de créer, ou de voir naître, un festival d’artistes engagés. Des chanteurs, des écrivains, de la danse, du hip hop, avec pour point commun, l’engagement.

Quelle est votre définition de la gastronomie ?

Pour moi, la gastronomie est relative à la qualité alimentaire. Je ne peux plus penser le terme en dehors de mes préoccupations écologiques. La gastronomie revient à s’alimenter sur la base locale, en respectant la terre et les humains qui y travaillent. Le maximum de plaisir que je puisse trouver dans la gastronomie va inclure ces points-là. Mon plaisir est gâché s’il va à l’encontre de ces principes. Je ne peux plus manger de viande synthétique par exemple. 

Avez-vous un plat ou un produit fétiche ?

Je dirais la recette de gratin dauphinois transformé au gorgonzola de ma femme ! Ou un bon Saint-Marcellin un peu affiné…

Je suis gourmand et gourmet, fou des fromages de ma région Rhône-Alpes. Je suis aussi sensible à toute l’offre autour des légumes anciens qui reviennent. J’adore également les tomates. Quoi de mieux qu’une tomate fleur de sel accompagnée de mozzarella et d’un peu de basilic cueilli ?

 

Crédits : © Fabien Rodhain - Editions Glénat