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Sur la piste du rhum

Le rayon des rhums connait un vif succès auprès des consommateurs. Toutefois, alors que de nombreux produits importés ont fait leur apparition, reconnaître les rhums haut de gamme peut se révéler difficile dans la mesure où les pratiques et les réglementations diffèrent selon les provenances. Afin de garantir une information loyale des consommateurs ainsi qu’une concurrence équitable entre les opérateurs, la DGCCRF intervient pour contrôler que tout produit mis en marché sur le territoire français est conforme à la règlementation européenne.

 

© Phovoir/Fotolia

Elaboration du « rhum » : ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas

Le rhum est une eau-de-vie obtenue par fermentation puis distillation de jus de canne à sucre, de sirop de canne à sucre ou de mélasse.

La distillation peut être suivie d’une période de vieillissement plus ou moins longue en fûts de bois : le rhum se colore progressivement au contact du fût tandis que des arômes particuliers, voire un peu de sucre, se développent naturellement.

L’ajout de caramel et de sucre est autorisé, respectivement pour compléter la coloration et arrondir le goût final du produit. Néanmoins, la réglementation interdit de simuler les caractéristiques du vieillissement ou de modifier substantiellement le goût du produit.

La DGCCRF enquête sur la composition du rhum

L’ouverture récente du marché européen à de nombreux rhums d’Amérique latine et des Caraïbes ainsi que l’alerte de la Commission européenne sur l’import de rhums frauduleux justifient la surveillance particulière exercée par la DGCCRF dans ce secteur. L’enquête, lancée en 2015 et reconduite cette année, vise notamment à vérifier que les boissons spiritueuses commercialisées sous le terme rhum respectent bien les règles de production et d’étiquetage définies au niveau européen.

Les inspections menées par la DGCCRF en 2015 ont porté sur l’ensemble des produits du marché : les rhums français et les rhums importés. Ces contrôles ont notamment révélé des falsifications par aromatisation qui concernent 3 rhums importés.

Les contrôles de la DGCCRF ont montré que les teneurs en sucre de certains rhums importés dépassent largement la dose nécessaire pour arrondir le goût final du produit. Ainsi, certains rhums importés contiennent jusqu’à 45 grammes par litre de sucre, soit plus de 10 fois la quantité habituelle.

La DGCCRF, avec le concours du Conseil interprofessionnel du rhum traditionnel des DOM, a attiré l’attention de la Commission européenne sur la nécessité d’introduire une limite stricte à l’ajout de sucre.

Mentions de vieillissement : attention aux mentions étrangères sources de confusion pour le consommateur

Les rhums vieillis sont généralement constitués d’un assemblage d’eaux-de-vie d’âges différents. La réglementation précise que l’étiquetage du produit peut uniquement faire référence à l’eau-de-vie la plus jeune entrant dans le mélange. Ainsi, un rhum renfermant des eaux-de-vie de 3 à 15 ans peut uniquement faire référence à l’eau-de-vie de 3 ans.

Les contrôles menés par la DGCCRF ont montré que nombre de rhums importés ne respectent pas la règle européenne. En effet, la législation est sensiblement différente dans certains pays d’Amérique latine où les rhums sont vieillis selon le système dit de la solera[1]. Selon les Etats, une mention du type « solera 15 » ou « solera 15 años » peut indiquer un âge moyen voire l’âge du plus vieux constituant alcoolique du mélange.

Le rhum « traditionnel », une dénomination liée à l’origine des matières premières

Dans le but de valoriser ses terroirs agricoles, la France a contribué à la reconnaissance des particularités du rhum traditionnel des DOM en demandant l’intégration de cette dénomination dans la règlementation européenne.

Le rhum traditionnel des DOM est constitué de 7 appellations dont les cahiers des charges ont été transmis en 2015 à la Commission européenne :

  • l’appellation d’origine contrôlée (AOC) : Rhum de la Martinique ;
  • les indications géographiques (IG) : Rhum de la Guadeloupe, Rhum de la Réunion, Rhum de la Guyane, Rhum de la Baie du Galion, Rhum des Antilles françaises, Rhum des départements français d'Outre-Mer.
 

[1] Inventée en Espagne pour l’élaboration du vin de Xérès, cette méthode est principalement utilisée en Amérique latine. Elle consiste à assembler en permanence des eaux-de-vie d’âges différents afin que les plus âgées « éduquent » les plus jeunes, le tout dans une succession de fûts aux profils variés.

 

 

La consommation de rhum en France

  • 8,7% de la consommation totale de boissons spiritueuses
  • 50 millions de bouteilles consommées chaque année dont 15 millions dans les départements d’Outre-Mer (DOM).

L’action de la DGCCRF en 2015

  • 21 établissements visités (distillateurs, liquoristes et négociants)
  • 10 prélèvements : 5 produits non-conformes dont 3 en raison de leur aromatisation
  • Suites données : 10 avertissements et 1 injonction de mise en conformité

Repères sur les mentions de vieillissement utilisées pour les rhums français

  • 6 mois (ou plus) : rhum « Brun »
  • 1 an (ou plus) : rhum « Elevé sous-bois »
  • 3 ans (ou plus) : rhum « Vieux », « Très vieux », « Very old », « VO »
  • 4 ans (ou plus) : « Vieille réserve », « Réserve spéciale », « Cuvée spéciale », « VSOP » (Very special old pale)
  • 6 ans (ou plus) : rhum « Extra vieux », « Extra old », « XO », « Hors d’âge », Grande réserve »

Les appellations des rhums traditionnels des DOM

Récolté essentiellement dans les DOM, le rhum traditionnel obéit à des conditions de production très strictes :

  • matières premières produites et fermentées dans une aire géographique restreinte ;
  • distillation inférieure à 90° alcoolique ;
  • 225 grammes de substances volatiles par hectolitre d’alcool pur minimum ;
  • degré alcoolique supérieur à 40 ;
  • pas d’ajout de sucre.

Le rhum traditionnel peut être dénommé :

  • rhum agricole s’il est issu du jus de canne à sucre ;
  • rhum de sucrerie s’il est produit à partir du sirop ou des mélasses provenant de la fabrication du sucre de canne ;
  • rhum grand arôme s’il est distillé suite à la fermentation prolongée d’un mélange de vinasse et de mélasse. Ce produit caractérisé par la puissance de son arôme est employé en pâtisserie et en cuisine.
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