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A la recherche de l’ADN des produits de la mer

Le scandale de la fraude à la viande de cheval a rappelé la nécessité d’une traçabilité exemplaire des produits alimentaires pour restaurer la confiance des consommateurs. Afin d’évaluer le risque potentiel de survenue d’une telle fraude sur les produits de la mer et de lutter contre la concurrence déloyale générée par ces pratiques, l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER) et le laboratoire de Marseille du SCL[1] se sont associés dans le cadre du projet européen LabelFish pour construire ensemble une veille scientifique et technologique.

© Phovoir

LabelFish, un réseau européen dédié à la traçabilité génétique

Le projet LabelFish, qui s’est conclu en 2015, rassemble un réseau de laboratoires européens dans le but de développer une stratégie analytique commune et d’élaborer une méthode d’analyse permettant de contrôler la traçabilité génétique des espèces de poissons. Cette opération visait à donner aux services de contrôle les moyens de vérifier la traçabilité mais aussi l’étiquetage des produits de la mer, de la production à la consommation sur la zone de l’Atlantique Nord-est.

Ce projet avait deux objectifs principaux :

  • le développement d’une nouvelle base de données comprenant des données génétiques ADN existantes. Cette base de données européenne servira de support à un ensemble de laboratoires de référence pour la détermination des espèces.
  • la sélection et la validation d’outils analytiques permettant l'identification des espèces de poissons d'importance commerciale pour certaines régions de l’Atlantique.

Dans ce cadre, l’IFREMER a organisé en 2013 un groupe de travail élargi composé de laboratoires privés et publics (dont le SCL), de professionnels de la filière « produits de la mer » et d’associations de consommateurs.

Des méthodes innovantes pour identifier les espèces

Le SCL a développé une expertise sur les produits de la mer pour apporter un appui technique et scientifique aux missions de contrôle de ses deux directions de rattachement (DGCCRF et DGDDI). A ce titre, il a mis en place des méthodes de biologie moléculaire permettant d’identifier les trois espèces de poissons les plus consommées : morue, morue du Pacifique, colin.

L’innovation réside dans l’applicabilité de cette méthode à toute espèce de poisson blanc. Ce procédé a fait l’objet d’une validation par un collège d’experts universitaires, institutionnels, officiels ou privés dans le cadre du projet LabelFish, ce qui a conduit le SCL à nouer un partenariat privilégié avec l’IFREMER.

Face à la diversité des échantillons analysés, la stratégie d’identification adoptée par le SCL repose sur trois techniques distinctes et complémentaires:

  • l’identification visuelle

Sur la base de la désignation scientifique latine (genre + espèce), le SCL effectue la première authentification du poisson. Dès lors que le spécimen se présente entier, l’identification se poursuit à partir des critères morphologiques, du décompte des arêtes, des écailles, des épines dorsales et des dents. Cette méthode a cependant ses limites dès lors que le produit est vendu en filets.

  • l’identification par les protéines

Cette technique s’appuie sur les protéines du poisson et leur profil caractéristique. Déposées sur un gel, les protéines se séparent sous l’effet d’un champ électrique ce qui permet ainsi de définir un profil caractéristique. Cette méthode est rapide mais nécessite une base de données de témoins pour identifier l’espèce animale à laquelle appartient un échantillon inconnu.

  • l’identification génétique

L’identification irréfutable d’une espèce animale est possible grâce à ses gènes. Pour les poissons, il existe un gène (le gène mitochondrial CO1), qui est commun à l’ensemble des espèces, ce qui permet une approche méthodologique universelle. Fortement polymorphique d’une espèce à l’autre, ce gène permet de les différencier. Grâce à la biologie moléculaire[2], les fragments d’ADN de l’échantillon inconnu sont extraits, amplifiés puis séquencés pour reconstituer un fragment de taille conséquente et caractéristique. Il est ensuite comparé aux échantillons de référence figurant dans les bases de données scientifiques.

Le projet LabelFish a permis, en quelques années, des échanges fructueux entre experts sur les méthodes d’identification des espèces de poissons et sur les évolutions de la réglementation en matière d’étiquetage de ces produits. Des formations techniques conjointes et des échanges d’échantillons témoins entre techniciens du SCL et de l’IFREMER conduisent à envisager aujourd’hui de nouveaux développements notamment sur les plats cuisinés au travers de méthodes dites de « séquençage nouvelle génération ». 

L’expertise scientifique apportée par la DGCCRF via les laboratoires du SCL et les techniques innovantes développées dans le cadre des échanges avec l’IFREMER ont contribué à la mise en œuvre d’un système standardisé d’authentification des espèces marines. Ce processus, destiné à la détection d’éventuelles fraudes alimentaires sur les produits de la mer, garantit aux consommateurs une meilleure traçabilité des produits et participe à une saine concurrence entre opérateurs du secteur.

[1] Service commun des laboratoires rattaché à la DGCCRF et à la direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI).

[2] Techniques de PCR (Polymérase Chain Reaction).

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L’IFREMER

Créé en 1984, l'Ifremer est un établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), placé sous la tutelle conjointe du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et du ministère de l'Environnement, de l'Énergie et de la Mer. Il exerce des missions de recherche et d’expertise.

L’institut conçoit et met en œuvre des outils d'observation, d'expérimentation et de surveillance, et gère des bases de données océanographiques.

Le site de l’IFREMER

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