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HÔTEL SEGUIER, L'HÔTEL DES FERMES
Rue de Grenelle Saint Honoré (rue Jean-Jacques Rousseau), rue du Bouloi, rue Coquillière

Régies de la Ferme générale
Régie de la douane



Plan de situation
Echelle

Hôtel des fermes. Ancien HÔTEL SÉGUIER
Rue de Grenelle Saint Honoré (rue Jean-Jacques Rousseau),
rue du Bouloi, rue Coquillière
d’après le plan la ville de Paris de J. B. Jaillot de 1762
1 hôtel de La Reynie
2 hôtel de Lussan

Cartographie complémentaire :
• Plan Robert de Vaugondy, 1723-1786 [sur site web BNF Gallica].
• Plan Bretez-Turgot, 1739, planche 14.

En 1633-1634, le chancelier Pierre Séguier (1588-1672) acquit dans la rue de Grenelle Saint Honoré (rue Jean-Jacques Rousseau), l’hôtel rebâti vingt ans plus tôt pour le duc de Bellegarde par l’architecte Jacques Androuet du Cerceau. Une gravure de Jean Marot représente cette maison d’un étage avec comble élevés sur rue. Sur le terrain situé à l’arrière de l’hôtel, le chancelier fit construire une galerie à deux niveaux entre deux jardins, telle qu’elle apparaît sur le plan de Paris de Jacques Gomboust (1652). La propriété aboutit ainsi « rue du Bouloir » ou « du Bouloy » (rue du Bouloi).

A l’origine de la création de l’Académie française (1635), le chancelier en devint le protecteur à la mort de Richelieu en 1643. L’Académie se réunit régulièrement à l’hôtel Séguier jusqu’en 1672, puis s’installa dans une des salles du palais du Louvre.

Après le décès de la veuve du chancelier (1683), les fermiers généraux achetèrent et réaménagèrent l’hôtel Séguier pour y installer le siège de leur compagnie. Du côté de la rue du Bouloi, l’entrée de la nouvelle cour des fermes, où devaient se trouver magasins et écuries, faisait face, au temps de leur construction, au couvent et à la chapelle d’une fondation royale, la communauté religieuse des « Carmélites du Bouloir ». Le chantier du futur hôtel des fermes peut être daté des années 1687-1688 par la correspondance des religieuses annonçant le transfert du couvent vers le faubourg Saint Germain « pour des raisons de commodités » (Hurtaut).

L’ensemble immobilier fut dédié en partie à l’administration de « la douane ». Les « rouliers », marchands ou voituriers, devaient y apporter les marchandises et acquitter les droits de sortie pour celles destinées à l’exportation. La Ferme générale bénéficia également de deux immeubles de proximité, dans la rue de la Croix des Petits Champs, pour le compte de l’administration des domaines, sa comptabilité, la gestion de ses affaires contentieuses et de ses archives :

A la veille de la Révolution, les bureaux des régies étaient principalement répartis entre l’hôtel des fermes et ses annexes, l’hôtel de Bretonvilliers et l’hôtel de Longueville. L’hôtel des fermes concentrait l’essentiel des activités de représentation de la Ferme générale :

Organe de la finance privée chargée de missions à caractère public –au moins jusqu’à la réforme de 1769-, dotée d’une administration très hiérarchisée et bien organisée, disposant même d’un « bureau des retraites », la ferme générale a régulièrement produit la statistique de ses effectifs. Un rapport du scientifique et fermier général Lavoisier établit à ce sujet, une quinzaine d’années avant la Révolution, « l’état des employés attachés à la ferme générale ». S’agissant de l’hôtel des fermes proprement dit, ce document fait apparaître que les immeubles du quartier Saint Eustache abritaient près de 600 personnels pour la bonne marche d’une recette générale et de 55 « bureaux » dont 35 chargés de la correspondance. La recette, groupant 40 personnes dirigées par un officier comptable, le receveur général, comportait contrôleurs, caissiers et commis, ainsi que « 8 compteurs et 10 porteurs d’argent ». Les bureaux n’occupaient pas moins de 400 vérificateurs et petits personnels, dont 225 « commis aux écritures », sous la surveillance de 139 « directeurs » et « sous-chefs ».

L’administration de tutelle et son secrétariat étaient généralement installés dans l’hôtel particulier des intendants des finances, chargés de secteurs d’intervention spécialisés, thématiques ou géographiques. L’ensemble des activités économiques était supervisée par le contrôleur général des finances (hôtel de Lionne Pontchartrain).

La Ferme générale fut supprimée par décret de l’Assemblée constituante des 20-27 mars 1791 et sa liquidation votée deux ans plus tard par la Convention nationale (décrets des 5 juin et 24 septembre 1793). Propriété nationale, l’hôtel des fermes fut vendu le 19 fructidor an IV (Lazare) et ses archives transférées au Châtelet l’année suivante.

Sous le Premier Empire, l’administration de « la douane », devenue direction générale, fut installée à l’hôtel d’Uzès. Quant à l’ancien hôtel des fermes, il fut occupé par des entreprises de messageries aux n° 22 et 24 rue du Bouloi, par l’imprimerie Paul Dupont dès 1825, et par des locataires particuliers. En face, au n° 23 rue du Bouloi, dans les anciens locaux des Carmélites, siégeait la direction des droits d’enregistrement du département de la Seine. Du côté de la rue de Grenelle Saint Honoré (n° 55), les salles accueillaient les réunions de la Chambre des commissaires-priseurs (Almanach impérial, Wissemans).

A la fin du XIXe siècle, l’ensemble fut intégralement converti en immeubles à usage d’habitation. L’ouverture de la rue du Louvre, à partir de 1880, ayant entraîné la destruction d’une partie des bâtiments, leur reconstruction fut achevée par l’architecte Henri Blondel en 1892. Un passage existe toujours entre les rues du Bouloi (n° 22) et du Louvre (n° 15) : il porte le nom de « cour des fermes ».

 

Sources bibliographiques

Almanach royal années 1720 à 1789 et 1816 à 1830, Almanach impérial années 1805 à 1813 : version BNF numérisée.
• Archives nationales, Administration financière et spéciale de l’Ancien Régime. Inventaire des sous-séries G1 à G6. Index. 1999, 123 p. [cf. hôtel des fermes : G1/63, ferme du tabac : G1/6 et 106, douane de Paris : G1/73, mémoires et renseignements : G1/131 et G2/2, liquidation 1790-1791 : G1/54 et 63, G2/133-134]
• Decrusy, Isambert, Jourdan, Recueil général des anciennes lois françaises. Paris : Belin-Leprieur, 1826-1827.
• Durand, Yves, Les fermiers généraux au XVIIIe siècle, Paris : PUF, 1971 ; rééd. Maisonneuve et Larose, coll. Mémoire de France, 1996.
• Hurtaut, Pierre Thomas Nicolas et Magny R. (« ancien premier commis des fermes du roi »), Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs. Paris : Moutard, 1779.
• Lavoisier, Antoine Laurent, Calculs des produits des différents baux de la Ferme générale (…). Manuscrit, 1774. [Lavoisier (1743-1794) était fermier général depuis 1779 et gendre du fermier général Jacques Paulze, directeur de la Compagnie des Indes]
• Lazare, Félix et Louis, Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris. Paris : Larose-Maisonneuve, 1855.
• Ruelland, Jacques G., Marie-Anne Pierrette Paulze-Lavoisier (…). XVIIIe siècle, n°36, 2004, pp. 99-112.
• [Wissemans, Henri] Almanach de 25 000 adresses de Paris pour l’année 1817. Paris : Panckoucke (et autres), 1817.

 

 

 

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